Qui sommes nous?

Une équipe de critiques rend compte,  jour après jour, des spectacles: théâtre, danse, arts de la rue, cirque, magie, performances, qu’ils voient en  région parisienne et en  province mais aussi à l’étranger.

Sébastien Bazou, ancien élève de l’Ecole des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias puis a cofondé l’association Artefake dont le magazine publie des articles sur l’histoire de la magie; il en est devenu un spécialiste.

Jean Couturier est critique dramatique et assistant du rédacteur en chef.

Mireille Davidovici, dramaturge, traductrice et conseillère artistique. A dirigé pendant quinze ans l’association Aneth consacrée aux auteurs contemporains. Assistante du rédacteur en chef.

Christine Friedel, critique dramatique, est aussi conseillère artistique.

Véronique Hotte est critique dramatique et enseignante.

Elisabeth Naud, docteur en esthétique théâtrale, enseigne à l’Université Paris VIII et est conseillère artistique.

Béatrice Picon-Vallin, directrice de recherches au C.N.R.S., auteur d’ouvrages sur le  théâtre russe. Elle dirige les collections : Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et Th. XX à L’Age d’Homme.

Edith Rappoport, critique de spectacles et spécialiste du théâtre de rue, été directrice des théâtres de Choisy-le-Roi et Malakoff, puis conseillère pour le théâtre à la D.R.A.C. Ile-de-France.

Marie-Agnès Sevestre a dirigé la Scène Nationale de Douai puis le festival des Francophonies à Limoges. Elle suit plus particulièrement les auteurs et projets francophones en France et à l’étranger.

Philippe du Vignal, rédacteur en chef du Théâtre du Blog, a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot où il enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a été responsable de la rubrique:Théâtre, aux Chroniques de l’Art Vivant puis à Art press. Il a, entre autres, été critique dramatique aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix.
Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, département Scénographie.

Correspondants: Gérard Conio, professeur émérite de l’Université de Nancy et spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.
Nektarios G. Konstantinidis, traducteur et critique de théâtre, est enseignant au Département de langue et de littérature française à l’Université d’Athènes. Spécialisé en théâtre francophone contemporain, notamment en Grèce.
Alvina Ruprecht, du département Théâtre à l’Université d’Ottawa, est une spécialiste du spectacle canadien anglo et francophone mais aussi caraïbéen.

Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient retirés. »

Articles récents

Le Mouffetard entrouvre ses portes à Buffles de la compagnie Arnica

 

Le Mouffetard entrouvre ses portes à Buffles de la compagnie Arnica

 Nous aurions dû voir en novembre, sur cette scène la pièce de Pau Mirò, adaptée pour la marionnette par Emilie Flacher … Ce sera partie  remise la saison prochaine. En attendant, le Théâtre des arts de la Marionnette a offert à la compagnie Arnica d’occuper le plateau pendant une semaine et a invité quelques professionnels à partager son travail. Installée à Bourg-en-Bresse depuis 1998, Emilie Flacher, metteuse en scène et constructrice de marionnettes, a signé une vingtaine de spectacles tout public ou pour adultes. Son répertoire  donne une grande place aux écritures contemporaines. comme en témoigne Buffles, adapté du premier volet de la Trilogie Animale du dramaturge catalan, qui comporte aussi Lions et Girafes. La pièce présente une fratrie de buffles qui grandissent dans la blanchisserie familiale, sous la menace des lions,  hantés par les lourds secrets de leur parents. Racontée par des enfants, le récit est d’une violence extrême, à l’image d’un pays où rôdent encore les fantômes du Franquisme… « Une pièce chorale à cinq voix, dit la metteuse en scène. Une fable animale où l’auteur s’empare d’une situation sociale. »

 Nous ne verrons pas Buffles ce jour-là:  seulement quelques-unes de ses marionnettes aux beaux masques de bovins. Mais nous aurons entendu des extraits du texte dits par les cinq comédiens. La compagnie a choisi, à l’issue de cette résidence au Mouffetard, de revenir à la lumière de Bertolt Brecht, sur la dramaturgie du spectacle, joué près de deux cents fois depuis sa création en 2019. «Un luxe, dit Emilie Flacher, car d’une représentation à l’autre, on n’a jamais le loisir d’analyser et de faire évoluer un spectacle. »  Les acteurs racontent comment ils ont profité de ce temps pour réfléchir aussi sur leur pratique et sur le rapport acteur/marionnette, en se plongeant dans L’Achat du cuivre/ Entretien à quatre sur une nouvelle manière de faire du théâtre. Dans ces fragments, écrits entre 1937 et 1951, Bertolt Brecht, le père de la fameuse «distanciation» répond déjà aux préoccupations de la compagnie Arnica : «On parle beaucoup de distanciation dans la marionnette ». L’Achat du cuivre commence par une pièce inachevée où Le Philosophe, Le Comédien, La Comédienne, Le Dramaturge dialoguent à propos du théâtre, un fois le public sorti tandis que le Machiniste, qui démonte le décor, les interrompt.

 « Prends ton temps dit le philosophe au Comédien, tu n’as pas l’habitude de prendre ton temps. » « Je vais réfléchir, lui répond-il. » Réfléchir en l’absence des spectateurs, après coup, n’est-ce pas la situation de maintes compagnies, pendant ce double confinement ? Et d’un bonne partie de la profession théâtrale ? Avec ce retour aux sources brechtiennes et en s’abreuvant d’autres grandes figures du théâtre contemporain, chacun aura pu mettre à profit cette “distanciation“ imposée par les mesures sanitaires, pour interroger ses pratiques.  Que fabriquons-nous ? Pour qui ? Y compris, nous autres, chroniqueurs  allant d’un spectacle à l’autre, produisant nos critiques au jour le jour…  «  Nous n’avons rien contre la critique, quand elle est sensée. Elle l’est trop rarement », dit Le Dramaturge dans la pièce inachevée de Bertolt Brecht.

 Mireille Davidovici

Le Mouffetard, Théâtre des arts de la marionnette, 73 rue Mouffetard,  Paris (V ème) T. : 01 84 79 44 44

 Buffles le 9 mars, festival Marto, Théâtre de Châtillon (Hauts-de-Seine)  et le 21 Mars,Théâtre de Charleville-Mézières (Ardennes) ; en juillet, au Festival d’Avignon.
La compagnie Arnica présente  parallèlement de petites fables contemporaines pour jeune public qui ont été commandées à des autrices : Les Acrobates de Julie Aminthe et L’Agneau a menti d’Anaïs Vaugelade. 

Buffles, traduction de Clarice Plasteig, Editions Espaces 34.

L’Achat du cuivre, traduction de Béatrice Perregaux, Jean Jourdheuil et Jean Tailleur, L’Arche éditeur.

 

 

 

 


La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau, mise en scène de Thomas Moschopoulos

La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau, traduction et mise en scène de Thomas Moschopoulos
 

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Noctambule, grand amateur de soirées sur les boulevards, Georges Feydeau fréquentait assidûment les cafés et brasseries de la capitale où il observait avec plaisir la faune des Parisiens en goguette. Dès 1894, il établit son quartier général chez Maxim’s, un grand restaurant fondé un an auparavant et devenu, en peu de temps, très à la mode. Il y dîne presque tous les jours avec le tout Paris: dandys, artistes, écrivains… Cette maison lui inspira cette pièce, l’une de ses plus célèbres et qui fut créée à Paris en 1899.

Le personnage principal est une danseuse de chez Maxim, surnommée la Môme Crevette. Maligne, canaille, provocante, elle a la répartie facile et mène le jeu. Ne songeant qu’au plaisir, elle devient l’incarnation de  la « vie parisienne ». Dès les premières scènes, cette cocotte est à l’origine d’une histoire d’adultère, que son complice d’un jour, le Docteur Petypon, essaye de cacher avec déguisements, changements d’identité, mensonges, fuites, cachettes et autres subterfuges traditionnels du vaudeville. La pièce longue et à l’intrigue très moderne mais compliquée et avec une trentaine de personnages, alterne quiproquos, bévues et scènes de séduction ou divertissement selon les règles du genre.

L’atmosphère fin de siècle est fidèlement retranscrite et la Môme Crevette à qui la plupart des hommes voue un véritable culte, danse un remarquable french cancan. La pièce reflète les préoccupations scientifiques de l’époque: deux protagonistes sont médecins et utilisent un «fauteuil extatique» directement inspiré des expériences contemporaines sur le magnétisme, pour endormir leurs patients. Ainsi à l’acte III, plusieurs personnages sont magnétisés en même temps. Extatiques et plongés en plein rêve, ils forment une chaîne humaine et réalisent les actions les plus farfelues dont ils ne se souviendront plus à leur réveil. La science entre ainsi au service du comique avec des imbroglios jalonnant la pièce. Ici, rationalité scientifique et monde de l’absurde ont partie liée.

Thomas Moschopoulos, en traducteur habile, a su respecter l’oralité de la communication quotidienne chez Feydeau et conférer  aux expressions populaires ou argotiques des personnages une densité sonore savoureuse. Une discrète allusion sexuelle surgit des chansons interprétées avec une belle allégresse et un humour léger… Le spectacle, fidèle à l’esprit du dramaturge français, est de grande qualité: le metteur en scène a réussi à saisir le rythme frénétique, les tons et l’esthétique du burlesque et à actualiser la pièce. Les nombreux acteurs- tous remarquables- incarnant les personnages de Georges Feydeau avec vivacité, les costumes exubérants de Claire Bracewell, la musique de Corneille Selamsis, les éclairages de Nikos Vlassopoulos, le décor majestueux d’Evangélie Thérianou: tout ici amuse beaucoup le public grec en cette période de confinement…
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Spectacle vu le 28 novembre en retransmission en « streaming » du Théâtre National de Grèce, Athènes.  


Démission de Jean Lambert-wild…

Démission de Jean Lambert-wild… 

Démission de Jean Lambert-wild... dans actualites

© Jean Lambert-wild

Le directeur du théâtre de l’Union-Centre Dramatique National de Limoges, a annoncé sa démission après plusieurs mois de conflits : «Face au profond désaccord d’une partie du personnel du Théâtre et des élèves de l’Académie de l’Union à mon égard, comme à celui de mon projet artistique, j’ai décidé de quitter, au 31 décembre 2020, mes fonctions de directeur du Théâtre de l’Union et de l’Académie. » Une décision courageuse mais devenue inéluctable après cinq ans d’exercice, vu une situation impossible à gérer plus longtemps. Comment en effet réussir à faire vivre un théâtre quand un violent désaccord entre le directeur et l’administration du lieu est permanent…

L’incendie qui couvait déjà, remonte à début octobre mais Jean Lambert-wild en était bien conscient: Le rapport d’inspection du Ministère dont j’ai pu prendre connaissance en juin dernier m’avait permis de prendre conscience qu’un mal-être s’était exprimé, pointant des incompréhensions liées à ma personne ou au projet que je porte pour le Théâtre de l’Union et de l’Académie de l’Union. J’en avais pris la mesure. C’est pourquoi j’avais anticipé la possibilité de mise en œuvre d’un audit des Ressources Humaines aujourd’hui accompagné d’une médiation extérieure. Cette proposition est désormais validée par Monsieur le directeur régional des affaires culturelles.Nous devons trouver le chemin du dialogue et concevoir les moyens de sa résolution. Il nous faut construire les conditions de l’apaisement et conserver la confiance de notre public. »

Mais, quelques jours après, lors de la première de L’Occupation d’Annie Ernaux, mise en scène par Pierre Pradinas et jouée par Romane Bohringer, des employés sont montés sur le plateau -malheureusement, Jean Lambert-wild était absent en tournée avec son dernier spectacle- et ont lu au public une lettre qu’ils avaient adressée à Roselyne Bachelot, ministre de la Culture. Ils accusaient la Direction « mettant clairement en danger certains membres du personnel et nuisant au bon fonctionnement du théâtre». Des mots impitoyables qui peuvent rendre les choses irréversibles… Selon Annabel Poincheval, une inspectrice à la Direction de la Création artistique au Ministère de la Culture, venue en mars dernier à Limoges comme cela se fait régulièrement dans les C.D.N., il y aurait eu selon son rapport: des «conditions de travail inquiétantes, autant physiques que morales» et aussi une «souffrance au travail». Pour Richard Doudet, avocat représentant une partie des membres du personnel, il y a «des faits graves, précis, concordants et largement documentés, permettant de qualifier la situation, de harcèlement moral au travail». En revanche, nombre de professionnels du théâtre ont soutenu Jean Lambert-wild devant ces accusations de faits très graves, rarement entendues dans le milieu. Que, bien entendu, il récuse: «Les ressentis très forts rapportés dans ces courriers n’ont fait l’objet d’aucune alerte, d’aucune remontée des instances sociales». Tout se passe comme si avait eu lieu une série de règlements de comptes avec sans doute à la clé, une volonté sournoise de se débarrasser d’un homme qui n’a pas démérité loin de là… Il y a eu à l’origine de ce tsunami, ce rapport d’Annabel Poincheval. Le personnel et les élèves-acteurs de l’Académie, lui avaient fait part à l’occasion de son inspection (elle n’était pas venue pour cela) des difficultés rencontrées, mais, disent-ils, sans résultat. Ils ont alors décidé d’interpeller le public. Annabel Poincheval trouve  » élevé le montant du salaire annuel du directeur. » Les droits d’auteur sur les pièces de Jean-Lambert-wild sont aussi mis en question, au motif que « cela peut, sans sortir du champ purement légal, paraître discutable au regard du salaire déjà perçu et surtout dans le cadre d’une mission de service public. Il faut souligner un des choix dans le fonctionnement comme l’essentiel des charges et produits de tournées pour ses productions.» Est aussi pointée du doigt, «la communication concernant ses pièces de théâtre effectuée par une salariée, mobilisant du temps de travail de la chargée de communication. Et cette inspectrice enfonce un peu plus le clou: «Sans être, sur le fond, exceptionnelle dans le paysage des C.D.N., cette tendance à concentrer les moyens de création sur le travail d’un directeur dessine un fonctionnement plus proche de la compagnie. Générant ici un faible taux de recettes propres, ce fonctionnement met, à terme, en danger les équilibres budgétaires. »Comprenne qui pourra cette dernière phrase! Comme si les C.D.N. ne devaient pas emmener leurs spectacles en tournée et faire absolument des bénéfices. Rappelons à Annabel Poincheval -qui sait le sait sans doute parfaitement- que les comptes d’un des Théâtres nationaux sont dans le rouge depuis un moment, sans que cela ait des conséquences pour sa dircetion… Quant à la “souffrance au travail”, Jean Lambert-wild en a été informé par ce rapport écrit sans  trop de nuances où sont dénoncés, en vrac: « perte de confiance de l’équipe envers une «Direction isolée, souffrance au travail” avec « arrêts-maladie et/ou accidents du travail en hausse » et «conditions de travail inquiétantes, autant physiques que morales auxquelles il s’agira de travailler rapidement pour rétablir un bon fonctionnement du théâtre et la sérénité” (…)«constat inquiétant de l’attitude du directeur vis-à-vis des élèves», «écarts de langage relatés parfois proches de l’insulte», «attitude autoritaire, sans écoute et autocentrée. » Jean Lambert-wild a répondu aussi sec: d’abord, contrairement aux dires de ce rapport, ses productions, dit-il font un bénéfice de plus 5% ! Il lui aurait été aussi reproché un déficit sur son spectacle La Chanson de Roland… qui n’a pas encore été créé ! Et qui, vu les circonstances, ne le sera pas à Limoges mais en janvier prochain au Théâtre de la Tempête à la Cartoucherie de Vincennes. Quant son salaire, il est selon lui justifié puisqu’il dirige depuis quatorze ans un Centre Dramatique National d’abord à Caen puis à Limoges. Et, dit-il, il n’y a pas eu doublement du nombre d’arrêts de travail : ils sont passés en effet passés de dix à treize entre 2018 et l’an passé. Effectivement, un rapport ministériel doit être exact et précis. « Et aucune alerte, dit-il, des représentants du personnel ou de l’administratrice. Quant au côté sexiste dont on l’accuse : « Je ne peux, dit-il, que réfuter toute attitude ou remarque sexiste, on est un des premiers théâtres à avoir inscrit la parité. L’ensemble des cadres nommés ou engagés au théâtre sont des femmes, non parce qu’elles sont des femmes, mais parce qu’elles sont très compétentes. Je ne comprends pas… » A la décharge de Jean Lambert-wild, metteur en scène et directeur: un bilan positif, comme en témoignent d’anciens salariés de la Comédie de Caen et une lettre signée par nombre de personnes qui ont travaillé avec lui. Jean Lambert-wild peut être exigeant et ironique, voire un peu dur. Mais, généreux, ce bourreau de travail sait aussi s’excuser. Quant au budget incriminé par Annabel Poincheval, on ne voit pas très bien ce qu’on peut lui reprocher. C’est valorisant -et pas si fréquent- pour un C.D.N. d’avoir un directeur qui écrit des textes et les met en scène, tout cela sans déficit: ce qui n’avait pas été le cas de son prédécesseur à la Comédie de Caen…

Que demande au juste cette dame qui répète le mot: inquiétant, comme un mantra? On pourrait aussi se passer d’artiste-directeur dans les C.D.N. et nommer un administrateur qui ferait juste une petite programmation bien sage. On peut reprocher beaucoup de choses, ne pas être toujours d’accord avec certains des spectacles de Jean Lambret-wild -et nous l’avons parfois été- mais il y en a peu qui auront, comme lui, pris des risques et fait bouger les lignes d’un C.D.N. Dans ce cas, bien entendu on ne se fait pas que des amis et il y faut du travail, une sacrée énergie et un souci du bien commun. Jean Lambert-wild, lui, partira de Limoges, sans laisser de trou… De l’Académie, il nous a souvent parlé avec optimisme et, s’il a pu avoir des paroles maladroites envers un ou une élève -qui n’en a pas?-  il n’y a tout de même pas de quoi hurler avec les loups. Qu’aurait-on alors dit de Jérôme Savary, quand il avait quelquefois des mots un peu forts, voire durs avec les élèves de l’Ecole du Théâtre National de Chaillot… Mais ils le respectaient et l’aimaient pourtant. Et il les a souvent employés (une trentaine de fois en onze ans !), parfois même pour tenir un rôle important…

Tiens! Justement comme Jean Lambert-wild mais les élèves de l’Académie n’ont pas tous eu droit à la parole, on se demande bien pourquoi! Il dit avoir toujours eu «le souci constant du bien-être et de leur sécurité »et  aura aussi -une grande première en France- permis à de jeunes Français d’Outre-mer, de venir acquérir une formation d’acteur à l’Académie, dans une belle ancienne villa au calme, tout près de Limoges. Nous les avons rencontrés une fois ces jeunes originaires du bout du monde. Visiblement recrutés avec soin, ils semblaient bien accueillis par leur camarades de la métropole, heureux et fiers d’être là, même s’ils avaient dû s’habituer au climat un peu rude en hiver. Ils étaient reconnaissants à Jean Lambert-wild de leur avoir donné une telle chance et travaillaient beaucoup. Ce n’est pas rien d’avoir réussi un tel pari. Et il aura aussi fait aménager une salle de répétitions qui manquait  vraiment à ce C.D.N. sans beaucoup de moyens, et su créer des partenariats avec les entreprises du Limousin…

Harcèlement, sexisme, discrimination… comme on l’a écrit, c’est un peu facile et racoleur. Selon une source proche du dossier comme on dit, certains salariés disent aujourd’hui avoir été naïfs et intimidés. Nous sommes allés pas mal de fois voir les créations de ce C.D.N. depuis l’arrivée de Jean Lambert-wild et avons toujours été très bien accueillis par une équipe soudée. Alors, pourquoi en est-on arrivé à un tel gâchis et à ce qu’il faut bien appeler le lynchage de cet homme qui a sans doute commis des erreurs et maladresses mais qui n’a en rien démérité. Tout cela n’est pas bien glorieux… Le Ministère avait sans doute d’autres chats à fouetter et ne peut pas tout faire.  Mais « mal  nommer les choses, écrivait Albert Camus, c’est ajouter au malheur du monde ». Le Théâtre de l’Union est en effet Centre Dramatique National et appartient donc à la Nation, donc à l’Etat. Il doit être alors aidé, en cas de coup dur, par son Ministère dit de tutelle. Mais il semble qu’il n’y ait pas eu grand-chose de réalisé pour aider ce C.D.N. à résoudre cette grave crise. Maintenant, trop tard, le mal est fait et il faudra un moment pour qu’il retrouve la sérénité!

Des différends pas faciles à résoudre, il s’en produit dans les Théâtres Nationaux comme dans les Centres Dramatiques Nationaux, ni plus ni moins que dans toutes les entreprises privées… Mais au C.D.N. de Nanterre, Philippe Quesne en conflit avec la mairie de Nanterre (Hauts-de-Seine) a démissionné. Et à Béthune, Cécile Backès, qui avait réussi à maîtriser une crise du même genre, démissionne elle aussi, après la fin de son second mandat de trois ans, alors qu’elle aurait très bien pu rester… Gentiment poussée vers la sortie par le Ministère? On peut se poser la question… Le milieu du théâtre est tout, sauf tendre comme on le croit souvent mais, au-delà des conflits de personnes, c’est bien, une fois de plus, le statut même de cette institution, créée juste après la seconde guerre mondiale, qui est devenu obsolète et il serait grand temps d’avoir un peu d’imagination et d’imaginer un statut plus conforme avec notre époque. Quand il y a trois exemples de graves dysfonctionnements en un an, on peut se demander s’il n’y a pas urgence. Qu’en pense Roselyne Bachelot ?

 

Philippe du Vignal      


Sexe, amour et cornichons de N. Helluin et A. Faucher, mise en scène de Mickaël Monnin

Sexe, amour et cornichons de Nadège Helluin et Anaïs Faucher, mise en scène de Mickaël Monnin

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Répétition générale d’un spectacle dans la salle du Théâtre de l’Unité à Audincourt (Doubs) qui accueille en résidence cette compagnie. Sexe amour et cornichons doit se jouer dans les collèges et lycées près de Lunéville en Lorraine. C’est un exposé sur l’éducation sexuelle que deux élèves de première font aux plus jeunes. Nadège Helluin et Anaïs Faucher qui ont écrit le texte, le jouent aussi : « Ce spectacle autour de la sexualité est née d’une création de l’atelier Salmigondis mené par Nadège Helluin en 2015-2016 avec des adolescentes sur les changements physiques et hormonaux liés à la puberté. Ce travail puis les échanges avec les acteurs et spectateurs ont nourri une réflexion plus générale sur la manière d’aborder la sexualité au moment de l’adolescence: quels sont mes propres souvenirs d’ado sur les cours d’éducation sexuelle (et le potentiel traumatisme qui y est lié), les premiers émois et expériences. »

Les actrices ont la trentaine mais incarnent habilement ces jeunes avec leur langage et sont très crédibles… Elles vont se mettre à jongler avec tout ce qui est tabou quand on est adolescent: règles, puberté, et surtout consentement à l’acte sexuel symbolisé par une petite saynète, Les Cookies. « Est ce que ça te dirait de manger avec moi? J’aimerais bien parler de la taille de la bite», dit Anaïs en se maquillant. «Est-ce que tu te masturbes?» lui demande sa mère. Le viol : « lié à la hauteur de la jupe. La cause d’un viol, c’est toujours un violeur. La sexualité idéale, ça n’existe pas ! » Les actrices décrivent l’acte:  «Tu imagines comme on peut parler de plaisir, à la place de l’orgasme. »

La représentation dure cinquante minutes avec un bon rythme et c’est bien joué. Ensuite, on discute… « La fin n’est pas bien trouvée, dit Hervée de Lafond, codirectrice du Théâtre de l’Unité mais ce que vous faites est important. »Un théâtre très utile qui parle de problèmes que les jeunes gens n’osent pas toujours aborder. Mais mystère… Comment va réagir l’Education Nationale ?

Edith Rappoport

Répétition générale vue le 20 novembre au Studio des Trois Oranges, Théâtre de l’Unité, Audincourt (Doubs). Compagnie Azimuts1 rue de l’Abbaye, 55290 Montiers-sur-Saulx. T. :03 29 78 66 60

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TransDanses au collège et au lycée par l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône

TransDanses au collège et au lycée par l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône dans actualites breakstorylycee1espacedesarts

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TransDanses au  collège et au lycée par l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône

Nouveau directeur de cette Scène Nationale depuis janvier, Nicolas Royer avait imaginé un festival qui devait se tenir du 10 au 21 novembre. Face au second épisode de l’épidémie, loin de se décourager, il adresse cette première édition à la jeunesse. « Un an de direction avec six mois de confinement, on commence à savoir s’adapter ! A force de jongler avec les reports, on sait faire dans la cavalerie légère. Il faut mettre nos outils au service de la création et essayer d’inventer. »

 Déjà, lors du premier confinement, le théâtre s’est transporté vers les E.H.P.H.AD. avec Cabaret sous les balcons (voir Le Théâtre du Blog): «On a joué dehors, dans  les parcs, les jardins et les cours d’une trentaine d’établissements en Saône-et-Loire. Quand est arrivé le deuxième confinement, comme c’était très difficile pour la jeunesse, on s’est dit qu’on allait essayer de la faire danser. » Et, en quelques jours, l’équipe de l’Espace des arts et certains artistes invités au festival ont proposé une  «parenthèse chorégraphique »  aux collèges et lycées et à leur communauté éducative».  La majorité des principaux et proviseurs a accepté : « Le monde enseignant est un relais qu’on a depuis des années. Et, après Cabaret sous les Balcons qui a eu l’honneur de la presse jusqu’au New York Times, on nous a fait confiance. »

 Transdanses plante son chapiteau pour une semaine dans un établissement scolaire. Le programme pour plusieurs classes, tous niveaux confondus, est défini en amont avec les enseignants et le personnel administratif. Il se déroule en trois séances pendant le temps scolaire, en général sur les heures de sport ou d’histoire de l’art. Première séance, Breakstory : Olivier Lefrançois raconte l’histoire du hip-hop, accompagné par deux danseurs et un D J. Popularisé en France par Hip-Hop émission extraterrestre, une émission de télévision en 1984, cette danse a depuis gagné les scènes contemporaines. Après sa conférence, le chorégraphe et ses complices proposent aux élèves de danser à leur tour. D’abord surpris, ils s’y mettent volontiers.

 Deuxième séance,  I-Dance : les élèves et enseignants volontaires  scannés en 3D  peuvent voir leur corps se transformer en avatar. Pris en charge par des programmes fabriqués à partir de chorégraphies numérisées, ces avatars-danseurs composent un ballet projeté sur grand écran. Les jeunes gens se  voient danser dans des chorégraphies François Chaigneau, Gisèle Vienne et les autres artistes, parties prenantes de cette expérience.  Véritable prouesse technologique, cette installation peut aussi être vue par chaque élève sur : espace-des-arts.toutlemondedanse.com,  pour personnaliser son avatar : changement de costume, de tête, etc. Il peut aussi choisir sa musique et une chorégraphie parmi  celles  proposées ainsi que des partenaires-avatars.

Une troisième séance est consacrée aux danses sociales mais, covid oblige, avec  les distances obligatoires. Malgré les règles sanitaires, la première semaine du festival qui a eu lieu dans un lycée, a remporté les suffrages :  «Vendredi dernier, se réjouit Nicolas Royer, les gamins étaient tellement contents, qu’au lieu d’aller manger, ils ont préféré rester danser ensemble. »

 L’idée de Nicolas Royer: organiser une grande “dance floor party“ en fin de saison». Et il entend dans ses prochaines programmations, offrir une vraie place à la danse : «C’est le milieu artistique qui a le plus souffert. Le théâtre a pu se reprendre avec des lectures et une profusion de projets et captations. Les danseurs, eux, ont des carrières plus courtes et ont besoin d’un soutien massif. Les corps sont abimés par ces arrêts et nombre d’entre eux décident de se reconvertir dans la permaculture, les cours de yoga, ou de s’engager dans des O.N.G… »

 Mireille Davidovivi

Du 16 novembre au 18 décembre. Espace des Arts, 5 bis avenue Nicéphore Niepce, Chalon-sur-Saône (Saône et Loire). T. : 03 85 42 52 00.

 


Livres et revues

Livres et revues

 Lagarce une vie de théâtre de Jean-Pierre Thibaudat

 Jean-Luc-Lagarce-une-vie-de-theatreC’est la réédition d’un livre en version plus courte. Il se lit comme le roman d’une vie pleinement assumée par son auteur, avec son lot de souffrances  personnelles mais aussi de bonheurs dans l’écriture mais aussi dans ses amours des deux sexes.  Une vie déchirée qui fut longtemps déchirée par la maladie crânement assumée. Jean-Pierre Thibaudaut qui l’a bien connu, nous rend avec un grand talent d’écriture, la vie de ce jeune homme assoiffé de philo mais aussi de théâtre, qui restera avec quelques-une de ses pièces comme un auteur-culte et un très bon metteur en scène. Resté  toute sa vie fidèle à sa région d’origine, ce qui n’est pas si fréquent dans le milieu théâtral.
Ce dramaturge français le plus connu de la deuxième partie du vingtième siècle avec Bernard-Marie Koltès (1948-1989) né comme lui dans l’Est de la France, a habité en Franche-Comté à Valentigney. Il est  mort comme lui jeune -au même âge ou presque- il avait  trente-huit ans. Et tous deux emportés par le sida ! Nous l’avions peu connu mais la dernière fois que nous l’avions vu en 93, il nous avait apporté pour un article, une photo de La Cantatrice chauve qu’il avait remarquablement mis en scène avec une drôlerie et une rigueur qui donnait une nouvelle jeunesse à la pièce. Il était là silencieux dans le cadre de la porte de notre bureau à Chaillot, déjà très amaigri par la maladie mais avec un beau sourire généreux. Nous avions parlé un peu mais on avait peu de temps l’un et l’autre.  Il est décédé peu de temps après…
Si le théâtre de Koltès  fut assez vite reconnu, celui de Lagarce, metteur en scène déjà expérimenté, ne le fut vraiment qu’après sa mort qu’à la toute fin des années quatre vingt. Vieille histoire  des milieux artistiques qui rappelle celle de la sculptrice Alina  Szapocznikow, l’épouse du grand graphiste Roman Cieslewicz qui vendit peu  de ses œuvres durant sa vie. Aussitôt après son décès, les plus grands musées achetaient ses sculptures…

Depuis, les textes de Jean-Luc Lagarce ont été traduits en vingt-cinq langues. Et Juste la fin du monde  a été inscrite au programme de 2008 à 2010, de l’épreuve théâtre du baccalauréat et en 2012 des agrégations de lettres modernes, de lettres classiques et de grammaire.. Et rebelote, au programmes des classes de premières générales et technologiques du baccalauréat français 2021. Xavier Dolan en a tiré un film en 2016…. Juste la fin du monde est aussi entrée au répertoire de la Comédie-Française

« Fils d’ouvriers chez Peugot et fier de l’être (pas le genre à renier ses origines, ni à renier quoi que ce soit d’ailleurs) Jean-Luc est un enfant élevé au biberon des valeurs protestantes, dominantes dans la région”, dit finement Jean-Pierre Thibaudat. Il commença le théâtre au lycée et joua Oreste dans Electre de Jean Giraudoux  mais aussi  Cristy Mahon dans Le Balladin du monde occidental de Synge avec déjà sa camarade Mireille Herbstmeyer qui devint une excellente actrice.
Puis il s’inscrit en 75 au Conservatoire de Besançon mais aussi en philo à l’Université de Besançon. Et il fonda trois ans plus tard avec ses copains de fac sa compagnie La Roulotte, un nom choisi en hommage au nom de celle de Jean Vilar. Toujours à Besançon dans un appartement. Il réussit à obtenir une maîtrise de philosophie, Théâtre et Pouvoir en Occident mais il abandonnera une  thèse sur la notion de système chez Sade.

De plus en plus attiré par le théâtre, il écrira une face domestique La Bonne de chez Ducatel, nettement influencée par Ionesco puis une adaptation de L’Odyssée d’ Homère dont certains des thèmes préfigurent ceux de pièces comme J’étais dans ma maison et j’attendais que la nuit tombe  ou Juste la fin du monde.  Il a seulement vingt-deux ans il mettra en scène  sasn beaucoup d’argent mais avec ses fidèles acteurs,  Va et vient, Pas et Pas moi , trois courts textes de Samuel Beckett sans guère de spectateurs. Mais Jacques Fornier à Besançon qui vient de mourir ( voir Le Théâtre du Blog)  et Lucien et Micheline Attoun, les directeurs à l’époque de Théâtre Ouvert vont l’épauler. Il monta Turandot d’après Gozzi. Et enfin Voyage de Madame Knipper vers la Prusse orientale connaît le succès  à Théatre Ouvert. A Théâtre Ouvert, Lucien Attoun au regard acéré, n’est pas toujours  très chaud pour accueillir les pièce de ce jeune auteur encore très peu connu à Paris.
Lagarce montera Phèdre, déjà publiée en tapuscrit par Théâtre Ouvert avec Mireille Herbstmeyer et Guislaine Lenoir à l’Espace Planoise à Besançon en 82 avec un succès certain. Le spectacle partira même en tournée et dans le off à Avignon. Jean-Luc Lagarce sait s’entourer d’un cercle qui le, protègent comme son fidèle François Berreur, ou son ami Dominique ou encore Pascal Vurpillot, tous amis de longue date..
Puis il y eut Hollywood, une création importante avec Daniel Emilfork, cet acteur hors-normes mais épatant- il avait quelque chose du  Filochard  des Pieds Nickelés. Une pièce nourrie de nombreuses lectures et de films américains mais qui n’eut pas le succès qu’elle méritait.

Et aussi en 1994 Les Règles du savoir-vivre dans La société moderne, un beau solo accueilli par Henri Taquet à Belfort et magnifiquement joué par Mireille Herbstmeyer, écrit ou plutôt “tricoté de façon inextricable”avec répétitions, accumulations, incises de  son cru” dit Jean-Pierre Thibaudat, à partir du fameux ouvrage des années trente de la baronne Staffe. Un texte où une fois de plus Jean-Luc Lagarce met en scène le théâtre lui-même avec un sens inouï du deuxième , voire du troisième degré.

Puis Jean-Luc Lagarce déjà très malade et qui était conscient du peu de temps lui restant à vivre,  écrit Juste la fin du monde en 90, donc juste avant son décès, à Berlin grâce à une bourse Léonard de Vinci. Traduite en plusieurs langues, entrée au répertoire de la Comédie-Française, cette pièce sur fond d’autobiographie est devenue un classique du théâtre contemporain. Elle a été inscrite au programme de 2008 à 2010 de l’épreuve théâtre du baccalauréat et en 2012 des agrégations de lettres modernes, de lettres classiques et de grammaire puis au programme du baccalauréat de français pour 2021. Ces retrouvailles  de Louis et de sa mère, de sa sœur Suzanne , d’Antoine son frère  et de sa belle-sœur Catherine à qui il veut annoncer sa mort prochaine, seront sur fond de reproches et tensions familiales … Et Louis repartira sans avoir rien dit…Louis  retrouve pour la première fois depuis longtemps, sa mère, sa sœur Suzanne, son frère Antoine et sa belle-sœur Catherine. Solitude, regard sur un parcours de vie, difficulté à dire les choses qui se dissimule sous une logorrhée s’emparant sous forme de monologues de tous les personnages…Une vraie et belle pièce, sans doute un peu en avance sur son temps : le privilège des grands auteurs… Deux semaines avant de mourir le 30 septembre 1995, comme le  rappelle Jean-Pierre Thibaudat, il  avait fini Le Pays lointain une pièce que lui avait commandée François Le Pillouër, alors directeur du Théâtre National de Bretagne. Elle sera finalement montée par Philippe Adrien au Théâtre de la tempête à la Cartoucherie de Vincennes…

 De tout cela traite cet excellent livre qu’on lit d’une traite et son auteur a eu la bonne idée de citer souvent le Journal que tint Jean-Luc Lagarce depuis l’adolescence, publié aussi aux Solitaires Intempestifs que dirige François Berreur. Et cela donne très envie de le relire. En prime, sur la couverture, une très belle photo du dramaturge à vingt ans.

Philippe du Vignal

Editions Les Solitaires Intempestifs, Besançon. 10 €
L’œuvre  théâtrale de Jean-Luc Lagarce est aussi publiée par cette même maison.

 La Chorégraphie, neuvième section de l’Académie des Beaux-Arts n°92

627A80CA-9C9D-4B6A-88DF-778DFBDFC282Il y a aussi  dans ce numéro un entretien de Nadine Eghels avec Didier Deschamps, le directeur de Chaillot- Théâtre National de la danse. Il souligne la «nécessité de présenter des démarches chorégrahiques venues du monde entier et pour Chaillot la nécessaire « fonction de présenter le spectre le plus large de la création » dans ce domaine.

Jiří Kylián , danseur et chorégraphe tchèque bien connu, membre associé étranger de cette section danse,  et dont on a souvent vu les spectacles en France, a une  réflexion sur le chant et la danse, discutable mais intéressante. «Frère et sœur mais dit-il, la danse est peut-être la plus personnelle. Il est plus facile de reconnaître quelqu’un par les yeux que par les oreilles.  Car la lecture visuelle est fondée sur la réalité, quand notre perception auditive est davantage liée  à la compréhension et à l’interprétation. »

A lire aussi un entretien avec Carolyn Carlson, « danseuse, chorégraphe, artiste visuelle » . Elle met l’accent sur quelques points essentiels de son parcours, notamment l’influence de son maître Alwin Nikolais mais aussi le boudhisme qui, dit-elle, fait partie depuis quarante ans de sa vie de femme et d’artiste… Et un article Le Phénomène Pina Bausch  de Brigitte Terziev, membre de la section Sculpture. L’auteure souligne le talent de la grande chorégraphe allemande à construire ses spectacles en dessinatrice « pour créer des positions cosmiques faites de lignes de fuite  et de mouvement perpétuel ».

Ph. du V.

Académie des Beaux-Arts, 23 quai de Conti, Paris (VI ème). T. : 01 44 41 43 20.


Entretien avec Robert Ace, un pickpocket honnête

Entretien avec Robert Ace, un pickpocket honnête

 Robert Ace vit à Stockholm et se produit depuis 2008 en Suède et un peu partout dans le monde. Il a commencé comme magicien avec un intérêt marqué pour la comédie. Mais après avoir commencé à étudier les techniques de pickpockets, il a maintenant un numéro Comedy Pickpocket. Précisions sur une discipline qui fascine les publics dans son pays comme ailleurs…

-Comment êtes-vous entré dans la magie ?

-J’avais dix-huit ans et venais de voir un magicien à la télévision. C’était juste après mon anniversaire: ma grand-mère m’a emmené dans une librairie pour m’offrir deux livres dont l’un d’eux traitait de la magie de rue … Je l’ai presque dévoré, avant même d’arriver à la caisse. Et le premier déclic eut lieu quand j’ai montré un tour avec une pièce à mes camarades de classe. À partir de là, je suis devenu accro à la magie et j’ai ensuite appris de discussions informelles avec des artistes du vol à la tire. Je m’intéressais déjà aux escrocs et pickpockets et j’avais essayé d’apprendre certaines de leurs astuces pour me protéger d’eux. J’ai donc recherché à me spécialiser et au moment où j’ai subtilisé ma première montre, j’étais excité à l’idée de recommencer. Je suis surtout connu aujourd’hui comme magicien pickpocket.

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 -Quand avez-vous franchi le premier pas ?  

-J’ai commencé à faire des représentations de magie pour des fêtes privées d’enfants dans ma région. J’imprimais des affiches et des dépliants avec mes coordonnées que je déposais dans les boîtes aux lettres et en les placardant sur les panneaux d’affichage de toute la ville. J’ai aussi fait quelques petits spectacles médiocres pour adultes où je mélangeais un peu de magie, d’évasion et d’arts martiaux sans véritable structure narrative. J’ai finalement rassemblé quelques routines qui fonctionnaient bien et j’ai commencé à jouer plus régulièrement.
Le vol à la tire était une discipline plus difficile. J’avais besoin de cobayes pour m’entraîner et j’ai alors conclu un accord avec le propriétaire d’un club de stand up comédie pour distribuer des prospectus en échange d’une place garantie deux fois par mois, lors de soirées. Et sur scène, j’expérimentais mes techniques mais ce n’était pas la meilleure façon d’apprendre à vider les poches… de gens indisciplinés en T-shirts et en jeans. Pendant deux ans, à chaque fois, c’était un véritable combat ! Mais j’ai dû m’adapter…

- Qui vous a aidé à vos débuts?

-Les magiciens que j’ai rencontrés au club local de magie et plusieurs d’entre eux ont pris le temps de me faire des commentaires sur mon travail. Sans eux, je ne serais pas là où je suis aujourd’hui et je dois aussi remercier le propriétaire du club de stand up comédie club qui m’a laissé tourmenter son public. Trouver en effet un endroit pour jouer est vraiment capital. Et j’ai eu la chance de présenter mon numéro de pickpocket pour une entreprise de sécurité où se trouvait l’élite de la sécurité suédoise : banquiers, officiers, etc. Et là, je me suis lié d’amitié avec les directeurs de cette  entreprise de prévention des vols.  Je suis resté en contact quelques années avec eux et ils m’ont demandé de travailler comme expert-consultant de leur émission télévisée. Cela m’a ouvert de nombreuses portes pour m’établir et j’y ai ensuite fait plusieurs apparitions. Mais même si cela m’a permis de tester mes compétences, le public du club de stand up comédie était très difficile à affronter pour un débutant : je devais me forcer à monter sur scène encore et encore… Cela m’a appris à jouer, à improviser et vider les poches des gens mais a gravement endommagé ma confiance et il m’a fallu un certain temps pour m’en remettre. Je suis content de tout ce que cela m’a apporté, mais avec le recul, j’aurais pu choisir un moyen plus simple et plus serein pour apprendre le pickpockettisme.

- Comment travaillez-vous?

-Surtout autour des tables pour des événements d’entreprise et sur scène où on me présente au public comme un pickpocket honnête. Donc, tout le monde sait ce qui va se passer. J’ai eu le plaisir de voyager à travers le monde avec mon spectacle, que j’ai présenté dans presque toutes les conditions. Actuellement, avec la pandémie, je reste en Suède et le vol à la tire ne fait donc malheureusement plus partie des numéros que j’ai pu faire cette année…

-Les  magiciens ou artistes qui vous ont marqué ?

D’abord et avant tout, le roi des pickpockets, Boris Borra. La première fois que j’ai vu une vidéo de sa performance, j’étais émerveillé. Cela m’a donné le sentiment de regarder un vrai maître au travail. J’ai aussi beaucoup été inspiré par d’autres pickpockets comme Ricki Dunn et Mark Raffles. Et à mes débuts, par le regretté Paul Daniels, que j’ai rencontré une fois. Sa routine de Chop Cup m’a influencé quand il m’a fallu trouver un style de performance. Et bien sûr, le Suédois Tom Stone m’a aussi aidé à grandir.

-Et les styles qui vous attirent ?

-Je préfère regarder un magicien intéressant et ensuite sa prestation. Mais il faut faire les deux. La personnalité de l’interprète doit être au premier plan. J’aime quand la magie se passe dans un contexte particulier, ou qu’elle raconte une histoire. Une chose que je n’ai pas toujours fait moi-même… J’ai aussi un faible pour la comédie dans la magie. Parmi les grands, Paul Daniels et Boris Borra ont influencé mon jeu et mon style. Je regarde aussi vers d’autres arts comme ceux des jongleurs et des chorégraphes, pour voir quelles structures, ils utilisent et si cela peut s’appliquer à mon travail. Je m’inspire beaucoup de films et bandes dessinées pour concevoir mes « routines ». Et je réfléchis à  ce que je ferais, si je jouais un pickpocket dans un film pour mettre en valeur une scène ?

-Des conseils à un magicien et pickpocket débutant…

-Expérimentez vos numéros au maximum et avec différents personnages et styles de présentation : une fois que vous aurez gagné en notoriété, il vous sera plus difficile d’expérimenter quelque chose de nouveau… Le public aura des attentes quant à votre travail et vous payera pour cela. Si vous voulez vous essayer au pickpocketisme, ne faites pas comme moi au début et orientez-vous directement vers un numéro complet… Mais vous  ferez  beaucoup de travail, avant de voir des résultats positifs. Commencez d’abord par apprendre à voler UNE chose et travaillez-y lentement. Incorporez votre pratique petit à petit dans un numéro. N’oubliez surtout pas qu’un cobaye est la personne la plus importante que vous rencontrerez. Donc prenez bien conscience que, sans elle, vous n’existez pas, alors traitez-la correctement…

 -Et la magie actuelle ?

- J’ai un sentiment ambigu et je ne peux répondre en quelques phrases. D’un côté, je suis en colère chaque fois que je vois quelqu’un révéler des techniques de magie sur You tube pour obtenir des vues. Mais un grand nombre de gens découvrent cet art à travers ces vidéos et ces magiciens construisent un nouveau type de magie grâce aux médias sociaux. Mais je ne comprends pas l’idée de présenter des  tours devant une caméra… La pandémie a accéléré cette voie numérique avec l’explosion de spectacles virtuels à voir. La magie vivante subit des attaques croissantes mais je reste confiant dans l’avenir…
Il me semble important de savoir quelle expérience on souhaite offrir à un public et comment on va utiliser tous les outils nécessaires. Le théâtre et le jeu d’acteur sont essentiels pour obtenir ce que vous désirez. Plus vous avez de connaissances sur des formes artistiques ou autres, plus vous avez d’outils à utiliser dans la magie.
Comédie, chant, danse, etc. :  quand  vous  avez comme objectif, l’expérience que vous souhaitez offrir au public, c’est l’essentiel. Mais n’ajoutez pas d’autres formes artistiques pour cacher les faiblesses d’un numéro mais cherchez plutôt à le sublimer pour créer un spectacle unique et personnel.

-Et en dehors de votre travail ?

-La psychologie et les arts martiaux. Je fais un peu de dessin et j’aime beaucoup lire des bandes dessinées…

Sébastien Bazou

 


La réouverture des théâtres et lieux culturels?

Les  pétitions se suivent et témoignent du grand malaise actuel dans le milieu de la Culture… Si on a bien compris, aucun lieu ne rouvrira pas avant début janvier, si, du moins, tout va mieux… Une situation inédite proche de la catastrophe et s’il n’y pas de rapide solution, une casse humaine et artistique sans précédent!
Demain nouvelle allocution du Président de la République qui annoncera quelques bonnes nouvelles que l’Elysée distille déjà pour préparer le terrain: un cadeau de Noël à dose homéopathique mais peu de chances, si on a bien compris pour que les salles puissent recommencer à accueillir du public, même en nombre limité… Mais plus de trois cent cinquante dirigeants de lieux culturels ont écrit à Emmanuel Macron et Jean Castex pour demander leur réouverture. Une initiative de l’association des Scènes nationales, en complicité avec l’association des Centres Dramatique Nationaux.
Cet appel rassemble les responsables des lieux de création et de diffusion: Scènes nationales, Centres Dramatiques Nationaux, Théâtre nationaux, Centres Chorégraphiques Nationaux, Scènes conventionnées, Centres de développement chorégraphiques nationaux, Scènes de musiques actuelles, Pôles-Cirques, Centres Nationaux des arts de la rue, Théâtres privés/indépendants à Paris et en régions, Théâtres de ville, Orchestres nationaux… Donc bien au-delà
des lieux reconnus par le ministère de la Culture…

Ph. du V.

 

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©x Colmar Le plus ancien des Centres  Dramatiques

 

Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre,

Nous, directrices et directeurs de lieux culturels, appelons à la réouverture au public des théâtres et de tous les lieux de création et de diffusion du spectacle dans sa diversité. Nous y sommes prêts car nous sommes responsables face à la crise que nous traversons et solidaires des soignants qui sont souvent nos partenaires dans des projets artistiques ou culturels.
Nous y sommes prêts, car dans nos lieux, les protocoles et les gestes-barrières sont scrupuleusement respectés pour préserver les équipes, les artistes et le public. Les équipes ont su s’adapter aux nouveaux modes de travail, grâce notamment aux mesures de soutien mises en place par l’État.
Nous y sommes prêts car nous sommes réactifs, comme nous l’avons prouvé dès le mois de juin en proposant des actions et des projets en direction de la jeunesse et de la population, adaptés à la situation sanitaire.
Nous y sommes prêts car nous avons vu comment le public a répondu présent, lorsque nous avons ouvert en septembre et octobre. Les témoignages de leur joie, leur émotion, leur enthousiasme et leur attachement à nos lieux sont une force quotidienne.
Nous y sommes prêts car sur nos plateaux, des équipes artistiques continuent à répéter et leurs spectacles n’attendent que le public pour exister.
Nous y sommes prêts car nous sommes responsables et solidaires des intermittents du spectacle, pour que l’année blanche ne devienne pas l’année noire de tous les précaires de notre secteur.
Nous y sommes prêts car nous savons qu’il n’est pas possible de réduire longtemps l’être humain à ses besoins physiologiques et qu’il faut, pour chacun, nourrir son imaginaire, éprouver des émotions comiques ou tragiques, partager des idées ; nos lieux sont porteurs de liens indispensables à la construction collective d’espoirs et dont notre pays a un besoin impérieux.
Nous y sommes prêts car nous mesurons l’engagement sans faille de Madame la Ministre de la Culture et la soutenons à la veille des décisions que vous devez prendre. Cet appel n’est pas une tentative d’obtenir une dérogation mais un devoir pour nous, d’affirmer la place des arts vivants, essentiels à l’équilibre démocratique de la nation.

Parmi les trois cent cinquante premiers signataires:

ANDRÉ Benoit, La Filature Scène nationale Mulhouse, AZZOPARDI Sébastien, Théâtre du Palais Royal et du théâtre Michel Paris, BACKES Cécile, Comédie de Béthune-C.D.N , BALIN Philippe, L’Osons Jazz Club Lurs, BARBA Gilbert, Centre Dramatique des Villages du Haut-Vaucluse,Valréas, BAUER Mathieu, C.D.N.-Nouveau Théâtre de Montreuil, BELLORINI Jean, Théâtre National Populaire de Villeurbanne, BENOIN Daniel, Théâtre Anthéa Antibes, BENTAÏEB Farid, Le Trident-Scène Nationale Cherbourg-en-Cotentin, BERELOWITSCH Lucie, Le Préau C.D.N. de Normandie-Vire, BERLING Charles, Châteauvallon-Liberté-Scène Nationale de Toulon
BERTIN Cécile, L’Arc-Scène Nationale Le Creusot, BLANC Nicolas, L’Empreinte-Scène Nationale de Brive-Tulle, BRANCHU Frédéric, Théâtre de Thouars-Scène conventionnée, BRAUNSCHWEIG Stéphane, Théâtre National de l’Odéon Paris.
CÉSAIRE Manuel, Tropiques Atrium-Scène nationale Fort-de-France La Martinique, COUTRIS Marion, Théâtre des Calanques Marseille, CROCI Xavier Théâtre du Beauvaisis-Scène Nationale de Beauvais, CRUCIANI Matthieu, Comédie de Colmar C. D.N.
DEMARCY-MOTA Emmanuel, Théâtre de la Ville, Paris, DESCHAMPS Didier, Théâtre National de Chaillot, Paris, DI FONZO BO Marcial, Comédie de Caen…

 


Adieu Jacques Fornier

Adieu Jacques Fornier

©  DR

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Il s’est éteint à Besançon à quatre-vingt quatorze ans. Acteur, metteur en scène et pédagogue, pionnier de la décentralisation théâtrale. Il avait accompagné la mutation vers la vie professionnelle de la compagnie amateur le Théâtre de la Roulotte qui avait créé les premiers textes de Jean-Luc Lagarce. Sa confiance, son exigence, sa générosité a contribué grandement à la longévité de cette aventure théâtrale, les valeurs éthiques qu’il nous a transmises nous ont aussi encouragés à la création de cette maison d’édition. Il m’a encouragé lors de ma première mise en scène. Nous n’oublions pas ce que nous lui devons.

François Berreur

 

Extraits du Journal de Jean-Luc Lagarce

Décembre 1979 : Lettre de Beckett pour la première. Succès poli du spectacle Beckett. Fornier me parle professionnalisme. Janvier 1981 : Fornier‚ le soir du réveillon‚ me dit un bien fou des Serviteurs.

Juillet 1985 : Une fois de plus‚ Jacques Fornier sauva La Roulotte de la faillite. Père spirituel.Depuis sept ou huit ans‚ chaque fois que quelque chose ne va pas‚ c’est vers Papa Fornier que je me tourne‚ et à chaque fois‚ il m’aide. C’est tout. C’est bien (et c’est une sacrée chance).

Décembre 1985 : « Vivre sa vie. »De plus en plus de responsabilités au Centre de Rencontres. Seconder Fornier. En fait‚ malgré ses côtés vieux baba retour des Indes‚ il est fort probable que le côté « protestant inébranlable» permette d’affirmer des choses. Bonne équipe avec Pascale.

Avril 1987 : Proposition de travail de Fornier au Centre de Rencontres. J’en reparlerai. 

Janvier 1989 : Fornier demande à mes stagiaires un journal de bord de leur travail. Suis tenté – et j’y songe longuement pendant le retour en train‚ hier – de faire la même chose. Petites notes sur un épisode précis de ma vie. Exercice intensif. Bon entraînement pour Les Adieux que je promène partout sans réussir à l’ouvrir à nouveau. À l’invitation du Centre et de Fornier‚ je devais rencontrer pendant trois heures des profs pour leur parler de « ma vie‚ mon œuvre »‚ histoire de mon parcours‚ et comment j’ai écrit et mis en scène le peu que j’ai fait.

Avril 1991 : Premières représentations de Histoire d’amour.  Fornier‚ notamment‚ étaient d’un enthousiasme délirant.

Mars 1993 : Triomphe‚ pas d’autre mot‚ du Malade sur toute la ligne. Un débat très étrange‚ émouvant – trop ? – au Centre de Rencontres avec Jacques Fornier.

Un homme de théâtre… Pour qui arrivait au Centre dramatique National de Besançon dans les années 90, Jacques Fornier était la première personne à rencontrer. En fait, ils étaient deux avec Jacques Vingler. Initié par Jacques Copeau (1879-1949) le créateur du Vieux-Colombier, il avait créé à la fin des années cinquante la première troupe du Théâtre de Bourgogne, futur Centre Dramatique National, avec entre autres, Roland Bertin. Déjà partageux et de bon flair, il avait invité à Beaune Jorge Lavelli avec Yvonne, Princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz et Jean-Pierre Vincent et Jean Jourdheuil pour une historique Noce chez les petits bourgeois de Bertolt Brecht ( voir Le Théâtre du Blog).

 

Après une année à la direction du Théâtre National de Strasbourg -ils ne se conviennent pas mutuellement-  il passa quelques années en Inde et le voilà à Besançon. Jacques Vingler est sous le titre un peu lourd d’Inspecteur de la jeunesse et des sports conseiller en art dramatique. Fornier lui, initie au théâtre amateur et professionnel, des générations de passionnés dont Jacques Nichet qui ne cessa de lui rendre hommage.
Ces deux Jacques fonderont à Besançon le Centre de Rencontres que dirigera Fornier. Cela semble ne pas dire grand-chose, «centre de rencontres» mais englobe bien tout ce qui se passait là-bas. Stages et ateliers, école, lectures, Jacques Fornier y décelait avec rigueur et malice les talents, les qualités de ceux qui s’y rencontraient. Il n’a pas manqué la naissance de La Roulotte, la troupe de Jean-Luc Lagarce, qu’il a invité à enseigner dans son école et à faire partie des jurys d’entrée.

C’est comme ça qu’on devient un vieux monsieur à l’œil vif, au corps délié, par la méthode Feldenkraïs (il l’enseigne aussi) et un acteur désiré. Un spectacle marquant des années 90 : Les Aberrations du documentaliste (1998-99) d’Ezéchiel Garcia-Romeu et François Tomsu. Il avait été présenté dans la cour de musée Calvet au Festival d’Avignon, au cours d’une longue tournée. Un petit cercle de spectateurs autour d’un savant savoureux, hanté par la «folle du logis», autrement dit l’imagination, manipulant une poupée juste un peu plus grande qu’un empan à son image exacte : c’était pétillant, étrange, séduisant, plein de mystères.
Le spectacle ou plutôt cette cérémonie magique à laquelle on participait, décalait les perceptions dans une espace privilégié et laissait surtout une impression, une sorte de tremblement du réel. Où l’on voit que la précision, l’exactitude sont les voies les plus droites de la poésie théâtrale.

De Jacques Fornier, on gardera le souvenir d’une présence mobile, légère et aigüe, d’un regard vif et pénétrant. Il a toujours été au service du théâtre, de la plus petite étincelle décelée chez un apprenti-comédien,  aux grands textes classiques et contemporains. Et merci à François Berreur pour ce bel hommage…

Christine Friedel

 


Nouvelle pétition: Urgence pour le spectacle, du collectif Année noire 2020

© Jean-René Moulouma

© Jean-René Moulouma


Des voix s’élèvent parfois en ce moment pour dénoncer les soi-disant énormes avantages des intermittents du spectacle. Genre: tous ces artistes (acteurs, metteurs en scène, artistes de la scène et de l’audio-visuel, musiciens, danseurs, circassiens, etc.) ne foutent pas grand-chose et à la limite, profitent de la fermeture des salles à la suite de la pandémie! Alors que d’abord, ces fameux intermittents sont aussi pour une bonne partie des techniciens, eux absolument aussi indispensables à la création. Et que leur nombre au total n’est même pas de l’ordre de 1% de la population active… Et c’est tout à l’honneur de la France d’avoir créé ce dispositif même imparfait.
Culture en danger, une pétition à l’initiative du metteur en scène Jean-Claude Fall,publiée au printemps dernier ( voir Le Théâtre du Blog) sous forme de lettre ouverte au président de la République, avait recueilli plus de 50.000 signatures… «Nous avons peur que, malgré les efforts des uns et des autres, les mises en garde répétées venues de tous bords, votre gouvernement ne soit pas assez en alerte sur les problèmes à venir pour les artistes et les techniciens intermittents du spectacle, du cinéma et de l’audiovisuel, dans un temps qui va s’accélérant». Rebelote ( voir-ci-dessus)
Et le « grand public » comme on dit, ne sait pas toujours que les périodes de chômage sont le plus souvent dans ces professions, non une occasion de se reposer mais de travailler ensemble sur des projets et des mises en scène. Mais Roselyne Bachelot ne semble pas très à l’aise et c’est, une fois de plus, silence radio du côté de la rue de Valois… 

Ph. du V.

Nouvelle pétition: Urgence pour le spectacle, du collectif Année noire 2020

Depuis notre pétition et nos actions communes avec la pétition Culture en Danger (Jean-Claude Fall et C.G.T. /S.N.A.M.) en avril dernier, nous avons gagné une prolongation de nos droits jusqu’en août 2021. Aujourd’hui, vous conviendrez que nous sommes encore toutes et tous menacés. Nous sommes encore dans l’impossibilité de travailler et par inertie,  nos droits sociaux sont touchés de manière très inquiétantes (A.F.D.A.S., F.N.A.S., Caisse Sociale, etc…)
Un prolongement insuffisant et nous devons pousser le Gouvernement à agir sur ces deux volets. Pour cela, aujourd’hui nous nous solidarisons et nous agissons avec une seule et nouvelle pétition importante et nous vous remercions encore toutes et tous, de vos signatures. Restons soudés et nombreux. Prenez soin de vous.

Le Collectif année noire 2020.


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