Qui sommes nous?

Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis onze ans,  7.400 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et expositions spécialisées, que ce soit en province et en région parisienne mais aussi à l’étranger…

Adresse: philippe.duvignal@gmail.com

L’équipe du Théâtre du Blog:

Rédacteur en chef: Philippe du Vignal a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot où il enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a été responsable de la rubrique Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress  dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a été, entre autres, critique dramatique aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, département scénographie.

Collaborateurs :

Sébastien Bazou, ancien élève de l’Ecole des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie dont il est spécialiste en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier est spécialisé dans la critique de danse, et assistant du rédacteur en chef. 

Christine Friedel, critique dramatique, notamment à Réforme où elle a débuté, a aussi été conseillère artistique. Elle a aussi collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et a fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon le château invisible.

Elisabeth Naud, docteure en esthétique théâtrale,  est enseignante à l’Université Paris VIII.

Béatrice Picon-Vallin, directrice de recherches au C.N.R.S. et auteure d’ouvrages sur le  théâtre russe. Elle dirige les collections : Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et Th. XX aux éditions de L’Age d’Homme.

Edith Rappoport, critique de spectacles et spécialiste du théâtre de rue, a été directrice des théâtres de Choisy-le-Roi, puis de Malakoff (Hauts-de-Seine). Elle a aussi été longtemps conseillère pour le théâtre à la D.R.A.C. -Ile-de-France.

Bernard Rémy a fondé la revue Empreintes, écrits sur la danse et a collaboré jusqu’en 2012 à la Cinémathèque française de la danse. Il a écrit de nombreux articles sur Merce Cunningham, Pina Bausch, Hijikata mais aussi sur le mouvement chez Samuel Beckett, Charlie Chaplin et Buster Keaton.

Nicolas Villodre a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. Spécialiste de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013 l’assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié des textes dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française

Correspondants:


Gérard Conio est professeur émérite de l’Université de Nancy et spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.
Nektarios G. Konstantinidis, traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.
Alvina Ruprecht, professeur émérite du département Théâtre à l’Université d’Ottawa, est une spécialiste du spectacle canadien de langues anglaise et française, mais aussi caraïbéen.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

Articles récents

L’Ecole des femmes, de Molière, adaptation et mise en scène de Frédérique Lazarini

L’Ecole des femmes, de Molière, adaptation et mise en scène de Frédérique Lazarini


Il était une fois un  barbon (la quarantaine, ce qui reste :vieux de nos jours, pour une adolescente) qui veut l’enfermer dans une tour, en attendant (quand même !) qu’elle grandisse et puisse devenir SA femme, sa possession, son bien. Il l’aura rendue « idiote autant qu’il se pourrait » pour être sûr qu’elle ne pense à rien et surtout pas à l’amour, surtout pas à un autre homme que LUI. Le jour venu, il lui annonce son projet mais elle lui dit ce qu’elle a vécu, elle, en son absence,; et alors tout s’écroule. Pour lui, la possession exclusive de ce petit être… et pour elle, l’espoir d’épouser Horace, l’amour, la liberté. Mais dans les bons contes, la princesse est délivrée à la fin.
La pièce a fait scandale à sa création devant une cour hypocrite qui se régalait d’abord des aventures personnelles de Molière. Le scandale étant un ingrédient du succès, l’auteur et chef de troupe sut en tirer parti : suivront La Critique de l’Ecole des femmes où Molière égratigne ses détracteurs avec talent et finesse. Et L’Impromptu de Versailles où il montre sa troupe au travail, à la recherche d’une pièce qui la fasse vivre.Mais foin (comme diraient le chevaux du Roi) de ce passé lointain, la pièce « marche toujours et c’est un grand classique fondateur : liberté, égalité, droit des filles à l’éducation et au plaisir.
Frédérique Lazarini et le décorateur François Cabanat enferment la jeune fille dans une cage de verre, sous la surveillance renforcée de caméras: « Souriez, vous êtes filmés. » L’espace restreint du plateau délimite le champ d’action d’Agnès : sa chambre donc, et une allée de promenade qu’elle partage avec son seigneur et maître, qui, lui,   habite son  appartement avec porte blindée et écrans de contrôle.  La vidéo n’est pas utilisée ici à titre décoratif, mais bien au cœur du sujet.

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Avec la même acuité, Cédric Colas donne  une nuance inédite à  Arnolphe, ou Monsieur de la Souche – ce qui permet au personnage de jouer, et de perdre sur deux tableaux… Et si, comme beaucoup d’hommes, Arnolphe cherchait à prolonger sa jeunesse en vampirisant celle d’Agnès, et même celle de l’amoureux gaffeur Horace (Hugo Givort) ? Ce fils d’un ami proche, il le reçoit avec des effusions qui effacent la barrière des générations. On peut regretter qu’il reste plus désarçonné, que malheureux  devant l’échec final.  Dans ce cas, le spectateur serait encore plus cruel qu’Agnès envers lui…
Quant à Agnès, Sara Montpetit est parfaite dans le rôle : nature, « bête » selon son maître et selon son propre jugement, mais affectueuse, vraie, réfléchie, malgré les limites qui lui sont imposées, et très douée pour apprendre : « …L’amour est un grand maître /Ce qu’on ne fut jamais il nous enseigne à l’être ». Sa tenue banale d’adolescente, jeans-pull-baskets, fait d’autant mieux ressortir l’actualité, la pertinence du personnage et le chemin parcouru le temps de cette journée « particulière », vers une émancipation pas si évidente.
On a vu souvent Molière joué en costumes contemporains – par nécessité économique d’abord : cela ne choque pas et fonctionne très bien. Mais ici les costumes (Dominique Bourde et Isabelle Pasquier) sont réellement « dramaturgiques», ils jouent, et jouent bien. Comment verrions cette petite société aujourd’hui ? Pour Alain et Georgette, les gardiens, on vous laisse la surprise, comme pour l’apothéose finale (abrégée) qui arrange tout pour chacun, à l’exception du pauvre Arnolphe. Cette Ecole des femmes fait le plein depuis février et on comprend pourquoi : rien que la pièce, toute la pièce, poussée dans des retranchements parfois inexplorés. C’est beau, profond et drôle, comme l’espèce humaine en général.

Christine Friedel

 

Artitic Athévains, 45 rue Richard Lenoir, Paris (XI ème). T. : 01 43 56 38 32.

 

 


Les cinq femmes qui ont changé ma vie

Les cinq femmes qui ont changé ma vie….

 

 Génia Livchine, épouse Kobilinsky
 
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Ma grand-mère maternelle russe avait une autorité naturelle et voulait que je présente bien. Quand je suis allé vers le théâtre, elle me disait son admiration pour Jean-Louis Barrault et m’a donné 3.000 francs  (environ 450 €). Grâce à elle, j’ai compris le théâtre d’Anton Tchekhov, mieux que personne.

 

 

 

 

Raïssa, ma mère

 
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Fière de son fils aîné, elle l’emmenait chez le coiffeur et l’ophtalmo. Quand j’ai raté mon bac, elle est allé se plaindre auprès des examinateurs qu’elle trouvait antisémites. Elle me trouvait doué en piano: une fois, je devais jouer devant Anatole Fistoulari, chef d’orchestre anglais d’origine russe. Il était passé à la maison et j’entends encore ma mère lui dire: n’est-ce pas Anatole, qu’il est doué? Elle parlait quatre langues à la fois dans la même phrase! Son cosmopolitisme était splendide et elle était folle de culture, musiques, livres, théâtre. Mais, pour moi, cette dévotion était superficielle. J’ai été dur avec elle quand j’ai découvert qu’elle avait un amant et j’ai voulu des explications sur son divorce Pour son anniversaire, j’écrivais des chansons, du genre: Jacques veux-tu mettre tes pantoufles, etc.
Elle avait un sens incroyable des relations sociales et cimentait  toute la famille: déjeuner chaque dimanche, fêtes de famille… En 58, elle a quitté son domicile rue Nungesser et Coli à Paris, pour s’installer à Londres et vivre avec un vieil ami anglais qu’elle avait secrètement épousé. J’étais resté en France avec mon père et lui écrivais tous les jours.
Elle m’a laissé les trois kilos de lettres où je lui racontais tout, absolument tout. Et voilà comment je continue à raconter le quotidien de ma vie chaque semaine à celles et ceux qui veulent bien m’écouter. Je ne vis que pour cela: une maladie pas très dangereuse…

 


Lydie Dattas

 
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Elle avait quinze ans et j’en avais vingt. J’étais prêt à mourir pour elle. Au lycée français à Londres, on faisait du théâtre et dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, j’étais Figaro et elle, Suzanne. Notre relation fut éphémère, chaste, littéraire mais je suis devenu fou! Elle était Rimbaud, et moi Verlaine! Nous avons fugué vers le nord de l’Angleterre. Puis, j’ai voulu revenir en France, caché avec elle dans des sacs à linge d’un bateau reliant Folkestone à Boulogne. Mais les gendarmes nous ont découverts et séparés! Et elle a été rapatriée chez son père. Mais, dans ma tête, je ne l’ai jamais quittée et j’ai suivi toute sa carrière. Ses poèmes ont été édités chez Gallimard dans la collection blanche. Elle a été l’égérie de Jean Genet et Georges Brassens. En 94, elle crée avec son mari, le cirque Lydia Bouglione qui deviendra le cirque Romanès. En 2000, elle divorce et épouse le poète Christian Bobin, mort il y a quatre ans. Je lui ai apporté des orchidées pour son soixante-dix septième anniversaire: elle n’avait pas changé…

 
Edith Rappoport, née Lebettre
 
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Elle a été tout pour moi et m’a recueilli dans ses bras, après l’épisode ravageur de Lydie. Très belle, très fine et très entreprenante en amour, pour un ballot comme moi. Ma sœur Ketty, pour calmer son frère malheureux, m’avait emmené à Amsterdam avec sa copine Edith qui avait une 2 CV bleue. En conduisant, je récitais à tue-tête des poèmes de Blaise Cendrars  et le reste a suivi. J’ai senti sa main dans le creux de mon bras, en traversant une rue: cela m’a bouleversé.  Au retour, elle est venue m’offrir quatre livres qu’elle aimait et le 25 mars 65 au pays de son enfance sur le haut d’une colline à  Nesles-la-Vallée, elle s’est emparée de mon corps. Je lui ai dit: attention! Il y a un avion qui nous regarde….

Elle m’a aidé à fonder le Théâtre de l’Unité, puis a été directrice des Théâtres de Choisy-le-Roi et de Malakoff. Enfin, elle a été conseillère-théâtre à la D.R.A.C. Ile-de-France et allait voir environ trois cent spectacles par an. Elle écrivait des articles sur certains d’entre eux. Maintenant,nous attaquons ensemble le dernier acte de notre vie… Edith a ce qu’on appelle, pudiquement, un déclin cognitif prononcé!
 
Hervée de Lafond 
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En 72, je lui avais demandé de jouer un rôle muet dans L’Avare and co  d’après Molière… Cinquante trois ans plus tard, un constat: nous avons signé ensemble toute une œuvre théâtrale… Nous étions gravement complémentaires: j’étais toujours coupable et elle, fière comme les joueurs de rugby qui foncent dans le tas. Rien ne lui faisait peur et Hervée disait que cela lui venait de son éducation aristocrate.
Sans elle, le Théâtre de l’Unité n’aurait même pas tenu trois ans! Il en a duré cinquante-trois… Pas question pour elle que notre compagnie ne soit plus subventionnée! Aux rendez-vous avec les instances officielles, je restais liquéfié par la force de résistance qu’elle dégageait. Restée célibataire toute sa vie, elle a avoué avoir eu dix-huit amants. A quatre-vingt deux ans, le 23 février, elle a quitté Montbéliard et vit maintenant dans une belle maison en Ariège. Chaque matin, nous nous téléphonons…

 

Jacques Livchine, ancien co-directeur, avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité à Audincourt (Doubs).
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de Rose Noël

Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès, mise en scène  de Rose Noël

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C’est la dernière pièce de ce grand écrivain mort jeune (quarante-et-un ans!) en 89  des suites du sida.  Son œuvre a été traduite en une trentaine de langues et jouée dans le monde entier. Mais Bernard-Marie Koltès n’avait pas voulu que Patrice Chéreau monte Roberto Zucco. La pièce sera  finalement créée  à la Schaubühne de Berlin en 90, dans une mise en scène de Peter Stein. Et en France, par Bruno Boëglin. Le dramaturge ne l’aura donc jamais vue…
 Robert Zucco a pour thème, l’histoire d’un criminel italien Robert Succo. Ici racontée en  quinze scènes, avec trente personnages. Poursuivi par deux gardiens de prison, il s’évade et arrive chez sa mère qui lui dit ne plus le supporter depuis qu’il a tué son père. Il l’étrangle et enfile un treillis. Puis il séduit une Gamine, jeune fille d’un milieu pauvre. Elle s’enfuira mais finira par le dénoncer  pour le retrouver… Mais il tuera ensuite un inspecteur de police, rencontrera un vieil homme, provoquera des bagarres… Et il prend une femme et son enfant en otage et, sans raison, le tue. Il s’enfuit avec la femme mais des policiers l’ arrêteront et il avouera ses crimes. Puis il cherchera à s’enfuir par les toits de la prison mais se suicidera en tombant. 

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Ici, cela commence mal! Fumigènes à gogo, projos éblouisseurs diffusant une lumière rouge, avant même que le public n’entre dans la salle, musique assourdissante jouée pendant une dizaine de minutes à la batterie et aux cordes par Natalia Bacalov et Martin Sevrin. Puis jeu dans la salle- un procédé qui ne fonctionne plus- avec les gardiens de prison brandissant leurs torches sur le public….
Le dramaturge qui a toujours défendu la primauté du texte et du langage dans ses pièces, ne serait pas d’accord. Et sans doute se méfiait-il à juste raison surtout à la fin de sa vie, des mises en scène qu’on pouvait en faire. Ici, les interprètes ne cessent de s’agiter à la fois sur scène et dans la salle. Et il y a souvent de la musique sous les répliques, le pire des surlignages! Cela peut servir dans un travail d’école mais jamais pour une représentation devant un vrai public. 

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L’obscurité est ici presque permanente… Même si la nuit est, avec le manque de communication, la peur de l’inconnu et/ou du marginal, un des thèmes préférés du dramaturge, ce n’était pas la peine d’en rajouter! Et pourquoi ces jets permanents de fumigène sur la scène qui envahissent la salle? Comme partout en ce moment…Le nouvel académisme est arrivé…  et cette « mise en scène » rassemble les poncifs actuels ou déjà anciens comme ces acteurs assis sur des chaises qui attendent leur tour pour jouer… Un procédé cher à Bertolt Brecht (dont Bernard-Marie Koltès se méfiait). Donc plus tout jeune et si usé, que plus un metteur en scène n’ose l’utiliser! Et ici, pas la moindre émotion et les scènes  n’ont pas  de véritable lien.
Plus grave, il y a tromperie sur la marchandise: Rose Noël n’indique pas que c’est une adaptation du texte original, ici assez charcuté. Et dans une note d’intention écrite à la va-vite, elle affirme avec une certaine prétention: « Qu’il était de notre devoir de dire et surtout donner la parole. A toutes et à tous. Nous faisons ce métier pour déclamer ce que d’autres n’ont pas la possibilité de s’exprimer. (sic) Il est de notre de voir  d’être les héros le la liberté d’expression. les sauveurs du Verbe. (resic) Trouver un endroit de liberté et de risque, non pas pour raconter Roberto Zucco, mais pour créer une œuvre scénique qui parle de la rage de Koltès. » Tous aux abris!
Et cela ne peut fonctionner: ces images superficielles de colère et violence ne traduisent en rien ce qui fait la beauté de la langue puissante de l’écrivain. Et la direction d’acteurs n’est jamais à la hauteur: entre autres, des criailleries souvent sans raison! Que sauver de cette heure et demi d’ennui? Sans doute, l’interprétation très juste de Suzanne Dauthieux (la Gamine) et de Lola Blanchard  la Grande Sœur): on aimerait revoir ces jeunes actrices dans une mise en scène plus convaincante. Pour le reste, autant en emporte le vent mouillé d’avril…
Mais restent trois questions: y-a-t-il eu des cours de dramaturgie dans les écoles qu’a fréquentées Rose Noël?  Les ayant-droits de l’œuvre de Bernard-Marie Koltès qui avaient donné le feu vert à la mise en scène de 2019, ont-ils lu la note d’intention de cette reprise? Et surtout, pourquoi le Théâtre 14 a-t-il programmé ce Roberto Zucco qui fait davantage penser à une exercice d’école, qu’à un spectacle programmé dans un théâtre subventionné  par la ville de Paris ? En tout cas une soirée perdue…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 18 avril, Théâtre 14,  20 avenue Marc Sangnier Paris (XIV ème). T. :  01 45 45 44 77.

Du 4 au 26 juillet, au festival off Avignon, Théâtre du Girasole. 


Goodbye Lindita de Mario Banushi

Goodbye Lindita de Mario Banushi

Second volet d’une trilogie imaginée par ce créateur d’origine albanaise de vingt-sept ans venu du cinéma et influencé par les arts plastiques, Goodbye Lindita a été créé sur la scène expérimentale du Théâtre National de Grèce à Athènes.  Le premier volet Mami a été présenté l’an passé au festival d’Avignon et le sera ici même dans quinze jours.
Un seul thème: l’exorcisme de la mort de sa belle-mère, Lindita à laquelle le créateur était attaché.
Cela se passe dans une grande pièce sombre aux pauvres meubles: côté jardin, un lit avec un dessus assez laid où dort un homme puis une femme. Et, il y a sur le côté, une commode un peu haute.  Et devant une fenêtre, une table de cuisine et quelques chaises en stratifié, un gros poste noir de télévision posé sur une table roulante: un homme, une femme et une jeune fille regardent une émission dans un silence total. Côté jardin, un seule porte qui grince et, sur le mur du fond, un tableau -grande icône dorée avec une natalité- dissimulant un vide sur l’extérieur.
Une autre jeune fille plie et range des vêtements sur la commode qui, à un moment, s’ouvrira: y repose le corps d’une femme nue, et apparemment, morte. Toute la famille va cérémonieusement laver ce corps dans le lit dont on a enlevé le matelas et qui est devenu une sorte de baignoire. Puis il sera replacé sur un autre lit étroit avec un long cérémonial où on met à la jeune femme une longue robe rouge et un masque. Ce qui lui donne l’aspect d’une sculpture faisant penser à un gisant, comme celui, remarquable, d’Isabelle d’Angoulême (XIII ème siècle) à l’abbaye de Fontevraud. Tout autour du lit, on disposera de nombreux bouquets de fleurs.

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Silence, respect de la mort, extrême lenteur gestuelle dans un lieu où une famille continue à accomplir les tâches quotidiennes comme: manger, ranger, regarder  la télévision même si on n’en a pas vraiment envie, comme pour se prouver individuellement que la vie malgré tout continue après un deuil collectif.  Comme dans n’importe quelle famille riche ou pauvre… Mais il y a dans le théâtre de Mario Banushi, tout un langage qui se crée mais c’est au spectateur de le décrypter, puisqu’aucun mot n’est ni prononcé ni écrit et il faut essayer de tirer un récit de ce qui est montré…Et bien sûr, accepter de se laisser entraîner par cette picturalité, celle, entre autres, de ce qu’on appelle des « tableaux vivants » anglo-saxons ou ceux que nous avions vus  au moment de Noël à New York vers 1970.  Tout ici est d’un extrême raffinement: jeu gestuel où le corps nu s’impose, comme chez Angélica Liddell (voir Le Théâtre du Blog) dont il cite une image (une femme nue qui marche à quatre pattes)  remarquable scénographie très réaliste de Sotiris Melanos et Mario Banuschi, lumière diffuse venant d’un seul endroit: une fenêtre carrée (la lumière n’est jamais identique selon la forme et les dimensions du cadre) et qui augmente ici le climat dramatique…
Tasos Palaioroutas sait créer des crépuscules (ou des aurores?). En tout cas, des clairs-obscurs de toute beauté (on pense bien sûr à Georges de la Tour mais aussi et surtout à Vermeer, Le Caravage, Rembrandt ou Leonard de Vinci avec ses jeux d’ombre si réputés. On peut voir l’influence en filigrane du grand Tadeusz Kantor  mais aussi de l’image cinématographique sous-exposée, comme celle de Murnau dans Nosferatu ou L’Aurore. Mario Banuschi a  aussi  réalisé un film. Et il a raison de dire que pour lui, « la lumière fonctionne comme un langage ».  Même si c’est au prix; quelquefois, d’une certaine sécheresse…

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©x Le Regard du Sourd

Bien sûr, on pense au grand Bob Wilson disparu l’an dernier, surtout celui des débuts, avec le fameux Regard du sourd (1970) tout aussi muet, que ce Goodbye Lindita et tout aussi porté par un univers sonore, ici, entre autres des bruits -de guerre-? Ce jeune metteur en scène aurait pu nous épargner l’invasion de fumigène, à la fin avec un peu d’encens soufflé par la fenêtre (tiens, au fait comme dans Le Regard du sourd *:  Bob Wilson avait aussi vingt-sept ans quand il l’a créé…). Pas grave, il y a chez lui une possibilité tout à fait intéressante de dire l’universel et ce rituel à travers une histoire intime dans un lieu fermé de Mario Banuschi réussit à toucher le public: il a un remarquable sens de l’espace et du temps: en  juste une heure, ite missa est. Allez voir ce spectacle -même s’il ne fait sans doute pas l’unanimité- vous ne le regretterez pas.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 5 avril aux Ateliers Berthier, 1 rue André Suarès, Paris (XVII ème).  T.:  01 44 85 40 40.
Mami sera présenté du 9 au 16 avril, dans la même salle des Ateliers Berthier.

* Il existe un montage I.N.A. (dix minutes) d’extraits en noir et blanc du Regard du sourd présenté au festival de Nancy 71, avec commentaires en voix off (un peu bavards et pas exacts) de Léon Noël, qu’on peut voir sur Internet. Pas idéal, il permet d’avoir au moins une idée de ce spectacle-culte qui a influencé tout le théâtre contemporain depuis un demi-siècle. Et il y a, déjà répétés, les: « One, two, three » sur un extrait du Beau Danube Bleu de Johann Strauss. Et que l’on retrouvera en voix off dans le solo de la danseuse Lucinda Childs de son célèbre opéra Einstein on the beach sur la musique de  Philip Glas, créé au festival d’Avignon 76.

 

 


Le Misanthrope de Molière, mise en scène de Tigran Mekhitarian

Le Misanthrope de Molière, mise en scène de Tigran Mekhitarian

Une lecture personnelle de la célèbre pièce (1666) écrite par son auteur sept ans avant sa mort.  Ici, Alceste, jeune banlieusard, arrive en pantalon de sport, blouson avec capuche. Comme les autres personnages. Son ami Philinte est en costume et feutre noir. La grande bourgeoise Célimène, est elle en pantalon et gilet noir, chemisier pailleté argent. Son dressing est plein de robes, tailleurs, manteaux bien alignés sur des cintres et au-dessus, sur des étagères, de gros livres reliés. Nous aurons droit comme partout  aux micros H. F., et bien sûr, à  une -légère mais permanente- couche de fumigène (pour faire comme les autres metteurs en scène ?) et les arrivées de personnages se font quelque fois par la salle, un vieux truc plus qu’usé… Et  Alceste arrive sur un scooter noir pour dire qu’on est bien à l’époque actuelle. On est ici, on l’aura compris, dans le pas léger, léger!

Au début, dans une sorte de prologue où, sur fond de musique baroque, les personnages du Misanthrope dont certains masqués dansotent et disant quelques répliques de la pièce. Histoire de montrer ce qu’on ne fera pas? Puis la pièce commence… Tigran Mekhitarian ne fait pas dans la dentelle et utilise les stéréotypes en vogue, sans aucun état d’âme. Cerise sur le  gâteau, toujours sans doute pour faire actuel, il met quelques répliques en rap. Et il y a au centre de la scène, une arcade en tubes fluo rouge: GRAND THEATRE DE PARIS.
Un acteur fait apprendre un vers du Misanthrope à un public pas très jeune, ravi de s’encanailler et qui sera prié de le reprendre en chœur, quand on le lui demandera…  Et il obéit!  Tous aux abris! Par ailleurs, le metteur en scène aurait pu nous épargner ces adjectifs du genre: dégueulasses, etc. là aussi pour faire actuel? Et ne pas couper dans le texte, surtout dans la scène des petits marquis, laquelle n’offre alors plus grand intérêt…

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Prendre une œuvre classique très connue et oser la monter « contemporain » est la marque de fabrique de ce metteur en scène, même si cela ne fonctionner pas vraiment (voir Le Théâtre du Blog). Bref, il y a quand même ici beaucoup d’erreurs et cela ne donne guère envie d’aller voir ce Misanthrope… 
Et pourtant! Même s’il ne faut pas être trop exigeant-cette mise en scène est un peu « vulgaire »  et a du mal à prendre son envol- les alexandrins ciselés de Molière sont rarement dits avec autant de respect et d’intelligence. Ce qui donne une grande force à cette pièce interprétée par de bons acteurs -dont Isabelle Gardien, autrefois à la Comédie-Française (excellente Arsinoé), Félicien Juttner, L’éclatante Marine, Souleymane Rkiba,  Vénus Yaffa, Étienne Paliniewicz et Tigran Mekhitarian très crédible en Alceste. Et on retrouve avec grand plaisir les scènes-culte entre Alceste et son ami Philinte. Puis celles où, encore amoureux de Célimène (Clémentine Aussourd), il fait tout pour  être insupportable. En contradiction avec lui-même, il sait bien qu’il a affaire à une élégante frivole, finalement peu sympathique et menteuse… Et qu’il n’est pas indifférent à la douce Eliante…

Il y a réussie, la scène feutrée mais d’une violence verbale inouïe entre Célimène et Arsinoé, et à la fin,, tout aussi réussie, celle où, assise au centre du plateau, est accusée comme à un tribunal, cette jeune femme dont ses amoureux vont révéler la duplicité en lisant des lettres où elle s’amuse à se moquer de chacun.Tous réunis pour cette mise à mort sentimentale, ils retransmettent à coup de portable, le visage, projeté sur le mur blanc de cette belle séductrice de vingt ans. Drôle et grinçant à la fois. Elle avouera à Alceste: « J’ai tort, je le confesse, et mon âme confuse/ Ne cherche à vous payer d’aucune excuse. »
Mais elle veut vivre sa vie- éventuellement avec Alceste qui lui pardonne ses « crimes » comme elle dit -mais à Paris et  dans les mondanités- et jamais à la campagne où, par besoin d’absolu, il veut l’emmener. On sort de ce spectacle avec une certitude: Tigran Mekhitarian a une remarquable maîtrise du plateau et sait bien diriger ses acteurs mais sa mise en scène aurait beaucoup gagné, s’il n’avait pas utilisé les facilités et gags racoleurs mentionnés plus haut.  Molière et le public méritent mieux.
Voilà, de quoi, nous l’espérons, éclairer votre lanterne.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 10 mai , Théâtre Antoine, 14 boulevard de Strasbourg, Paris ( X ème). T. : 01 42 08 77 71.


Le Cid de Corneille, mise en scène de Denis Podalydès

Le Cid de Corneille, mise en scène de Denis Podalydès

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

 «Le mot: tragi-comédie ne désigne pas une œuvre mi-triste, mi-drôle mais une pièce à péripéties qui finit bien, dit le metteur en scène, mais j’aimerais retrouver quelque chose de cet éclat juvénile, de l’énergie trempée qui parcourt tous les caractères de la pièce, de cette force tragi-comique, héritée du théâtre espagnol qui séduisait tant Corneille, de cet excès de puissance et d’invraisemblance dont on s’émerveillait, comme on s’émerveille devant le charme d’une œuvre qui en fait trop, qui dépasse les bornes, déjoue les attentes et semble prendre un malin plaisir à multiplier les ruptures, hyperboles, contrastes, voire les contradictions. Sous bien des aspects, Corneille est plus proche de Shakespeare, mort vingt ans avant Le Cid, que de Molière et Racine. ».

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

Denis Podalydès a vu juste: après deux heures trente de spectacle, nous sommes emportés par la folie jubilatoire de ses comédiens tous très justes. La pièce regorge de tirades que nous avons tous en mémoire. Sans qu’elles deviennent des morceaux de bravoure pour chaque interprète, nous entendons avec bonheur ce texte et l’on se prend à rêver d’en utiliser les mots pour interpeller autrui dans la vie courante. Le comte de Gormas, père de Chimène et redoutable homme de conviction (Christian Gonon) n’hésite pas à offenser Don Diègue, père de Don Rodrigue. Et Didier Sandre, excelle dans le chantage affectif envers son fils: «Venge-moi, venge-toi ; Montre-toi digne fils d’un père tel que moi. Accablé des malheurs où le destin me range, Je vais les déplorer. Va, cours, vole, et nous venge. »
Don Rodrigue (Benjamin Lavergne,  exceptionnel de justesse) semble subir cette destinée malgré une grande fragilité, comme un Hamlet infiltré dans une tragédie de la vengeance… Bakary Sangaré (Don Fernand, premier roi de Castille) interprète le plus beau rôle de sa carrière de sociétaire: magnanime et plein de bonhomie,  il a un sourire désarmant. Quand Don Alonse, un des gentilshommes castillans, lui apprend que Chimène demande justice pour la mort de son père, sa réplique est d’une puissante vérité: «La fâcheuse nouvelle, et l’importun devoir ! Va, je ne la veux pas obliger à te voir. Pour tous remerciements, il faut que je te chasse. Mais avant que sortir, viens, que ton roi t’embrasse. ».

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

Chimène, traversée par des sentiments contradictoires, brûle d’un amour incandescent pour Rodrigue, meurtrier de son père. Suliane Brahim est bouleversante. A l’acte IV, elle clame avec rage sa vengeance: « Reprenons donc aussi ma colère affaiblie : Pour avoir soin de lui, faut-il que je m’oublie ? On le vante, on le loue, et mon cœur y consent ! Mon honneur est muet, mon devoir impuissant ! Silence, mon amour, laisse agir ma colère : S’il a vaincu deux rois, il a tué mon père. Ces tristes vêtements, où je lis mon malheur, Sont les premiers effets qu’ait produit sa valeur. Et quoi qu’on die ailleurs d’un cœur si magnanime, ici tous les objets me parlent de son crime. Vous qui rendez la force à mes ressentiments,voiles crêpes, habits, lugubres ornements, Pompe que me prescrit sa première victoire, Contre ma passion soutenez bien ma gloire Et lorsque mon amour prendra trop de pouvoir, Parlez à mon esprit de mon triste devoir, Attaquez sans rien craindre une main triomphante. »

Bravo à Denis Podalydès et à toute son équipe de techniciens et interprètes. Le texte devient ici un formidable hommage au théâtre, comme souvent avec Éric Ruf pour la scénographie et Christian Lacroix pour des costumes. Ici plutôt sobres pour les hommes mais flamboyants pour le Roi et très colorés pour les personnages féminins,  à part à la fin, la robe de deuil noir et blanc de Chimène, chef-d’œuvre de haute couture.
Ce spectacle (actuellement complet) sera repris et il ne faudra surtout pas le manquer. « La pièce est baroque,  dit le metteur en scène. Et irrégulière, contrastée, changeante, parfois lumineuse -éblouissante- parfois sombre et nocturne. Tantôt, je lis et crois voir un roman d’aventures, une série historique, remarquablement construite et rythmée, proposant des situations claires et dessinées, des personnages vivants et généreux pour leurs interprètes, palpitants pour le public. Tantôt, elle me paraît archaïque et lointaine, étrange, difficile d’accès ou de sens ultime, malgré ses séductions, son alexandrin puissant et souple. Mais c’est l’écart lui-même qu’il faut préserver, à l’intérieur de la pièce, écart qui existe en chacun des caractères: cette tension irrésolue, vibrante, dont la scène, le petit théâtre dans le grand théâtre, je l’espère, éprouvera la résistance, en saura rendre énergie et beauté. »

Jean Couturier

Jusqu’au 17 mai, Comédie-Française hors-les-murs, Théâtre de la Porte Saint-Martin, 18 boulevard Saint-Martin, Paris (X ème).  T. : 01 42 08 99 41.


Le Cercle des Poètes Disparus, adaptation de Gérald Sibleyras, mise en scène d’Olivier Solivéres

Le Cercle des poètes disparus de Tom Schulman, adaptation du film de Peter Weir par Gérald Sibleyras, mise en scène d’Olivier Solivérès

Philippe Torreton (ici, le professeur charismatique John Keating), écrit dans son Petit lexique amoureux du théâtre (2011) à propos du « quatrième mur » sur la scène : « Je ne sais pas quel est le comédien-maçon qui l’a monté mais je lui flanquerais bien un procès pour construction illégale. Il y a trois murs au théâtre : celui du lointain, celui de la cour et celui du jardin. C’est comme ça, le reste, celui qui manque, c’est de l’humain et l’on ne bâtit pas de murs, même mentalement entre les hommes. C’est tellement dur de parler vraiment au théâtre, de s’adresser aux gens, c’est pour cette raison que je trouve cette expression qualifiant l’avant-scène, de quatrième mur, extrêmement idiote et dévastatrice pour l’art de l’acteur. »

Avec cette adaptation théâtrale très réussie du film mythique du réalisateur australien (1989) où Robbin Williams (1951- 2014) joue John Keating, nous découvrons que ce trop fameux mur n’existe pas: les élèves de dernière année de l’Académie de Welton invitent les spectateurs à danser avec eux sur le plateau. Nicolas Bauwens, Noé Besin, Olivier Bouana, Louis Djabali, Ivan Du Pontavice, Yvan Garouel, Baptiste Gonthier, Joseph Hartmann, Clément Mariage et Arthur Toullet procurent un rythme exceptionnel au spectacle… Cela se passe en 1959 dans une Académie du secondaire aux Etats-Unis mais pourrait être  au lycée Stanislas à Paris où il y a le même respect de la discipline. Elle accueille un nouveau professeur, John Keating qui, lui,  enseignerait, par exemple, à l’Ecole alsacienne. Il va inculquer à ses jeunes élèves la notion de liberté, qu’il pense être fondamentale pour leur ouverture d’esprit.

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Philippe Torreton -parfait- incarne un John Keating et quand il entre en scène sans parler, il a  une légèreté mais aussi une folie intérieure qu’il transmettra tout au long de la pièce. « Carpe Diem »: sa devise, va s’exprimer avec, entre autres, une passion pour la littérature.  Il rappelle à ses élèves que nous ne faisons que passer et en amoureux de William Shakespeare, que  »nous sommes tous de la future nourriture pour les vers.» La personnalité de chacun est ici bien représentée, en particulier, celle du jeune Todd Anderson, souffrant d’une forme mineure d’autisme.
Bien sûr, les méthodes de travail de John Keating ne plaisent pas à la direction de l’Académie qui le sanctionnera, lui et ses élèves.

Ce goût de la liberté, en particulier à travers l’art, sera fatale à Neil Perry qui rêve de théâtre, alors que son père l’oblige à faire médecine. Dans une très belle scène rythmée par la lumière oscillante de la « servante », il déclamera la tirade finale de Puck dans Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare avec une vérité déconcertante. Son père veut l’obliger à démissionner la veille du spectacle: il trouve que le théâtre est un gaspillage de temps. Dévasté, Neil Perry va voir Keating qui lui conseille de rester ferme et de prouver à ce père qu’il prend très au sérieux son amour de la scène. Mais Neil se suicidera dans la nuit et son professeur sera renvoyé…
Quelle que soit leur destinée, ces jeunes ne pourront oublier les paroles de leur professeur: « Nous faisons tous partis de la horde, il faut apprendre à s’en détacher. »  » On ne lit pas et on n’écrit pas de la poésie, parce que ça fait joli. Nous lisons et nous écrivons de la poésie, parce que nous faisons partie de la race humaine, et que cette même race foisonne de passions. »  « C’est la guerre, les amis, méfiez-vous du danger du conformisme. » « Vous apprendrez à aimer les mots: on peut changer le monde avec des idées. »
Engagement des jeunes artistes, scénographie fluide, interprétation exemplaire de Philippe Torreton… Ce  spectacle mérite vraiment la longue ovation debout que lui fait, chaque soir, le public.

Jean Couturier

Théâtre Antoine, 14 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème).  T. : 01 42 08 77 71. 


Moi, Elles, texte et mise en scène de Wang Jing, mis en scène et chorégraphie d’Ata Xong Chun Tat e Wang

Moi, Elles texte et mise en scène de Wang Jing, mise en scène et chorégraphie d’Ata Xong Chun Tat

Wang Jing a quitté la Chine il y a dix-huit ans après la mort de sa mère  et est venue en France, alors qu’elle ne parlait pas un mot de notre langue. Mariée, elle a eu un enfant. Elle a traduit des pièces de Wajdi Mouawad en chinois et  diffuse en Chine les spectacles de Jean Bellorini, Joël Pommerat et les siens. Ici, entre danse et texte, c’est l’histoire de six femmes: une jeune Chinoise (Bao Yelu) essaye de se libérer d’un lourd passé après la mort de sa mère. Une danseuse malienne (Aminata Kane) raconte la vie avec son ami dans un très petit studio à Paris; elle se souvient du visage de sa mère aussi disparue, quand elle avait trois ans.  Sans papiers donc  avec angoisse, elle attend, cachée, la naissance de sa fille.
Et une Iranienne, opposante à l’Ayatollah Khomeini (Alice Kudlak)  évoque sa mère âgée dont la mémoire commence à s’effacer et qui voudrait avoir des nouvelles de ses enfants. Ils ont aussi fui le régime actuel et se sont  aussi  exilés un peu partout dans le monde. La jeune femme a été protégée par sa mère qui a eu sept enfants et qui leur téléphone. Elle a pu, grâce à sa fille, venir en France pour se faire soigner.

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Cette pièce à mi-chemin entre danse et théâtre est une réflexion sur l’identité culturelle avec des textes croisés où on l’aura compris,  le fil rouge est cette relation mère/fille, un leitmotiv qui peut concerner tous les spectateurs. Aucun autre décor qu’une série de chaises en plastique blanches qu’Alice Kudlak, Aminata Kane et Bao Yelu, déplaceront. Elles y sont aussi parfois assises face public ou sur un des côtés de la scène.
Debout, elles racontent des pans de leur histoire personnelle et parlent de leur mère. Bao Yelu, elle, parle des difficultés avec la langue française qu’une jeune Chinoise est arrivée en France et  propose aussi une recette des raviolis chinois -compliquée- mais dont le texte sera distribué à la sortie. Et elles dansent le plus souvent seules, ou ensemble sur une chorégraphie d’d'Ata Wong Chun Tat, accompagnées par la musique d’Uriel Bartélémi: électronique, créée à partir d’un ordinateur, et ethnique avec plusieurs percussions africaines (grand tambourin et cloches de bronze).

Wang Jing réussit à créer une sorte de réflexion sur le lien unique que peut avoir une fille avec sa mère, qu’elle soit disparue depuis longtemps, ou il y a quelques années, ou encore vivante mais âgée et diminuée. A partir de trois destinées, elle arrive aussi, malgré quelques longueurs, à dire l’universel à travers l’intime. « Il n’y a rien de plus universel que l’intime, écrivait Miguel de Unanumo, puisque ce qui est à l’un, est à tous les autres. » Le théâtre et la danse peuvent comme ici, très bien dire, encore cela.  

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué du 19 au 28 mars au Théâtre Silvia Monfort, 106 rue Brancion, Paris (XV ème).
T. :  01 56 08 33 88.

Le 12 avril, Friche de la Belle de Mai, Marseille (Bouches-du Rhône); du 28 au 30 avril, Théâtre du Nord, Lille ( Nord).

Du 27 au 29 mai, Théâtre de Dijon (Côte-d’Or) .

Les 12 et 13 juin, L’Anis Gras, Arcueil (Val-de-Marne) et en juin, à Grigny (Essonne).

Le 27 novembre, Centre d’art et de culture de Meudon (Hauts-de-Seine)


La Puce à l’oreille de Georges Feydeau, mise en scène de Lilo Baur

La Puce à l’oreille de Georges Feydeau, mise en scène de Lilo Baur

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 A la Comédie-Française c’était la cinquième réalisation en 2019 de cette metteuse en scène suisse (voir Le Théâtre du Blog).  La Puce à l’oreille n’y avait pas été  montée depuis 79 dans la mis en scène de Jean-Laurent Cochet où Alain Feydeau, petit-fils de l’auteur, jouait le  docteur FinacheDepuis, elle y a été jouée cent-quarante fois et est reprise au Théâtre des Amandiers-Nanterre qui l’héberge à cause de travaux, salle Richelieu. Situations burlesques, quiproquos en chaîne et un formidable personnage de sosie sur lequel est fondée l’intrigue. La Puce à l’oreille est bien construite et son auteur en avait rédigé avec le plus grand soin les didascalies. Il insiste en particulier sur le fonctionnement du mécanisme du double lit tournant qui permet d’évacuer dans une autre chambre d’un hôtel douteux, un couple illégitime. Et il décrit avec soin tous les accessoires et leur disposition, comme l’aurait fait le peintre qu’il aurait sans doute aimé être, et même les déplacements des acteurs  qu’il avait aussi dirigés.

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Lilo Baur a presque ignoré ces didascalies et a bien fait de donner un coup de jeune à la pièce en en situant l’intrigue vers 1960 à la montagne, à Noël dans un beau chalet. Murs en lattes de bois, grand feu dans la cheminée en pierre, canapé vert cru trois places, table basse, fauteuils, téléphone blanc à cadran, horloge-coucou, etc. «J’avais envie, dit-elle, d’un intérieur bourgeois avec une grande baie vitrée à travers laquelle on voit la neige. Un contraste entre le calme à l’extérieur et l’hystérie dans l’appartement. Enfin, Noël est propice aux stimulations du bien-être de l’âme, c’est le moment de l’année où il est question de chaleur et de rapprochement. Cela correspond parfaitement à l’ambiance et à la raison d’être de l’hôtel du Minet-Galant.» Ce même décor se transforme en quelques minutes, en hôtel avec escalier, hall de réception, arbre de Noël et, à cour et à jardin sont  les chambres… Une scénographie réaliste tout à fait remarquable et pleine d’humour, signée Andrew D. Edwards. Comme le sont aussi les jupe longues serrées et comme les costumes trois pièces de bonne coupe mais un peu ternes des années soixante,  signés Agnès Falque.

L’histoire est volontairement compliquée, comme toujours chez Georges Feydeau sauf dans ses dernières petites pièces. Et il a un malin plaisir à rendre inextricables les situations. Loin d’être idiots, ses personnages ont le plus grand mal à les gérer, surtout quand ils s’y sont mis eux-mêmes.   La Puce à l’oreille est fondée sur une une précision mécanique, ce qui n’est pas incompatible avec un comique de répliques souvent sublimes, du genre: «Je t’ai quitté Lucienne Vicard, je te retrouve Lucienne d’Homenidès de Histangua (Pauline Clément), ton nom a pu s’allonger, ton cœur est resté le même. » Et il y a une phrase étonnante d’une «morale délicieuse», quand il fait dire à Raymonde Chandebise ( (Claire de la Rüe du Can) : «Je veux bien encore le tromper, lui. Mais qu’il me trompe, lui ! Ah ! non ! çà, cela me dépasse. » Pas si loin finalement de Marivaux… Et comme lui, excellent  connaisseur de la langue française. Et il ne se prive pas de jouer sur les mots, comme le fera ensuite Sacha Guitry : «L’amour et l’amour propre, ça ne va pas ensemble… Si même il y en un qui s’appelle propre, c’est pour le distinguer de l’autre qui ne l’est pas.”

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Il y a douze personnages! dont Etienne, (Nicolas Lormeau qui joue les pas très malins avec virtuosité). Ce  neveu de Victor-Emmanuel Chandebise  a un grave défaut d’élocution: il prononcer les seules voyelles. Et Antoinette (Morgane Real), la cuisinière de la famille Chandebise a une liaison secrète avec Camille, le neveu (Jordan Rezgui). Bien entendu, malentendus et quiproquos pleuvent et le spectateur est toujours en avance sur la situation: un élément comique qui a fait ses preuves…. Raymonde Chandebise  ouvre «par mégarde, en inspectant son courrier” -tout le comique de Feydeau est déjà là- un paquet envoyé à son mari, un riche  assureur bourgeois, par le directeur de l’hôtel du Minet-Galant à Montretout. C’est une paire de bretelles et Raymonde se persuade alors qu’il la trompe… En effet, comme elle le dit crûment  à son amie d’enfance Lucienne, il n’est pas très en forme au lit ces derniers temps…
Et elle lui demande alors d’écrire une lettre donnant rendez-vous à Victor-Emmanuel dans ce même hôtel pour le piéger. Mais, écrite de la main de Lucienne, cette lettre tombe dans celles de son mari, Carlos de Homenidès de Histangua ( Nicolas Chupin) qui voit rouge. Jaloux, fou de colère, il veut aussitôt provoquer en duel Victor-Emmanuel…

Raymonde va donc essayer de surprendre son mari mais tomber, dans la chambre réservée du minable hôtel sur Raymond Tournel, un vieil ami de son mari (Yoann Gasiorowski). Il la drague depuis longtemps et devient…. très entreprenant! Paniquée, elle appuie alors sur un bouton d’appel mais catastrophe, la paroi du lit tourne  (Tournel/tourne: logique! ) et se retrouve, dans le  texte original de Feydeau, avec Baptistin. En fait ici, de rebondissement en rebondissement, tout va très vite se détraquer dans cet endroit douteux  “où il ne vient que des gens mariés,  comme le prétend Augustin Ferraillon, directeur de l’hôtel (Gilles David). » (…) Et Georges Feydeau lui fait préciser avec humour: «Ils ne le sont que davantage, puisqu’ils le sont chacun de leur côté.»  Il y a là aussi une pittoresque galerie de personnages: le docteur Finache, ami de Victor-Emmanuel et  dragueur impénitent  (Alexandre Pavloff) qui se vante d’y emmener ses nombreuses conquêtes, Antoinette une bonne à tout faire (Morgane Real) mais aussi Olympe, épouse de M. Ferraillon ( Sylvia Bergé ) une  ex-prostituée, M. Rugby, un client anglais original (Birane Ba) … Et Poche, le valet alcoolo (Stéphane Daublin), sosie parfait de M. de Victor-Emmanuel Chandebise Ce qui va semer une suite de quiproquos et une belle pagaille dans ce petit monde qui se connait bien et qui se retrouve là  » par hasard » sur unique décision de l’auteur.

Le sosie, vieux truc théâtral invraisemblable, marche à tous les coups; il  permet aussi  à un acteur de recevoir, cadeau royal, un double rôle où excelle Serge Bagdassarian qui réussit à passer du grand bourgeois au valet d’hôtel minable, avec une remarquable virtuosité. On vous épargnera les méandres de cette intrigue compliquée et burlesque à souhait où les personnages, enfin tous réunis dans le chalet, continueront à se disputer et à s’injurier. Il y verront enfin plus clair quand, à l’extrême fin, ils apprendront que un parfait sosie en la personne de Victor-Emmanuel Chandebise, à qui Augustin Ferraillon vient de botter sérieusement les fesses, puisqu’il le croit son valet… Et la neige tombera sur le couple Chandebise qui s’embrasse….

Côté mise en scène, Lilo Baur a réalisé un spectacle précis où l’acteur est roi. Il y a de nombreux gags faciles…mais bon! Les  treize interprètes et quatre élèves de l’académie de la Comédie-Française ( Lila Pelissier, Diego Andrea, Alessandro Sanna et Sara Valeri) sont tous impeccables et  il y a une   très bonne unité de jeu. La distribution n’est plus la même sauf Serge Bagdassarian mais tous incarnent ces personnages caricaturaux, avec un solide métier. Diction et gestuelle impeccable. Il y avait à la création des scènes pas très au point mais la metteuse en scène a rectifié le tir et réussit à régler – et ce n’est pas facile du tout- le deuxième acte à l’hôtel du Minet Galant. Elle maîtrise aussi très bien le troisième et dernier où les treize personnages se retrouvent dans le chalet. Tout ici est parfaitement rodé et les acteurs semblaient heureux de jouer ensemble à Nanterre, devant un public qui  savourait ce moment exceptionnel. Près de nous, une bande de lycéens riait presque tout le temps, ce qui est toujours bon signe…
Comme le spectacle est lourd, il doit coûter cher et pas sûr qu’il y ait une tournée. Donc  si vous  vous le pouvez, allez vite le voir à Nanterre; par les temps qui courent, faites-vous plaisir, soyez un peu égoïste et allez rire à cette farce qui a plus d’un siècle: les auteurs de  théâtre contemporain ne font pas beaucoup dans le comique et le grand Georges Feydeau reste indéboulonnable. Et ce serait bien que la Comédie-Française revienne de temps en temps à Nanterre…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 10 mai, Théâtre Nanterre-Amandiers-Centre Dramatique National, 7 avenue Pablo Picasso, Nanterre (Hauts-de-Seine). 


A notre place d’Arne Lygre, traduction de Stéphane Braunschweig et Astrid Schenka, mise en scène de Stéphane Braunschweig

A notre place d’Arne Lygre, traduction de Stéphane Braunschweig et Astrid Schenka, mise en scène de Stéphane Braunschweig

Le metteur en scène connait très bien l’œuvre du grand dramaturge norvégien Arne Lygre et a réalisé ( voir Le Théâtre du Blog),  Je disparais (2011), Tage unter (Jours souterrains, 2012), Rien de moi (2014). Ici, dans A notre place, nous sommes chez Astrid:  grand lit, canapé et fauteuils blanc crème, murs et sol blancs. Elle a soixante ans ou un peu plus  et va céder à son fils qui en a besoin, la plus grande partie de  sa maison et se réfugiera au sous-sol. Sara, à peu près la cinquantaine est mariée et a un frère plus jeune qu’elle. Elle a rencontré Astrid au cours d’une promenade il y a un mois et devenues très amies, se voient tous les les jours. Et elles parlent de leur amitié parfois récente  mais aussi  d’un fils, d’un père, ou d’un frère, d’une mère déjà âgée, d’un mari … soit une dizaine de personnages que nous ne verrons jamais mais qui sont bien présents.

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

Eva, la plus jeune, trente-cinq/quarante ans,  les rejoindra un peu plus tard. La rencontre  entre Astrid et Sara a-t-elle été le facteur déclenchant? Mais Eva avoue avoir besoin de prendre un peu de distance avec Astrid avec laquelle elle reste pourtant très intime. Aucun déchirement ni brouille véritable mais comme l’ombre de l’ombre d’une certaine jalousie? Ici, ces femmes affrontent le terrain des non-dits, confidences, besoins inavoués, mots qu’on lâche trop vite… pour les regretter aussitôt. Bref, de tout ce qui fait aussi une amitié, jamais impeccable mais toujours aussi solide malgré les années qui passent. Et Eva arrivera dans ce salon sur un terrain qu’elle sent, à raison ou non, un peu miné par Sara.

 

Dans le second volet, cela se passe au sous-sol  de sa maison où Astrid a trouvé refuge. Elle ira faire une course- vieux truc dramaturgique- Sara et Eva qui se connaissent peu, se retrouveront seules et on ne reverra pas Astrid. Le metteur en scène sait créer un climat fermé qu’aèrent juste quelques notes au piano. Il y a au commencement comme un léger retard à l’allumage dans le texte mais il dirige à la perfection ses trois actrices. Diction et gestuelle remarquables: Chloé Réjon et Cécile Coustillac sont tout de suite crédibles mais mention spéciale à Clotilde Mollet (Astrid) qui avec un jeu d’une grande subtilité, arrive à créer un personnage  moins simple qu’on n’aurait cru. »C’est si fragile, dit Arne Lygre, c’est si difficile de trouver l’adéquation entre ce qu’on veut dire et ce qui parvient à l’autre. Ce que l’autre peut en comprendre. » Mais pourquoi dans cette petite salle, Stéphane Braunschwseig -il a sûrement ses raisons- utilise-t-il des micros H.F. qui uniformisent les voix? Seul bémol à cet impeccable spectacle que le public savoure en deux heures, dans un silence aussi rare  qu’impressionnant… 

Philippe du Vignal

Jusqu’au 17 avril, Théâtre de la Colline, 15 rue Malte- Brun, Paris (XX ème). T. : 01 44 62 52 52.

 


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