Qui sommes nous?

Une équipe de critiques rend compte,  jour après jour, des spectacles: théâtre, danse, arts de la rue, cirque, magie, performances, qu’ils voient en  région parisienne et en  province mais aussi à l’étranger.

Julien Barsan, conseiller dans une entreprise culturelle, est aussi critique dramatique.

Sébastien Bazou, ancien élève de l’Ecole des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias puis a cofondé l’association Artefake dont le magazine publie des articles sur l’histoire de la magie; il en est devenu un spécialiste.

Jean Couturier est critique dramatique et assistant du rédacteur en chef.

Mireille Davidovici, dramaturge, traductrice et conseillère artistique. A dirigé quinze ans l’association Aneth consacrée aux auteurs contemporains. Assistante du rédacteur en chef.

Christine Friedel, critique dramatique, est aussi conseillère artistique.

Véronique Hotte est critique dramatique et enseignante.

Elisabeth Naud, docteur en esthétique théâtrale, enseigne à l’Université Paris VIII, et est conseillère artistique.

Béatrice Picon-Vallin, directrice de recherches au C.N.R.S., auteur d’ouvrages sur le  théâtre russe, la mise en scène, et les rapports entre le théâtre et les autres arts. Elle dirige les collections : Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et Th. XX à L’Age d’Homme).

Edith Rappoport, critique de spectacles et spécialiste du théâtre de rue, été directrice des théâtres de Choisy-le-Roi et Malakoff, puis conseillère pour le théâtre à la D.R.A.C. Ile-de-France.

Stéphanie Ruffier est critique dramatique et enseignante.

Marie-Agnès Sevestre a dirigé la Scène nationale de Douai puis le festival des Francophonies à Limoges. Elle suit plus particulièrement les auteurs et projets francophones en France et à l’étranger.

Philippe du Vignal, rédacteur en chef du Théâtre du Blog, a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre national de Chaillot où il enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a été responsable de la rubrique:Théâtre, aux Chroniques de l’Art Vivant puis à Art press. Il a, entre autres, été critique dramatique aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture, et au quotidien La Croix.
Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, département scénographie.

Correspondants: Gérard Conio, professeur émérite de l’Université de Nancy et spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.
Nektarios G. Konstantinidis, traducteur et critique de théâtre, est enseignant au Département de langue et de littérature française à l’Université d’Athènes. Spécialisé en théâtre francophone contemporain, notamment en Grèce.
Alvina Ruprecht,
du département Théâtre à l’Université d’Ottawa, est une spécialiste du spectacle canadien anglo et francophone mais aussi caraïbéen.

Articles récents

Ruy Blas de Victor Hugo, mise en scène d’Yves Beaunesne

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Ruy Blas de Victor Hugo, mise en scène d’Yves Beaunesne

« Que chacun,  écrivait l’auteur en 1838 dans la préface de sa célèbre pièce, y trouve ce qu’il y cherche et le poète, qui ne s’en flatte pas, aura atteint son but. Le sujet philosophique de Ruy Blas, c’est le peuple aspirant aux régions élevées; le sujet humain, c’est un homme qui aime une femme; le sujet dramatique, c’est un laquais qui aime une reine. »

Hugo serait heureux de ces représentations et aimerait sans doute ce rituel de la montée du public au château, respirer le parfum du soir sur la terrasse (on se met à parler en alexandrins comme lui…), contempler l’amoureuse reconstruction d’un édifice démantelé à la Révolution au nom de l’égalité, pillé de toutes ses belles pièces.  Hugo qui s’attaquait à la “bande noire“ des démolisseurs et qui a sauvé en son temps Notre-Dame de Paris en l’édifiant dans son roman. Il aimerait cette grande scène élisabéthaine qui met chaque spectateur à portée des comédiens et la grande porte de la façade à l’antique, évoquant celle d’un théâtre grec. Et ce public bienveillant et divers.

Le dramaturge dit bien ce qu’il fait: c’est du théâtre pour tous. Donc, dans un royaume espagnol en pleine décadence, Don Salluste de Bazan, homme de pouvoir avide et amer, se voit exilé par la reine pour avoir séduit et abandonné l’une de ses suivantes, autant dire rien, pour ce misogyne qui use des femmes et les méprise. Condamné au mariage ! Réparer ! Un Don Salluste ne s’abaisse pas à cela et se venge. En deux mots : il va jeter la Reine dans les bras de son valet, affublé du nom de Don César. Un vrai Don César existe, cousin du méchant, noble ruiné, aventurier aussi joyeux que maltraité par le sort, un peu Cyrano, un peu d’Artagnan, qui fera quelques brillantes apparitions dans la pièce (Jean-Christophe Quenon).

Mais un valet est un valet, autant dire rien. Et le perfide banni le rappelle régulièrement à Ruy Blas : «Il m’a fait /Fermer une fenêtre… ». Entre temps, sous son nom de haute noblesse, le valet est devenu ministre de la Reine -le Roi est à la chasse : « Madame, il fait grand vent et j’ai tué six loups»… Il s’est attaqué, au nom du peuple souffrant, aux célèbres «ministres intègres » :  « Messieurs, en vingt ans, songez-y, /Le peuple, j’en ai fait le compte, et c’est ainsi ! /Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie,/ Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie,/Le peuple misérable et qu’on pressure encor,/A sué quatre cent trente millions d’or !/Et ce n’est pas assez ! »

Pour ces «Serviteurs qui pillez la maison!», inutile d’insister, la charge politique fait écho. Pour le potentiel comique de la pièce, révélé par le film La Folie des grandeurs avec Louis de Funès et Yves Montand, Yves Beaunesne le reprend à son compte, en donnant à cette histoire en accéléré un côté bande dessinée. Il a supprimé quelques personnages et concentré l’action grâce à des coupes ciselées. Il appuie le trait juste ce qu’il faut, avec la complicité des acteurs, de Jean-Daniel Vuillermoz qui a réalisé des costumes inspirés et de Cécile  Kretschmar qui a imaginé des masques inquiétants. On vous laisse la surprise quant à la robe royale et à la crinoline diabolique de la duègne…

Mais surtout il a radicalement rajeuni l’histoire d’amour entre le “ver de terre“  et l’ “étoile“. Marie de Neubourg, sorte de Sissi avant la lettre (Noémie Gantier) se débat à la cour contre un ennui furieux. Passe un jeune homme amoureux et honnête (François Deblock)… Le jeune Ruy Blas et la jeune Reine sont égaux dans le désir et l’amour : c’est le sens du mot final du drame.  Avec un  jeu centré sur la libération que représente l’amour pour cette femme enfermée, et la transgression pour ce laquais qui se sait homme. Liberté, Egalité…

Pour l’émotion, car nous ne croyons plus aux drames, demandez à la musique de Camille rocailleux et aux cordes d’Anne-Lise Binard et d’Elsa Guiet… Pour le plaisir, demandez à toute la troupe : Thierry Bosc en Don Salluste chafouin, d’une sobriété dangereuse, Guy Pion en (très) vieil amoureux chevaleresque et jaloux, et les “grands d’Espagne“, rats quittant le navire avec ce qu’ils peuvent de butin (Théo Askolovitch, Zacharie Feron, Maximin Marchand). Et puis ces figures féminines qui entourent la reine, Fabienne Luchetti en duchesse d’Albuquerque, raide comme le protocole et riche de la puissance de toutes ses frustrations, et Marine Sylf en Casilda, à l’opposé, toute en souplesse, gaieté et liberté.

Voilà une version allégée de Ruy Blas, qui ne se joue pas contre l’auteur (cela s’est vu, hélas !) : l’humour n’est pas le sarcasme mais la vérité du jeu, le point de contact avec une réalité où chacun se reconnaît. Une “série“ haletante, avec les trois objectifs de Victor Hugo généreusement remplis : distraire, donner à penser et émouvoir, même si c’est plutôt du côté du rire. Que demande le peuple ?

Christine Friedel

Château de Grignan (Drôme), Fêtes nocturnes, jusqu’au 24 août. T. : 04 75 91 83 65.

Du 8 au 10 octobre, Théâtre d’Angoulême /Scène nationale (Charente). Du 16 au 19 octobre, Odyssud, Blagnac (Gironde).

Les 5 et 6 novembre, Théâtre Firmin Gémier-La Piscine/Scène nationale, Chatenay-Malabry (Hauts-de-Seine). Du 12 au 15 novembre, Théâtre de Liège (Belgique). Du 19 au 23 novembre, Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) et  le 26, Théâtre de l’Olivier, Istres (Bouches-du-Rhône)

Les 5 et 6  décembre, Théâtres de la Ville de Luxembourg (Luxembourg). Et du 16 au 20 décembre, La Manufacture, Centre Dramatique National, Nancy (Meurthe-et-Moselle).

 

Janvier : du 8 au 18 Théâtre de la Croix Rousse, à Lyon (69). Du 22 au 26 Théâtre Montansier, Versailles (78)

 

Février : les 7 et 8 Théâtre Molière, Scène nationale de Sète (34). Le 11, Maison des Arts du Léman, Thonon-les-Bains (74)

Du 26 février jusqu’au 15 Mars, Théâtre Gérard Philipe, Centre dramatique national, Saint-Denis (93)

 

Mars : le 20, Théâtre Louis Aragon, Tremblay-en-France (93), les 24 et 25, Théâtre Auditorium de Poitiers (86), Scène nationale

 


Ordinary People de Jana Svobodová et Wen Hui, textes collectifs en tchèque et en chinois

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

 

Festival d’Avignon:

Ordinary People de Jana Svobodová et Wen Hui, textes collectifs en tchèque et en chinois (surtitrés) en français et anglais)

L’une est tchèque, l’autre chinoise, l’une, artiste et metteuse en scène et l’autre, danseuse. Elles ont souhaité confronter leur expérience de vie dans un état totalitaire communiste et leur aspiration à la liberté. Ces démarches se ressemblent : «Raconter des histoires réelles et travailler avec de vrais gens : “des  gens ordinaires“ »

Qui sont ces gens ordinaires? Qu’ont-il à raconter? Un projet commun entre Wen Hui, et Jana Svobodová et Ondrej Hrab, le fondateur de le compagnie présent sur scène, qui dirigent respectivement le Living Dance Studio de Pékin et l’Archa Théâtre de Prague. Ils ont invité des personnes de leur entourage, artistes, musiciens et techniciens de tout  âge à s’exprimer sur les événements qui ont marqué leur vie. On les retrouve tous ici à dire leur vécu intime, inévitablement lié à l’histoire mouvementée de leur pays, Chine et République tchèque.

Cette création collective rassemble trois danseuses et un musicien chinois, trois musiciens, un scénographe et un créateur lumière tchèques et un ancien ouvrier rencontré par Jana Svobodova pendant ses vacances: « Le langage théâtral d’Ordinary People grandit à partir de l’expérience singulière de chacun. Pendant les répétitions, nous aimons mettre nos collaborateurs au défi de s’exprimer comme ils le souhaitent. »

Un prologue musical, derrière des barrières métalliques :  Vladimir Tuma, le plus âgé de la bande, né en 1942, ancien ouvrier et figurant à l’Opéra, chante en tchèque, ironique : « Je suis perdu mais c’est le plus joyeux des mondes. » enjoignant le public à reprendre le refrain en chœur : «Tralala… » Le jeune musicien Wen Luyuan, le rejoint avec des riff de guitare électrique endiablés.

Puis, sous des lumières changeantes, chacun des interprètes y va de ses souvenirs, en une succession de petits monologues. Des histoires pleines de détails personnels croisent des grands événements politiques. Les langues tchèques et chinoise s’entremêlent, donnant une dimension planétaire à ces vécus anecdotiques qui se répondent, sans vraiment se ressembler. La scénographie et les lumières accompagnent ces récits : on déplace des cartons où se cache parfois une danseuse et ils finissent par être empilés en une tour éphémère. Une petite estrade est avancée pour les parties chantées. Deux barrières métalliques s’ouvrent ou se ferment: tantôt grille de prison, tantôt frontière ou barrage policier…

Sont ainsi évoqués le Printemps de Prague puis son invasion par les chars russes, le soulèvement et la répression de la place Tien’Anmen. Une jeune danseuse parle de son homosexualité: une honte dans l’Empire du milieu. Une autre, de la famine qui sévit à sa naissance, les privations expliquant sa petite taille… Mais il n’y a pas de pathos dans tous ces récits et tout finit par un joyeux déchaînement, dans un rock and roll libératoire. Un des (trop) rares moments où les corps prennent le relais.

Ceux qui sont venus voir de la danse seront déçus car une vague gestuelle accompagne les paroles des uns et des autres : les metteuses en scène ne se sont pas focalisées sur le mouvement à tout prix. La théâtralité se cherche, en pointillé avec une manipulation astucieuse du décor qui anime la scène et des effets d’éclairage qui créent de belles images-fantômes, et d’autres interactions lumineuses inventives.

Les textes assez peu travaillés traînent parfois en longueur et se répètent. Mais il est toujours bon de se rappeler la révolte de la place Tien’ Annmen ou l’arrivée du communisme en Tchécoslovaquie, et bien d’autres dates marquantes telles que les ont vécues, “en vrai“, les gens de ce touchant et sympathique spectacle.

Mireille Davidovici

Les 17,18, 20, 21 et 23 juillet, Salle Benoît XII, rue des Teinturiers, Avignon.

Du 5 au 9 novembre, Théâtre de la Ville-Les Abbesses, Paris; les  20 et 21 novembre, Théâtre des Louvrais-Scène nationale, Pontoise (Val- d’Oise)


Rage chorégraphie de TSAI Po-Cheng

Festival d’Avignon

 Rage, chorégraphie de Tsai Po-Cheng

©Ren Huar Liu.

©Ren Huar Liu.

Nous avions déjà apprécié Floating Flowers de ce chorégraphe taïwanais au festival d’Avignon 2016 (voir Le Théâtre du blog). Nous le retrouvons avec une pièce tout aussi esthétique, mais beaucoup plus engagée et radicale. Directeur artistique de B. Dance, une troupe de jeunes danseurs de grande qualité, il présente ses chorégraphies dans le monde entier.

 Rage est inspirée du roman du Japonais Shūichi Yoshida adapté au cinéma par Lee Sang-Il et des attentats que la France a connus en même temps, que Taïwan… Une danseuse gît au sol à l’avant-scène, dans un rayon de lumière. Peu à peu, elle s’éveille, traversé de mouvements étranges  et son regard laisse apparaître clairement une souffrance. Ses partenaires vont la rejoindre, sans pour autant arriver à la rassurer. Chaque interprète évalue sa solitude dans son propre langage. Parfois, ces trois hommes et ces quatre femmes se retrouvent ensemble, formant une chaîne humaine, criant sans bruit leur rage et leur douleur. On pense au travail choral de Crystal Pite.

Au drame exprimé par le groupe, succède celui, personnel, de la danseuse, rejetée puis violentée par son partenaire. Duos de femmes et d’hommes, alternent, tous très beaux. Des mouvements saccadés traduisent leurs émotions intérieures et les gestes sont sensuels et parfois d’une grande violence : étranglement, corps agressé par les mains jointes du partenaire.

Tsai Po-Cheng admire Wayne Mc Gregor et Hofesh Shechter : cela se lit dans cette pièce de quarante minutes. Au fil de ses créations, le Taïwanais trouve peu à peu un langage chorégraphique personnel. Un seul pas à franchir pour cette compagnie avant de rejoindre la Cour des grands. Rage mérite d’être vu par un vaste public: allez découvrir ce spectacle, vous ne serez pas déçus…

Jean Couturier

Hivernales-C.D.C.N.d’Avignon, 18 rue Guillaume Avignon. T. : 04 90 82 33 12, jusqu’au 20 juillet à 12 h 15.

 


Révolte – Revolt, she said, revolt again, de Alice Birch, mise en scène et scénographie de Sophie Langevin.

 

Révolte – Revolt, she said, revolt again, d’Alice Birch, traduction de Sarah Vermande, mise en scène de Sophie Langevin.

Crédit photo : Boshua.

Crédit photo : Boshua.

 Ce manifeste féministe de désobéissance civile, fait écho aussi au texte de Valérie Solanas SCUM, Manifesto : même révolte furieuse, sarcastique et drôle, contre l’oppression symbolique et réelle du genre féminin – corps et statut.

 Une incitation à réévaluer nos rapports privés, professionnels et politiques entre hommes et femmes, dans une société exactement contemporaine du XXI ème siècle.

 La jeune dramaturge britannique explore sans relâche les façons dont le langage, l’attitude et les comportements ont défini radicalement et réduit les rôles des sexes à des confinements obligés, prétendument naturels, mais en fait commandés.Les signes extérieurs qu’on croyait implicites mais qui restent manifestes et faussement intuitifs, sont d’autant plus révélateurs du pouvoir arrogant -et forcément illicite- des hommes sur les femmes dans une société organisée. Ici, sont des données qu’on croyait acquises à tort : rôles, sexualité, corps et modes de fonctionnement.

 Manifeste de rébellion et d’opposition assumées, ce texte ne doit pas être  sage selon l’adjectif qualificatif consacré, qui caractérise le comportement féminin global et auquel on pourrait tout autant substituer celui d’opprimée.Dans le monde professionnel, qui pourrait concerner de même la vie de couple, l’employée dit à l’employeur : «Je ne veux plus faire ça. Je ne veux plus cuisiner pendant des heures. Je ne veux plus inviter des gens à dîner parce que je veux dormir plus et je veux promener plus souvent mes chiens dans les bois. »

 L’homme lui répond, étonné, qu’on a installé des distributeurs dans les couloirs, et qu’on est en train de construire une salle de sports au sous-sol. La femme lui répond que ces beaux aménagements ne correspondent pas à ce qu’elle désire réellement.Et le patron, généreux, insiste, tentant de mieux cerner ses requêtes. Attend-elle un enfant ? Veut-elle accéder à une formation ou bien encore aller plus loin dans ses études ? Pense-t-elle à sa carrière avant tout ? Est-elle enceinte ? « Les femmes veulent ça, tu as le droit », ajoute l’homme, adepte des distinguos.

 Autre situation : un couple sort d’un dîner entre amis et l’homme avoue à sa femme qu’il n’a cessé de la désirer tout le long de la soirée. Elle, choquée, ne comprend pas : «  Comment as-tu pu ainsi jouer double jeu, alors que nous étions tous pendus à tes propos sincères sur la situation désastreuse des réfugiés ?Vêtus de blanc -tenue anti-amiante, panoplie de cosmonaute ou uniforme infirmier – les comédiens évoluent sur la scène comme s’ils étaient sur une table de dissection, placés, tels des insectes accrochés sur un plan de laboratoire.

Agnès Guignard, Denis Jousselin, Francesco Mormino et Leila Schaus jouent l’homme et la femme: soit autant de probabilités de couples qui alternent régulièrement, selon les tableaux. Quand l’un est sur le plateau, l’autre observe assis, à vue en coulisses. Les comédiens sont investis d’une mission à la fois morale et artistique – celle de donner à voir les comportements caricaturaux et grotesques des uns et des autres -, sont engagés sur la scène, comme le feraient des militants organisés, sûrs du matériau de leur démonstration et des témoignages accordés.

 Un spectacle dynamique, enlevé et rafraîchissant.

 Véronique Hotte

 La Caserne, 116 rue de la Carreterie à Avignon. T. : 04 90 39 57 63, jusqu’au 22 juillet à 13 h 15.


Joie, conception, texte et jeu de Anna Bouguereau, mise en scène de Jean-Baptiste Tur.

Crédit photo : Karim

Crédit photo : Karim

 Joie, conception, texte et jeu d’ Anna Bouguereau, mise en scène de Jean-Baptiste Tur

 On a tous, hélas et heureusement, des souvenirs d’enterrement de proches… Ces disparus, alors bien vivants et éloignés de perspectives les plus sombres, nous hantent à jamais.

Des images fiévreuses de conversations infinies, auréolées de silences paisibles. Un paysage de paix en effet, une sérénité existentielle où les conflits ne semblent pas avoir leur place, sauf quand surgit la mort. Anna Bouguereau, l’auteure et interprète, a voulu évoquer les états d’âme et sentiments de ceux qui restent, quand les êtres chers les  quittent.

 Une manière bien personnelle de lutter contre une société où la peur de la mort a remplacé le bonheur tangible et sensible d’exister. Pour Anne Bouguereau, combattre la mort, c’est déjà la regarder en face, puis apprendre à vivre après. La faille viendrait de de nos sociétés industrialisées, vidées de leur sens, de leurs rêves et croyances. Mais il y a aussi l’absence de vrais rites mortuaires consentis, au profit d’une fuite en avant  et sans se retourner sur son passé et sur soi.

Respecter la mort, quand on en parle librement et non de façon honteuse, sans la masquer, revient alors à faire l’éloge de la vie. Et paradoxalement, se sentir exister dans l’œil de la tempête des événements tragiques qui jalonnent notre présence au monde. La locutrice assiste donc aux obsèques de sa tante Catherine qu’elle aime toujours en nièce affectueuse, reconnaissant sa belle capacité humaine. «Jean-Michel a fait un discours, Jean-Michel, c’est le mari de ma tante Catherine et c’était déchirant parce qu’il pleurait pas du tout. Il était digne. C’est nul comme mot, mais c’est ça, il était digne, ça m’a donné envie d’être digne… Et il avait toujours un petit sourire intérieur derrière ses mots, l’air de dire, oui, c’est terrible, mais non, c’est pas triste, c’est beau, je vous regarde, vous êtes tous là, vous êtes vivants. »

 Celle qui s’exprime, un peu coincée au départ, comme bridée par la situation pathétique quand on met le cercueil en terre, se laisse aller peu à peu à l’évocation des rêves enfouis qui l’habitent: le désir d’aimer et d’être aimée, le souvenir d’une chanson écoutée, du premier slow dansé avec un garçon qu’elle avait elle-même sollicité. Son cousin pour lequel elle éprouve un attachement peu avouable, la reconduira en voiture à la gare mais elle ne lui en dira jamais davantage, consciente de sa folie. Au-delà d’un fort sentiment de solitude, elle prend progressivement conscience de cette vie pleine qui l’envahit malgré elle et avec joie.

Anna Bouguereau  est là, sur un plateau envahi d’ombre que, seule, éclaire une longue table lumineuse à nappe blanche avec de multiples bouquets de fleurs colorées. Métaphore d’une convivialité festive déjà vécue et à revivre encore, métaphore de la tombe au cimetière, de l’habitacle fermé de la voiture du cousin mais aussi de son bureau où elle écrit une lettre au mari de la défunte. La jeune femme éplorée lutte contre sa peine et sa tristesse intérieure, signifiant en échange les désirs qui l’assaillent et qui la font tenir debout, radieuse de vie et sourire aux lèvres, quand elle s’adresse au public proche d’elle…

 Véronique Hotte

Théâtre du Train Bleu, 40 rue Paul Sain, Avignon, T. : 04 90 82 39 06, jusqu’au 24 juillet à 16 h 40.

 


Vilain !, conception, écriture et mise en scène de Alexis Armengol

Vilain! conception, écriture et mise en scène d’Alexis Armengol (spectacle tout public à partir de neuf ans)

©Florian Jarrigeon

©Florian Jarrigeon

Zoé est orpheline, abandonnée de tous, et Le vilain petit Canard, ce conte d’Andersen si prisé des enfants,  semble lui plaire. Aussi s’y jette-t-elle et s’associe  à la destinée houleuse du caneton si controversé. Zoé se sent aspirée par une bourrasque. La lecture de l’ouvrage de Boris Cyrulnik consacré à la résilience donne le ton. La fille marche, tourne, erre, tergiverse, isolée et esseulée, citoyenne volontaire en pleine terre de solitude et surdité revendiquée.

Nelly Pulicani  performeuse hors-pair, déclame, vocifère, argumente auprès du public qu’elle regarde droit dans les yeux. Dansant, courant en rond sur le plateau, sans se lasser.

Toujours d’attaque, toujours partante, enfant turbulente et attachante qu’on peine à cadrer et à lui faire accepter codes et règles, elle impulse ici une vigueur et une énergie rares,  Au cours de cette épopée personnelle, elle fait une halte dans une cabane en forêt ou une tente de Z.A.D.,  un squat à vocation politique, antre d’un musicien qui sait raison garder et qui propose un refuge à la belle égarée. Cet ami va jusqu’à préparer des goûters d’anniversaire pour celle qu’on n’a jamais fêtée, ignorante des us et coutumes des petits bourgeois ou bobos de nos temps.

Dans le rôle de l’artiste, conscient de sa mission pédagogique et citoyenne, Romain Tiriakian est excellent. Musicien talentueux, compositeur de chansons mais aussi  comédien accompli, il a ici une belle sérénité. A partir de ce hasard heureux, Zoé est invitée à grandir et à ne pas s’appesantir outre-mesure dans l’abri de ce nouvel et véritable ami Apte à renaître, elle le sait, le sent, se bat encore et se retrouvera elle-même avec sa voix, et dans sa voie…

La métamorphose de l’enfant à renaître s’accomplit à travers la rencontre des êtres et des arts. Shih Han Shaw réalise des dessins avec ses doigts de fée et il y a aussi des bribes d’un film d’animation réalisé avec Félix Blondel. La soi-disant laideur du canard n’était que la beauté non encore éclose du cygne. Les moqueries se trompaient de cible; pas l’exclusion mais la reconnaissance. Rebondir et se réinventer, l’enjeu artistique et philosophique est tendu. Tapissant le plateau, des lais de papier que l’interprète froisse, déchire et réutilisera, transformant sans fin l’accessoire en possibilités multiples. Cassures, heurts… Des dissonances finalement harmonieuses : les chuchotis et sifflements de Romain Tiriakian et Camille Trophème éveillent chez le public une jolie attention.

Un spectacle-performance, une prouesse tient aussi à son cadrage.

Véronique Hotte

Le 11. Gilgamesh-Belleville, 11 boulevard Raspail, Avignon. T. : 04 90 89 82 63, jusqu’au 23 juillet à 10 h 15, (relâche, le 17 juillet)


Valletti Circus : John a dream’s par Patrick Pineau et Serge Valletti

 

Festival d’Avignon

Valletti Circus : John a dream’s par Patrick Pineau et Serge Valletti

 

©Lol Willemns

©Lol Willemns

« J’écris, dit Serge Valletti, comme j’ai l’impression que l’on parle dans la vie, avec toutes les digressions par lesquelles on passe, toutes les parenthèses que l’on ouvre sans parfois les refermer. Une histoire en amène toujours une autre : je tire le fil de l’imaginaire et laisse les choses venir naturellement. »

Nous aurons tout loisir d’apprécier cette écriture prolifique et généreuse grâce au focus que lui consacre Alain Timar, dans son lieu, dédié au théâtre de textes. Il rassemble trois solos : deux qu’il met en scène et Marys’ à minuit réalisé par Catherine Marnas (voir Le Théâtre du Blog)  Une série de rencontres accompagne cette programmation.

 Nous avons pu assister à une performance unique : la lecture, par Patrick Pineau de John a dream’s, un solo écrit pour lui, il y a près de dix ans et qui n’a pas encore vu le jour, à part quelques lectures ici ou là. L’acteur s’empare avec gourmandise d’un texte charnu : un homme dans la force de l’âge évoque l’amour pour sa « petite chérie »,  son métier, son être profond. Il se tourne vers son passé et s’interroge sur ce qu’il reste de sa jeunesse et de ses rêves… On le suit dans les méandres des digressions sans jamais se perdre. Avec une  puissance mêlée de désinvolture, l’acteur nous fait entendre des mouvements d’une écriture qui semble en perpétuelle gestation. A la fois fragile et lucide, le personnage porte un regard amusé sur le monde et lui-même : son histoire ressemble à la nôtre, et en cela nous touche.

 Au cours de la lecture, Serge Valletti intervient, jetant à la volée des «chansons» ou plutôt des poèmes. Cette prise de parole incantatoire donne une grande force à son chant aux accents rimbaldiens. Il y a de la colère et de la nostalgie dans ce dire qui  vient magnifiquement répondre à John a dream’s. L’auteur définit son théâtre comme un combat : «Mais un combat de quoi ? Un combat pour à tout prix rester sur scène avec ces armes que sont les mots. Un combat pour vivre du théâtre. Un combat pour figer mes pensées intimes devant tout le monde. Un combat pour continuer. Est-ce que tout le monde est comme moi? » On aimerait réentendre ce personnage combattant et voir bientôt John a dream’s monté sur une scène….

 Mireille Davidovici

Théâtre de Halles, rue du roi René, Avignon  T. :04 32 76 24 51, jusqu’au 28 juillet,  (relâche les 6 et 23 juillet):Marys’à minuit, 11 h, Pour Bobby, 14 h. À plein gaz, 16 h 30
Lectures et rencontres autour de l’œuvre de Serge Valletti  à 19H

Les trois solos de Serge Valletti sont publiés aux Éditions de l’Atalante.

 

 


Points de non-retour (Quais de Seine), texte et mise en scène de Alexandra Badea.

 Points de non-retour (Quais de Seine), texte (L’Arche Editeur) et mise en scène de Alexandra Badea.

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Avec la trilogie Points de non-retour, l’auteure et metteuse en scène française d’origine roumaine, Alexandra Badea, interroge la manière dont l’Histoire politique imprègne les êtres au plus profond d’eux-mêmes et détermine leur existence.

 Les textes de Badea témoignent avec détermination de notre monde actuel et professionnel, imprégné d’une violence néo-libérale et prétendument dépolitisée.

 Le premier volet de Points de non-retour concernait le sort tragique des tirailleurs sénégalais de Thiaroye, et le destin imposé à certains de leurs descendants, spectacle créé à La Colline en septembre 2018, qui alternait les récits d’Histoire, leur commentaire, et l’intériorité sensible des êtres concernés par ces événements précis.

 Le second volet créé au Festival d’Avignon 2019, Quais de Seine, poursuit cette réflexion en révélant le poids conséquent des non-dits dans les sphères familiales.

 Nora, jeune femme contemporaine, journaliste radio, est hospitalisée, la raison en est une tentative de suicide. Elle rencontre régulièrement un psychiatre qui l’aide à se reconstruire, recomposant un récit alors que son passé est terriblement défaillant.

 Accompagnée de son thérapeute, elle accède peu à peu à une mémoire familiale interdite – bribes de souvenirs et rêves d’histoire de ses grands-parents tombés dans l’insoutenable tragédie de cette nuit si cruelle du 17 octobre 1961 où on tira sur des Algériens qui furent pour certains jetés dans la Seine, n’ayant pas respecté le couvre-feu imposé aux Nord-Africains par le préfet de Paris de l’époque, un certain Maurice Papon, que l’Histoire qui exige justice, rendra tristement célèbre encore.

 La grand-mère pied-noir Irène, que nous voyons, jeune, au-dessus de la scène évoluer avec son compagnon algérien Younès, originaires de Sétif, dans un intérieur parisien dont le mur de scène est recouvert d’un voile – tel un rêve vaporeux surgi du passé -, est une jeune fille alors enthousiaste et volontaire qui survivra, tandis que son compagnon et père de leur enfant ne pourra poursuivre la route.

 Les parents de la jeune fille en Algérie rejettent son idylle avec un Algérien. Les jeunes gens ont voulu vivre leur amour à Paris mais la capitale – Police et Harkis – considère les Algériens selon le contexte de la guerre coloniale

 Pourtant, Irène paraissait s’inquiéter davantage que Younes, en lui affirmant qu’elle serait toujours à regret la fille des colons, la fille de la conquête de l’Algérie. Et alors que son compagnon s’étonnait de tels propos si peu prometteurs d’avenir, elle précisait qu’elle aurait voulu oublier ces fausses racines qu’on lui avait collées :

 « Je n’ai pas choisi de naître là-bas. Je voudrais pouvoir parler sans que ça soit tout le temps vu comme la parole de l’oppresseur. » 

Selon Irène, tous deux ont bien fait de quitter la terre algérienne, car tous là-bas et même ici, ont goûté à cette haine, même ceux qui ne sont pas encore nés, mais Younes rétorque : « Fuir encore ? Etre un exilé à vie. Se battre toujours pour une place que personne n’a envie de te donner. Avaler les humiliations, le mépris, avaler toujours, faire semblant… »

 Sur le plateau, Alexandra Badea écrit en début de représentation sur son écran d’ordinateur, des lignes projetées sur l’écran nocturne du lointain.

Que comprendre et recueillir de l’Histoire qui nous a plus ou moins précédés ?

 Sur la scène – en bas et en haut – des comédiens talentueux, une équipe multiculturelle d’artistes, pour la plupart binationaux, venus de différents pays à l’image de la France et de la richesse de ses métissages : Madalina Constantin Franco-Roumaine (Irène), Sophie Verbeeck Franco-Belge (Nora), Amine Adjina Franco-Algérien (Younes), Kader Lassina Touré Franco-Ivoirien (le thérapeute).

Un spectacle dont la finesse rigoureuse, trop fidèle à sa mission pédagogique et mémorielle, entrave les possibilités de liberté et d’inventivité du jeu dramaturgique.

 Véronique Hotte

 

Festival Avignon IN, Théâtre Benoît XII, du 5 au 11 juillet à 22h, le 12 juillet à 15h.

La Colline – Théâtre national, petit Théâtre, du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h.

 


Histoire de l’imposture, chorégraphie de Patrick Bonté en collaboration avec Nicole Mossoux

photo Thibault Gregoire

photo Thibault Gregoire

Avignon Off

Danse

Histoire de l’imposture, chorégraphie de Patrick Bonté en collaboration avec Nicole Mossoux

 Que cachent nos vêtements? Si l’habit fait le moine, la vérité est-elle nue ?

Dans le plus simple appareil, cinq personnages s’avancent timidement: difficile, dans cette tenue, de se faire des civilités comme l’ordonne une voix de robot impérative. Pour obéir, hommes et femmes vont devoir se vêtir : de plus en plus guindés ils s’adonneront aux cérémoniaux d’usage. Du costard cravate aux atours d’un autre âge, le temps ne fait rien à l’affaire, l’imposture est éternelle.

 Dans imposture, on entend posture et la chorégraphie joue sur ces mots en bâtissant la pièce sur des glissements successifs d’une posture à l’autre : « L’enjeu était de s’interroger sur l’artifice des postures sociales, des jeux de rôles, des normes conformistes qui nous façonnent », note Patrick Bonté. L’imposteur, selon Jean-Bertrand Pontalis, est « celui qui usurpe une identité, s’invente une histoire qui n’est pas la sienne, se fait passer pour un autre, et ça marche. »

 Ici point de psychologie, ni de volonté démonstrative : les corps nous raconteront mieux que les livres cette histoire de l’imposture. Les deux danseurs et les trois danseuses évoluent dans un carré violemment éclairé, raides comme des mannequins de vitrine. Dans imposture, il y a aussi pose, et ils nous feront rire en prenant des poses sous les flashs répétés d’un hypothétique appareil photographique, et toujours pilotés par la voix off. Ils adoptent des personnalités d’emprunt, des poses grotesques, des mimiques grimaçantes, ou au contraire des airs compassés… Se transformant à vue, ces figures se mettent dans des situations stéréotypées, selon une typologie sociale repérable : hommes et femmes d’affaire pressés, mondaines et mondains évaporés, dragueurs de boite de nuit ou encore courtisans étriqués dans des redingotes et courtisanes en corsets et robes à panier… On oublie progressivement leurs anatomies, découvertes avant qu’ils n’apparaissent dans la lumière crue de la scène. Et l’on en vient à s’interroger soi-même sur le “look“ que l’on se donne, le matin, devant son miroir, avant de sortir se joindre à la comédie humaine…

 Mais à la fin, le factice finit par se fissurer, quand la musique appelle les interprètes à libérer leur énergie dans une danse sauvage inspirée de rituels tribaux. Hors d’eux et de la petite imposture du théâtre… Cette transe signe le retour du naturel contre la norme sociale…

 Patrick Bonté est metteur en scène et dramaturge, Nicole Mossoux danseuse et chorégraphe ; depuis 1985, ce tandem bruxellois pilote alternativement ses créations. Lors de cette dernière représentation estivale, nous avons découvert avec plaisir leur travail raffiné, au Château de Saint-Chamand, salle hors-les-murs de la Manufacture. Espérons que ce spectacle, qui tourne depuis 2013, sera, après le succès rencontré à Avignon, de nouveau programmé.

 

Mireille Davidovici

 

Vu le 14 juillet La Manufacture, 2, rue des Ecoles, Avignon T.04 90 85 12 71

 Compagnie Mossoux -Bonté Rue des Tanneurs 87, Bruxelles, Belgique T. +32 2 538 90 77 ;

http://mossoux-bonte.be

 


L’Oiseau migrateur de Dorian Rossel (à partir de six ans)

Festival d’Avignon

L’Oiseau migrateur de Dorian Rossel (à partir de six ans)

©Jean-MarcLobbe.jpg

©Jean-MarcLobbe.jpg

 Le Théâtre jeune public n’est pas en reste, au Festival, dans le in comme dans le off et il figure en bonne place dans la programmation proposée par la Suisse, avec cette pièce conjuguant simplicité et  densité poétique. Sur le plateau nu, deux blocs noirs – piliers ou porte ouverte- vont bientôt se couvrir de dessins tracés en continu à la craie par le comédien et la comédienne. Avec un fil tendu, ils auront défini l’espace avant de dérouler l’histoire d’un garçonnet et d’une fillette, le temps des vacances. Une amitié enfantine et éphémère  pour une aventure dans les marécages avoisinants, la rencontre avec une tortue pour l’une et un oiseau pour l’autre….

 A l’aide de graffitis aux lignes épurées, produits en direct et bientôt effacés, chacun raconte sa version, d’abord en silence et en dessins, puis avec des mots. Leurs narrations se répondent comme en miroir et le décor bascule, révélant toutes les faces ornés des blocs, brouillant les pistes de ce scénario à entrées multiples. Finalement, posés dans une équilibre instable, ces éléments déconstruisent l’histoire qui finit elle aussi en suspens.

 Dorian Rossel fait théâtre de tout et de rien : un sac plastique devient l’oiseau blanc qui s’envole ; des éponges créent l’univers aqueux du marais où les pas s’enfoncent dans un bruit de succion… C’est avec des adaptations, le film La Maman et la Putain et celle d’un roman Oblomov de Gontchravov que le Genevois s’était fait remarquer en 2014 au festival off. Il y revient avec deux spectacles* dont ce beau conte moderne, sans prologue ni conclusion, sans morale ni didactisme, où, avec un minimum d’effets, il suggère plus qu’il ne démontre et laisse aux enfants de quoi rêver autour de cette proposition ouverte.

 L’Oiseau migrateur est présenté à Théâtr’enfants, un lieu dédié aux enfants pendant le festival : avec une programmation concoctée par Eveil Artistique, Scène Conventionnée jeune public. Cette structure développe toute l’année des projets artistiques à Avignon et dans les environs, depuis 1983.  Elle s’apprête à changer de nom à l’automne pour devenir Le Totem. 

 Mireille Davidovici

 Théâtr’enfants, 20 avenue Monclar, Avignon . T. : 04 65 00 02 31 jusqu’au 26 juillet, relâche le 14 et 21 juillet.

 *Laterna Magica (voir Le Théâtre du Blog), une autobiographie fictionnelle d’Ingmar Bergman est présenté hors  sélection suisse, au 11 Gilgamesh Belleville.

 


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