qui sommes nous?

 

Cinq critiques rendent compte jour après jour des spectacles (théâtre, arts de la rue, cirque, performances, etc…) qu’ils voient dans la région parisienne, dans les festivals, dans les capitales de province, voire à l’étranger.

Julien Barsan, Conseiller dans une entreprise culturelle de banlieue parisienne, il est aussi critique dramatique.

Elise Blanc
, comédienne et critique dramatique, a fait  un master sur L’Echange de Paul Claudel à Paris-Sorbonne
.

Françoise du Chaxel, est auteur, critique et directrice de la collection Théâtrales jeunesse. 

 Jean Couturier, est critique dramatique.

Mireille Davidovici, dramaturge, traductrice, conseillère artistique. A dirigé 15 ans Aneth, malheureusement disparu en 2010.
Se consacre dès lors à l’écriture.

Christine Friedel, est critique dramatique et conseillère artistique.

 Véronique Hotte , est critique dramatique et enseignante.

 Evelyne Loew , critique dramatique, a été  la collaboratrice et  la dramaturge  de Jean-Claude Penchenat directeur du Théâtre du Campagnol; elle a aussi publié plusieurs livres sur l’histoire du théâtre contemporain.

 Béatrice Picon-Vallin,  directrice de recherches au CNRS (ARIAS), professeur et auteur d’ouvrages sur le  théâtre russe , la mise en scène, et les rapports entre le théâtre et les autres arts. Elle dirige trois collections : Mettre en scène  à Actes Sud -Papiers , Arts du spectacle aux Editions du CNRS et Th XX à L’Age d’homme).

 Edith Rappoport a été directrice des théâtres de Choisy-le-Roi et de Malakoff, et ensuite conseillère pour le théâtre à la D.R.A.C. Ile-de-France; elle écrit aussi dans la rubrique théâtrale de la revue Cassandre/horschamps.

Brigitte Rémer, Consultante en politiques culturelles internationales et docteur en sociologie, sa thèse porte sur les compagnies théâtrales. Elle fut directrice de la Formation Internationale Culture pour le Ministère de la Culture, puis directrice adjointe et responsable de programmation au Centre culturel Français d’Alexandrie (Egypte).

Philippe du Vignal, rédacteur en chef du Théâtre du Blog, a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre national de Chaillot où il enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a été responsable de la rubrique Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant et à Art press. Il a collaboré aux Nuits magnétiques d’ Alain Veinstein ainsi qu’au journal La Croix, et  a  été  professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (département scénographie).
Il est aussi critique dramatique aux Lettres françaises et à La Strada.

Correspondants: Gérard Conio, professeur émérite de l’Université de Nancy est  spécialiste de la civilisation russe, en particulier du 19 ème et 20 ème siècles,  pour la Russie et les pays de l’Est; Nathalie Markovics,  pour les capitales européennes;  Alvina Ruprecht , du département Théâtre de l’Université d’Ottawa, pour Ottawa, le Canada anglophone et les théâtres caribéens.

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Articles récents

Que faire? Le retour

Que faire ( Le Retour)  de Jean-Charles Massera, mise en scène de Benoît Lambert.

Que faire? Le retour que-faire-615_vincent-arbeletLe Théâtre de la Colline vient heureusement de reprendre dans la grande salle ce spectacle décapant, vu en 2011, interprété avec brio par  François Chattot et Martine Schambacher, un couple de  grands acteurs qui ont fait les beaux jours d’Hérisson et du Théâtre de Bourgogne avec la bande de Jean-Paul Wenzel, Jean-Louis Hourdin et Olivier Perrier.
Une cuisine au jardin bordée par de grandes piles de livres aux belles reliures, entassés sur sur de grands plateaux. L’homme est attablé à bricoler, sa femme chargée de courses vide frénétiquement son cabas, sert la soupe, s’attable. Elle est en train de lire et cite une des Méditations de Descartes  : « Maintenant que mon esprit est libre de tous soins, et que je me suis procuré un repos assuré dans une paisible solitude, je m’appliquerai sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes mes anciennes opinions ».
Le couple se met à ranger les livres comme  entre autres le célèbre De la démocratie en Amérique d’Alexis de Tocqueville. Le mari  dit:  » La propriété c’est le vol, mais la propriété c’est la liberté ! En théorie,  ça peut être juste, mais en pratique, ça ne vaut rien ! » Et au fil des rangements, ils passent en revue le totalitarisme:  « Les droits de l’homme, ça existe pas, il y a des hommes. Puis mai 68:  « on fait quoi avec ? (…) un phénomène collectif de voyance qui a engendré les impasses de la crise actuelle en France, chaque fois le possible a été refermé ! »
Ce voyage de Français moyens dans nos bibliothèques pose l’interrogation suprême que nous sommes en train de vivre: « Comment en est-on arrivé à cette furie économique, à nous livrer à la fornication dans les harems de la frigidité affective ? L’argent a tout, il n’est rien ! »
La deuxième partie se veut plus théâtrale:  la femme se travestit en Nina Hagen, et son mari chante avec une belle prestance; ils finiront tous les deux par démonter leur cuisine, aligner les bouteilles, se masquer avec des assiettes en carton et sur la chanson Boum de Charles Trenet: « La pendule fait tic tac tic tac. Les oiseaux du lac font pic pic pic pic. Glou glou glou font tous les dindons. Et la jolie cloche ding din don ».
Benoît Lambert qui avait déjà monté plusieurs spectacles passionnants avec Jean-Charles Massera comme We are la France  et We are l’Europe, vient-et c’est heureux-de succéder à François Chattot à la tête du Théâtre Dijon-Bourgogne.

Edith Rappoport

Théâtre de la Colline jusqu’au 22 juin, du mercredi au samedi à 20 h 30, mardi à 19 h 30, dimanche à 15 h 30, Tél 01-44-62-52-52 http://www.colline.fr


La culture comme promesse d’une métropole citoyenne

La culture comme promesse d’une métropole citoyenne, rencontre des directeurs des affaires culturelles d’Île-de-France.

La culture comme promesse d’une métropole citoyenne 62a87f3882A l’invitation de l’association des directeurs des affaires culturelles en Île-de-France, et de la Fédération nationale,  Véronique Balbo-Bonneval, directrice générale adjointe à  la communauté d’agglomération de Saint -Quentin-en-Yvelines a organisé cette rencontre et en a assuré la présidence.
Elus et professionnels de l’Etat et des collectivités territoriales, artistes, opérateurs culturels, chercheurs, acteurs économiques, urbanistes et aménageurs, se sont réunis pour partager leurs réflexions sur le thème du Grand Paris-Plaine commune.
Ils ont échangé leurs points de vue sur le nouvel enjeu culturel comme clé du développement local et global, et sur l’articulation entre créativité et héritage de la démocratisation culturelle, au cours de quatre tables rondes. « Il n’y a pas de ville , s’il n’y a pas de représentation mentale de la ville »,  rappelle l’un d’eux, citant Julien Gracq.
1)Dans la société participative de demain,  société de la connaissance autant que des loisirs, tout est à inventer… Alors comment passer d’une approche culturelle « ville centre-banlieues à une ville multipolaire » et comment faire pour que chacun ait un endroit qui ne soit pas laissé pour compte ?
La culture se repense dans les périphéries, reconnaît Patrick Braouezec, président de Plaine Commune qui  qualifie les contrats de développement territorial, de « mille feuilles» » qui sont une affirmation politique de coopération entre Etat et collectivités territoriales.

S’ils ne comportent pas à ce jour de volet financier, ils devraient comprendre  un volet culturel et citoyen. Braouzec évoque, avec Pierre Mansat, chargé de Paris Métropole auprès du maire de Paris, la recherche d’un autre modèle de ville et de nouvelles méthodes de gouvernance. Fondée sur un système complexe de relations, l’idée de culture ne devrait plus faire référence aux seuls  équipements, mais à la dynamique de projets et à la question du « vivre ensemble ».
2) Des expériences mêlant « acteurs publics et acteurs privés de la culture » ont été présentées: le mécénat de compétence et l’accompagnement des émergences, avec l’exemple donné de la friche industrielle de Pantin comme prototype d’un territoire mixte et d’un éco-système privé/public ; l’évocation de la maîtrise d’ouvrage et des conditions qui en découlent: ouvrir le droit à la concurrence, stopper la loi du moins-disant, utiliser les outils de contractualisation, avoir une vision du territoire en termes de service aux publics et s’inscrire dans une problématique d’adaptation.
Les intervenants ont aussi parlé de la nécessité d’élargir notre conception de la culture et Jean-Louis Bonnin, à partir de son expérience à Nantes, a évoqué la nécessité de créer des lieux de rencontre et de convivialité, avec le besoin de repenser le quartier en amont  des projets.
3) Comment garantir l’équilibre entre développement urbain et service public de la culture, entre droits culturels et ville créative ? Cette table ronde a évoqué, entre autres, la mobilité et le foncier. Charles Ambrosino, de l’Institut d’urbanisme de Grenoble, a reconnu que la ville était créative mais dévorée par les nouvelles technologies, et mis en relief le paradoxe entre  création individuelle et  création collective.
Le Président de Paris Métropole et de la Fédération nationale des collectivités pour la culture, Philippe Laurent, a  précisé que 206 entités administratives adhèrent à ce jour à Paris Métropole, et Nicolas Frize, seul représentant des artistes, a parlé de son expérience pour décliner le volet culturel, dans Plaine Commune… Intervention pertinente remarquée, comme contre-point salutaire d’une journée de consensus mou. Le compositeur Nicolas Frize a aussi évoqué le « syndrome de Bilbao »: un équipement culturel  important qui ne fait pas émerger de projet artistique, ce qui  allume des clignotants…
Il a aussi évoqué aussi l’amagalme entre les notions d’identité et de diversité culturelles, d’inter et de poly-culturalités, entre les sentiments d’appartenance et de non-appartenance et suggère plutôt de parler des modalités de vie, d’éducation commune et de conscience collective.
Pour lui, la culture est un « dépôt, ce que nous produisons, des déplacements et de l’action. tout est culture et chacun de nous est un autre,  alors pourquoi nier les parcours individuels et « anthropologiser » les peuples, » demande-t-il ? L’expérience qu’il a engagée depuis deux ans chez PSA Peugeot (entretiens avec les salariés,  et création musicale avec des  pièces fabriquées par l’usine, s’apparente à un travail sur la mémoire; la parole collective devient ici action de création.

Les participants à la  quatrième et dernière table ronde se sont interrogés sur la « défense du service économique d’intérêt général auprès des instances européennes ». On a posé sans aucun optimisme  la question-vitale-du maintien du financement public. Le discours juridique d’Eric Baron, avocat, fut ardu mais utile car il ouvrait sur une prise de conscience du danger des textes qui, actuellement, se mettent en place, au niveau européen et du danger aussi que représente l’imprécision de la Commission sur ce sujet.
La notion d’exception culturelle, quoiqu’à double tranchant, est revenue sur le devant de la scène; cela pose la question du respect, dans le cadre européen, des spécificités françaises…
A la veille des élections législatives européennes, est nettement apparue l’urgence de se fédérer, sans positions sectorielles, pour défendre globalement la culture.

 Brigitte Rémer

Rencontre du 31 mai, aux Archives Nationales à Pierrefitte-sur-Seine


Le grand bal masqué du château de Versailles.

Le grand bal masqué du château de Versailles.  jc-versailles

Le grand bal masqué au château de Versailles.

Deux mille trois cents personnes-toutes déguisées et masquées-ont occupé  durant une nuit un peu folle, l’Orangerie, construite par Mansart de 1684 à 1686 et les jardins du château de Versailles. Pour 70 euros minimum, elles ont donc dansé dans la galerie de l’Orangerie, après avoir assisté au spectacle des grandes eaux nocturnes, avec feu d’artifice.
Pour cette troisième édition, Kamel Ouali a conçu cette nuit avec cinquante danseurs, musiciens et circassiens. Il y avait aussi plusieurs dompteurs avec des tigres et des aigles, et de minuit à quatre heures du matin, un bal rythmé par les meilleurs D. J.
Au lever du soleil, les participants ont été invités à rejoindre la salle de bal de Grove dans le jardin royal pour poursuivre la danse et partager une frugale collation. Nuit très réussie où les participants, venus de toute la France et d’Europe, ont joué le jeu avec de magnifiques costumes, loués, achetés ou fabriqués spécialement pour l’occasion.
Il fallait compter un budget conséquent qui pouvait atteindre 500 euros (costume loué ou acheté, entrée et consommations)! Jeux de masques et jeux de miroirs où se reflètent nos désirs et nos contradictions, cette fête nocturne, remarquablement organisée a aussi été l’objet d’un narcissisme évident pour beaucoup d’entre eux. Les smartphones remplaçant les miroirs, l’important était souvent  de se prendre en photo pour témoigner, via les réseaux sociaux, de cette nuit de privilégié.
Au point qu’il était difficile de photographier les costumes sans avoir un portable parasitant l’image. Dyonisos avait disparu au profit d’une communication sans frontières via internet. Certains n’ont pas vraiment vécu le moment présent, sauf pour dire :“j’y étais ” ! Mais ce fut une belle fête, et s’il ne fallait ne retenir qu’une image de cette nuit, ce  serait ce couple de marquis et marquise qui, sans téléphone dans les mains, se touchait, s’embrassait et se parlait, en semblant indifférents à la folie ambiante! Sourds profonds, la langue des signes les avait réunis ! Rendez-vous donc l’année prochaine.

Jean Couturier

HYPERLINK « http://www.chateauversailles-spectacles.fr » www.chateauversailles-spectacles.fr


Adieu Ginz

Adieu Ginz…

Adieu Ginz andre-ginsburgerJe ne prendrai plus l’ascenseur du 47 rue de Richelieu, à Paris,  porte à gauche, 7 ème étage.  André Ginsburger aura  eu une vie  extraordinairement remplie:  de la Comédie de l’Est après la guerre, au Théâtre de l’Alliance française à la direction du festival de Sarrebrück . Mais, comme agent  surtout, il aura  accompagné, excusez du peu: Le Royal de Luxe, Jérôme Savary et son Magic Circus, Dominique Houdart, Le Living théâtre, la compagnie russe du Licedei, et tant d’autres…  Toujours avec une perspicacité et une intelligence remarquables. Il avait des antennes et des correspondants dans le monde entier,  et nous lui devons, nous Théâtre de l’Unité,  dix ans de tournées internationales.
Son catalogue était une référence, et quand il ne croyait pas trop à un spectacle,  il le  déconseillait.Il suivait  tout avec une attention et un discernement remarquables. Dès 73, il avait  senti que le théâtre de rue et le nouveau cirque allaient être les pics innovants de l’histoire du théâtre de cette  fin du XX ème siècle.
Je lui avais   demandé une fois  pourquoi une chape d’ennui  avait  recouvert le théâtre académique dans les années 80. Et  il  m’avait répondu  que  c’est Vitez qui avait désincarné le théâtre, ou quelque chose comme ça, mais que, lui,  se considérait  plus ou moins responsable de sa nomination  comme professeur au Conservatoire National  parce qu’il l’avait recommandé au directeur de l’époque, Pierre-Aimé Touchard.
Nous  perdons vraiment un homme de grande culture. J’étais allé le voir il y a trois semaines; son estomac était fermé à toute nourriture, il avait maigri, mais l’œil et la pensée restaient vives. Il me rappelait sans arrêt que nous avions compté pour lui, et je lui disais que c’était réciproque… Seul, son chat était le témoin de notre conversation.
Quand on meurt à 88 ans, ce n’est pas vraiment triste, mais ce sera pour ses proches et pour ceux qui l’ont connu une immense absence. J’avais vraiment envie de lui parler, je venais de lui envoyer le dossier de presse de notre Macbeth en forêt, mais il n’aura pas pu me faire de commentaire. Sa mort aura fait tout de même un heureux, celui qui avait acheté son appartement en viager…
Nous serons au Père Lachaise le 19 juin, ce serait si bien qu’il puisse assister à l’hommage que nous allons tous lui faire…

Jacques Livchine


Fadjiri

Fadjiri, chorégraphie de Serge-Aimé Coulibaly.

Fadjiri fadjiri55ph.ericlegrandL’homme au gilet blanc est enraciné dans le sol, habité d’une grande force dramatique. Son balancement est récurrent, comme son rire, qui devient douleur et cri.
On pense à Munch. Lui, fait référence au tableau du Prado, El Tres de Mayo peint par Goya en 1814. Ce n’est pas tant le contexte historique -les soldats français exécutent les combattants espagnols faits prisonniers-qui intéresse le chorégraphe, également concepteur et interprète du spectacle, que l’homme vêtu de blanc qui va être fusillé et lève les bras face au peloton d’exécution.
La force émotionnelle qui s’en dégage, l’a nourri. Coulibaly l’intériorise, elle l’inspire. Le spectacle débute avec  une certaine lenteur et une grande intensité, avec la présence de ce Christ recrucifié. Une vidéo déroule des éléments d’eau, de feu, et de nuages sur les différents espaces de la scénographie : de formes et niveaux différents, ces plateformes souples où il marche comme dans le sable et s’enfonce, balisent son chemin initiatique. Mais avec qui l’homme communique-t-il ? C’est la bande-son qui le guide, enchaînant les musiques, éclectiques, du classique au vocal, des percussions à la world musique.
Fadjiri
est une expression dioula, qui indique ce tout petit moment, juste avant l’aube, quand les esprits maléfiques sortent et que tout devient possible. Et le danseur, dans sa concentration aigüe,  joue entre possession et dépossession de lui-même, passant par la transe, les tremblements, les chutes, le sémaphore, l’autodestruction.
Il est végétal, animal, et humain, en souffrance. Tout est intériorisé à l’extrême, il esquisse un geste et immédiatement le contredit, ses regards sont perdus et éperdus, ses gestes saccadés, parfois syncopés. Il sait être félin, avec quelques bonds puissants, puis esquisse quelques  pas de danse sorte de remémoration, cherche ses vocabulaires, se crée des embûches dans un tracé en marche arrière, se jette de tout son long, et appuyé contre le mur, ressemble à un arbre mort.
Imprégné de Césaire, Serge-Aimé Coulibaly cherche du côté de ses racines burkinabé. Il a créé sa compagnie, Faso Danse Théâtre en 2002 et travaille aussi avec des chorégraphes comme Alain Platel, Rachaël Swain et Sidi Larbi Cherkaoui. Sa forte présence dégage une certaine étrangeté, et quand, dans Fadjiri, la marée montante envahit le plateau, il remonte le courant avec son énergie vitale, et il nous  transmet comme une sensation d’éternité.

 Brigitte Rémer

Le Tarmac, 159, avenue Gambetta. 75020, du 4 au 15 juin, du mardi au vendredi, à 20h, samedi à 16h. Tél : 01-43-64-80-80. www.letarmac.fr


Cendrillon

Cendrillon, de Joël Pommerat

C’est une reprise, mais il faut  rappeler la qualité de ce spectacle éblouissant (voir Le Théâtre du Blog novembre 2011).De siècle en siècle, l’imaginaire de ce conte universel renouvelle la légitimité de son espace, littéraire et théâtral,dont s’emparent successivement les jeunes générations. Avec Perrault en 1697, les Frères Grimm en 1812 et Joël Pommerat maintenant, Cendrillon se plie au temps fondu et amer de notre contemporanéité. À sa manière analytique, l’auteur et metteur en scène réécrit  en effet cet ouvrage mythique destiné aux enfants et aux adultes.
Le matériau initial tourne autour d’une fillette qui, devenant orpheline de mère, perd non seulement l’attention paternelle mais « récupère » encore une marâtre dotée de deux filles aussi stupides que désagréables. Le monde est décidément un enfer, mais heureusement, il existe des marraines bienfaisantes et des princes charmants que l’on veut sortir de leur égarement.Pour le réveiller à l’aune du deuxième millénaire, Joël Pommerat adapte le conte en le prenant à rebrousse-poil, insérant dans la parole et le jeu de ses interprètes belges, humour et moquerie, ironie noire et sarcasme, une vision satirique du temps.

Cendrillon ciciolssonSa Cendrillon  la « très jeune fille », interprétée avec peps par Deborah Rouach, dégage une détermination et une certitude d’elle-même bien rares, prise entre l’image de sa mère défunte à laquelle elle se raccroche puisqu’elle est portée par la culpabilité d’avoir survécu à cette fatalité.
Elle s’oppose à sa belle-mère odieuse (Catherine Mestoussis) avec pertinence et un bel esprit de répartie, allant dans le sens de sa folie.
Elle acquiesce aux demandes de ce tyran en jupes, tout en restant sourde aux dénigrements de ses deux filles (Noémie Carcaud,)qui incarne également la fée protectrice et déjantée en mal de leçons pratiques de prestidigitation, et Caroline Donnelly, qui joue aussi le Prince incertain.
Alfredo Canavate est un père velléitaire et faillible, comme il se doit. La voix de la narratrice (Marcella Carrara) à l’accent italien,est saisissante de justesse et de clarté  et un narrateur (Nicolas Nore) sur la scène vide raconte dans le langage des signes et des gestes la beauté sombre de ce conte troublant.
Il y a un  beau décor et des lumières d’Éric Soyer, un cube noir à l’intérieur duquel les figures jouent leur scène comme une partition, tandis que les nuages dansent sur les murs alentour, tel un paysage céleste enserrant public et comédiens. Un rêve acidulé.

Véronique Hotte

Spectacle pour tous à partir de 8 ans.
Ateliers Berthier/Théâtre de l’Odéon. T. : 01-44-85 -40-40


L’Uruguayen

L’Uruguayen de Copi, adaptation de Claire Ruppli, mise en scène de Roberto Platé.

L’Uruguayen 4088394696Dans le roman, Copi, écrit depuis Montevideo, à son « cher maître » L’accablant d’insultes, il lui donne régulièrement des nouvelles de l’Uruguay, pays qui n’arrête pas de rétrécir, sorte de désert de sable menacé par la mer et dont les habitants meurent, puis renaissent, sous la férule d’un président sodomite manipulé par le pape d’Argentine… Accompagné d’un chien qui finira bientôt empaillé, il y fait son trou parmi les poulets rôtis qui s’égayent alentour et les Uruguayens qui n’ont pas plus de trois mots pour parler. Copi, lui, en a à revendre des mots. Et des images aussi, du pays où il a vécu enfant une dizaine d’années, après que ses parents eussent quitté l’Argentine et avant qu’ils ne s’installent en France.
C’est de cette langue bizarre-écrite en français mais  pensée et rythmée en espagnol- et de cette imagination hallucinée que Claire Ruppli s’empare, travestie en Copi. Petit bonhomme tout en nerf, elle virevolte, facétieuse, autour d’un grand phallus doré, devant d’immenses pages imprimées qui s’affichent au fur et à mesure que le roman s’invente. Son interprétation débridée donne une théâtralité à un  texte a priori non destiné à la scène et ressuscite, tout en restant à distance, un auteur tapageur qu’on a aujourd’hui tendance à oublier, et dont on méconnaît l’œuvre romanesque.
Copi dédia son premier roman, L’Uruguayen, à Roberto Platé, plasticien et scénographe argentin, membre  du TSE,  l’irrévérencieux et célèbre groupe théâtral. Platé, devenu aussi metteur en scène  et trouvant une similitude entre son  ami disparu et  Claire Ruppli, il  lui a demandé de porter le texte à la scène. » L’idée de faire porter ce texte par  Claire,  dit-il,  est au cœur de l’écriture de Copi qui,  sans cesse,  se transformait en femme ».
Heureuse initiative qui remet au jour l’univers déjanté de Copi et donne envie de relire ses romans et ses bandes dessinées… A la parution de L’Uruguyaen,  Michel Cournot, disait déjà, dans le Nouvel Observateur  en 1973 : » Il écrit des choses étonnantes, des choses qu’on n’a jamais lues nulle part et qu’on ne veut surtout pas rapporter, pour laisser au texte de Copi tout son effet ».
Et l’’affiche du spectacle est signée Topor…

 
Mireille Davidovici

Théâtre du Petit Hébertot jusqu’à fin juillet, 78 Bd des Batignolles 75017 Paris. T:  01- 42- 93-13-04. 


Tahoé

Tahoé de Frédéric Vossier, mise en scène de Sébastien Derrey.

Chaque mois, le petit mais chaleureux Studio-Théâtre de Vitry ouvre ses portes à une cinquantaine de spectateurs professionnels, pour des spectacles en devenir qu’ils ont accueillis en résidence pour  un mois de répétitions.
Tahoe
est le deuxième volet d’un dytique, dont Mannekjin du même auteur  constituait la  première partie; ces deux spectacles,  ont été créés en 2012 à l’Échangeur de Bagnolet et ensuite repris à Anis Gras d’Arcueil.

« J’ai toujours pensé qu’il fallait aborder au théâtre la question de l’industrie du spectacle – de son pouvoir économique, social et idolâtrique. Le phénomène de la célébrité est un facteur de domination sociale qui s’exerce massivement sur les subjectivités », dit Frédéric Vossier. C’est, selon lui, une évocation de la fin du « King » Elvis Presley!
Sur le plateau, un homme  est allongé sur un  grand  lit, avec, à ses côtés,  une forme féminine qui  s’agite sous les draps de satin gris. Coiffée d’une perruque blonde, elle  en surgit, toute habillée, chausse ses bottes et déclare qu’elle s’en va.

Le téléphone sonne, l’homme peine à répondre et  supplie la fille de revenir. Elle revient en effet, accompagnée d’une amie apeurée. Il y a des allées et venues des deux filles parties « se promener » dans les immenses pièces de cette demeure, les supplications amoureuses et  les paroles violentes du mâle en robe de chambre, des « fiançailles » dans la salle de bain, une alternance de faux départs et de retours figés auprès du lit.
Malgré l’engagement d’acteurs solides :Frédéric Gustaedt, Catherine Jabot et  Nathalie Pivain , ce spectacle nous a provoqué une violente allergie…

Edith Rappoport


Barbe bleue, espoir des femmes

Concours des jeunes metteurs en scène au Théâtre 13:  Barbe-Bleue, espoir de femmes de Dea Loher*, traduction de Laurent Mülheisen, mise en scène d’ Alain Carbonnel.

Dea Loher, née en 1964, fut étudiante à Berlin, notamment auprès d’Heiner Müller, et elle puise, à l’instar de son professeur, aux sources de la mythologie (Manhattan Medea) ainsi que dans l’histoire contemporaine de l’Allemagne, de la Pologne (Sanka) ou de l’Amérique du sud (La vie sur la Praça Roosvelt). Elle aborde aussi des sujets plus intimistes comme ici dans Barbe-Bleue, espoir des femmes, publié en 1999 en Allemagne.
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Il s’appelle Henri Barbe-Bleue, il est roux (Thibaut Corridon), et plutôt doux, marchand de chaussures de son état. L’amour le guette à tous les coins de rue, mais ce sera pour lui une quête de plus en plus désespérée, tant l’amour entre homme et femme est pour lui inaccessible.
La première victime s’appelle Juliette (Ophélia Kolb), c’est elle qui le demande en mariage alors qu’il ne se connaissent que « depuis une heure et cinq minutes »; puis elle s’empoisonne sur le champ car il n’a pas su dire qu’il l’aimait « au-delà de toute mesure » Expéditif !
 « Ce ne sont que des mots, mais où est le sentiment qui va avec ?», demande Henri, désemparé, à Anne (Virginie Gritten), sa deuxième rencontre. Anne qui justement liste les beaux mots et les laids. Pour elle, « le sentiment vient avec les mots », elle lui propose donc de les trouver ensemble mais il ne pourra que l’étrangler sans autre forme de procès, entamant ainsi une carrière de serial killer malgré lui, au gré de ses rencontres féminines.
Une seule aura la vie sauve, l’Aveugle, sorte d’innocente extralucide à laquelle il se confie et qui finira par l’abattre. Elle a un statut à part dans la pièce : elle poursuit avec l’assassin un dialogue tout au long de la représentation et livre sa vision de l’amour dans un long monologue, véritable morceau de bravoure.
Organisées en chœur, les sept comédiennes accompagnent l’action par leurs commentaires, récitatifs, chants et didascalies, avant d’être chacune à son tour mise à mort par cet homme dont le mobile est simplement son incapacité à les aimer comme elles l’entendent. 
 Ce parti pris de mise en scène introduit une distanciation qui sied au style de la pièce. En effet, Dea Loher casse toute émotion dans cette suite de confrontations inattendues plutôt cocasses que tragiques ; elle crée des situations émotionnelles déconcertantes qui privilégient le suspense et opère dans son écriture même un décalage entre le cru et le poétique. 
Cette ambigüité engendre le comique, même si, derrière cette légèreté se cache, sous un certain cynisme, une profonde désespérance.
L’auteure n’a-t-elle pas dit de l’amour que c’est « un sentiment qui fait des ravages et qui engendre mort et souffrance « ? 
La mise en scène joue sur ce double registre. Un joyeux bric-à-brac encombre le plateau, en nous renvoyant aux greniers de notre enfance à la fois bienveillants et inquiétants, et aux réminiscences des contes de fées qu’on a aimé parce qu’ils font peur. Ce décor  a quelque chose ludique, que soulignent les changements de costume à vue, les éclairages et la bande-son et surtout le regard des comédiennes, toutes parfaitement justes, en particulier Dominique Jacquet dans Eve.
Alain Carbonnel, sorti de l’Ecole du Théâtre national de Strasbourg  en 2007,  a su relever le défi que pose cette œuvre complexe, où les personnages se noient dans de perpétuelles contradictions et où les situations se retournent sans cesse. Il a réussi à élucider cette écriture labyrinthique, au risque parfois d’un certaine  redondance.
Quand on connaît les conditions imposées aux équipes techniques et artistiques pour ce prix  du Théâtre 13, (aucun budget prévu pour les lumières et décors, et la rémunération des comédiens),  on ne peut que saluer un travail qui  trouvera son rythme de croisière.

Mireille Davidovici

Prix Théâtre 13 Jeunes metteurs en scène Autres spectacles en compétition :
Hôtel Palestine de Falk Richter, mise en scène de Fabio Godinho 14-15 juin. Münchhausen, le spectacle, écriture collective, mise en scène d’Elsa Robinne 18-19 juin. L’Anniversaire d’après C.T. mise en scène de Johanna Boyé 21-22 juin. Love and Money de Denis Kelly mise en scène de Benoît Seguin 25-26 juin. Alice, texte et mise en scène d’ Anaïs Laforêt et Aïda Asgharzadeh 28-29 juin.

Théâtre 13/Seine,  30 rue du Chevaleret 750013 Réservations : 01-45-88-62-22

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Kontakthof

Kontakthof, une pièce de Pina Bausch par le Tanztheater de Wuppertal

Kontakthof j-couturier-autorise-pat-la-ciePourra-t-on un jour se passer du Tanztheater au théâtre de la Ville et ailleurs ? Nous sommes des milliers de spectateurs à nous poser la question !
Le manque risque d’être grand, même si resteront de nombreux livres, des photos, des affiches ou des vidéos. Irremplaçables comme celles de Tadeusz Kantor, Merce Cunningham ou Giorgio Strehler , les images de la chorégraphe resteront dans les mémoires collectives et individuelles. Ce qui pousse un public passionné à se presser dès l’ouverture des abonnements ou au guichet de ce théâtre même quand il ne reste que 288 places…vendues en moins de deux heures.
Kontakhof est donc repris avec la troupe de Wuppertal, et ce spectacle sans doute un des plus marquant pour le public est entouré de nombreux superlatifs. Une pièce sur laquelle on a le plus écrit, jouée dans le monde entier,  qui a connu plusieurs générations de danseurs et dont il y a une version pour les adolescents et une autre pour des danseurs et des danseuses de plus de soixante-cinq  ans.
La pièce a donné lieu à deux films émouvants pour chacune de ces deux versions, et  a suscité l’écriture de livres. Elle aura marqué définitivement tout amoureux de la danse et du théâtre. Dans un décor de salle de bal conçu par Rolf Borzik, des femmes et des hommes tentent d’entrer en contact sur des musiques, en particulier celles de Juan Llossas et Jean Sibelius.
Il n ‘est pas utile de décrire ici en détail ce qui se passe sur scène. Il faut le vivre tout simplement et donner la parole à Pina Bausch quand elle dit dans le livre consacré à la version des personnes âgées, « Kontakhof est un lieu où l’on se rencontre pour chercher contact, se montrer, se défendre. Avec angoisse. Avec désir… Déceptions. Désespoirs. Premières expériences. Premiers essais. La tendresse, et ce qui peut de là surgir, était un thème de travail important. Le cirque, par exemple, en était un autre. Montrer quelque chose de soi, se surmonter ».
Heureux spectateurs qui pourront entrer en contact d’une certaine manière avec les danseurs tous profondément attachés à l’âme de cette pièce, sous le regard tendre de Dominique Mercy et Lutz Föster qui a été nommé en avril directeur artistique. La transmission de cette œuvre qui a connu plusieurs versions à différentes époques n’a réussi à se faire que parce qu’il a toujours existé un lieu permanent et une troupe, chose rare dans le contexte de la scène aujourd’hui.
Cette pièce traversant le temps a rencontré chaque fois un nouveau public très ému à chaque final. Il y a de l’émotion dans ce spectacle mais aussi de la légèreté aussi, laissons donc parler un des personnages quand il est assis en avant scène et nous prend à témoin, « Les plus belles nuits, ce sont les nuits d’été étoilées. Et alors quand on rentre avec son amie, on lui montre les étoiles. Et les grandes étoiles, ce sont les gros, beaux, et longs baisers. Eh! bien sur les constellations, ce sont les petits baisers que l’on donne, et alors bien sûr…le chemin peut bien être long, il semble toujours plus court quand on va de constellation en constellation et hop ! on est à la maison » ».
Kontakhof, c’est la vie tout simplement.

 

Jean Couturier

Théâtre de la Ville jusqu’au 21 juin.


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