Qui sommes nous?

Une équipe de critiques rend compte,  jour après jour, des spectacles: théâtre, danse, arts de la rue, cirque, magie, performances, qu’ils voient en  région parisienne et en  province mais aussi à l’étranger.

Sébastien Bazou, ancien élève de l’Ecole des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias puis a cofondé l’association Artefake dont le magazine publie des articles sur l’histoire de la magie; il en est devenu un spécialiste.

Jean Couturier est critique dramatique et assistant du rédacteur en chef.

Mireille Davidovici, dramaturge, traductrice et conseillère artistique. A dirigé pendant quinze ans l’association Aneth consacrée aux auteurs contemporains. Assistante du rédacteur en chef.

Christine Friedel, critique dramatique, est aussi conseillère artistique.

Véronique Hotte est critique dramatique et enseignante.

Elisabeth Naud, docteur en esthétique théâtrale, enseigne à l’Université Paris VIII et est conseillère artistique.

Béatrice Picon-Vallin, directrice de recherches au C.N.R.S., auteur d’ouvrages sur le  théâtre russe. Elle dirige les collections : Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et Th. XX à L’Age d’Homme.

Edith Rappoport, critique de spectacles et spécialiste du théâtre de rue, été directrice des théâtres de Choisy-le-Roi et Malakoff, puis conseillère pour le théâtre à la D.R.A.C. Ile-de-France.

Marie-Agnès Sevestre a dirigé la Scène Nationale de Douai puis le festival des Francophonies à Limoges. Elle suit plus particulièrement les auteurs et projets francophones en France et à l’étranger.

Philippe du Vignal, rédacteur en chef du Théâtre du Blog, a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot où il enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a été responsable de la rubrique:Théâtre, aux Chroniques de l’Art Vivant puis à Art press. Il a, entre autres, été critique dramatique aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix.
Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, département Scénographie.

Correspondants: Gérard Conio, professeur émérite de l’Université de Nancy et spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.
Nektarios G. Konstantinidis, traducteur et critique de théâtre, est enseignant au Département de langue et de littérature française à l’Université d’Athènes. Spécialisé en théâtre francophone contemporain, notamment en Grèce.
Alvina Ruprecht, du département Théâtre à l’Université d’Ottawa, est une spécialiste du spectacle canadien anglo et francophone mais aussi caraïbéen.

Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient retirés. »

Articles récents

Splendid’s de Jean Genet mise en scène et à l’écran par Arthur Nauzyciel et Tragédie conçu et mis à l’écran par Benjamin Abitan

Théâtre sans contact :

Les Fourberies de Scapin de Molière, mise en scène de Denis Podalydès

Le théâtre « distancié » n’arrête pas de s’inventer. Remercions les metteurs en scène pour les captations qu’ils nous ont offertes pendant les premier et second confinements. Ce théâtre filmé fait ce qu’il peut: saluons le travail et avalons notre déception. On peut voir actuellement sur Youtube ce spectacle dans le gracieux décor portuaire avec palissades de chantiers, voiles et filets d’Eric Ruf.

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Le spectacle, qui a reçu trois Molières (c’est bien le moins), fait les frais de cette mission impossible. La réalisation de Dominique Thiel joue des gros plans, mais il y a de rares vues d’ensemble  -et pour cause, on ne voit plus alors que de petites silhouettes- et quelques plans sur la salle pour nous rappeler que nous sommes au théâtre et qu’il ne s’agit pas d’un film tourné en studio… Mais avec le découpage et le montage propres aux images filmées, on s’arrête sur les personnages, sur une tirade ou un dialogue et l’on perd les situations, le socle de la comédie. Mais l’œil du spectateur fait la synthèse et réalise les sens envoyés par le plateau. On entend, de très loin, les rires du public présent. En même temps, on ne va pas se priver des captations, intéressante mémoire du théâtre, même si elles sont parfois un peu cruelles pour les spectacles en soulignant leurs défauts… Le théâtre est un fruit qui se mange frais.

Splendid’s  de Jean Genet,  mise en scène et mise à l’écran d’Arthur Nauzyciel 

Passons, donc, à des tentatives plus modestes et plus modernes: à ces applications qui ont inspiré les metteurs en scène confinés. Arthur Nauzyciel, directeur du Théâtre National de Bretagne, avait mis en scène Splendid’s de Jean Genet en 2015. Une représentation magnifique et sulfureuse, disent ceux qui l’ont vue mais cet auteur ne s’apprivoise pas si facilement… Même avec la distance créée par les acteurs, tous américains, à l’exception de Xavier Gallais qui jouait le policier) et avec des sous-titres. Sept gangsters cernés par la police sont enfermés au septième étage d’un hôtel avec le corps de leur otage tuée par négligence : la rencontre avec l’Histoire au présent était saisissante en ce mois de janvier 2015, et elle le redevient à l’heure des procès des terroristes.

_©DR@loildoliv

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La pandémie a imposé à Arthur Nauzyciel une nouvelle vision de la pièce. Solidaire de ses acteurs américains et français confinés, il a repris le texte et les a mis en  zoom  (application de visioconférence par internet). Chacun dans sa case, comme chacun devant sa chambre d’hôtel -ou de sa cellule de prison-, s’adresse à la fois à ses partenaires dont il est séparé,  et au spectateur : on ne sait pas qui regarde, sans intervenir. Cette adresse demande une concentration extraordinaire qui exalte le texte. A chaque fois en direct, pour un moment unique.

Ce « monotype»  a pu être vu vu trois soirs à 21 h en France, à 5 h du matin au Japon et 15 h sur la côte Est des Etats-Unis… Le metteur en scène, apparu à l’écran après la performance des acteurs, pouvait s’émouvoir des petits signaux lumineux apparus sur la carte du monde : ici, maintenant, des auditeurs-spectateurs écoutent Splendid’s sur Zoom. Pourquoi cette performance mérite-t-elle attention ? Pour sa justesse. Le metteur en scène, explorant le théâtre à l’écran et à distance, a trouvé le support juste pour le texte : «une case comme une cellule». Du spectacle joué sur une scène, il a gardé la projection en prologue d’Un chant d’amour  où Jean Genet filme le désir, l’amour entre deux prisonniers séparés par le mur qui est aussi leur lien  – une version virile et sensuelle de Pyrame et Thysbé, une tragédie en cinq actes de Théophile de Viau (1621) sous l’œil jamais fermé du gardien. Il a gardé la voix off de Jeanne Moreau, enregistrée peu avant sa mort. Voilà du vrai théâtre sans théâtre: un texte fort, beau et dérangeant, articulé avec le moment historique où il est joué et une mise en œuvre qui retourne au maximum, une contrainte maximale. Comment faire du théâtre sans contact ? En créant une nouvelle forme d’intensité dans l’échange du regard et de l’écoute.

 Tragédie conçu et mis à l’écran par Benjamin Abitan

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© x Photo de répétition

L’essai de Benjamin Abitan,  plus modeste, ne peut se défaire d’un côté potache. Tragédie, déjà offert au public lors du premier confinement, se joue sur whatsapp, application multiple de conversation (images, textes,  messages vocaux…) qui tient dans la main, sur téléphone portable. Tragédie se joue par petits messages, brefs et réactifs. Le fil conducteur : un groupe de lycéens reconstitue par Whatsapp l’histoire d’un groupe de lycéens qui vient d’assister à une tragédie d’Eschyle et qui tente de reconstituer ainsi ce qu’il a vu… Ce système d’emboîtements, a priori potache, finit par fonctionner. En direct, une fiction se construit et quelque chose de la tragédie finit par émerger du choc et du démenti perpétuels des messages. À la fin, le spectateur, à qui l’on ne donne à voir que les petits textes pressés,  applaudit par «émoticones ».

La force de ces expériences, c’est le direct, avec l’indispensable présence et  l’attention du  public: on s’adresse à lui sans rembobinage possible : c’est du théâtre. Ce qui n’en est pas : on est seul devant son téléphone, ou dans sa case comme devant Splendid’s. L’intérêt ? Les limites imposées qui sont devenues l’outil juste d’une création et d’un rapport particulier au public. Ce sont des objets opportunistes, au bon sens du terme, et à obsolescence programmée, dans la mesure où ils sont le larron que fait l’occasion…. Mais le théâtre vivant,  «en présence », n’a pas à craindre la concurrence : il a toujours su faire de nécessité, vertu, et du moment, son propre temps.

Christine Friedel


Mais que voir et/ou lire en attendant la date fatidique du 15 décembre avant un possible retour dans les salles?

Mais que voir et/ou lire en attendant le fatidique 15 décembre avant un possible retour dans les salles?

Théâtre du Rond-Point

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Si vous enragez de ne pouvoir aller encore dans un théâtre, un premier rendez-vous, faute de mieux, vous attend ce samedi 5 décembre avec Élise Noiraud, avec Pour que tu m’aimes encore. Voici, de quoi vous consoler un peu. Prévu en novembre dans le cadre de la trilogie de ses spectacles Un solo, Élise retrace son adolescence, quand, dit-elle, chaque petite chose porte en elle le sentiment merveilleux et vertigineux des premières fois. Élise Noiraud présentera son nouveau spectacle Le Champ des possibles la saison prochaine.

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Et le samedi 12 décembre, de Pierre Notte, auteur associé du Théâtre, L’Effort d’être spectateur créé en Avignon et joué en 2019 au Rond-Point (voir Le Théâtre du Blog). A la fois acteur et conférencier, il  propose  une brillante analyse sociologique du public. C’est à la fois drôle et caustique, ce qui n’est pas incompatible. Et on rit de bon cœur avec lui. Comme ce n’est pas si fréquent dans le théâtre contemporain en général et par les temps qui courent, autant en profiter…


Spectacles disponibles gratuitement aux dates indiquées sur le site du Théâtre du Rond-Point, à 20h en direct, puis en rediffusion mais pendant vingt-quatre heures seulement

 Théâtre de la Ville, Paris

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Germaine Acogny soixante quinze ans,  est une chorégraphe béninoise charismatique de la scène africaine contemporaine : en1968, elle crée à Dakar un studio de dansepuis entre 1977 et 1982,  elle dirige Mudra Afriquecréé à Dakar par Maurice Béjart et Léopold Sédar Senghor. Elle a écrit La Danse africaine, édité en trois langues.Elle enseigna près de Toulouse puis s’installa à Bruxelles avec la compagnie Maurice Béjart et organisa des stages internationaux de danse africaine. Elle fonde en 85 avec son mari Helmut Vogt le « studio-école ballet-théâtre du troisième monde » à Toulouse.  Et dix ans plus tard, Germaine Acogny revient au Sénégal et crée à Toubab Dialo l’association Jant-Bi / l’École des Sables où elle forme des danseurs du continent africain. Elle a entre temps, été nommée directrice artistique de la section danse d’Afrique en Création à Paris et des Rencontres chorégraphiques de danse africaine contemporaine, une fonction qu’elle a assumé jusqu’en 2000.

Un temps fort lui est consacré autour de son art et de son enseignement du 4 au 6 décembre. Avec d’abord un solo À un endroit du début, elle retrace son histoire personnelle et familiale. On découvrira aussi le documentaire Iya Tunde, la mère est revenue qui revient sur son  parcours de chorégraphe, danseuse et professeure de danse. On la voit à ses débuts quand elle fut très vite repérée par Maurice Béjart.
 Enfin Germaine Acogny proposera une classe ouverte à tous de danse africaine moderne En mars prochain, elle présentera au Théâtre de la Ville, Le Sacre du Printemps de Pina Bausch qui sera pour la première fois interprété par des danseurs de quatorze pays africains et Common Ground(s) qu’elle dansera avec Malou Airaudo, danseuse emblématique de la grande chorégraphe allemande.

Spectacle disponible gratuitement sur le site du Théâtre de la Ville.

Quelques lectures de magazines en ligne

Cela peut faire aussi du bien, et encore plus, si elles sont -provisoirement- gratuites. Vous pourrez lire ainsi: La Scène, La Lettre du Spectacle, Théâtre(s, Le Jurisculture, La Lettre de l’entreprise culturelle, Le Piccolo, Le Juriscène,  Culturelink

boncourage.lascene.com

Yotaro au pays des Yokais de Jean Lambert-wild et Lorenzo Malaguerra, musique de Jean-Luc Therminarias et Hiroko Tanakawa, (tout public, en japonais)

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Un petit tour dans le théâtre contemporain japonais avec la troupe de Satoshi Miyagi, au Shizuoka Permorming Arts Center à Shizuoka où a été créé ce spectacle en février 2019. Le  gentil Yotaro, toujours prêt à rendre service vient de mourir. Mais quand on meurt, on n’est pas tout à fait mort, et il faut encore porter son âme jusqu’au palais du roi Emma. Yotaro devra donc franchir les forêts peuplées de fantômes et d’esprits de la montagne, des soldats à la recherche de leur âme…

Ces esprits, les Yôkais sont des êtres facétieux et mystérieux qui habitent les arbres, l’eau, les montagnes, les objets. Ils évitent aux humains de se prendre trop au sérieux. Un narrateur, mi-clochard céleste, mi-Jimini Cricket avec une once de Charlie Chaplin, récite Dante et Baudelaire, tout en gonflant des ballons en forme de chien. Jean Lambert-wild et Lorenzo Malaguerra ont écrit cette fable en s’inspirant de la tradition du Kamishibaï, « théâtre de papier ». Une technique de conte fondée sur des images qui défilent dans un butaï (théâtre en bois). Il est composé de onze à quinze  planches cartonnées numérotées racontant chacune une histoire.
Cela vaut le coup d’être vu, même s’il n’y pas de sous-titres; cela dure un peu plus d’une heure, avec des images magnifiques. Que demande le peuple?

https://www.youtube.com/channel/UCGp7JM6ufHqeBgkC4IvVMDw/featured

Patrick Boucheron invite Boris Charmatz

©x Patrick Boucheron

©x Patrick Boucheron

De quelles figures historiques, de quelles nouvelles statues avons-nous besoin pour le XXIe siècle ? L’historien s’entretient avec des penseurs et créateurs d’aujourd’hui pour reconstruire un universalisme contemporainMardi prochain, son interlocuteur sera un ancien élève de l’École de l’Opéra Paris de 86 à 89  puis au C.N.S.M.D.  de Lyon  et qui a été ensuite l’interprète de régine Chopinot, Odile Duboc, Meg Stuart…


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Devenu chorégraphe, ce chef de file de la non-danse a une approche radicale de la danse, avec un questionnement sur la place du danseur, son engagement et sur une recherche scénographique en prise directe avec le corps.

Rencontre diffusée le mardi 8 décembre à 21h : www.mc93.com

Exposition Victor Brauner: Je suis le rêve. Je suis l’inspiration.

 

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Ce peintre (1903-1966) parfois un peu oublié est pourtant un des artistes les plus importants du XX ème siècle. Le parcours chronologique de l’exposition permet de redécouvrir tout son univers d’abord sa  jeunesse roumaine (1920-1925) puis à Paris, la rencontre avec l’univers surréaliste (1925-1932) et cette aventure  à laquelle il adhéra aux manifestations du groupe autour d’André Breton, de 1933 à 1939, date de son exclusion du groupe. Ensuite « Les frontières noires» de la guerre (1939-1945), Autour du Congloméros (1941-1945), Après la guerre (1946-1948), Au-delà du surréalisme (1949-1966).

Né en Roumanie, Victor Brauner participe à l’effervescence artistique de Bucarest dans les années vingt,  puis au mouvement surréaliste à Paris. Proche des avant-gardes : expressionnisme, constructivisme et dada, il glissa vers une peinture surréaliste lors de ses séjours à Paris entre 1925 et 1938 où il s’y installera définitivement.

 En attendant la réouverture du Musée d’Art Moderne de Paris, on pourra suivre une visite en ligne de quinze minutes de cette exposition qui sera conduite par les commissaires de l’exposition Sophie Krebs, Camille Morando et Jeanne Brun.

Site du M.A.M. Paris à partir de lundi 7 décembre.

Philippe du Vignal


Des actions de sensibilisation pédagogique à Bordeaux à partir de Gros de Sylvain Levey

 

 Des actions de sensibilisation pédagogique à Bordeaux à partir de Gros de Sylvain Levey

Suite au reconfinement, le Glob Théâtre-Scène conventionnée d’intérêt national art et création, et le Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine ont dû reporter les représentations de Gros avec Sylvain Levey, mise en scène de Matthieu Roy, une pièce créée au Mans (voir Le Théâtre du Blog). Mais restent autorisées -ce qui est pratiqué depuis longtemps par ces deux lieux- des actions de médiation dans les écoles et les collèges Aliénor d’Aquitaine (Bordeaux), Henri Brisson (Talence), Dupaty (Blanquefort), Marguerite Duras (Libourne),Lestonnac (Carignan-de-Bordeaux) et les lycées: La Morlette (Cenon), Philadelphe de Gerde (Pessac), Gustave Eiffel et Brémontier (Bordeaux). A la découverte des écritures contemporaines pour le théâtre sensibilise les élèves aux textes dramatiques contemporains avec la lecture de textes mais aussi en allant au spectacle et le jeu sur scène. Le Glob est aussi partenaire depuis vingt ans de l’option: théâtre au lycée Montesquieu.

©_Pierre_Planchenault

©Pierre_Planchenault

Pour soutenir le travail des artistes, le TnBA et le Glob Théâtre, partenaires sur cet accueil et l’équipe de Gros, ont organisé ces rencontres dans le département. Pour Monique Garcia, la directrice de ce petit lieu très actif: « C’est aussi l’occasion aussi de tisser des liens entre les établissements scolaires et nos théâtres. Comme ailleurs, suite  à ce confinement, la situation est difficile à Bordeaux. Nous avons le soutien des tutelles mais c’est épuisant car on n’est jamais sûr de rien. Bien entendu, il n’y aura comme ailleurs, aucune présentation de spectacle dans les théâtres avant le 26 janvier où nous présenterons à la salle des fêtes du Grand Parc à Bordeaux, puisque le Glob est en travaux, La petite fille et le corbeau de Daniel Lemahieu.

Et les jeunes, dit aussi Monique Garcia, sont coupés de ce lien précieux : la perception du monde qu’offre le théâtre. «Je pense qu’il faut quand même aller à eux dans un premier temps, avec comme pour Gros, des discussions avec son acteur et le metteur en scène. Suivront bien entendu la possibilité de voir cette pièce, puis après un travail d’analyse du travail théâtral dans son ensemble.
 Ces échanges autour du spectacle et des thématiques de l’œuvre mais aussi sur la création artistique et théâtrale et sur la mise en scène nous semblent pédagogiquement essentiels. Chaque enfant sans distinction doit pouvoir construire son propre rapport à la création et la culture. »
 
Mais quel peut être l’avenir à l’horizon 2021, pour le théâtre à Bordeaux : « Les travaux de rénovation du Glob théâtre, dit Monique Garcia, ont pris du retard à cause du covid. Nous espérons pourtant rouvrir très vite avec comme d’habitude des séries de sept ou huit représentations mais l’existence des petites compagnies de théâtre ou de danse en Nouvelle Aquitaine est, je ne vous apprendrai rien, très menacée. Et c’est triste, il y aura sans doute un écrémage… Certaines disparaîtront malgré des capacités artistiques évidentes et la nécessaire transmission se fera moins bien. Heureusement, il y a au moins une raison d’espérer: le public de théâtre à Bordeaux reste assez jeune. »

Philippe du Vignal

Glob Théâtre 69 rue Joséphine, 33300 Bordeaux. T : 05 56 69 06 66.

Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine/Centre Dramatique National, 3 place Pierre Renaudel, 33800 Bordeaux. T. : 05 56 33 36 80.

 

 

   

 


Théâtre Ouvert, bientôt au 159 avenue Gambetta

Théâtre Ouvert, bientôt au 159 avenue Gambetta

Adieu à la cité Véron dans le XVIII ème arrondissement de Paris, un nid de poésie où vécurent Boris Vian et  Jacques Prévert: Théâtre Ouvert s’installe au 159 avenue Gambetta dans le XX ème… La société du Moulin Rouge a en effet mis fin au bail et récupéré au profit d’autres divertissements, le lieu, entre autres, la salle de la coupole, qui abrita les spectacles de Théâtre Ouvert. Ce laboratoire des écritures dramatiques contemporaines, Lucien Attoun, son directeur avec Micheline Attoun, l’avait baptisé avec bonheur : jardin d’hiver. Une serre chaleureuse où de nouveaux auteurs se préparaient à leurs premières sorties…

 

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Le 159 avenue Gambetta à Paris (XX ème) va donner inévitablement une nouvelle dimension aux lectures, mises en espaces, mises en scène… Dans le bâtiment remis à neuf, repensé sans perte d’espace, on trouvera deux studios de répétition et de travail, des lieux de stockage et réunion avec une petite terrasse pour fumeurs… Et une petite salle de quatre-vingt quinze places au premier étage, complètement réaménagée et la grande salle, elle, inchangée de deux-cent soixante places avec un vaste plateau de douze mètres cinquante d’ouverture.  De quoi travailler et faire du théâtre en vraie grandeur, avec une donnée nouvelle : le quartier…

Théâtre Ouvert -appartenant à l’État, donc à la République-  doit être exemplaire: ce nouveau lieu qui était gaspilleur d’énergie, a donc été « verdi », grâce, entre autres, à une isolation extérieure. Un signal, déjà: le hall d’accueil, bas de plafond – mais il n’était pas question de modifier la structure plus que de raison – s’éclaire et respire. Grâce à de vastes baies sur l’allée qui le longe et qui sera végétalisée. Une buvette est prévue, assez modeste pour ne pas faire de l’ombre aux cafés voisins, et un coin lecture qui, dans le même esprit, invitera le public à fréquenter la librairie voisine. Clin d’œil : le design des poignées de portes d’entrée avec le logo de Théâtre Ouvert, parfait dans cette fonction…

Cette remise à neuf  donne un coup de jeunesse à l’histoire déjà longue du théâtre populaire. Quand fut construit le Théâtre National de la Colline, rue Malte-Brun, sur le site de l’ancien cinéma Le Zéphyr où était installé le Théâtre de l’Est Parisien, pionnier de la décentralisation théâtrale dans Paris même, Guy Rétoré et son T.E.P. déménagèrent eux dans leur ancienne salle de répétition, au 159 avenue Gambetta. La grande salle décorée de bois, accueillait classiques et pièces de théâtre épique de tout âge. La petite salle, moins commode, permettait d’expérimenter des «pièces de chambre» mais les auteurs contemporains n’y étaient pas systématiquement confinés. Après Jean Cosmos, John Arden, Peter Haks… Guy Rétoré invita aussi au T.E.P. : Armand Gatti, Franz Xaver Kroetz, Jacques Lassalle, Michel Vinaver, Denise Bonal, Daniel Besnehard… Après Guy Rétoré, Catherine Anne, nommée directrice, fit, des écritures des auteurs vivants et de leur promotion, l’axe même de sa mission et en particulier vers le jeune public. Elle mit en scène ses pièces -publiées chez Actes Sud-Papiers et à l’École des loisirs- mais aussi celles de Carole Thibaut, Nathalie Papin, Fabrice Melquiot, Suzanne Lebeau, Claudine Galéa, Carole Fréchette, Philippe Dorin, etc. Des auteurs dont les pièces et les noms se sont peu à peu inscrits dans la mémoire du public et bien au delà du «159 ». Des noms que l’on retrouve aussi dans l’histoire de Théâtre Ouvert.

En regardant en arrière, on se dit que la transmission s’est faite non sans orages parfois, mais bel et bien. Au 159 avenue Gambetta, il y aura un Centre National dont la population de ce quartier en a, quoiqu’elle en pense, la mémoire, et le sentiment qu’il lui appartient. Avec ses inventions joyeuses débordant le théâtre, comme les courses de vélo qui seront organisées autour de 325.000 francs, un roman de Roger Vailland, adapté par Daniel Besnehard. L’acte IV de la vie théâtrale du 159 : on a hâte de voir…

 Christine Friedel

Théâtre Ouvert, Centre National des dramaturgies contemporaines, 159 avenue Gambetta, Paris (XX ème). Ouverture prévue en février prochain.

A écouter actuellement : Paradis artificiel, le cabaret des oxymores, 6 ème Festival du Jamais lu- Théâtre Ouvert.  http://www.jamaislu.com/festival-du-jamais-lu-paris/

À lire : les Tapuscrits, éditions de Théâtre Ouvert.

 


Le Mouffetard entrouvre ses portes à Buffles de la compagnie Arnica

Cie Arnica_BUFFLES, une fable urbaine -photo Michel Cavalca (7)

Photo Michel Cavalca

Le Mouffetard entrouvre ses portes à Buffles de la compagnie Arnica

 Nous aurions dû voir en novembre, sur cette scène la pièce de Pau Mirò, adaptée pour la marionnette par Emilie Flacher … Ce sera partie  remise la saison prochaine. En attendant, le Théâtre des arts de la Marionnette a offert à la compagnie Arnica d’occuper le plateau pendant une semaine et a invité quelques professionnels à partager son travail. Installée à Bourg-en-Bresse depuis 1998, Emilie Flacher, metteuse en scène et constructrice de marionnettes, a signé une vingtaine de spectacles tout public ou pour adultes. Son répertoire  donne une grande place aux écritures contemporaines. comme en témoigne Buffles, adapté du premier volet de la Trilogie Animale du dramaturge catalan, qui comporte aussi Lions et Girafes. La pièce présente une fratrie de buffles qui grandissent dans la blanchisserie familiale, sous la menace des lions,  hantés par les lourds secrets de leur parents. Racontée par des enfants, le récit est d’une violence extrême, à l’image d’un pays où rôdent encore les fantômes du Franquisme… « Une pièce chorale à cinq voix, dit la metteuse en scène. Une fable animale où l’auteur s’empare d’une situation sociale. »

 Nous ne verrons pas Buffles ce jour-là:  seulement quelques-unes de ses marionnettes aux beaux masques de bovins. Mais nous aurons entendu des extraits du texte dits par les cinq comédiens. La compagnie a choisi, à l’issue de cette résidence au Mouffetard, de revenir à la lumière de Bertolt Brecht, sur la dramaturgie du spectacle, joué près de deux cents fois depuis sa création en 2019. «Un luxe, dit Emilie Flacher, car d’une représentation à l’autre, on n’a jamais le loisir d’analyser et de faire évoluer un spectacle. »  Les acteurs racontent comment ils ont profité de ce temps pour réfléchir aussi sur leur pratique et sur le rapport acteur/marionnette, en se plongeant dans L’Achat du cuivre/ Entretien à quatre sur une nouvelle manière de faire du théâtre. Dans ces fragments, écrits entre 1937 et 1951, Bertolt Brecht, le père de la fameuse «distanciation» répond déjà aux préoccupations de la compagnie Arnica : «On parle beaucoup de distanciation dans la marionnette ». L’Achat du cuivre commence par une pièce inachevée où Le Philosophe, Le Comédien, La Comédienne, Le Dramaturge dialoguent à propos du théâtre, un fois le public sorti tandis que le Machiniste, qui démonte le décor, les interrompt.

 « Prends ton temps dit le philosophe au Comédien, tu n’as pas l’habitude de prendre ton temps. » « Je vais réfléchir, lui répond-il. » Réfléchir en l’absence des spectateurs, après coup, n’est-ce pas la situation de maintes compagnies, pendant ce double confinement ? Et d’un bonne partie de la profession théâtrale ? Avec ce retour aux sources brechtiennes et en s’abreuvant d’autres grandes figures du théâtre contemporain, chacun aura pu mettre à profit cette “distanciation“ imposée par les mesures sanitaires, pour interroger ses pratiques.  Que fabriquons-nous ? Pour qui ? Y compris, nous autres, chroniqueurs  allant d’un spectacle à l’autre, produisant nos critiques au jour le jour…  «  Nous n’avons rien contre la critique, quand elle est sensée. Elle l’est trop rarement », dit Le Dramaturge dans la pièce inachevée de Bertolt Brecht.

 Mireille Davidovici

Le Mouffetard, Théâtre des arts de la marionnette, 73 rue Mouffetard,  Paris (V ème) T. : 01 84 79 44 44

 Buffles le 9 mars, festival Marto, Théâtre de Châtillon (Hauts-de-Seine)  et le 21 Mars,Théâtre de Charleville-Mézières (Ardennes) ; en juillet, au Festival d’Avignon.
La compagnie Arnica présente  parallèlement de petites fables contemporaines pour jeune public qui ont été commandées à des autrices : Les Acrobates de Julie Aminthe et L’Agneau a menti d’Anaïs Vaugelade. 

Buffles, traduction de Clarice Plasteig, Editions Espaces 34.

L’Achat du cuivre, traduction de Béatrice Perregaux, Jean Jourdheuil et Jean Tailleur, L’Arche éditeur.

 

 

 

 


La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau, mise en scène de Thomas Moschopoulos

La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau, traduction et mise en scène de Thomas Moschopoulos
 

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Noctambule, grand amateur de soirées sur les boulevards, Georges Feydeau fréquentait assidûment les cafés et brasseries de la capitale où il observait avec plaisir la faune des Parisiens en goguette. Dès 1894, il établit son quartier général chez Maxim’s, un grand restaurant fondé un an auparavant et devenu, en peu de temps, très à la mode. Il y dîne presque tous les jours avec le tout Paris: dandys, artistes, écrivains… Cette maison lui inspira cette pièce, l’une de ses plus célèbres et qui fut créée à Paris en 1899.

Le personnage principal est une danseuse de chez Maxim, surnommée la Môme Crevette. Maligne, canaille, provocante, elle a la répartie facile et mène le jeu. Ne songeant qu’au plaisir, elle devient l’incarnation de  la « vie parisienne ». Dès les premières scènes, cette cocotte est à l’origine d’une histoire d’adultère, que son complice d’un jour, le Docteur Petypon, essaye de cacher avec déguisements, changements d’identité, mensonges, fuites, cachettes et autres subterfuges traditionnels du vaudeville. La pièce longue et à l’intrigue très moderne mais compliquée et avec une trentaine de personnages, alterne quiproquos, bévues et scènes de séduction ou divertissement selon les règles du genre.

L’atmosphère fin de siècle est fidèlement retranscrite et la Môme Crevette à qui la plupart des hommes voue un véritable culte, danse un remarquable french cancan. La pièce reflète les préoccupations scientifiques de l’époque: deux protagonistes sont médecins et utilisent un «fauteuil extatique» directement inspiré des expériences contemporaines sur le magnétisme, pour endormir leurs patients. Ainsi à l’acte III, plusieurs personnages sont magnétisés en même temps. Extatiques et plongés en plein rêve, ils forment une chaîne humaine et réalisent les actions les plus farfelues dont ils ne se souviendront plus à leur réveil. La science entre ainsi au service du comique avec des imbroglios jalonnant la pièce. Ici, rationalité scientifique et monde de l’absurde ont partie liée.

Thomas Moschopoulos, en traducteur habile, a su respecter l’oralité de la communication quotidienne chez Feydeau et conférer  aux expressions populaires ou argotiques des personnages une densité sonore savoureuse. Une discrète allusion sexuelle surgit des chansons interprétées avec une belle allégresse et un humour léger… Le spectacle, fidèle à l’esprit du dramaturge français, est de grande qualité: le metteur en scène a réussi à saisir le rythme frénétique, les tons et l’esthétique du burlesque et à actualiser la pièce. Les nombreux acteurs- tous remarquables- incarnant les personnages de Georges Feydeau avec vivacité, les costumes exubérants de Claire Bracewell, la musique de Corneille Selamsis, les éclairages de Nikos Vlassopoulos, le décor majestueux d’Evangélie Thérianou: tout ici amuse beaucoup le public grec en cette période de confinement…
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Spectacle vu le 28 novembre en retransmission en « streaming » du Théâtre National de Grèce, Athènes.  


Démission de Jean Lambert-wild…

Démission de Jean Lambert-wild… 

Démission de Jean Lambert-wild... dans actualites

© Jean Lambert-wild

Le directeur du théâtre de l’Union-Centre Dramatique National de Limoges, a annoncé sa démission après plusieurs mois de conflits : «Face au profond désaccord d’une partie du personnel du Théâtre et des élèves de l’Académie de l’Union à mon égard, comme à celui de mon projet artistique, j’ai décidé de quitter, au 31 décembre 2020, mes fonctions de directeur du Théâtre de l’Union et de l’Académie. » Une décision courageuse mais devenue inéluctable après cinq ans d’exercice, vu une situation impossible à gérer plus longtemps. Comment en effet réussir à faire vivre un théâtre quand un violent désaccord entre le directeur et l’administration du lieu est permanent…

L’incendie qui couvait déjà, remonte à début octobre mais Jean Lambert-wild en était bien conscient: « Le rapport d’inspection du Ministère que j’ai pu lire en juin dernier m’avait permis de prendre conscience qu’un mal-être s’était exprimé, pointant des incompréhensions liées à ma personne ou au projet que je porte pour le Théâtre de l’Union et de l’Académie de l’Union. J’en avais pris la mesure. C’est pourquoi, j’avais anticipé la possibilité de mise en œuvre d’un audit des Ressources Humaines aujourd’hui accompagné d’une médiation extérieure. Cette proposition est désormais validée par Monsieur le directeur régional des affaires culturelles.Nous devons trouver le chemin du dialogue et concevoir les moyens de sa résolution. Il nous faut construire les conditions de l’apaisement et conserver la confiance de notre public. »

Mais, quelques jours après, lors de la première de L’Occupation d’Annie Ernaux, mise en scène par Pierre Pradinas et jouée par Romane Bohringer, des employés du théâtre de l’Union sont montés sur le plateau -malheureusement, Jean Lambert-wild était absent en tournée avec son dernier spectacle- et ont lu au public une lettre qu’ils avaient adressée à Roselyne Bachelot, ministre de la Culture. Ils accusaient la Direction « mettant ,selon eux, clairement en danger certains membres du personnel et nuisant au bon fonctionnement du théâtre». Des mots impitoyables qui peuvent rendre les choses irréversibles… Selon Annabel Poincheval, une inspectrice à la Direction de la Création artistique au Ministère de la Culture, venue en mars dernier à Limoges comme cela se fait régulièrement dans les C.D.N., il y aurait eu selon son rapport, des «conditions de travail inquiétantes, autant physiques que morales» et aussi une «souffrance au travail». Pour Richard Doudet, avocat représentant une partie des membres du personnel, il y a «des faits graves, précis, concordants et largement documentés, permettant de qualifier la situation, de harcèlement moral au travail». En revanche, nombre de professionnels du théâtre ont soutenu Jean Lambert-wild devant ces accusations de faits très graves, rarement entendues dans le milieu. Que, bien entendu, il récuse: «Les ressentis très forts rapportés dans ces courriers n’ont fait l’objet d’aucune alerte, d’aucune remontée des instances sociales».

Tout se passe comme si avait eu lieu une série de règlements de comptes avec, sans doute à la clé, une volonté sournoise sur fond de jalousies et luttes internes de se débarrasser d’un homme qui n’a pas démérité loin de là… Il y a eu à l’origine de ce tsunami, ce rapport d’Annabel Poincheval. Le personnel et les élèves-acteurs de l’Académie, lui avaient fait part à l’occasion de son inspection (mais il faut signaler qu’elle n’était pas venue pour cela) des difficultés rencontrées, mais, disent-ils, sans résultat. Ils ont alors décidé d’interpeller le public. Annabel Poincheval a trouve « élevé le montant du salaire annuel du directeur. » Les droits d’auteur sur les pièces de Jean-Lambert-wild sont aussi mis en question, au motif que « cela peut, sans sortir du champ purement légal, paraître discutable au regard du salaire déjà perçu et surtout dans le cadre d’une mission de service public. Il faut souligner un des choix dans le fonctionnement comme l’essentiel des charges et produits de tournées pour ses productions.»

Est aussi pointée du doigt, «la communication concernant ses pièces de théâtre effectuée par une salariée, mobilisant du temps de travail de la chargée de communication. Et cette inspectrice enfonce un peu plus le clou: «Sans être, sur le fond, exceptionnelle dans le paysage des C.D.N., cette tendance à concentrer les moyens de création sur le travail d’un directeur dessine un fonctionnement plus proche de la compagnie. Générant ici un faible taux de recettes propres, ce fonctionnement met, à terme, en danger les équilibres budgétaires. »Comprenne qui pourra cette dernière phrase! Comme si les C.D.N. ne devaient pas emmener leurs spectacles en tournée mais faire absolument des bénéfices.

Rappelons à Annabel Poincheval -qui le sait sans doute parfaitement- que les comptes d’un des Théâtres nationaux sont dans le rouge depuis un moment, sans que cela ait des conséquences s pour lui… Quant à la “souffrance au travail”, Jean Lambert-wild en a été informé par ce rapport ,écrit sans trop de nuances, où sont dénoncés, en vrac: « perte de confiance de l’équipe envers une «Direction isolée, souffrance au travail” avec « arrêts-maladie et/ou accidents du travail en hausse » et «conditions de travail inquiétantes, autant physiques que morales auxquelles il s’agira de travailler rapidement pour rétablir un bon fonctionnement du théâtre et la sérénité” (…)«constat inquiétant de l’attitude du directeur vis-à-vis des élèves», «écarts de langage relatés parfois proches de l’insulte», «attitude autoritaire, sans écoute et autocentrée. »

Jean Lambert-wild a répondu aussi sec: d’abord, contrairement aux dires de ce rapport, ses productions, dit-il font un bénéfice de plus 5% ! Il lui aurait été aussi reproché un déficit sur son spectacle La Chanson de Roland… qui n’a pas encore été créé ! Et qui, vu les circonstances, ne le sera pas à Limoges mais en janvier prochain au Théâtre de la Tempête à la Cartoucherie de Vincennes. Quant son salaire, il dépasse de peu celui de son prédécesseur Pierre Pradinas, dit-il, et il est selon lui justifié puisqu’il dirige depuis quatorze ans un Centre Dramatique National, d’abord à Caen puis à Limoges. Et, dit-il aussi, il n’y a pas eu doublement du nombre d’arrêts de travail : ils sont passés en effet passés de dix à treize entre 2018 et l’an passé. Effectivement, un rapport ministériel doit être exact et précis. « Et aucune alerte, dit-il, des représentants du personnel ou de l’administratrice.

Quant au côté sexiste dont on l’accuse: « Je ne peux, dit-il, que réfuter toute attitude ou remarque sexiste, on est un des premiers théâtres à avoir inscrit la parité. L’ensemble des cadres nommés ou engagés au théâtre sont des femmes, non parce qu’elles sont des femmes, mais parce qu’elles sont très compétentes. Je ne comprends pas… » A la décharge de Jean Lambert-wild, metteur en scène et directeur: un bilan positif, comme en témoignent d’anciens salariés de la Comédie de Caen et une lettre signée par nombre de personnes qui ont travaillé avec lui. Jean Lambert-wild peut être exigeant et ironique, voire un peu dur. Mais, généreux, ce bourreau de travail sait aussi s’excuser. Quant au budget incriminé par Annabel Poincheval, on ne voit pas très bien ce qu’on peut lui reprocher. Et selon des sources bien informées, le Ministère de la Culture n’aurait ensuite rien dit  de négatif sur son exercice budgétaire (un rétropédalage selon les normes actuelles?) Mais il aurait quand même gentiment Jean Lambert-wild poussé vers la sortie!  C’est valorisant -et pas si fréquent- pour un C.D.N. d’avoir un directeur qui écrit des textes et les met en scène, tout cela sans déficit: ce qui n’avait pas été le cas de son prédécesseur à la Comédie de Caen…

Que demande au juste cette dame qui répète le mot: inquiétant comme un mantra? On pourrait aussi se passer d’artiste-directeur dans les C.D.N. et nommer un administrateur qui ferait juste une petite programmation bien sage. On peut reprocher beaucoup de choses, ne pas être toujours d’accord avec certains des spectacles de Jean Lambret-wild -et nous l’avons parfois été- mais il y en a peu qui auront, comme lui, pris des risques et fait bouger les lignes d’un C.D.N. Dans ce cas, bien entendu on ne se fait pas que des amis et il y faut du travail, une sacrée énergie et un souci du bien commun. Jean Lambert-wild, lui, partira de Limoges, sans laisser de trou… De l’Académie, il nous a souvent parlé avec optimisme et, s’il a pu avoir des paroles maladroites envers un ou une élève -qui n’en a pas?-  il n’y a tout de même pas de quoi hurler avec les loups. D’autant qu’il aurait été seulement quelquefois en contact avec les élèves Qu’aurait-on alors dit de Jérôme Savary, quand il avait quelquefois des mots un peu forts, voire durs avec les employés comme avec les élèves de l’Ecole du Théâtre National de Chaillot… Qui le respectaient et l’aimaient pourtant. Et il les a souvent employés (une trentaine de fois en onze ans !), parfois même pour tenir un rôle important…

Tiens! Justement comme Jean Lambert-wild. Mais les élèves de l’Académie n’ont pas tous eu droit à la parole, on se demande bien pourquoi! Il dit avoir toujours eu «le souci constant du bien-être et de leur sécurité »et  aura aussi -une grande première en France- permis à de jeunes Français d’Outre-mer, de venir acquérir une formation d’acteur à l’Académie, dans une belle ancienne villa au calme, tout près de Limoges. Nous les avons rencontrés une fois ces jeunes originaires du bout du monde. Visiblement recrutés avec soin, ils semblaient bien accueillis par leur camarades de la métropole, heureux et fiers d’être là, même s’ils avaient dû s’habituer au climat un peu rude en hiver. Ils étaient reconnaissants à Jean Lambert-wild de leur avoir donné une telle chance et travaillaient beaucoup. Ce n’est pas rien d’avoir réussi un tel pari. Et il aura aussi fait aménager une salle de répétitions qui manquait  vraiment à ce C.D.N. sans beaucoup de moyens, et su créer des partenariats avec les entreprises du Limousin…

Harcèlement, sexisme, discrimination… comme on l’a écrit, c’est un peu facile et racoleur. Selon une source proche du dossier comme on dit encore, certains salariés disent aujourd’hui avoir été naïfs et intimidés. Nous sommes allés  voir presque toutes les créations de ce C.D.N. depuis l’arrivée de Jean Lambert-wild et avons toujours été très bien accueillis par une équipe soudée. Alors, pourquoi en est-on arrivé à un tel gâchis et à ce qu’il faut bien appeler le lynchage de cet homme qui a sans doute commis des erreurs et maladresses mais qui n’a en rien démérité. Tout cela n’est pas bien glorieux… Le Ministère avait sans doute d’autres chats à fouetter et ne peut pas tout faire.  Mais « mal  nommer les choses, écrivait Albert Camus, c’est ajouter au malheur du monde ». Le Théâtre de l’Union est en effet Centre Dramatique National et appartient donc à la Nation, donc à l’Etat. Il doit être alors aidé, en cas de coup dur, par son Ministère dit de tutelle. Mais il semble qu’il n’y ait pas eu grand-chose de réalisé pour aider ce C.D.N. à résoudre cette grave crise. Maintenant, trop tard, le mal est fait et il faudra un moment pour qu’il retrouve la sérénité! Bon courage au succsseur…

Des différends pas faciles à résoudre, il s’en produit dans les Théâtres Nationaux comme dans les Centres Dramatiques Nationaux, ni plus ni moins que dans toutes les entreprises privées… Mais au C.D.N. de Nanterre, Philippe Quesne en conflit avec la mairie de Nanterre (Hauts-de-Seine) a démissionné. Et à Béthune, Cécile Backès, qui avait réussi à maîtriser une crise du même genre, démissionne elle aussi, après la fin de son second mandat de trois ans, alors qu’elle aurait très bien pu rester… Gentiment poussée elle aussi vers la sortie par le Ministère? On peut se poser la question… Le milieu du théâtre est tout, sauf tendre comme on le croit souvent mais, au-delà des conflits de personnes, c’est bien, une fois de plus, le statut même de cette institution, créée juste après la seconde guerre mondiale, qui est devenu obsolète et il serait grand temps d’avoir un peu d’imagination et d’imaginer un statut plus conforme avec notre époque. Quand il y a trois exemples de graves dysfonctionnements en un an, on peut se demander s’il n’y a pas urgence. Roselyne Bachelot ne semble pas très pressée de parler de cette affaire nauséeuse qui ne donne pas une image très forte de ce Ministère…

Philippe du Vignal      


Sexe, amour et cornichons de N. Helluin et A. Faucher, mise en scène de Mickaël Monnin

Sexe, amour et cornichons de Nadège Helluin et Anaïs Faucher, mise en scène de Mickaël Monnin

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Répétition générale d’un spectacle dans la salle du Théâtre de l’Unité à Audincourt (Doubs) qui accueille en résidence cette compagnie. Sexe amour et cornichons doit se jouer dans les collèges et lycées près de Lunéville en Lorraine. C’est un exposé sur l’éducation sexuelle que deux élèves de première font aux plus jeunes. Nadège Helluin et Anaïs Faucher qui ont écrit la pièce, la jouent aussi: « Ce spectacle autour de la sexualité est née d’une création de l’atelier Salmigondis mené par Nadège Helluin en 2015-2016 avec des adolescentes sur les changements physiques et hormonaux liés à la puberté. Ce travail puis les échanges avec les acteurs et spectateurs ont nourri une réflexion plus générale sur la manière d’aborder la sexualité au moment de l’adolescence: quels sont mes propres souvenirs d’ado sur les cours d’éducation sexuelle (et le potentiel traumatisme qui y est lié), les premiers émois et expériences. »

Les actrices ont la trentaine mais incarnent habilement ces jeunes avec leur langage et sont très crédibles… Elles vont se mettre à jongler avec tout ce qui est tabou quand on est adolescent: règles, puberté, et surtout consentement à l’acte sexuel symbolisé par une saynète, Les Cookies. « Est ce que ça te dirait de manger avec moi? J’aimerais bien parler de la taille de la bite», dit Anaïs en se maquillant. «Est-ce que tu te masturbes?» lui demande sa mère. Le viol : « lié à la hauteur de la jupe. La cause d’un viol, c’est toujours un violeur. La sexualité idéale, ça n’existe pas ! » Les actrices décrivent l’acte:  «Tu imagines comme on peut parler de plaisir, à la place de l’orgasme. »

La représentation dure cinquante minutes avec un bon rythme et c’est bien joué. Ensuite, on discute… « La fin n’est pas bien trouvée, dit Hervée de Lafond, codirectrice du Théâtre de l’Unité mais ce que vous faites est important. »Un théâtre très utile qui parle de problèmes que les jeunes gens n’osent pas toujours aborder. Mais mystère… Comment va réagir l’Education Nationale ?

Edith Rappoport

Répétition générale vue le 20 novembre au Studio des Trois Oranges, Théâtre de l’Unité, Audincourt (Doubs). Compagnie Azimuts1 rue de l’Abbaye, 55290 Montiers-sur-Saulx. T. :03 29 78 66 60


TransDanses au collège et au lycée par l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône

TransDanses au collège et au lycée par l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône dans actualites breakstorylycee1espacedesarts

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TransDanses au  collège et au lycée par l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône

Nouveau directeur de cette Scène Nationale depuis janvier, Nicolas Royer avait imaginé un festival qui devait se tenir du 10 au 21 novembre. Face au second épisode de l’épidémie, loin de se décourager, il adresse cette première édition à la jeunesse. « Un an de direction avec six mois de confinement, on commence à savoir s’adapter ! A force de jongler avec les reports, on sait faire dans la cavalerie légère. Il faut mettre nos outils au service de la création et essayer d’inventer. »

 Déjà, lors du premier confinement, le théâtre s’est transporté vers les E.H.P.H.AD. avec Cabaret sous les balcons (voir Le Théâtre du Blog): «On a joué dehors, dans  les parcs, les jardins et les cours d’une trentaine d’établissements en Saône-et-Loire. Quand est arrivé le deuxième confinement, comme c’était très difficile pour la jeunesse, on s’est dit qu’on allait essayer de la faire danser. » Et, en quelques jours, l’équipe de l’Espace des arts et certains artistes invités au festival ont proposé une  «parenthèse chorégraphique »  aux collèges et lycées et à leur communauté éducative».  La majorité des principaux et proviseurs a accepté : « Le monde enseignant est un relais qu’on a depuis des années. Et, après Cabaret sous les Balcons qui a eu l’honneur de la presse jusqu’au New York Times, on nous a fait confiance. »

 Transdanses plante son chapiteau pour une semaine dans un établissement scolaire. Le programme pour plusieurs classes, tous niveaux confondus, est défini en amont avec les enseignants et le personnel administratif. Il se déroule en trois séances pendant le temps scolaire, en général sur les heures de sport ou d’histoire de l’art. Première séance, Breakstory : Olivier Lefrançois raconte l’histoire du hip-hop, accompagné par deux danseurs et un D J. Popularisé en France par Hip-Hop émission extraterrestre, une émission de télévision en 1984, cette danse a depuis gagné les scènes contemporaines. Après sa conférence, le chorégraphe et ses complices proposent aux élèves de danser à leur tour. D’abord surpris, ils s’y mettent volontiers.

 Deuxième séance,  I-Dance : les élèves et enseignants volontaires  scannés en 3D  peuvent voir leur corps se transformer en avatar. Pris en charge par des programmes fabriqués à partir de chorégraphies numérisées, ces avatars-danseurs composent un ballet projeté sur grand écran. Les jeunes gens se  voient danser dans des chorégraphies François Chaigneau, Gisèle Vienne et les autres artistes, parties prenantes de cette expérience.  Véritable prouesse technologique, cette installation peut aussi être vue par chaque élève sur : espace-des-arts.toutlemondedanse.com,  pour personnaliser son avatar : changement de costume, de tête, etc. Il peut aussi choisir sa musique et une chorégraphie parmi  celles  proposées ainsi que des partenaires-avatars.

Une troisième séance est consacrée aux danses sociales mais, covid oblige, avec  les distances obligatoires. Malgré les règles sanitaires, la première semaine du festival qui a eu lieu dans un lycée, a remporté les suffrages :  «Vendredi dernier, se réjouit Nicolas Royer, les gamins étaient tellement contents, qu’au lieu d’aller manger, ils ont préféré rester danser ensemble. »

 L’idée de Nicolas Royer: organiser une grande “dance floor party“ en fin de saison». Et il entend dans ses prochaines programmations, offrir une vraie place à la danse : «C’est le milieu artistique qui a le plus souffert. Le théâtre a pu se reprendre avec des lectures et une profusion de projets et captations. Les danseurs, eux, ont des carrières plus courtes et ont besoin d’un soutien massif. Les corps sont abimés par ces arrêts et nombre d’entre eux décident de se reconvertir dans la permaculture, les cours de yoga, ou de s’engager dans des O.N.G… »

 Mireille Davidovivi

Du 16 novembre au 18 décembre. Espace des Arts, 5 bis avenue Nicéphore Niepce, Chalon-sur-Saône (Saône et Loire). T. : 03 85 42 52 00.

 


Livres et revues

Livres et revues

 Lagarce une vie de théâtre de Jean-Pierre Thibaudat

 Jean-Luc-Lagarce-une-vie-de-theatreC’est la réédition d’un livre en version plus courte. Il se lit comme le roman d’une vie pleinement assumée par son auteur, avec son lot de souffrances  personnelles mais aussi de bonheurs dans l’écriture mais aussi dans ses amours des deux sexes.  Une vie déchirée qui fut longtemps déchirée par la maladie crânement assumée. Jean-Pierre Thibaudaut qui l’a bien connu, nous rend avec un grand talent d’écriture, la vie de ce jeune homme assoiffé de philo mais aussi de théâtre, qui restera avec quelques-une de ses pièces comme un auteur-culte et un très bon metteur en scène. Resté  toute sa vie fidèle à sa région d’origine, ce qui n’est pas si fréquent dans le milieu théâtral.
Ce dramaturge français le plus connu de la deuxième partie du vingtième siècle avec Bernard-Marie Koltès (1948-1989) né comme lui dans l’Est de la France, a habité en Franche-Comté à Valentigney. Il est  mort comme lui jeune -au même âge ou presque- il avait  trente-huit ans. Et tous deux emportés par le sida ! Nous l’avions peu connu mais la dernière fois que nous l’avions vu en 93, il nous avait apporté pour un article, une photo de La Cantatrice chauve qu’il avait remarquablement mis en scène avec une drôlerie et une rigueur qui donnait une nouvelle jeunesse à la pièce. Il était là silencieux dans le cadre de la porte de notre bureau à Chaillot, déjà très amaigri par la maladie mais avec un beau sourire généreux. Nous avions parlé un peu mais on avait peu de temps l’un et l’autre.  Il est décédé peu de temps après…
Si le théâtre de Koltès fut assez vite reconnu, celui de Lagarce, metteur en scène déjà expérimenté, ne le fut vraiment qu’après sa mort: à la toute fin des années quatre vingt. Vieille histoire  des milieux artistiques qui rappelle celle de la sculptrice polonaise Alina Szapocznikow, l’épouse du grand graphiste Roman Cieslewicz, qui vendit peu de ses œuvres. Aussitôt après son décès, les plus grands musées achetaient ses sculptures… Dur, dur, cet épisode qui affecta beaucoup Cieslewicz : il n’avait vraiment pas besoin de cela en plus…

Depuis, les textes de Jean-Luc Lagarce ont été traduits en vingt-cinq langues. Et Juste la fin du monde  a été inscrite au programme de 2008 à 2010, de l’épreuve théâtre du baccalauréat et en 2012 des agrégations de lettres modernes, de lettres classiques et de grammaire.. Et rebelote, au programmes des classes de premières générales et technologiques du baccalauréat français 2021. Xavier Dolan en a tiré un film en 2016…. Juste la fin du monde est aussi entrée au répertoire de la Comédie-Française

« Fils d’ouvriers chez Peugot et fier de l’être (pas le genre à renier ses origines, ni à renier quoi que ce soit d’ailleurs) Jean-Luc est un enfant élevé au biberon des valeurs protestantes, dominantes dans la région”, dit finement Jean-Pierre Thibaudat. Il commença le théâtre au lycée et joua Oreste dans Electre de Jean Giraudoux  mais aussi  Cristy Mahon dans Le Balladin du monde occidental de Synge avec déjà sa camarade Mireille Herbstmeyer qui devint une excellente actrice.
Puis il s’inscrit en 75 au Conservatoire de Besançon mais aussi en philo à l’Université de Besançon. Et il fonda trois ans plus tard avec ses copains de fac sa compagnie La Roulotte, un nom choisi en hommage au nom de celle de Jean Vilar. Toujours à Besançon dans un appartement. Il réussit à obtenir une maîtrise de philosophie, Théâtre et Pouvoir en Occident mais il abandonnera une  thèse sur la notion de système chez Sade.

De plus en plus attiré par le théâtre, il écrira une face domestique La Bonne de chez Ducatel, nettement influencée par Ionesco puis une adaptation de L’Odyssée d’ Homère dont certains des thèmes préfigurent ceux de pièces comme J’étais dans ma maison et j’attendais que la nuit tombe  ou Juste la fin du monde.  Il a seulement vingt-deux ans il mettra en scène  sans beaucoup d’argent mais avec ses fidèles acteurs, Va et vient, Pas et Pas moi , trois courts textes de Samuel Beckett sans guère de spectateurs. Mais Jacques Fornier à Besançon qui vient de mourir ( voir Le Théâtre du Blog)  et Lucien et Micheline Attoun, les directeurs à l’époque de Théâtre Ouvert vont l’épauler. Il monta Turandot d’après Gozzi. Et enfin Voyage de Madame Knipper vers la Prusse orientale connaît le succès  à Théatre Ouvert. A Théâtre Ouvert, Lucien Attoun au regard acéré, n’est pas toujours  très chaud pour accueillir les pièce de ce jeune auteur encore très peu connu à Paris.
Lagarce montera Phèdre, déjà publiée en tapuscrit par Théâtre Ouvert avec Mireille Herbstmeyer et Guislaine Lenoir à l’Espace Planoise à Besançon en 82 avec un succès certain. Le spectacle partira même en tournée et dans le off à Avignon. Jean-Luc Lagarce sait s’entourer d’un cercle qui le, protègent comme son fidèle François Berreur, ou son ami Dominique ou encore Pascale Vurpillot, tous des amis de longue date..
Puis il y eut Hollywood, une création importante avec Daniel Emilfork, cet acteur hors-normes mais épatant- il avait quelque chose du  Filochard  des Pieds Nickelés. Une pièce nourrie de nombreuses lectures et de films américains mais qui n’eut pas le succès qu’elle méritait.

Et aussi en 1994 Les Règles du savoir-vivre dans La société moderne, un beau solo accueilli par Henri Taquet à Belfort et magnifiquement joué par Mireille Herbstmeyer, écrit ou plutôt “tricoté de façon inextricable”avec répétitions, accumulations, incises de  son cru” dit Jean-Pierre Thibaudat, à partir du fameux ouvrage des années trente de la baronne Staffe. Un texte où une fois de plus Jean-Luc Lagarce met en scène le théâtre lui-même avec un sens inouï du deuxième , voire du troisième degré.

Puis Jean-Luc Lagarce déjà très malade et qui était conscient du peu de temps lui restant à vivre,  écrit Juste la fin du monde en 90, donc juste avant son décès, à Berlin grâce à une bourse Léonard de Vinci. Traduite en plusieurs langues, entrée au répertoire de la Comédie-Française, cette pièce sur fond d’autobiographie est devenue un classique du théâtre contemporain. Elle a été inscrite au programme de 2008 à 2010 de l’épreuve théâtre du baccalauréat et en 2012 des agrégations de lettres modernes, de lettres classiques et de grammaire puis au programme du baccalauréat de français pour 2021. Ces retrouvailles  de Louis et de sa mère, de sa sœur Suzanne , d’Antoine son frère  et de sa belle-sœur Catherine à qui il veut annoncer sa mort prochaine, seront sur fond de reproches et tensions familiales … Et Louis repartira sans avoir rien dit…Louis  retrouve pour la première fois depuis longtemps, sa mère, sa sœur Suzanne, son frère Antoine et sa belle-sœur Catherine. Solitude, regard sur un parcours de vie, difficulté à dire les choses qui se dissimule sous une logorrhée s’emparant sous forme de monologues de tous les personnages…Une vraie et belle pièce, sans doute un peu en avance sur son temps : le privilège des grands auteurs… Deux semaines avant de mourir le 30 septembre 1995, comme le  rappelle Jean-Pierre Thibaudat, il  avait fini Le Pays lointain une pièce que lui avait commandée François Le Pillouër, alors directeur du Théâtre National de Bretagne. Elle sera finalement montée par Philippe Adrien au Théâtre de la tempête à la Cartoucherie de Vincennes…

 De tout cela traite cet excellent livre qu’on lit d’une traite et son auteur a eu la bonne idée de citer souvent le Journal que tint Jean-Luc Lagarce depuis l’adolescence, publié aussi aux Solitaires Intempestifs que dirige François Berreur. Et cela donne très envie de le relire. En prime, sur la couverture, une très belle photo du dramaturge à vingt ans.

Philippe du Vignal

Editions Les Solitaires Intempestifs, Besançon. 10 €
L’œuvre  théâtrale de Jean-Luc Lagarce est aussi publiée par cette même maison.

 La Chorégraphie, neuvième section de l’Académie des Beaux-Arts n°92

627A80CA-9C9D-4B6A-88DF-778DFBDFC282Il y a aussi  dans ce numéro un entretien de Nadine Eghels avec Didier Deschamps, le directeur de Chaillot- Théâtre National de la danse. Il souligne la «nécessité de présenter des démarches chorégrahiques venues du monde entier et pour Chaillot la nécessaire « fonction de présenter le spectre le plus large de la création » dans ce domaine.

Jiří Kylián , danseur et chorégraphe tchèque bien connu, membre associé étranger de cette section danse,  et dont on a souvent vu les spectacles en France, a une  réflexion sur le chant et la danse, discutable mais intéressante. «Frère et sœur mais dit-il, la danse est peut-être la plus personnelle. Il est plus facile de reconnaître quelqu’un par les yeux que par les oreilles.  Car la lecture visuelle est fondée sur la réalité, quand notre perception auditive est davantage liée  à la compréhension et à l’interprétation. »

A lire aussi un entretien avec Carolyn Carlson, « danseuse, chorégraphe, artiste visuelle » . Elle met l’accent sur quelques points essentiels de son parcours, notamment l’influence de son maître Alwin Nikolais mais aussi le boudhisme qui, dit-elle, fait partie depuis quarante ans de sa vie de femme et d’artiste… Et un article Le Phénomène Pina Bausch  de Brigitte Terziev, membre de la section Sculpture. L’auteure souligne le talent de la grande chorégraphe allemande à construire ses spectacles en dessinatrice « pour créer des positions cosmiques faites de lignes de fuite  et de mouvement perpétuel ».

Ph. du V.

Académie des Beaux-Arts, 23 quai de Conti, Paris (VI ème). T. : 01 44 41 43 20.


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