Qui sommes nous?

Une équipe de critiques rend compte,  jour après jour, des spectacles (théâtre, danse, arts de la rue, cirque, performances, etc…) qu’ils voient en  région parisienne, en  province, et à l’étranger.

Julien Barsan, conseiller dans une entreprise culturelle, est aussi critique dramatique.

Jean Couturier est critique dramatique,  et assistant du rédacteur en chef.

Mireille Davidovici, dramaturge, traductrice et  conseillère artistique. A dirigé quinze ans l’association Aneth, consacrée aux auteurs contemporains disparue en 2010. Assistante du rédacteur en chef.

Christine Friedel est critique dramatique et conseillère artistique.

Véronique Hotte est critique dramatique et enseignante.

Elisabeth Naud  est docteur en esthétique théâtrale est  enseignante  à Paris VIII, et conseillère artistique.

Béatrice Picon-Vallin,  directrice de recherches au CNRS (ARIAS), auteur d’ouvrages sur le  théâtre russe , la mise en scène, et les rapports entre le théâtre et les autres arts. Elle dirige les collections : Mettre en scène  à Actes Sud -Papiers, Arts du spectacle aux Editions du CNRS et Th XX à L’Age d’homme).

Edith Rappoport a été directrice des théâtres de Choisy-le-Roi et Malakoff, puis conseillère pour le théâtre à la D.R.A.C. Ile-de-France; elle écrit aussi dans la  revue Cassandre.

Stéphanie Ruffier est critique dramatique et enseignante.

Laurie Thinot, directrice artistique, réalisatrice, chercheuse en innovation et critique de spectacles.

Philippe du Vignal, rédacteur en chef du Théâtre du Blog, a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre national de Chaillot où il enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a été responsable de la rubrique Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant puis  à Art press. Il a collaboré aux Nuits magnétiques d’ Alain Veinstein ainsi qu’au journal La Croix. Il a aussi  été  professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs( scénographie) Il est aussi critique dramatique aux Lettres françaises et à Strada.

Correspondants: Gérard Conio, professeur émérite de l’Université de Nancy et spécialiste de la civilisation russe, pour la Russie et les pays de l’Est; Nathalie Markovics, pour les capitales européennes, et Alvina Ruprecht,  du département Théâtre de l’Université d’Ottawa, pour les théâtres d’Ottawa, le Canada anglophone et les Caraïbes.

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Articles récents

L’Ogrelet de Suzanne Lebeau

 

 

L’Ogrelet de Suzanne Lebeau, mise en scène de Christophe Laparra, (pièce jeune public à partir de 8 ans)

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 Orcus, dieu souverain avaleur de soleil, représente l’engloutissement total, une gueule ouverte, associé aussi aux ténèbres : l’ogre incarne le temps destructeur. Cette figure monstrueuse entretient aussi la métaphore du père castrateur, le tabou de la consommation de l’enfant exprimant l’interdiction implicite de l’union sexuelle. Il est clair que l’homme fait instinctivement une analogie profonde entre l’acte de copuler et celui de manger ( voir La Pensée sauvage de Claude-Lévi Strauss).

 Dans l’imaginaire collectif, l’ogre et sa femme mangent les enfants, absorbent leur jeunesse – un acte brut de boucherie concrétisé par l’image sanglante de «chair fraîche» mastiquée puis avalée, pour devenir égoïstement éternels. L’ogre est sauvage et d’un aspect bestial : il a la capacité de sentir la chair humaine. Mais comment faire front à cette insatiabilité directement ou indirectement sexuelle ? 

La maîtresse d’école sait parler du désir avec une clarté juste. Le comédien et metteur en scène Christophe Laparra, artiste associé à la Comédie de Picardie, s’est emparé de L’Ogrelet de Suzanne Lebeau pour mettre à mal la fameuse « ogreté » en question – mot inventé -, soit la pulsion névrotique des ogres et le désir compulsif de dévorer la chair crue enfantine.

 Le conte sur le plateau entre comédiens, dessins animés sur écran et lecture des titres de chapitres, joue de toutes les dimensions enfantines – peur et réconfort, effroi venu de l’extérieur et intimité du foyer -, de la proximité de la forêt giboyeuse à l’intérieur d’une chaumière surprotégée par la mère de l’ogrelet. S’imposent les couleurs grises maternelles dans une chaumière en bois qu’éclairent, d’un feu à peine rougeoyant, des trappes construites dans la table de salle à manger. Le public contemple à la fois les coulisses du théâtre, les ampoules d’une psyché, la cabine sur roulettes et la malle à costumes de la mère et du fils et de La mère (Patricia Varnay) qui écarte les traces de rouge dans son univers: Simon ne mange que des légumes du jardin, haricots, brocolis, pommes de terre, carottes,  mais jamais de fraises ni de tomates, jamais de viande. Or, le passé de l’enfant le rattrape.

 Et la maîtresse dans l’école à volets rouges porte un joli rouge à lèvres et une robe rouge, ce qui n’est pas pour déplaire à l’élève en herbe, trop grand pour son âge. Quittant un monde en noir et blanc que reproduit à merveille un dessin animé au lointain, jouant de la miniaturisation du garçon et des animaux rencontrés dans la forêt – lèvres, belettes, renards et loups -, l’ogrelet fait peu à peu l’apprentissage de la vie en couleurs avec ses nuances, lumières, risques, troubles et maux de cœur.

 Sur le plateau, Christophe Laparra incarne l’ogrelet, reproduit sur écran en silhouette de garçonnet dans sa marche, bruits des bois et des récréations. Essoufflement après une course effrénée à fuir le loup, allers et retours entre foyer maternel et école, le jeune élève progresse jusqu’à la libération de soi et de ses terreurs rentrées, à travers expériences, épreuves et missives : l’apprentissage de la lecture passe aussi par les lettres échangées. L’enfant grandit, échappant naturellement à l’emprise maternelle, et à lui-même.Les deux acteurs font résoner à merveille la belle prose poétique de Suzanne Lebeau. Un voyage dans l’enfance et les lointains des peurs fondatrices…

 Véronique Hotte

Studio-Théâtre à Charenton-le-Pont, du 22 au 28 avril. Centre Culturel Jacques Tati/ Amiens-Comédie de Picardie hors-les-murs, du 10 au 12 mai.
Théâtre Eurydice Esat-Plaisir, du 18 au 19 mai.
Festival  d’Avignon, collège de la Salle, du 7 au 30 juillet.

 La pièce est publiée aux éditions Théâtrales/Collection Théâtrales Jeunesse.

 

 


Programme Merce Cunningham et William Forsythe

 

Programme Merce Cunningham et William Forsythe, par le Ballet de l’Opéra de Paris.

affiche_193151.thumb53700.1471425663Ces trois pièces, antérieures à l’an 2000 et déjà représentées par différents compagnies dans le monde, font leur entrée au répertoire de l’Opéra. Le soir de la première, Walkaround Time de Merce Cunningham (1968) a reçu un accueil mitigé. Cette forme minimaliste de quarante-huit minutes reste d’un abord difficile pour un public parfois novice. Les danseurs semblent s’échauffer un peu trop lentement, au milieu de sept structures gonflables transparentes, une scénographie inspirée de l’œuvre de Marcel Duchamp.

 Les deux pièces de William Forsythe, elles,  sont d’une grande beauté. «Mon job, dit-il, consiste à trouver le contexte le plus approprié pour mettre en valeur le désir de danser des l’interprètes.» Ceux de l’Opéra lui ont répondu avec un plaisir communicatif : dans Trio (1996) de quatorze minutes, ils entrent en pleine lumière sur le plateau nu du palais Garnier, et sur le Quatuor n°15 en la mineur, opus 132 de Beethoven, jouent avec les éclairages changeants et les ruptures musicales, en semblant réveiller dans leurs corps la mémoire d’anciennes cicatrices.

 Les costumes très colorés de Stephen Galloway souligne la légèreté d’une chorégraphie qui déstructure le mouvement classique. Langage spécifique que l’on retrouve dans toute sa complexité, avec Herman Schmerman, créée en 1992 par le New York City Ballet. Les  costumes noirs et jaunes de Gianni Versace accentuent la sensualité de cette succession de duos où William Forsythe construit des figures où les corps se déploient et s’étirent au maximum de leurs capacités.

La musique de Thom Willems, vieux compagnon des créations du chorégraphe, complète ce beau moment. Les sept danseurs se fondent harmonieusement dans cette pièce fluide, remontée ici par Noah Gelber. Cela confirme l’affinité entre le Ballet de l’Opéra de Paris et le chorégraphe, depuis sa première pièce In the Middle somewhat elevated (1987).

Jean Couturier

Opéra Garnier jusqu’au 13 mai.

www.operadeparis.fr           


La Mouette, d’Anton Tchékhov, mise en scène d’Oskaras Korsunovas

La Mouette d’Anton Tchékhov, mise en scène d’Oskaras Korsunovas en lituanien (sous-titrée en français)

 

photo D.Mmatvejev

photo D.Mmatvejev

Encore une Mouette ! Une vraie, et en direct :  pas une création collective «d’après », pas une adaptation,. Deux remarques, cependant : même trafiquée, même mal jouée, c’est toujours une belle pièce, et les jeunes gens n’ont rien à perdre à la découvrir. Ensuite, le désir de la monter, plus encore que la pièce elle-même, serait le symptôme d’une guerre des générations particulièrement chaude, un  siècle après son écriture. Faut voir.

On voit dans La Mouette une Arkadina, actrice connue, pas encore  sur le retour, mais assez haut dans  l’échelle des âges et de sa carrière, pour craindre de redescendre ; elle rejette les tentatives d’écriture et de création de son fils, et accessoirement, une possible jeune rivale…
Ajouter à cela une circulation des amours qui vaut celle d’Andromaque de Racine : Macha aime Constantin (dit Kostia) qui aime Nina, laquelle est attirée par Trigorine, qui n’aime personne, même pas lui-même, qu’Arkadina aime et tient en laisse à coups de compliments démesurés. Polina, la femme de l’intendant aime le docteur Dörn qui la néglige… Et l’on n’oublie pas le vieux Sorine qui n’a jamais aimé, ou alors toutes les femmes et toute sa vie (et Nina, avoue-t-il à la fin), ni l’instituteur fauché qui aime Macha… et voilà la boucle bouclée.  Comme dit le docteur, « comme tout le monde est nerveux, et que d’amour ! ». Le tout fait quand même une comédie, comme l’espérait Anton Tchékhov, mais qui finit tragiquement.

Oskaras Korsunovas n’y va pas par quatre chemins. Pas de décor, inutile. Pas de costumes d’époque, inutiles et même contre-productifs. Les acteurs, déjà présents à l’entrée du public, attendent de jouer, comme la petite société dans la pièce attend Nina et la pièce de Treplev (Kostia). Et, parce que le metteur en scène est un malin, ils commencent déjà à jouer, en douce, et à évoquer par quelques traits les rôles qu’ils interpèteront  ensuite frontalement.

Idem pour les « non-costumes » qui, l’air de rien, évoquent le rôle que chacun va tenir, et même son itinéraire: Nina en talons hauts, triste présage d’un déclassement pour cette gentille provinciale,  rêve de gloire sur les  scènes de la capitale. Pas de chichis, les comédiens jouent au moins autant avec le public, qu’entre eux, se questionnant et nous questionnant : « Suis-je trop vieille pour être aimée ? ».

Tout le jeu, et rien que le jeu : les acteurs et la mise en scène s’appuient sur une double énergie, celle, vitale et mortelle, de l’amour et du désir, et celle, ravageuse, d’une jeunesse empêchée qui se retourne contre elle-même. Question de vie ou de mort : cela fait toute la dynamique du spectacle et sa justesse.  Avec des moments où l’on rit : quand, par exemple, d’un trait un peu appuyé, Trigorine l’écrivain à succès prend son carnet de notes en toutes occasions, en particulier celles qu’on lui signale.

Une belle énergie, donc. Le mobilier (des chaises pliantes grises) en prend un coup, tout comme le sentimentalisme. La pièce en sort complètement décapée.  Sans doute pas la seule lecture possible, mais c’est très fort. A voir d’urgence.

 Christine Friedel

Théâtre 71 Malakoff  jusqu’au 27 avril. T. 01 55 48 91 00 puis à Festival Passages de Metz les 5 et 6 mai. T. : 07 81 68 34 40

 


Songes et Métamorphoses

© Élizabeth Carecchio

© Élizabeth Carecchio

Songes et Métamorphoses, une création de Guillaume Vincent, Les Métamorphoses de Guillaume Vincent, librement inspiré d’Ovide et Le  Songe d’une nuit d’été  de William Shakespeare, traduction de Jean-Michel Déprats

« Même s’il ne s’agit pas de se comparer ou de se mesurer à Shakespeare, Métamorphoses serait une sorte de prologue, mais d’une durée quasi-équivalente au Songe d’une nuit d’été. Dans Le Songe, il est d’ailleurs question d’un prologue… À l’inverse du prologue de Bottom, Les Métamorphoses joueront à fond des ambivalences, et le réel pourra prétendre à devenir fiction, quand de son côté, la fiction se donnera pour réelle.

En partant du Songe d’une nuit d’été, et en particulier de la partie liée aux artisans, je voudrais pouvoir composer des variations, comme en musique, sur le thème du théâtre amateur. (…) Le théâtre amateur sous toutes ses formes : théâtre social, théâtre thérapeutique ; le théâtre qu’on fait à la maternelle ou au primaire … (…)Métamorphoses est donc une sorte de prologue hypertrophié, un lever de rideau trop long pour être véritablement un lever de rideau Et moi, que vais-je demander au spectateur de ce prologue… de cette première partie ? De l’indulgence ? De l’imagination ? Sans doute les deux, et plus si affinités. »

Guillaume Vincent a au moins le mérite de la franchise: on a d’abord droit à un petit spectacle d’enfants puis à un atelier-théâtre, avec des acteurs professionnels qui jouent un prof de lycée, M. Gaillard,  et des acteurs amateurs, un exercice comme on le sait, des plus périlleux. Le tout sur les thèmes  traités avec bonheur par Ovide :  Narcisse, puis d’Hermaprodite et moins connue,l’histoire d’une jeune fille,  Myrrha amoureuse de son père. Puis celle du célèbre Pygmalion, jouée soi-disant par une troupe de comédiens professionnels.

« On interroge la vraisemblance, croit utile de préciser Guillaume Vincent». Que nenni ! Ces petites saynètes mises bout à bout, sans autre fil conducteur que les fantasmes du metteur en scène sur les jeux entre fiction et réel, ne fonctionnent absolument pas ; vite et mal écrites, elles distillent un ennui d’une rare qualité ! Rien ici n’est dans l’axe : faiblesse de la dramaturgie, faiblesse de la mise en scène ronronnante et sans imagination, malgré quelques belles images ici et là, faiblesse de la direction d’acteurs peu crédibles et à la voix amplifiée (on se demande une fois de plus pourquoi !), en partie issus du Jeune Théâtre national et donc pris en otage. Ce qui moralement, n’est pas très bien. Et  cette première partie va durer une heure quarante cinq !

© Élizabeth Carecchio

© Élizabeth Carecchio

Enfin arrive un vrai moment de théâtre avec la terrible aventure de Procné qui comprend que son mari a couché avec sa sœur et qu’il lui a tranché la langue pour qu’elle ne parle pas. Procné sera bien entendu, prête à toutes les vengeances… Et pour ce personnage, Guillaume Vincent fait appel à une de ses comédiennes préférées qu’il avait déjà fait travailler dans La Nuit tombe et Gare de l’Est (voir Le Théâtre du Blog) : quand Emilie Incerti-Formentini arrive, elle a une vraie présence, une maîtrise du plateau et une telle intelligence de son personnage qu’elle s’impose-avec une diction et une gestuelle impeccable-en quelques minutes. Là, il se passe quelque chose de presque magique sur le plan théâtral…

Mais malheureusement, cela ne dure pas !  Après un entracte bien mérité, on a droit à un Songe, d’une absolue médiocrité. « Pourquoi ne pas s’amuser plutôt, dit Guillaume Vincent à exalter ces différences en les abordant avec une telle schizophrénie qu’on pourrait donner l’illusion qu’il s’agit de trois pièces mises en scène par trois metteurs en scène différents? C’est le pari que je voudrais faire avec ma mise en scène.» « Shakespeare déploie son génie comique à travers ses intrigues et ses personnages, mais on peut aussi être effrayé par l’inouïe violence des rapports » Pari raté que cette « déclaration d’amour au théâtre» !

Guillaume Vincent semble en effet rouler pour lui, et semble se complaire dans une réflexion sur une mise en abyme de la pièce. Avec une certaine prétention, pour essayer de restituer cet incroyable mélange de bouffonnerie mais aussi de sublime tragique que William Shakespeare avait su concocter… Mais rien à faire, à force faire joujou avec la pièce, cela devient vite fastidieux. Ainsi Titania et Obéron sont joués par deux chanteuses, au prétexte qu’on donnait souvent par tradition le rôle d’Obéron à une jeune femme. Tous aux abris !
Et au lieu de la mettre simplement en scène, Guillaume Vincent n’arrive pas à faire sentir toute la féérie mais aussi toute la violence des rapports amoureux entre les personnages shakespeariens. Résultat : on retrouve la même qualité d’ennui que dans la première partie. Et même un très bon acteur comme Gérard Watkins n’arrive pas à trouver ses marques !

 On pouvait reprocher des facilités à une mise en scène comme celle de Jérôme Savary quand il monta Le Songe dans la Carrière Boulbon au Festival d’Avignon, mais il se passait quelque chose de magique, et avec quelques bons comédiens, il avait su recréer un climat et traiter la scène des artisans avec vérité.Mais là, pas grand chose de vrai qui nous toucherait un peu. Et au lieu de se faire plaisir, Guillaume Vincent aurait mieux fait de mettre simplement la pièce en scène. Il y a tromperie sur la marchandise, comme disait lucidement une spectatrice…

Reste une énigme : comment ce spectacle a-t-il pu être choisi par l’Odéon, et pourquoi aussi en quatre heures ? On comprend mal Stéphane Braunschweig, même si Guillaume Vincent a été son élève à l’Ecole du T.N.S. C’est un coup à vider les salles. En tout cas, vous voilà prévenu : si vous êtes enseignant, inutile d’y emmener vos élèves ou même vos étudiants en théâtre, vous les dissuaderez à jamais de retourner au théâtre…

Conseil de vieux con: Faites leur une lecture d’extraits des Métamorphoses d’Ovide, ils apprécieront et auront vite envie de le lire! Et montrez-leur une vidéo d’une mise en scène de qualité comme celle de la Royal Shakesperare Company…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon/Ateliers Berthier, 1 Rue André Suares, Paris XVIIème. T : 01 44 85 40 40, jusqu’au 20 mai.

 

 

 

 

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Concert Bob Dylan

 

Concert Bob Dylan

 

(C)Chris  Pizzello

(C)Chris Pizzello

On inaugure un nouveau lieu, à l’Ile Seguin, à Boulogne-Billancourt, qui fut le fief de 1929 à 1992 des usines Renault. François Pinault abandonnera finalement son projet de musée d’art contemporain, puis Jean Nouvel concevra un plan directeur pour l’île. La Seine musicale  aura réussi à voir le jour, créée par les  architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines, auteurs entre autres, du Centre Pompidou-Metz; ils ont réalisé un bâtiment sur un tiers de la superficie, soit 2,3 hectares, de l’île. Coût : 170 millions d’euros, dont 120 de fonds publics… La nouvelle Seine musicale, gérée par un groupement privé, devra être rentable au bout de quatre saisons, avec un budget de 25 millions!

Le bâtiment, en forme d’œuf surmonté d’un semblant de voile, tout en longueur, comprend un auditorium de 1.500 places, et une salle polyvalente d’une capacité de 4.000 places assises, ou 6.000 debout… Le lieu accueillera la Maîtrise des Hauts-de-Seine, le chœur de l’Opéra de Paris, l’Académie de Philippe Jaroussky pour jeunes musiciens, et l’Insula Orchestra, dirigé par Laurence Equilbey en résidence permanente. West Side Story y sera présenté dans la grande salle, d’octobre à décembre,  dans le programme concocté par Jean-Luc Choplin, ancien directeur du Théâtre du Châtelet  et nouveau patron artistique du lieu. Il  y emmènera aussiLes Etés de la danse avec la compagnie Alvin Ailey.

Pour l’heure, c’est un concert Bob Dylan pour trois soirs, et très attendu… Nous y étions, mais que ceux qui n’ont pu y aller, se rassurent: ils n’ont rien raté. D’abord, un son épouvantable, sans doute parce que les ingénieurs n’ont pas noté que le récent prix Nobel l’a été en littérature…  Pour jouir des paroles, mieux vaut donc faire retour au CD.

La tenue de Bob Dylan en scène, on connaît. Au piano, de dos (on voit d’ailleurs qu’il ne l’a pas travaillé depuis 1962 !) ou en fond de scène, entre ses musiciens qui doivent presque le pousser pour qu’il se montre. Mais comme il porte un chapeau de cow-boy, on ne voit même pas ses yeux. Bob Dylan n’adressera pas un mot au public et ne présentera même pas ses musiciens!

 Quant à son  répertoire, à part Don’t Think twice, it’s all right et Desolation Row -mais ici massacrés- et deux ou trois de ses chansons (pas les plus connues), nous avons eu droit à un florilège de la pire variété U.S.A. et à des standards de Frank Sinatra et autres crooners, en arrangement country bas de gamme (pédale «steel guitar» jusqu’à plus soif..).  On avait l’impression d’un concert préparé à l’intention des bouseux du Midwest. Il fallait se pincer pour se souvenir que Bob Dylan a porté l’étendard de la musique contemporaine. Dernier morceau : Les Feuilles mortes, tonalité : chant funèbre. Sinistre…

Quant à son orchestre : tous des bons musiciens mais qui cachetonnaient et qui se sont contentés d’une simple mise en place jusqu’à la fin du dernier refrain…Bob Dylan n’a pas fait appel à leurs talents d’arrangeurs ! Pas une originalité, pas un trait d’humour ou de fantaisie.

Bilan : un concert triste et décevant. Le public, à part un carré de fans, ne s’y est pas trompé  et est resté sur sa réserve. Bref, ceux qui ne sont pas venus, n’ont rien perdu. Mieux vaut poser un bon vieux Bob Dylan sur sa platine et regarder l’avenir avec !

Jean-Louis Verdier

Concert entendu à la Seine musicale, Ile Seguin, Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) le 21 avril.

Et à Francfort, le 25 avril,  Hanovre le 26 avril et  Londres, les 27 et 28 avril.

 

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Dans un canard, de Jean-Daniel Magnin

(C)Giovanni Cittadini Cesi

(C)Giovanni Cittadini Cesi

 

Dans un canard texte et mise en scène de Jean-Daniel Magnin

 

Sous ce titre bizarre, se déroule le récit de Donald Leblanc, pris dans une spirale infernale qui le conduira, presque malgré lui, à sa perte. Garçon débonnaire, il ne sait pas dire non et, de fil en aiguille, il connaîtra lui aussi le destin tragique de son ex-patron, Eric Berger, dit Gégé, qui, déboulonné de son poste et mis au placard par un nouveau directeur,  a été retrouvé attaché à son scooter au fond d’un canal.

Gégé l’avait pourtant prévenu : «Fais attention, Donald. Ils pourraient bien se lâcher sur toi aussi». Et Niels, son chef de service, l’avait menacé: « Maintenant, tu es dans ma killbox ». Ce dernier entend se venger car Donald, jusque là stagiaire, a été nommé cadre à sa place, et lui, a été placardisé à son tour. Ainsi va la vie en entreprise, l’individu n’est plus rien qu’une variable d’ajustement.

 Jean-Daniel Magnin a pris le parti, risqué, de la farce, pour dénoncer les nouvelles pratiques managériales, la souffrance des salariés et le suicide des cadres. Ce traitement burlesque, dans le texte et la direction d’acteur, épingle la folie qui s’est emparé du monde du travail.

 Quentin Baillot campe un Donald maladroit et velléitaire. Son bon cœur en fait une victime désignée du harcèlement. Hanté par le souvenir de Gégé, qu’il imagine réincarné dans un canard du canal, il nous conte ses aventures, illustrées par une suite de séquences, successivement aux prises avec la veuve d’Eric Berger, les membres de son entreprise, sa femme, et le fantôme de Gégé… Malgré une composition parodique, l’acteur parvient à nous toucher par la naïveté déconcertante de son personnage. Emeline Bayart, tour à tour veuve éplorée de Gégé, épouse sexy de Donald, directrice des ressources humaines psycho-rigide, glisse habilement d’un personnage à l’autre. Manuel Le Lièvre compose en un tournemain des personnages aussi différents qu’un cadre maniaque, un coach manipulateur, un curé patelin…

 Jean-Daniel Magnin, auteur d’une quinzaine de pièces et d’un roman, Le Jeu continue après ta mort, agence avec brio la langue comme les situations, et trouve ici un bon équilibre entre la narration et les différents tableaux qui l’illustrent. La scénographie d’Anne-Sophie Grac contribue à cette cohérence : un ascenseur central -symbole de l’ascension et du déclin social ?- partage l’espace en plusieurs aires de jeu, définies par quelques accessoires rapidement disposés, ce permet de maintenir le rythme soutenu d’une comédie.

Le metteur en scène pousse à l’extrême le comique déjà porté par l’écriture, au risque de la surligner et d’enfermer les comédiens dans un jeu parfois trop caricatural, mais jamais vulgaire. Pendant une heure et quart, pas un temps mort : l’ensemble, bien huilé, fonctionne et, au-delà du divertissement, nous plonge dans le monde glaçant d’une start up contemporaine. Le spectacle se termine sur une question de Quentin Baillot au public . «Es-tu capable d’imaginer une vie sans photocopieuse ? (…) Essaye. C’est vertigineux ».

 Mireille Davidovici

Théâtre du Rond-Point 8 av du Président Franklin D. Roosevelt Paris T. 01 44 95 98 21 jusqu’au 14 mai.
Théâtre des Halles Avignon, les 26 et 27 mai , et du 6 au 29 juillet.

Le texte est publié par Actes Sud-Papiers


Baal de Bertolt Brecht

 

Baal de Bertolt Brecht, traduction d’Eloi Recoing, mise en scène de Christine Letailleur

 

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(C)Brigitte Enguerand

Son chemin n’a rien d’un parcours initiatique : déjà, initié de naissance, il n’a rien à apprendre, sinon qu’il est poète et qu’il mourra jeune. Poète : on comprend la séduction qu’il exerce, aussi loin qu’il pousse les mauvaises manières. Il décape, et nous force à voir des vérités pas jolies, il est «voyant», ce à quoi le commun des mortels ne peut accéder tout en ressentant vaguement, en effet, qu’il y aurait quelque chose à voir.

Baal s’encanaille le plus possible, pour briser en définitive ce qu’il pourrait y avoir encore de conventionnel, ou de soumis en lui. C’est cela, être maudit : refuser toutes les conventions, y compris la reconnaissance de son génie, et se détruire, puisque le ciel est inaccessible. Une saison, une vie en enfer : des gens qui préfèrent leur jouissance à leur bien.

Christine Letailleur a cru devoir miser sur deux éléments forts. D’abord une  scénographie et des lumières spectaculaires… jusqu’à la grandiloquence, avec effets de braises, nuages sur tulle, flammes et ciels violets. Le tout soutenu par une musique, elle aussi « en technicolor ». Un cinéma qui renvoie plus à Hollywood qu’à Rainer Werner Fassbinder. En contraste, un décor imposant évoque l’esprit géométrique des années vingt (cellesde notre siècle passé). Une belle passerelle  qui ne sert ni dessert les comédiens, complète cet ensemble disparate… Et elle a choisi pour jouer Baal, Stanislas Nordey qui n’est pas le petit gros suant suggéré par le texte (“l’éléphant“)  mais qui, à cinquante ans, n’a pas l’âge de la révolte adolescente.

Peu importe, pour la metteuse en scène, sa séduction et sa radicalité sont ailleurs : dans le verbe. Au centre de la scène, il balance en effet le texte comme une litanie furieuse. Avec un inconvénient : sa scansion régulière, fortement rythmée, lasse au bout d’un moment (le spectacle dure deux heures et  demi!), et déteint aussi sur le reste de la distribution : la direction d’acteurs n’a rien de  bien clair. En effet, les personnages s’effacent dans un chœur mal défini. On voit bien “Baal et les autres“, dans la première scène, où le «chef de bureau» et ses invités reçoivent la vedette du jour, le buveur provocateur. Mais ça ne fonctionne quand même pas : les comédiens sont coincés entre expressionnisme et naturalisme !

Avec Stanislas Nordey en “hyper-acteur“, comme il y a des “hyper-présidents“ ! Mais  on regrette de ne pas entendre  tout simplement un récital des poèmes de Bertolt Brecht. On rêverait d’un Baal outrageant de jeunesse, plein de feu,  avec des acteurs tout juste sortis d’une école, qui secouent les planches, alors qu’on a droit à un spectacle pesant, sans oxygène, et sans nécessité !
Dommage pour Baal….

Christine Friedel

Théâtre National de la Colline,  rue Malte Brun, Paris XXème, jusqu’au 20 mai .T. :01 44 62 52 52.

 


La neuvième nuit, nous passerons la frontière

 

La neuvième nuit, nous passerons la frontière de Michel Agier et Catherine Portevin,  mise en scène de Marcel Bozonnet

 

(C)Pascale Gely

(C)Pascale Gely

Sous la verrière de la salle d’exposition de la Maison des Métallos nous découvrons,  à la tombée du jour,  disposés ça et là, un chariot de supermarché, des jerricanes, des valises… Côté jardin, un écran vidéo laisse apparaître de temps à autre, des images d’hommes, de femmes et d’enfants, comme venus de nulle part. Sur le mur du fond, tel un mirage, une tache de ciel bleu azur et la blancheur d’un nuage (peinture de Claude Durand) : un horizon, un paradis vers lequel se diriger ? Qui sommes-nous, que devenons-nous, lorsque l’exil prend la forme pour l’homme ou la femme déplacés : « d’une impossibilité à vie de rattraper un petit retard »,  comme dans Seuls de Wajdi Mouawad ?

Le thème du mouvement, du déplacement, mental et/ou géographique, est au cœur de cette pièce Pour Marcel Bozonnet: « Il est temps de penser autrement la mondialisation humaine, à l’heure où la Méditerranée est le tombeau de milliers d’immigrés (…) »
 Sous la forme d’un duo, un comédien, Roland Gervet « L’Homme sur la frontière », et une danseuse, Nach  « La Migrante », le metteur en scène crée un spectacle d’une nécessité politique et sociale incontestable.

Dans cette performance, les tableaux chorégraphiques composés par la merveilleuse Nach, danseuse d’une forte intensité poétique se succède, tandis que Roland Gervet, comédien et conteur, partage avec le public  réflexions et commentaires, anthropologiques, socio-politiques sur la question de l’identité et de l’exil.  Remarquable de justesse, le texte, co-écrit avec la journaliste Catherine Portevin à partir de témoignages, enquêtes et fictions, a été librement adapté d’un essai de Michel Agier, anthropologue et ethnologue,  Le Couloir des Exilés.

 Comment construire un monde commun, quand l’effondrement des frontières donne lieu à la construction de murs ?  A l’ère de la mondialisation, où la personne humaine est appelée trop souvent à fuir et à tout quitter pour survivre et non pour découvrir le monde et ses richesses en toute liberté,  cette création pose une question essentielle. Elle offre une approche sensible et poétique mais aussi épistémologique de ceux que l’on nomme, souvent avec mépris et ignorance,  l’immigré, le migrant, le déplacé, l’exilé. « Celles et ceux qui partent, On les appelle les migrants, les migrantes. Ou bien on les appelle les réfugiés. Ou bien on les appelle les déplacés. »

La figure noble de l’exilé affrontant les épreuves, en quête de découvertes et d’exploration du monde, s’est tragiquement transformée en celle de pestiféré : «Pourquoi celui qui bouge, dérange-t-il plus, que celui qui reste ? Et pourquoi n’aime-t-on pas que celui qui bouge, se mette à rester, à habiter là ?», se demande le nomade en apostrophant l’habitant d’ici.

Face à cette question d’une actualité brûlante, cette mise en scène d’une grande qualité (texte, musique, danse), apporte une analyse scientifique, à un large public, et en particulier,  aux jeunes générations. L’objectif politique et humaniste  de Marcel Bozonnet, Michel Agier, et  Catherine Portevin : « suspendre les jugements hâtifs et renverser les points de vue, est ici tenu avec intelligence et sans démagogie par le metteur en scène ».  Difficile, après ce spectacle, de continuer à ignorer la violence et la réalité quotidienne de cette tragédie du XXIème siècle…

Elisabeth Naud

Maison des Métallos,  94  rue Jean-Pierre Timbaud Paris XIème. T. : 01 47 00 25 20.  Le spectacle a été joué du 16  au 23 avril.

Les couloir des exilés, éditions Le Croquant


Le Bocal de Tzeni Dagla, mise en scène d’Aspa Tobouli

 

BocalLe Bocal de Tzeni Dagla, mise en scène d’Aspa Tobouli,

 Ce monologue dramatique à deux « extensions de structure scénique »  comme le dit Tzeni Dagla, traite ici de la solitude absolue d’une femme indépendante et émancipée, sauf dans ce qu’on pourrait appeler son monde intérieur ! Un espace interne habité par des silhouettes vraies ou imaginaires, comme des échos de rêves renversés et souvent, comme les voix de nos cauchemars.

Ce monologue de la dramaturge grecque recueille attentivement un pathos personnel, et le rend œcuménique. Grâce à l’excellente comédienne Mania Papadimitriou, et à la mise en scène d’Aspa Tobouli qui n’exagère pas l’utilisation d’images, grâce aussi à l’éclairage efficace d’Apostolos Tsatsakos et aux costumes de Christina Papoulia.

Mania Papadimitriou a un jeu très expressif, avec les changements de ton exigés par le personnage de Lucie sur une musique choisie par Dimitris Iatropoulos. Et Efthymis Christou incarne avec beaucoup de justesse, les émigrés Ahmed et Soufi. Le jeune comédien et Mania Papadimitriou mettent bien en valeur le symbolisme du bocal et son contenu, c’est-à-dire l’eau et le poisson rouge qui porte le prénom de Lucie… comme le personnage de ce monologue.

Dans une mise en abyme de la torture  quand l’espace de chacun devient l’espace de tous: ainsi le poisson rouge nage dans son habitation aquatique, et dans la Méditerranée nagent eux aussi, mais s’y perdent à jamais, les Ahmed et les Soufi… 

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Fournos, 168 rue Mavromichali, Athènes, T :00 30 210 64 60 748

 


Marie-Antoinette correspondances privées

 

IMG_0641Marie-Antoinette, correspondances privées, d’Evelyne Lever, mise en scène de Sally Micaleff

Dans bien des esprits, surtout en France, Marie-Antoinette, épouse du roi Louis XVI, est une souveraine frivole, capricieuse, sans aucun sens du devoir et de la politique. Elle est « l’étrangère » par qui tous les malheurs arrivent: «Depuis le début de cette année 1787, tout va mal dans le royaume où l’on me déteste. Que leur ai-je donc fait à ces Français. »

La lecture de cette correspondance va être une révélation pour Sally Micaleff : « Après la lecture du texte, j’ai rencontré une Marie-Antoinette bien éloignée de mes souvenirs». Dès lors, cette metteuse en scène a eu le désir profond-et s’est presque fait un devoir-d’adapter ce livre pour le théâtre. Pour révéler ainsi au public une autre Marie-Antoinette. Pendant vingt-trois ans,  elle a correspondu avec sa mère, ses frères, ses amis et ses fidèles. Pour la première fois,  ont été en effet réunies et dans leur intégralité,  toutes ses lettres (privées, royales, politiques…) avec, lorsqu’elles existent, les réponses de ses correspondants.

La correspondance de ce personnage légendaire, si controversé par le peuple et à la Cour de Versailles, donne lieu à un spectacle intimiste. Dans un décor sobre : une table, une chaise côté cour et une méridienne côté jardin. Et un costume simple conçu par Franck Sorbier; point de maquillage, ni de perruque blanche. Avec cette tenue négligée et sensuelle, il s’agissait pour le couturier «d’exprimer le cadre intime où se déroule l’histoire, et aussi l’idée de trousseau, à savoir l’utilisation de camisoles anciennes de coton blanc accumulées, un corset baleiné en toile, porté sur le négligé nouvelle version, suggère la dignité de la reine, mais aussi la rigidité de la Cour qu’elle n’aura cessé de désirer adoucir.» Pour l’anecdote, rappelons qu’en 1783, Élisabeth Vigée Le Brun peignit son portrait en robe de gaulle . Le tableau fit scandale et la peintre remplaça la tenue de coton par une robe en satin:  ce fut le fameux  Marie-Antoinette à la rose !

Ces lettres, révélées ici par la comédienne Fabienne Périneau, nous font découvrir  de 1770 à 1793, le Marie-Antoinette à la Cour du Roi Soleil. Et pour le public l’image stéréotypée de de cette reine arrogante va se modifier. C’est là un des points forts du spectacle.  Celle qui défendit, au péril de sa vie, le pouvoir monarchique absolu, face à la terreur révolutionnaire apparait comme une héroïne tragique au sens noble et théâtral du terme. Marie-Antoinette  va progressivement et jusqu’à la chute de la monarchie, faire preuve d’une conduite politique engagée et d’un courage exemplaire. La reine se montre toujours attentive à Louis XVI, à ses souffrances, ses interrogations, et à sa fonction suprême : « Le roi ne sait plus à quel saint se vouer. Bien que nous n’ayons plus de rapports intimes, mon mari ne m’a jamais fait tant de confidences. Il m’entretient des affaires de l’Etat, auxquelles je n’ai rien entendu jusqu’à maintenant». Et ce malgré son amour passionnel et impossible pour Axel de Fersen qu’elle confesse ici :«Quel trouble s’est emparé de moi ! Je ne croyais pas pouvoir être à ce point émue par la présence d’un homme que je connaissais à peine. Lorsque le comte de Fersen m’a été présenté cet après-dîner, je n’ai pu m’empêcher de trembler. »

Seule en scène, gracieuse, Fabienne Périneau ne manque pas de sincérité. Mais  elle n’arrive  pas toujours  à  montrer l’évolution et la dimension tragique de l’existence de cette femme, singulière, et forte. Et pourtant le contenu des lettres se révèle d’une grande richesse, tant sur le plan historique, qu’ intime.

Ce spectacle-documentaire, d’une rigueur intellectuelle incontestable, nous apporte malgré tout une autre vision, plus subtile, de «l’Autrichienne ». Il permet de poser un regard plus ouvert et critique, sur le pouvoir, qu’il soit monarchique ou républicain. La pièce, par l’ampleur de son sujet, s’adresse aussi parfaitement à un jeune public.

Elisabeth Naud

Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre Dame des Champs Paris VIème. T. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 7 mai.
Marie-Antoinette, correspondance (1770-1793)  est publié aux éditions Taillandier.

 


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