Qui sommes nous?

Une équipe de critiques rend compte,  jour après jour, des spectacles (théâtre, danse, arts de la rue, cirque, performances, etc…) qu’ils voient en  région parisienne, en  province, et à l’étranger.

Julien Barsan, conseiller dans une entreprise culturelle, est aussi critique dramatique.

Jean Couturier est critique dramatique,  et assistant du rédacteur en chef.

Mireille Davidovici, dramaturge, traductrice et  conseillère artistique. A dirigé quinze ans l’association Aneth, consacrée aux auteurs contemporains disparue en 2010. Assistante du rédacteur en chef.

Christine Friedel est critique dramatique et conseillère artistique.

Véronique Hotte est critique dramatique et enseignante.

Elisabeth Naud  est docteur en esthétique théâtrale est  enseignante  à Paris VIII, et conseillère artistique.

Béatrice Picon-Vallin,  directrice de recherches au CNRS (ARIAS), auteur d’ouvrages sur le  théâtre russe , la mise en scène, et les rapports entre le théâtre et les autres arts. Elle dirige les collections : Mettre en scène  à Actes Sud -Papiers, Arts du spectacle aux Editions du CNRS et Th XX à L’Age d’homme).

Edith Rappoport a été directrice des théâtres de Choisy-le-Roi et Malakoff, puis conseillère pour le théâtre à la D.R.A.C. Ile-de-France; elle écrit aussi dans la  revue Cassandre.

Stéphanie Ruffier est critique dramatique et enseignante.

Laurie Thinot, directrice artistique, réalisatrice, chercheuse en innovation et critique de spectacles.

Philippe du Vignal, rédacteur en chef du Théâtre du Blog, a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre national de Chaillot où il enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a été responsable de la rubrique Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant puis  à Art press. Il a collaboré aux Nuits magnétiques d’ Alain Veinstein ainsi qu’au journal La Croix. Il a aussi  été  professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs( scénographie) Il est aussi critique dramatique aux Lettres françaises et à Strada.

Correspondants: Gérard Conio, professeur émérite de l’Université de Nancy et spécialiste de la civilisation russe, pour la Russie et les pays de l’Est; Nathalie Markovics, pour les capitales européennes, et Alvina Ruprecht,  du département Théâtre de l’Université d’Ottawa, pour les théâtres d’Ottawa, le Canada anglophone et les Caraïbes.

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Articles récents

Rivages, réalisation de La Folie Kilomètre

Festival d’Aurillac:  (suite et fin)

105_MG_3804Rivages, réalisation de La Folie Kilomètre, Collectif  la Folie Kilomètre de Marseille.

Surprise totale que ce spectacle indescriptible, « road-movie hallluciné et poétique » concocté par une équipe d’une vingtaine d’artistes issue de la FEAR (Formation avancée des arts de la rue de Marseille) et coproduite par une vingtaine de structures.
On nous donne rendez-vous en voiture sur le parking d’un centre commercial d’Aurillac pour une virée guidée, grâce à une chaîne de radio précieuse, car nous suivons une trentaine de véhicules dans la nuit noire, sur des routes incertaines pendant une heure et demie.
Soit six séquences: du Drive In à La  Transition Libre, mais jamais en 45 ans de  spectacles un peu partout, de telles surprises ne nous avaient été réservées…De Drive In à Regarder l’horizon, en passant par Prendre le large, Rentrer dans les coulisses, Transition Rodéo, Tourner en rond, Transition libre et Accéder au rêve, on ne sait plus où donner de la tête ! Le récit se déploie dans un paysage se déroule comme une scène de cinéma derrière les vitres de notre voiture… Des images apparaissent puis s’effacent.
Mais il ne faut pas déflorer une telle surprise pour les futurs spectateurs. Cette compagnie remporte haut la main pour moi, le grand prix du Festival d’Aurillac 2016.

www.lafoliekilomètre.org

LA MAGICABINE   Collectif des Chevronnés, Festival d’Aurillac 18 août

Entresort, photomaton magique, cabinet de curiosités par la compagnie du Docteur Troll

Dans la cour d’une école où sont rassemblées une dizaine de compagnies qui mettent tout en commun, on nous tire les cartes à une vitesse ahurissante. C’est léger, subtil et très drôle. Nous sommes tous les 3 pris en photo, Stéphanie, Jacques et Édith, souvenir, souvenir …

Surmâles par la compagnie Gérard Gérard

Capture dcran 2015-06-25  12.25.16L’ombre d’Alfred Jarry rôde sur ce spectacle absurde dont on ne parvient pas à saisir le fil rouge dans cette cour d’école où les compagnies mettent leurs recettes en commun. Alexandre Moisescot, Julien Bleitrach et  Maxime Donnay entrent en scène coiffés de têtes de canard, de chien et de cochon.
Ils se mettent à table, le chien fume, le cochon ouvre un journal, ils s’esclaffent, boivent un café, rugissent, se tirent dessus, se relèvent.

On annonce un débat, ayant « marre de brailler du théâtre de rue », mais le public est là. « Au début, c’était des performances pour les pizzerias, moi c’est Tadeusz Kantor, l’acteur n’est pas un objet, mais l’objet est un acteur… » affirme Alexandre. Ils se disputent, esquissent un petit ballet avec des ombrelles, Alexandre se coiffe d’une perruque verte, brandit un drapeau tricolore : « De quoi rêvent les Français ? « . On pose des questions ridicules sur les engagements, on annonce la dissolution de l’Assemblée Nationale, Superman débarque sur un engin à roulettes, on s’étreint dans un caddie, un chat doré surgit de ces amours. Tout dégénère dans une débauche foldingue. « Arrête de douter, ton texte est fin, peu d’acteurs de rue sont de vrais acteurs ! »
On ne sait plus trop où donner de la tête dans cette débauche d’objets tirés d’un magasin de Walt Disney, malgré un humour décapant qui ravit  un public nombreux. Il existe une version pour salle de spectacles plus concentrée qu’on aimerait voir.

Le Nid,  création de Doriane Morietus et Patrick Dordoigne

Patrick Dordoigne qui accompagne depuis des années le remarquable travail du Rire Médecin auprès des enfants malades dans les hôpitaux, avait réalisé L’Envol, sur une bande de retraités s’échappant de l’hôpital pour vivre leurs vies, spectacle solaire et régénérant.

 Le Nid traite du début de la vie d’adultes. Après un long dédale autour des centres commerciaux qui cernent la banlieue d’Aurillac, nous arrivons dans une clairière boisée autour d’un grand champignon, et plus de 500 personnes y sont rassemblées. Des mains émergent, des bras, des têtes de couples qui se regardent, on entend des bruits d’oiseaux, des ballons surgissent, des visages masqués, des chapeaux de fête.
Deux  garçons montrent leurs torses nus, on voit des vêtements voler.
Les couples s’étreignent dans la fête, on s’arrache les bonnets, une planche-plongeoir surgit du champignon, certains sautent, d’autre s’y suspendent. Tout le monde descend pour en faire le tour, chacun propose son projet au public. On voit un conseil de classe, on entend un discours de François Hollande sur le changement climatique. Le spectacle se termine par un belle course éperdue.

Un spectacle singulier, plein d’une ironie décapante présenté par une dizaine de jeunes acteurs acrobates, co-produit par la majorité des Centres Nationaux des Arts de la Rue en France..

crc3a9dit-photo-sidonie-fauquenoi-9Quatre-vingt treize d’après Victor Hugo par la compagnie de la Grenade .

 Marseillaise chantée avec le public. Nous sommes le premier jour de juin 1793 en Vendée, nous assistons à un interrogatoire, les Vendéens chantent… La Vendéenne. « Fusillez les blessés, les prisonniers ! ». Un mois plus tard, c’est la revanche républicaine, tout est consanguin, on chante : « Ah, ça ira, les aristocrates à la lanterne, sache qu’il faut faire la guerre … ».
On recherche les enfants enfermés, on les trouve, on les protège. Au cours d’un procès « Si on guillotine les gens parce qu’ils ont tait de bonnes actions, alors guillotinez-moi (…) craignez que la terreur ne soit la calomnie de la Révolution, il faut que le droit entre dans la loi ! ».

Interprété par une équipe de cinq comédiens qui jouent tous les rôles, nobles comme sans culottes, ce texte de Victor Hugo fait retentir la nécessité d’une solidarité humaine par delà les clivages politiques.

lagrenadegraintheatral.wordpress.com

Entre eux  d’Emmeline Guillaud avec douze  acteurs musiciens.

Nous sommes en bi-frontale, de part et d’autre d’un espace jonché de vêtements, bordé d’un orchestre de percussions. Au dessus de nos têtes de longs fils à linge sur trois niveaux.
Les six acteurs se précipitent pour balancer les vêtements sur les côtés aux rythmes de la batterie, pour ne laisser subsister que les noirs, sur un discours dur l’Espagne et les Tontons Macoutes dont la liste ne sera jamais close. Ils s’agglutinent en un tas noir, qui remue et roule dans un fracas.

On s’enlace, on tombe, on tire. Une danseuse est pendue sur un fil à grande hauteur, elle est rejointe par un homme, ils s’étreignent. Du linge sèche sur 2 niveaux, un acteur enfile à l’envers une robe de chambre, un autre un pantalon. Au sol, des Barbapapas s’étreignent, pendant qu’un acrobate saute sur un fil. Au sol des poupées, des monceaux de vêtements dont des acteurs émergent. 5 d’entre eux se voilent et font une danse aborigène. Le tout sur des rythmes d’enfer …Insolite, vous avez dit insolite ?
Malaxe a été créé à Marseille en 2011.

Trouble  de Ben Farey, compagnie Tricyclique Dol, textes de Fabrice Melquiot

TROUBLEcTricycliqueDol003Étrange voyage en ville, du jamais vu ni entendu de mémoire de vieille spectatrice ! Cette écriture dans l’espace public prend naissance dans une petite bibliothèque où l’on nous confie un livre qui nous servira de guide à travers le quartier pour écouter d’étranges affiches colorées sur lesquelles il faut poser son oreille, là où on recèle une protubérance. Il faut poser son oreille dessus et se boucher les oreilles pour parvenir à écouter avec son corps et entendre les murs. Le livre qu’on nous a confié sert de guide, mais le repérage au sein d’un quartier bariolé d’affiches du off est difficile. Heureusement, c’est la dernière et un gentil guide m’escorte. Préoccupée par le repérage les souvenirs du texte se sont évanouis.

www.tricycliquedol.com  

La Deuche joyeuse,  Opéra de parvis de Générik Vapeur, Trafic d’Acteurs et d’Engins, auteur et mise en scène Pierre Berthelot, direction artistique Cathy Avram

Une première représentation avait été annulée la veille à coup de bombes lacrymogènes qui avaient dispersé les manifestants en train d’abattre les « barrières de sécurité » soit disant destinées à protéger le public des attentats. Dans la soirée les grilles incendiées sont déblayées, le dispositif de surveillance est allégé.La pluie s’est heureusement arrêtée au moment où le spectacle commence.

14 interprètes entrent en scène et déballent des morceaux de 2 CV de leurs enveloppes de papier. Ils en sortent des instruments de musique dissimulés derrière. Goobie se déchaîne « Mâchez les mots, laissez rentrer les gros billets (…) Travailler plus pour gagner plus, Moi Président de la République …». Un fille avec un gilet de sauvetage est hissée en haut d’une pyramide, « ceci n’est pas un mur, je hais les murs, pas de mur ! ». On fait des pulvérisations bleu, blanc, rouge pour Madame France et la 2 CV Citroën, « objet modeste, fille naturelle de Pégase et d’un moulin à légumes ».
Sur un rythme musical endiablé, la voiture est reconstituée et fait son départ triomphal au sein de plusieurs  autres 2 CV conduites par des collectionneurs locaux. « Les 2 CV rasent les murs, les 4/4 font le trottoir ! ».

Spectacle décapant, plein d’une ironie qui en dit long aux propriétaires de ces voitures dont nous avons été, cette Deuche Joyeuse rend tout son sens à un festival qui a su faire tomber les barrières.

www.generikvapeur.com

Edith Rappoport


Les Chevaliers, mise en scène de Michel Dallaire et Okidok

Festival d’Avignon (suite et fin) :

 

Les Chevaliers, mise en scène de Michel Dallaire et Okidok

 BAOKIDOK« Ah ben oui », « évidemment », a-t-on envie de reprendre, à tout bout de champ, en sortant du chapiteau Kabarouf. Ces gimmicks tenaces, sont la marque distinctive des chevaliers admirablement croqués par Xavier Bouvier et Benoît Devos, les comédiens belges d’Okidok.
Il y a donc ici l’intellectuel, du moins, celui doté d’un langage articulé. Tel le clown blanc, même s’il n’en arbore pas le teint cérusé, il acquiesce à la moindre découverte. Chauve, doté d’anachroniques lunettes et d’un collier de barbe à la Robert Hue (souvenez-vous, le député du Parti communiste français!), il fait preuve d’un flegme réjouissant.
 A ses côtés, apparaît dans un second temps, une « armoire à glace », digne des jeux vidéos de fantasy, qui arbore, avec un air ahuri: bottes à griffes impressionnantes, et armoiries rouges à tête de phacochère. Tempérament : guerrier, mais aussi viril que maladroit !
Heureusement ici, on n’est pas dans le virtuel et dans le mythe de l’invulnérabilité ! Corps et objets ne cessent de faire obstacle,  comme chez Charlie Chaplin ou Buster Keaton. Avec de nombreux et magnifiques ratages, pour notre plus grand plaisir…

 On l’aura compris, ce duo clownesque tire sur les vieilles ficelles de la complémentarité : féminin/ masculin, réflexion/action … Mais, avec, sous les gros gags, une belle finesse dans les personnages ! Et décors et costumes, redoutables d’efficacité, fleurent bon le plaisir du bricolage forain.
Devant un rideau peinturluré figurant les hauts lieux de la chevalerie moyenâgeuse : forêt, puis fontaine magique, paradis et enfer,  ces deux personnages vivent un périple initiatique, où la peur est toujours teintée de franche rigolade.  Nous naviguons ainsi dans des tableaux qui rappellent, pêle-mêle, délices du Grand-Guignol , peintures de Jérôme Bosch, promenade terrifiante de Dante Alighieri, et aventures des Chevaliers de la Table ronde…

 Au fur et à mesure, les personnages se font de plus en plus attachants et comiques. Burlesque et absence de paroles permettent au public de tout  âge, de goûter à ce voyage qu’agrémentent jonglage, acrobaties, apparitions d’êtres fabuleux et grosses blagues scatologiques…
Le duo fonctionne à merveille  avec une belle et réjouissante complicité. Un excellent moment à partager en famille!

Stéphanie Ruffier

 

Le spectacle a été joué au Karabouf Barthelasse ; du 6 au 30 juillet ; puis tournée en France et en Belgique.

Compagnie OKIDOK  Xavier Bouvier & Benoît Devos,  259 rue Saint-Eleuthère 7500 Tournai ( Belgique). T : +32 475 35 15 42 (B) +32 473 59 81 52 (X)  info@okidok.be

 


Truckstop de Lot Vekemans, mise en scène d’Arnaud Meunier

Festival d’Avignon (suite et fin) :


Truckstop  de Lot Vekemans, traduction de Monique Nagielkopf, mise en scène d’Arnaud Meunier

160711_rdl_0072 Ana  gère Truckstop, un restaurant au bord d’une route du Brabant, à la clientèle de routiers. Kataljine, sa fille, victime d’hyperactivité et de troubles mentaux, et ne peut vivre seule. La mère la protège et s’occupe donc de la vie de sa fille.
Mais Remco, un routier, séduit Kataljine.
Ana sent que l’homme est peu fiable et que sa fille pourrait s’en aller. Mais Kataljine rêve de liberté et veut partir avec lui.. « Ce qu’il a de curieux dans la découverte : c’était déjà là, et on ne le savait pas. », observe Katalijne.

 La singulière narration de ce texte contemporain procède de même et draine le drame à venir. Tout est déjà écrit, et on sait très tôt qu’il y aura coup de couteau et accident de voiture mortel, mais on ignore tout des circonstances et des coupables. Ainsi, le dialogue qui se noue entre cette fille un peu simple, sa mère et son amoureux maladroit, est-il lardé de prolepses.
Dans cette ambiance hyper-réaliste, les commentaires distanciés des personnages, voix d’outre-tombe, créent des brèches surréalistes, quasi-fantastiques. Cette construction narrative si particulière et l’exhibition de la fiction, avec un très subtil travail de lumières, constituent les plus belles fulgurances de ce spectacle.

 Scénographie plutôt grise, triste celle d’une salle de restaurant aux murs éteints et aux mi-rideaux en crochet. Tout est propre et impersonnel, un peu fade. Le texte évoque pourtant « tout ce brun » et un lieu qui, à l’inverse de ses concurrents, paraît vieillot. On se croirait plutôt dans un appartement témoin, trop neutre. L’espace vide à l’avant-scène, réservé aux projections du rêve, donne une sensation de maigre marge de manœuvre.
Règnent donc ici l’ennui et la mélancolie, banale, normalisée, celle des intérieurs contemporains impersonnels, alors qu’on aurait attendu la sale mélancolie d’un vieux restaurant baignant dans son jus…

L’histoire a de quoi toucher un public adolescent. L’envie d’espace pour faire vivre son amour, sa carrière professionnelle, l’espoir d’une autre vie qui ne soit pas indexée aux craintes d’une mère castratrice. Mais on le devine : « Plus de cent morceaux, c’est impossible à recoller. »
 Guère de possibilité de fuite. La mère, (Claire Aveline), joue bien sa partition ambiguë, mais Manon Rafaelli, avec  une fragilité enrobée d’une folle naïveté, est moins subtile et peu convaincante.
L’ensemble souffre de lenteur. Et on se surprend à vouloir en hâter la fin tragique…

 St. R.

 

Le spectacle s’est joué du 12 au 16 juillet 2016 à la Chapelle des Pénitents blancs.

 

 

 

 


Prochainement par le groupe ZUR

Festival d’Aurillac:

Prochainement par le Groupe Zur

 

theatre-de-rue-eclat-aurillac-groupe-zur-a-peyrolles_2796733Cela fait quelques trente ans que ce groupe ZUR (Zone Utopiquement Reconstituée ) installé à Saint Barthélémy d’Anjou, près d’ Angers rassemble des artistes considérant l’acte de création comme une occasion d’aventure et d’expériences. «Pour cela, nous travaillons nos spectacles dans des lieux inattendus, nous imaginons in situ des interventions qui réagissent aux lieux de présentation ».
Avec une volonté évidente de développer, « un art entre l’image et l’acte, l’écrit et la parole, le muet et le sonore, le plan et le volume, le frontal et la proximité, où les formes picturales et cinématographiques dansent avec les formes théâtrales et sonores.
  Pas de texte ni même de courts dialogues ; cela se passe sur un terrain de sport dans un quartier périphérique d’Aurillac, où est installé une salle de cinéma en plein air.  Sur l’écran, projection d’un film regroupant plusieurs histoires de voyage. On voi un minuscule triporteur emprunter une route impressionnante  de redoutables sinuosités à flanc de montagne, croiser un énorme semi-remorque, puis deux jeunes homme traînant, à la force du poignet, une barque au sommet d’une colline dans les herbes puis la faire redescendre de l’autre côté, une bobine de films s’échappant du triporteur dévaler une pente avant de s’arrêter sur une plage à quelques mètres  de la mer…
Pas de récit unique, on voit les mêmes personnages dans des endroits tout à fait différents dans la montagne ou en ville qui entreprennent un voyage… : au public de se faire son  film personnel par le biais de ces belles images p filmées avec lenteur et désir évident de picturalité… Puis, progressivement derrière l’écran de projection, des ombres passent, et une jeune femme avec une grosse pendule accrochée sur son dos et  accompagnée d’un enfant choisi dans le public s’avance jusqu’à l’écran.
On l’aura compris, le spectacle n’est surtout pas que le film projeté. Quelques temps après, l’image  sur l’écran se met à vibrer et la toile se lacère d’elle même… Une voix off au mégaphone, donne des ordres à des techniciens de plateau, et le public comprend vite qu’il peut traverser ce qui reste de l’écran pour rejoindre un lieu de tournage avec travelling, installations plastiques…Comme entre autres, cette très belle projection de branches destinée à figurer le dessin d’une maison. On voit aussi se tourner une séquence de film avec  travelling, avec évidemment les mêmes acteurs que dans le film et on retrouve aussi le triporteur du film dont le pare-brise sert de petit écran à un film de Charlot. Il y a aussi un peu plus loin un bon feu de bois qui fait du bien dans la nuit un peu fraîche. « La dématérialisation de l’espace de projection, dit le groupe ZUR, coïncide avec l’ouverture d’un hors-champ jusqu’alors insoupçonné » avant .
  Dernière et merveilleuse image avant l’oubli ; celle d’un groupe rock en ombres chinoises sur un écran que les autres personnages vont crever et lacérer petit à petit.
 Bilan : mitigé. Le film possède de belles trouvailles poétiques et cette intrusion dans cette prairie avec tous ces accessoires de plateau de cinéma dont de gros ventilateurs, a un charme indéniable, mais l’ensemble gagnerait  à être construit sur une dramaturgie plus solide. Cette histoire-un peu longuette-de film dans le film, rappelle en effet singulièrement celle du théâtre dans le théâtre qui  sévit toujours…
Et le Groupe ZUR aurait eu intérêt à serrer davantage les boulons de ce spectacle créé l’an dernier et qui doit donc être considéré comme rodé. Mais, malgré une réalisation tout à fait précise, ce Prochainement en partie déambulatoire, gagnerait beaucoup à être resserré….
Que cela ne vous empêche pas d’y aller faire un tour.

Philippe du Vignal

Festival d’Aurillac jusqu’au 20 août
www.groupe-info@groupe-zur.com



Hôtel particulier par la compagnie Carabosse

Festival d’Aurillac:

Hôtel particulier par la compagnie Carabosse, direction et coordination artistique de Gérard Court et Nadine Guinefoleau, mis en scène et direction d’acteurs de Martin Petit Guyot

web_crea_hotel_particulier_photo_sylvie_monier_imgp2468w.jpg__133x200_q85_crop_upscaleCarabosse, un collectif d’artistes concepteurs, scénographes, comédiens, constructeurs, musiciens, inventeurs, et plasticiens  s’est surtout fait connaître par ses spectacles en plein air, résultant d’une écriture collective, favorisant la proximité avec le spectateur, et utilisant la musique  et le feu vif, à une échelle qui dépasse largement celle des plateaux de théâtre, pour atteindre parfois des images de grande beauté. Son espace : les petites rues, lieux et places publiques des centres ville, voire les sinistres zones semi-industrielles à la périphérie d’un seul coup transformées avec poésie à la nuit tombante…

Cela se passe sur le terrain de sports à côté du gymnase de la Jordanne, là où il y a quelques années nous avions vu le tournage d’un western par le Royal de Luxe.
Nous attendons devant l’entrée d’un hôtel aux fenêtres désespérément fermées, et aux murs sales qui tombent en loques, et à la véranda possédant encore quelques vitres; deux grooms minables en uniforme noir accueillent le public qu’ils invitent à entrer sur un terrain sablonneux rectangulaire, fermés de murs en contre-plaqué quelques colonnes de faux-marbre,  et sous l’éclairage d’une merveilleuse et grosse lune pâle, et surtout de torchères et de quelques projecteurs-mal disposés ils éblouissent souvent le public. Debout il peut voir et revoir: soit un chambre d’hôtel un assez minables, à deux portes portant le numéro 13, encombré de valises avec une femme de chambre en  robe noire et petit tablier blanc, d’autrefois, et une cliente très exigeante. Ou plus loin,en face, une salle à manger des années trente avec une grande bourgeoise qui reçoit à dîner  un professeur de sciences neurologiques il y a aussi un bureau-bibliothèque  où deux hommes en noir discutent poésie et littérature. 
Sur deux des murs, une reproduction d’une œuvre du douanier Rousseau, de la Joconde, des nus, une vanité style XVIIème, et des tableaux d’inspiration cubiste et surréaliste… Au fond, sur une petite scène,  une affichette plaquée sur un ancien pare-feu en bois, annonce une conférence du professeur Pélissard sur les implications du cerveau et du sommeil dans la production des rêves: au mur, quelques photos d’artistes dédicacées comme celle de Fred Astaire, etune jeune femme chante au micro face public. Elle se plaint de l’influence grandissante qu’exerce un homme imposant, chauve, à rouflaquettes, en costume noir rayé qui lui dit que son nouveau piano va arriver.
Le public debout comprend  vite qu’il doit se déplacer, pour recomposer un scénario qui finalement lui échappera, même si les petites scènes se répètent, de façon à ce que tout le monde puisse avoir vu l’ensemble.
  Petit ennui : on entend très mal les dialogues joués sans micro, et trop bien la chanteuse… Et passé l’étonnement que présente cet univers pictural, les quelque deux cent cinquante spectateurs qui vont d’un univers à l’autre, sans y trouver vraiment un grand intérêt, essaye de se trouver une place assise sur le petit escalier d’arrivée. Comment s’intéresser en effet à ces personnages qui sont plutôt des silhouettes, certes intéressantes sur le plan plastique mais qui évoluent dans une dramaturgie qu’on a du mal à saisir. Et ces deux heures d ‘un spectacle qui commence déjà en retard deviennnent  interminables
D’autant qu’il y a une seconde partie avec une fausse/vraie conférence- heureusement au micro, sur les sciences neurologiques du professeur Pélissard mais guère convaincante. Et cette fois l’hémorragie de spectateurs s’accentue.
 «Il n’y a pas l’ombre d’un doute qu’un bon scénario est absolument essentiel, peut être même l’essentiel pour un film dit  le grand Sydney Pollack ». Et cela vaut aussi pour un spectacle, surtout en plein air.
“L’écriture de nos créations et nos multiples manières de les offrir, porte un regard sur le monde plein de revendications, de coups de gueule, de tendresse, d’humour et de liberté dit la compagnie Carabosse. »  Peut-être mais ici dommage, on reste sur sa faim, et on s’ennuie vite, malgré la beauté visuelle de certains moments et une bonne direction d’acteurs. Mais cela ne suffit pas.
Quelle déception !

 Philippe du Vignal

 Gymnase de la Jordanne jusqu’au 19 août. Accès payant.

 

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Zéro avril, mise en scène Anne Corté

Festival d’Aurillac:

Zéro avril, mise en scène Anne Corté

 

zéro avril« Est-ce que vous êtes chauds ? » demande un message imprimé sur le tee-shirt blanc d’un fantôme. Ben, oui, plutôt. On nous vend un concept de la mort; on va pouvoir se costumer et participer au spectacle. Il suffira de choisir son camp, dix minutes avant le début de la représentation : mourir ou regarder ceux qui ont choisi de mourir.  Soixante-dix participants peuvent ainsi revêtir un suaire blanc, bénéficier d’une formation express et se lancer sur scène avec les pros. Les fantômes débarquent  ensemble, en désordre, tous confondus.

 Oui, mais voilà, tout ça devient vite d’un ennui mortel. On veut bien que ça lorgne du côté de l’absurde, de la pataphysique ou de dada… ! Mais quand on voit les âmes en peine errer sur le terrain vague et les spectateurs fuir sans précaution les gradins, on est en droit de penser que l’association Roure est malheureusement passée à côté d’un concept du feu de Dieu. D’autant qu’il y avait du public aux balcons alentour, de ce public qu’on ne voit pas dans les théâtres.

 Dans un espace pourtant prometteur : un terrain pour la pratique de divers sports, entre les barres de la cité Montade. De grands panneaux blancs annoncent la couleur : Crève générale, Morts précoces, vivants frigides, même combat,  Souris blanches partout, lapins blancs nulle part. Sur cette scène très ouverte et très laide (mais on pourrait s’en accommoder!), un fatras de projecteurs, de balles en plastique coloré, d’estrades  mais aussi de cotillons, chapeaux, feux d’artifice, tirés d’un gros sac de sport, d’abord repéré comme suspect. Le but affiché : chercher un moment d’intensité ensemble.

Il y a quelques bonnes scènes où quelque chose pourrait prendre : ce bon papa, à énorme tête de statue grecque, dont on prend soin dans des coussins. Et une très vague réflexion sur l’état du monde à travers les drapeaux de pays dans l’errance et la « crise » (Syrie, Nigéria, France, Etats-Unis…). L’apparition de têtes noires de type Ile de Pâques, criblées de flèches. Quelques effets de groupe.
Et puis cette exploration à la caméra d’un cimetière de mégots, spectres de cigarettes. On sent que le sexe pourrait nous sortir de notre torpeur: en arrière-plan, des «partouzeurs en colère» semblent une invitation… Mais l’ensemble est si foutraque et distendu, que cela ne prend guère.
Un type nous montre régulièrement son cul nu où est écrit FIN en lettres noires, d’où la sensation pénible et récurrente d’assister à plusieurs fausses fins (il n’y aura pas, on l’aura compris, ni début ni clôture: « the show must go on »).
Aucun rythme. Pas de pensée. Cela fait songer à une vague répétition pour nous éviter la déception : préparez-vous, de l’autre côté, ce sera aussi mal organisé et vulgaire qu’ici et ça n’aura aucun sens parce qu’en réalité, il n’y a pas de vrai meneur, ni de bonté. On sait pourtant qu’il y a du beau monde sous les draps blancs : l’énergie d’Alix Montheil, de Panxo Gimenez et de Catherine Fornal en particulier.
On ne peut qu’approuver ce cri de désespoir: « On s’est fait chier toute notre vie pour vivre ça dans la mort ? » Et puis, comme le dit encore un autre personnage :  « J’ai pas pris de plaisir, même pas eu le temps d’aimer ».

Stéphanie Ruffier

 


Garden Party (Anthropologie de l’Insouciance)

Festival d’Aurillac

Garden Party (Anthropologie de l’Insouciance) par la compagnie N° 8, création collective, sous la direction d’Alexandre Pavlata

Quatre couples- smoking et robe du soir-pénètrent dans ce beau parc ensoleillé. Ils rient, bégayent, s’expriment par borborygmes, dégustent du champagne servi par des valets attentionnés. On voit des étreintes lesbiennes sur la nappe immaculée, et un homme violé par une femme sur un canapé blanc.

Au terme d’un court ballet, nous changeons de lieu sur la musique des Quatre Saisons de Vivaldi. Les femmes s’installent dans des petites voitures, les hommes jouent les chevaux cul nu. On s’enfourche gaiement, et brame  des opéras italiens. Coups de feu, tout le monde s’écroule à tour de rôle, mais champagne pour les moribonds qui se relèvent.

Sociologie du superflu : troisième changement de lieu. Installé sur une étrange machine, un couple chante, et deux autres personnages font contrepoids. Dernier tableau, des valets servent aux invités des coupes de caca (le public n’est pas dupe de cette crème au chocolat) qui s’en barbouillent en éructant, et dégueulent en dansant. Près de cinq cents spectateurs, le bain de soleil n’est pas désagréable, les chorégraphies impeccables, mais ce superflu semble vain, presque choquant dans le contexte désolant de trentième bis festival d’Aurillac, dont les entrées de rue sont toutes surveillées par des soldats en armes et des vigiles-palpeurs de sacs, et bloquées par de gros blocs de béton.

Edith Rappoport

Parc de la Fraternité jusqu’au 19 août à 16 h.

Image de prévisualisation YouTube


La DévORée, écriture et mise en scène de Marie Molliens

Festival d’Aurillac:

 

La DévORée, écriture et mise en scène de Marie Molliens

01-Compagnie-Rasposo_La-Devoree-Laure Villain« Je vais te donner un spectacle. » Dans La Machine infernale de Jean Cocteau, la sphinge met Œdipe en garde. Son pouvoir, c’est le verbe : elle va en déployer tous les charmes et tous les attachements. Menace de liens serrés. Ainsi parle le corps de circassienne, aussi fascinant que vulnérable sous les jeux d’ombre et de lumière du chapiteau.
Même dans un langage ici non verbal, il s’agit bien de la même aliénation. Et l’homme tombe dans le piège. Un spectateur fasciné, sort du rang et s’approche de la piste : ses yeux absorbent le corps aérien, gracile et coruscant de la trapéziste, avec la même avidité qu’il  mange du pop-corn . Consommation aveugle. Histoire de la séduction, de la dévorante négociation du désir réciproque: ce sont les règles du jeu du spectacle.

 « Est-ce que tu m’aimes ? Montre-moi. » Bercée par le cirque depuis sa plus tendre enfance-et sur les planches, dès quatre ans-issue de trois générations de femmes-artistes, Marie Molliens maîtrise parfaitement les enjeux du spectacle, « ce qui s’offre aux regards pour susciter émotions et sentiments ». Sur sa piste, se joue la capacité à soutenir un regard, à supporter durablement l’attraction, à saisir la gravité d’un instant, à se laisser aller à la rencontre tout en conservant son mystère.

Aussi a-t-elle choisi d’allégoriser la parade amoureuse et le sublime combat qui s’ensuit à travers le couple mythologique Achille et Penthésilée. On y retrouve toutes les étapes d’une version cruelle de la carte du Tendre : jouer des regards, s’affronter au corps à corps, se porter, se blesser, se donner, se reprendre…
Comme la reine des Amazones, « la femme de cirque » (elles sont ici trois à se relayer autour de l’homme), reste «toujours en équilibre entre la volonté de combattre à tout prix, et celle de se laisser atteindre.» Les performances au trapèze, fil de fer, cerceau, comme les portés acrobatiques trouvent ici une nouvelle résonance.

Dans ce monde d’une sublime cohérente visuelle, tout en blanc, rouge sang et or (au cœur du mot dévORée), la violence symbolique atteint ici un rare degré de maîtrise. On navigue entre tango, chasse à courre et tauromachie. Le tout, sous une pluie de paillettes comme  chez Gustave Klimt.
Que d’images terrifiantes ! Que de moments de grâce ! Notre cœur et notre âme ne cessent de sursauter. Quelle fête de l’intelligence ! Cela tient beaucoup à l’omniprésence des musiciens (un contrebassiste et un percussionniste accompagnés d’une fabuleuse cantatrice à robe de cuir et guitare électrique rouges, Françoise Pierret), mais aussi à  la mise en scène très pertinente.
Marie Molliens tient fermement les rênes de la relation regardant-regardé, et de l’ altérité. Couleurs, lumières, matières (admirable choix de costumes), gestes précis, coups de théâtre cinglants: tout concourt à ce que le spectateur vive dans sa chair l’attraction-confrontation. Sans oublier un saupoudrage d’humour…

 On retiendra en particulier un duo au trapèze d’une fluidité bouleversante, suspendu au-dessus des promesses du lit. Tout en souplesse et reddition. Il y a aussi cet homme-sylphide qui se répand sans cesse en volutes de fumée, zébré de rouge après un sanglant numéro de cerceau, boucherie qui lorgne du côté de Francis Bacon et des représentations de martyrs chrétiens.
Et puis cette scène poignante, acmé de la fable : une femme troublée essaye de reprendre pied, au-dessus du vide, par sauts et glissades sur le fil, en dépeçant un blouson de cuir sur le poignant What power art thou du King Arthur d’Henry Purcell. Danse macabre accompagnée d’un lâcher de trois majestueux lévriers afghans: ils participent, comme dans la légende, au festin du cœur de l’homme aimé.  

Qui dévore ? Qui est dévoré ? Subtiles images de l’amour fou.

Stéphanie Ruffier

Institution Saint-Eugène, Aurillac jusqu’au 19 août, à 19 h.

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Gala des Étoiles de l’Opéra de Paris à Tokyo

 

Gala des Étoiles de l’Opéra de Paris à Tokyo

Cette production privée, avec, cette année, Benjamin Pech, ex-étoile de l’Opéra de Paris, est devenu, en dix ans, le rendez-vous incontournable des Tokyoïtes, dans l’imposant théâtre Bunkamura. Des tableaux classiques ou néo-classiques se succèdent durant deux heures quarante-cinq, qui témoignent de l’excellente technique des danseurs.

Nous retiendrons dans le programme B, Le Rendez-Vous, travail toute en finesse d’Amandine Albisson et Benjamin Pech, dans le décor projeté d’un réverbère parisien, une chorégraphie de Roland Petit, toujours respecté et joué à l’étranger, et les trois duos dépouillés du Roméo et Juliette de Rudolf Noureev, où un lit drapé de blanc, à jardin, permet à Léonore Baulac et Germain Louvet, Dorothée Gilbert, Hugo Marchand, Amandine Albisson et Mathieu Ganio de donner libre cours à leur talent.
Enfin Abandon dans Le Parc d’Angelin Preljocaj, dansée par Eleonora Abbagnato et Benjamin Pech, soulève l’émotion du public japonais, en empathie avec tous ces interprètes, lors des très longs saluts chorégraphiés, un spectacle en soi, à l’intérieur de cette pièce.

Autre rendez-vous rituel, la longue file organisée à la sortie du spectacle pour la signature d’autographes. Nul autre pays ne révère autant ces artistes français, élevés ici au rang de stars.
L’Opéra de Paris et sa nouvelle Directrice de la danse, Aurélie Dupont  y  sont attendus avec ferveur en mars prochain.

Jean Couturier

Joué au Bunkamura Orchard Hall du 3 au 7 août.

www.bunkamura.co.jp

      


Don Quichotte

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Don Quichotte de Cervantès, mise en scène de Jérémie Le Louët

Trentième édition des fêtes nocturnes de Grignan  avec  pour cadre le magnifique château installé sur un promontoire, dont on trouve les premières traces dès 1035, et surtout connu pour les séjours qu’y fit Madame de Sévigné au XVIIème siècle. Le petit village provençal a conservé l’empreinte de la marquise avec un autre festival celui  de la Correspondance, chaque année en juillet.

Ces fêtes nocturnes consistaient au départ,  en une déambulation par petits groupes dans le château, avec parfois, un final sur une scène. Devant le succès grandissant, c’est désormais un gradin en arc-de-cercle de 600 places devant la cour d’honneur qui accueille le public. Après les créations d’Yves Faure, co-fondateur des fêtes nocturnes, on y a vu des metteurs en scène de plus en plus connus, avec des spectacles coproduits et repris. 
Hamlet par Jean-Luc Revol avec Philippe Torreton et Catherine Salviat, Mesure pour Mesure par Adel Hakim, Lucrèce Borgia avec Béatrice Dalle dans la mise en scène humide de David Bobée ou Le Roi s’amuse, par François Rancillac avec Denis Lavant. Avec chaque année, 40 représentations qui ne désemplissent pas.

Pour la trentième édition, c’est Jérémie Le Louët qui été choisi avec ce Don Quichotte, merveilleux texte intemporel, rempli de malice et d’intelligence. Le metteur en scène situe l’action sur le plateau d’un tournage de film (on connaît la malédiction qui pèse sur les adaptations cinématographiques du Quichotte (Orson Welles, Terry Gilliam!).
On assiste ici  à une conférence de presse, où Jérémie Le Louët, déjà en armure, peine à répondre aux questions de journalistes assis dans les gradins. Départ bien conventionnel! Mais on comprend vite qu’on a en face de nous le vrai Don Quichotte et cela en devient émouvant.
On glisse de notre réalité vers l’histoire de Don Quichotte. Entre le faux et le vrai, en particulier quand une voix synthétique nous fait un résumé historique : « Les meilleures feuilles de Cervantès ont été écrites à Grignan ! »

Jérémie Le Louet assume une mise en scène épique et baroque,: «J’aime que cohabitent dans un spectacle, tradition et expérimentation,  grandiloquence et réalisme trivial, moquerie satirique et hommage vibrant,  tragédie classique et  canular. Mes choix de répertoire sont toujours guidés par l’envie de décloisonner les genres, bousculer les codes, et contester la notion de format. Parce que son héros est un insoumis, Don Quichotte cristallise ce rapport au théâtre, ce rapport au monde »

Dans cette mise en scène protéiforme, on sent que tout peut arriver, de la participation du public, à l’aparté sur l’équipe du spectacle et les conditions de mise en scène. Cela a pour avantage de créer beaucoup d’inattendu. Le décor, faussement bricolé, est aussi tout à fait dans le thème, manipulé à vue par les techniciens…

De là, soit le spectateur, un peu comme Quichotte, imagine que ce cheval en bois et à pédales est un fidèle destrier, soit il ne voit, comme un Sancho, qu’une rosse bricolée. Ceux qui aiment Don Quichotte par dessus tout, seront touchés par la détermination du comédien Le Louët, complètement imprégné par son rôle. Dominique Massat, seule femme de la distribution, captive, avec une voix prenante et grave, et Julien Buchy campe un Sancho emprunté, gauche mais fidèle, idéal de bon sens  imaginé par Cervantès.
L’émotion fait place au rire, le rire à la tristesse, et tout s’enchaîne dans un beau bazar très organisé qui laisse peu de répit au spectateur durant ces deux heures. Seul petit bémol, d’initules apartés cassent le rythme du récit épique, par exemple, quand  Jérémie Le Louët reçoit un Molière… On sent une volonté de mise en abyme mais cela fait beaucoup et nous détourne du récit.

Mais quel bonheur de retrouver ce héros fondateur ! Jérémie Le Louët propose une mise en scène inventive, avec la recette qui a fait le succès des fêtes nocturnes de Grignan : un texte classique, une mise en scène « populaire » mettant en valeur le château. Contrat rempli ! Il faut seulement espérer que cela fonctionne aussi bien sur un plateau de théâtre…

Julien Barsan

Château de Grignan jusqu’au 20 août, à 21h.
Et  Théâtre 13/Seine, Paris, du 8 septembre au 9 octobre T. 01 45 88 62 21. Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine le 14 octobre T : 01 55 53 10 60.  Théâtre André Malraux,  Chevilly-Larue le 18 novembre T : 01 41 80 69 60. Salle Lino Ventura, Athis-Mons le 10 décembre T : 01 69 57 81 10. Théâtre de la Madeleine,  Troyes le 13 décembre.  T : 03 25 43 32 10.

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