qui sommes nous?

Elise Blanc,comédienne et critique dramatique, a fait  un master sur L’Echange de Paul Claudel à Paris-Sorbonne.

Françoise du Chaxel, est auteur, critique et directrice de la collection Théâtrales jeunesse. 

 Jean Couturier, est critique dramatique.

Christine Friedel, est critique dramatique et conseillère artistique.

 Véronique Hotte , est critique dramatique et enseignante.

 Evelyne Loew , critique dramatique, a été  la collaboratrice et  la dramaturge  de Jean-Claude Penchenat directeur du Théâtre du Campagnol; elle a aussi publié plusieurs livres sur l’histoire du théâtre contemporain.

 Barbara Petit , critique dramatique , notamment à Cassandre, est aussi  secrétaire de rédaction dans plusieurs revues.

 Béatrice Picon-Vallin,  directrice de recherches au CNRS (ARIAS), professeur et auteur d’ouvrages sur le  théâtre russe , la mise en scène, et les rapports entre le théâtre et les autres arts. Elle dirige trois collections : Mettre en scène  à Actes Sud -Papiers , Arts du spectacle aux Editions du CNRS et Th XX à L’Age d’homme).

 Edith Rappoport a été directrice des théâtres de Choisy-le-Roi et de Malakoff, et ensuite conseillère pour le théâtre à la D.R.A.C. Ile-de-France; elle écrit aussi dans la rubrique théâtrale de la revue Cassandre/horschamps.

 Jérôme Robert, critique dramatique, est spécialiste du spectacle forain et du cirque contemporain; il collabore régulièrement à plusieurs revues artistiques.

Philippe du Vignal, rédacteur en chef du Théâtre du Blog, a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre national de Chaillot où il enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a été responsable de la rubrique Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant et à Art press. Il a collaboré aux Nuits magnétiques d’ Alain Veinstein ainsi qu’au journal La Croix, et  a  été  professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (département scénographie).
Il est aussi critique dramatique aux Lettres françaises et à La Strada.

Correspondants: Gérard Conio, professeur émérite de l’Université de Nancy est  spécialiste de la civilisation russe, en particulier du 19 ème et 20 ème siècles,  pour la Russie et les pays de l’Est; Nathalie Markovics,  pour les capitales européennes;  Alvina Ruprecht , du département Théâtre de l’Université d’Ottawa, pour Ottawa, le Canada anglophone et les théâtres caribéens; Maria Stasinopoulou, docteur en sémiologie théâtrale et chercheuse, pour la Grèce et les pays méditerranéens.

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  • Édith Rappoport commentaire sur Ce Matin, la neige
    "Thierry Bédard est un grand directeur d'acteurs et un découvreur de textes d'autres continents. L'ép..."
  • Rémi S. commentaire sur Cassé
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Naples millionnaire

Naples millionnaire d’Eduardo De Filippo, texte français d’Hugette Hatem, mise en scène d’Anne Coutureau.

  La pièce est célébrissime en Italie mais  n’avait jamais été jouée  en France; Eduardo de Filippo (1900-1984) l’a écrite en napolitain  en 1944; vint ans plus tôt,  le fascisme  avec Mussolini s’était imposé, et en 40, l’Italie était encore l’alliée de L’Allemagne mais en 43, les alliés avaient envahi la Sicile et l’Italie avait rejoint les alliés ; après de durs combats, en 45, le fascisme s’était enfin écroulé, et les Allemands avaient capitulé. Mais Naples  était ruinée  et ses habitants, pour se nourrir avaient recours au marché noir et aux trafics en tout genre.
   Le spectacle commence par une scène qui ne sert pas à grand chose sinon à faire dans le pittoresque napolitain: deux jeunes femmes décrochent des chemises et des draps qui sèchent sur un fil troley, mais ensuite quel bonheur! On est un peu comme au cinéma, comme le sous-entend le générique du spectacle projeté en noir et blanc sur un rideau avec de la musique de Nino Rota; et très vite, nous sommes  immergés  dans  la  Naples de l’époque .
Maria Rosaria, une mère de famille  achète puis revend nombre de produits de première nécessité pour « rendre service » comme elle dit, c’est à dire qu’elle fait du marché noir ou gris. Le père, lui modeste employé au tramway, n’approuve pas mais ne dit rien: il faut bien nourrir la famille… jusqu’au jour où le  brigadier a  connaissance de ses activités.

  Branle-bas de combat dans la maison pour sauver la situation,dans une scène formidable de vérité: le père contrefait le mort sur le grand lit conjugal…  dont le matelas regorge de victuailles bien cachées; toute la famille est là en train de pleurer leur cher disparu, les femmes débitent des litanies en boucle.. La mis en scène est parfaite: gros cierges, drap blanc, talc sur le visage pour rendre le corps du défunt plus mort que vivant!Mais le Brigadier n’est pas dupe- cela fait déjà le  quatrième mort qu’il voit en peu de temps, et jure que, si le défunt se lève, il ne le mettra pas en prison. Alors, Gennaro se lève et serre la main du brigadier..
  La seconde partie voit l’embourgeoisement de la famille Jovine: l’appartement,  les meubles et les vêtements ont changé; ce sont ceux de gens aisés et qui ont un  mode de vie confortable. Bref,l’argent du marché noir aura bien servi, et, malgré la fin de la guerre, les petits trafics continuent à prospérer; bref, le rare argent d’autrefois  coule aujourd’hui à flot. Amalia est riche et jolie,  et savoure le pouvoir qu’elle a su conquérir avec dureté  et à la force du poignet. C’est une femme qui ne fait aucun cadeau, humiliant un de ses locataires qui ne peut plus payer son loyer; quant à son  son mari qui n’est pas revenu d’une corvée de ravitaillement, il  ne semble guère  lui manquer.
Mais  arrive un pauvre loqueteux, la main blessée et les pieds en sang débarque le soir où Amalia s’apprête à fêter l’anniversaire de son amant: c’est lui, Gennaro , son mari -formidable Sacha Petronijevic-désabusé, qui remâche ses mauvais souvenirs devant sa famille qui, elle ne l’écoute pas et qui  préfère tourner la page de ces années de plomb. Vieille histoire de ces anciens combattants qui n’arrivent plus à retrouver plus leur place et que tout le monde méprise: c’est de toutes les époques et de tous les continents!
Eduardo De Filippo, par le biais de ces petites histoires napolitaines,  va du particulier à l’universel, avec une touche qui n’appartient qu’à lui. Sans aucun misérabilisme, sans flagornerie, avec des mots précis  et un dialogue brillant.

   Gennaro, qui , malgré les épreuves, a gardé   une  rigueur  morale des plus élevées , a bien compris que sa belle Amalia  s’intéresse  de près à Francesco Clabrese, un chauffeur de taxi qui a su la séduire; quant à son fils, il découvre que c’est un voleur de voitures que le Brigadier va très vite devoir arrêter. Heureusement , dans un scène exemplaire, il réussira, à mi-mots, à le persuader de ne pas aller à son cambriolage minable de pneus de voiture. Mais Gennaro ne sera pas au bout de ses peines quand il comprendra que sa fille, cédant à l’appât du fric, fait plus ou moins le trottoir avec des soldats américains.
  Et leur  petite fille de huit ans est  très malade :impossible de trouver dans tout Naples le seul médicament qui pourrait la sauver. Après une quête infructueuse de la famille et des amis, le voisin locataire de  Maria qu’elle a humilié, (excellente Eloïse Auria)viendra généreusement donner le médicament qui avait déjà sauvé sa fille… Sans même demander une lire: la très avide  Maria retiendra la leçon!
  Les choses finiront par se remettre en ordre tant bien que mal, et la vie reprendra dans cette Naples populaire qui leur appartient à tous, pour le pire et maintenant pour le meilleur, malgré les trafics et magouilles en tout genre. Eduardo de Filippo  sait peindre ces personnages  comme  aucun auteur contemporain ne l’a fait.Mais reste à faire passer cette vérité humaine et cette galerie de personnages à la fois dignes et pas très nets qui se battent pour leur survie!
On pourra toujours lui reprocher quelques ficelles mais bon, c’est aussi un  très bon scénariste, et  c’est tellement bien fait qu’on lui pardonne…Eduardo de Filippo n’a pas toujours eu de chance en France.Cependant Laurent Laffargue avait mis en scène Une grande Magie avec beaucoup d’efficacité.

   Comme lui, Anne Coutureau a  compris qu’il ne fallait pas tricher et surtout  ne pas tomber dans un pittoresque de pacotille; elle  réussit à emmener avec elle une bande de treize comédiens tous justes, tous très crédibles dès leur entrée en scène; aucun bluff,  aucune craillerie, aucun cabotinage mais une exigence absolue, une unité dans le jeu et une sacrée humilité dans un travail au service d’un théâtre à la fois populaire et intelligent. Anne Coutureau  confirme qu’elle est une excellente directrice d’acteurs et une metteuse en scène qui sait prendre une pièce en main, en respectant son public.
 C’est vraiment un travail exceptionnel à la fois dans la compréhension du monde d’Eduardo de Filippo et dans la façon qu’elle a de s’emparer d’un plateau, un peu comme elle le ferait si c’était celui d’un studio de cinéma. Scènes de groupe, scène plus intimes comme celles d’une vérité exemplaire, entre la mère et sa fille  prise de fous rires( remarquable Perrine Sonnet), gros plan,  monologues du père, scènes en silence-peut-êtres les plus belles-: tout est formidable et vrai, dans le comique comme dans l’émotion tout à fait palpable dans la salle, ce qui est plutôt rare….
  La petite salle du Théâtre de la Tempête a une certaine intimité qui favorise encore ce type de spectacle; vraiment, on ne vous le répétera pas assez: allez-y! Petit bémol: à quelques jours de la première, le théâtre affiche déjà complet et cela nous étonnerait bien que le succès diminue!
Donc,  prenez-y vous à temps;c’est en tout cas sur la  trentaine de spectacles que  nous aurons vu en janvier, l’un des meilleurs qui soient. Loin des paillettes d’un langage de pacotille, loin des retransmissions vidéo et des plateaux tournants bling-bling et autres concessions à la mode. Décidément, Eduardo de Filippo , quand il est bien monté ,comme c’est le cas ici, ne cesse de nous surprendre encore…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Tempête jusqu’au 19 février. T:01-43-28-36-36


Le système de Ponzi

Le système de Ponzi  texte, mise en scène et musique de David Lescot.

Le théâtre-récit consiste à faire d’un sujet à priori non théâtral l’objet d’une écriture pour la scène. Ce qui a été  réalisé par Dario Fô, puis en France  par Ariane Mnouchkine  notamment avec  L’ âge d’or , une création collective  qui  traitait de la réalité sociale en 1975. Presque quarante ans plus tard,  David Lescot, artiste associé du Théâtre de la Ville, écrit une pièce sur Charles Ponzi, l’inventeur,  dans les années 1920 du système dit de Ponzi, bien connu des  étudiants en économie.
C’est une manipulation financière -- déjà dénoncée par Charles Dickens en 1857  dans son roman  Little Dorrit- et utilisée récemment par Bernard Madoff qui consiste  à bâtir un  système pyramidal d’escroquerie: on promet aux investisseurs des bénéfices mirobolants  en un temps record, parfois même de l’ordre de 50 % par an! L’argent des  nouveaux  arrivants servant à payer les anciens. Jusqu’au jour où tout le monde veut retirer son argent en même temps, et il n’y a évidemment plus assez de fonds…Charles Ponzi, dont Lescot raconte la vie en détail, est le sujet central du spectacle.
Sa relation  particulière avec les femmes, « toujours la même histoire, susciter l’envie ou pratiquer le harcèlement », son étonnante générosité lorsqu’il fait don de sa peau pour sauver une amie, et bien sûr, son lien à l’argent.  Etait-il  un flambeur naïf? Il apparaît ici plutôt  comme un joueur compulsif, qui a un besoin vital de manipuler l’argent et les chiffres, sans réfléchir aux conséquences.
Les douze comédiens et les musiciens qui incarnent les quatre-vingt-sept personnages sont tous remarquables. Dans une esthétique de cabaret brechtien, des tables, des chaises sur roulettes et des potences où sont accrochés les costumes, définissent un espace de jeu modulable.
David Lescot ne donne pas de leçon de morale mais réalise un travail d’entomologiste  en faisant revivre la vie des immigrés italiens aux Etats-Unis. Il décrit un mécanisme financier mis au point dans les années 20 qui a pu aussi nourrir les crises de notre société. Mais ce récit traîne en longueur et manquait de rythme le soir de la première. L’auteur parle d’ »opéra parlé  » mais, comme à l’Opéra,  il est arrivé de nous ennuyer.Le spectacle manque d’un peu de lyrisme et de baroque.
Et l’on imagine ce qu’aurait pu justement réaliser, Ariane Mnouchkine avec un  personnage romanesque comme Ponzi ou mieux, comme Carole Morinville, une conseillère financière  soupçonnée en 2010 par l’Autorité des marchés financiers du Québec d’avoir  réalisé une  escroquerie  d’ 1,5 million de  dollars…

Jean Couturier

Au théâtre des Abbesses jusqu’au 10 février  

http://www.dailymotion.com/videoxmz676


Il est trop tôt pour prendre des décisions définitives

Il est trop tôt pour prendre des décisions définitives  création d’Adrien Béal, Fanny Descazeaux, Arthur Igual et Anne Muller.

L’Atelier du Plateau, lieu chaleureux et minuscule niché au flanc des Buttes Chaumont, avait été créé voilà 12 ans par Gilles Zaeppfel et Paule Kingleur, sa compagne du Théâtre Écarlate. Ensemble, ils avaient créé une douzaine de spectacles étonnants qui avaient rayonné dans le monde entier. Après le décès de Gilles en 2005, c’est Mathieu Malgrange, l’un des derniers auteurs monté par Zaeppfel qui a repris la direction de ce lieu vivant qui programme des spectacles singuliers et pertinents, surtout axés  autour de la musique.
Étrangement, ce spectacle signé par quatre artistes, est un solo ! Arthur Igual entre en scène son téléphone portable rivé à l’oreille; il cherche à joindre quelqu’un pour mettre fin à sa ligne. Bien entendu, on doit lui passer une autre personne  et  on le met en attente sur la musique de La Symphonie héroïque. Furieux, il parvient tout de même à joindre une Mona, qu’il invite à le rejoindre par avion jusque chez lui pour déchirer le contrat de sa ligne… Il divague sur la mythologie, la punition des fils à cause des fautes de leurs pères.
De quoi héritons-nous, c’est la question que nous devons nous poser.

Edith Rappoport

Atelier du Plateau, jusqu’au 28 janvier, du jeudi au samedi, T: 01 42 41 23 22


www.atelierduplateau.org


Britannicus

Britannicus de Jean raine, mise en scène de Françoise Delrue.

LeThéâtre de la Bardane joue à Lille et dans le Nord-Pas-de-Calais;Françoise Delrue est, elle,  une familière d’auteurs contemporains  germanophones comme Tankred Dorst, Daniel Call, Rainald Goetz, Ulrich Hub, Brecht…
Mais  elle  vient de créer  aussi  Britannicus.

L’empereur Néron qui, grâce à sa mère Agrippine, a succédé à Claudius, en ravissant la place de Britannicus,l’héritier légitime et il  vient d’enlever Junie, l’amante de celui-ci.
Agrippine, désavouée par le désir affiché de ce fils incontrôlable, va intriguer cette fois pour le contrecarrer. Néron voudrait épouser Junie malgré elle et, en position de voyeur, le tyran orchestre une rencontre entre la jeune fille et son amant Britannicus afin de le duper Mais l’amour est  le plus fort, et Néron s’emploie à éliminer  son rival. Agrippine a bien tenté de détourner son  fils de sa vengeance , comme l’a fait aussi Brutus, son  bon conseiller. À l’opposé, Narcisse, le félon serviteur de deux maîtres, œuvre pour que le sang soit versé.

 Sur un plateau incliné, des tapis persans, un escalier de bois et au, centre, un fauteuil  club  élimé, siège de tous les pouvoirs fantasmés que les personnages occuperont successivement, de manière brutale ou  lascive.
Au loin, des images vidéo : un groupe de soldats  en costumes dix-septième  siècle ; plus près, une souris de laboratoire en train de dévorer un manuscrit de Britannicus.Petit animal qui rappelle l’être humain, en situation de cobaye. Comment se fabrique un monstre sous l’attraction des feux du pouvoir ? Oubli de soi, des siens, de ses origines pour  arriver à prendre un pouvoir individuel et abusif sur tous les autres hommes.

  Quelques bribes de musique techno  suivies d’un instant de silence pour signifier le passage d’un acte à l’autre. Les acteurs surgissent sur le plateau, depuis la travée arrière, à la fois observateurs et acteurs : ils montent en chœur sur la scène glorieuse, îlot intime et public, foulant le sol d’un pas sonore et militaire. Le poids des corps et leur présence charnelle soutiennent  la diction des alexandrins, en même temps qu’ils scandent les déplacements.
  La parole n’est rien sans le soutien physique de l’être qui s’exprime. La direction d’acteurs met en relief cette implication corporelle à l’intérieur des stratégies politiques, comme dans la pratique  de l’alexandrin. Agrippine (Muriel Colvez), a une présence scénique somptueuse, et  forme un duo avec Albine, sa jeune confidente (Séverine Ragaigne ) à la gestuelle féline, dans une sorte de chorégraphie. Junie (Marie Lecomte) joue à merveille la détermination ; elle préfère le retrait du monde, le refuge chez les Vestales, plutôt que d’avoir à supporter celui qu’elle hait. Britannicus (Renaud Triffault) joue les jeunes gens d’aujourd’hui, « spontanés » et « naturels » et se laisse porter par les événements.
Quant à Néron (Baptiste Sornin), il est d’emblée le méchant, sans ambiguïté. Damien Olivier est un Burrhus nuancé. Narcisse, subtilement joué  par Joseph Drouet , il diffuse la brutalité virile et l’équivoque d’un noir personnage. Virtuosité des corps et des vers pour mettre à nu la tyrannie d’hier et d’aujourd’hui…

Véronique Hotte

Spectacle vu à l’Hippodrome de Douai;  le 17 février 2012 au Vivat d’Armentières. Et du 21 au 23 février 2012 au Théâtre d’Arras.


Tout le monde veut vivre

Tout le monde veut vivre d’Hanokh Levin, mise en scène d’Amélie Porteu de la Morandière et Vincent-Menjou-Cortès.

 Hanokh Levin (1943-1999) est sans doute l’auteur israëlien le plus connu de son pays ;  il a écrit quelque cinquante pièces et sketches de théâtre dont une partie est régulièrement montée en France depuis une dizaine d’années. Ce sont, en général, des comédie satiriques où Levin met en scène la vie d’un quartier et brocarde les mœurs politiques  d’Israël. Avec une certaine cruauté mais aussi avec  une indéniable poésie.
Tout le monde  veut vivre est une  pièce où Levin parle de vie et de mort par le biais d’une fable aux personnages excentriques. Le comte Pozna est un tyran  qui reçoit un lundi la visite de l’Ange de la mort qui vient lui signifier que son heure est bien arrivée. Légère erreur sur l’orthographe de son nom! Et Pozna essaye de se défiler  mais l’ange est intraitable:  » Ils veulent tous vivre et tous ont un bon prétexte! »
Et Pozna réussit à obtenir un sursis de trois jours, donc jusqu’au vendredi; d’ici là, il doit absolument trouver un homme ou une femme qui accepte de prendre sa place. Et le très riche Pozna essaye alors en vain de trouver cet indispensable remplaçant… Mais cette quête, quels que soient ses arguments sonores et trébuchants, ne donne pas grand chose: de misérables SDF tiennent à leur  peau, Baba son serviteur africain lui dit qu’il ferait n’importe quoi pour lui mais pas au point de lui rendre ce service, et ses vieux parents refusent sans aucun état d’âme d’aider ce fils ingrat qui ne les pas vus depuis deux ans.  » Mon enfant, j’ai honte, lui  dit sa mère mais devant la mort, je ne suis qu’un bébé ». Mais Pozna réplique avec  cynisme: « Les vieux, çà sent comme un bébé sans en avoir le charme! »

Amélie Porteu de la Morandière,  que l’on avait vu comme comédienne dans L’Opérette imaginaire somptueusement  réalisée par Marie Ballet et Jean Bellorini,  s’est lancée avec Vincent Menjou-Cortès dans  cette satire pas si facile que cela à  mettre en scène.
Il y faut en effet de solides comédiens, un sens du rythme et une direction d’acteurs exemplaires.. Et ici, malgré de bons mais courts moments, le compte n’y est pas. Aucun des  acteurs, copains  du Conservatoire  et d’autres cours ou écoles, n’est convaincant,  surtout Vincent-Morjou Cortès qui a une bonne diction- ce qui est la moindre des choses quand on sort du Cons! Mal dirigé?, il  n’est pas crédible dans le personnage de Pozna.

   Bref, l’ensemble du spectacle fait souvent penser à un travail de fin d’école:  sympathique au début mais où rien n’est vraiment maîtrisé: interprétation trop approximative, nombreux noirs cassant le rythme d’une pièce qui s’essouffle après une heure, pénibles allers et retours dans la salle et on nous ressert, pour faire mode? un coup de vidéo (Castorf et Lupa encore frappé! Voir Le Théâtre du Blog). Comme  le petit écran est installé dans un angle de l’avant-scène,  on voit mal quelques scènes vite filmées  dans une cuisine! Quant à la scéno de Michaël Horchman , elle  n’est pas digne de l’élève des Arts Déco qu’il est encore, et  mieux vaut oublier les costumes de Hiroko Myajima aux couleurs assez dures et sans grande intelligence scénique.
   La salle de l’ex-théâtre du Tambour royal a été refaite, toute en noir, avec des fauteuils confortables, et a une bonne acoustique; on entend donc bien le texte de Levin-qui n’est pas son meilleur: il appuie quand même  un peu trop sur la métaphore- mais  qui est d’un cynisme savoureux aux meilleurs moments… Mais cela ne fait quand même pas une soirée.
Alors y aller ou pas?  Si c’est votre jour de grande générosité, à la rigueur.
Mais éprouve-t-on, en sortant, le besoin de revoir ce spectacle? Non, ma mère…Ce qui n’est jamais bon signe.

Philippe du Vignal

Théâtre de Belleville 94 rue du Faubourg du Temple jusqu’au 12 février . t: 01-48-06-72-34

Le texte comme de nombreux autres d’Hannokh Levin est publié aux Editions Théâtrales.


Un miracle ordinaire

UN MIRACLE ORDINAIRE d’Evgueni Schwartz traduction et adaptation de Ioulia Zimina, mise en scène et scénographie de Laure Favret.

C’est une vraie troupe qui s’est emparée de ce conte de Schwartz écrit en 1952, qui décoiffe les parents autant que les  enfants, nombreux à Clamart ce soir-là. Un magicien démiurge, toujours amoureux de sa femme depuis une quinzaine d’années, a transformé un jeune ours en charmant jeune homme cultivé. Mais celui-ci est menacé de retrouver sa condition d’ours s’il est embrassé par une princesse. Et justement, un roi cruel débarque avec sa cour chez le magicien, il menace sans cesse d’exécuter sa suite si sa fille, son seul trésor, ne retrouve pas la joie. Et l’amour saisit la princesse à la vue du jeune homme qui est lui aussi fasciné, mais terrifié par un amour impossible. La princesse désespérée s’enfuit dans la montagne, se réfugie dans une auberge par une tempête de neige, où la cour le retrouve. Après bien des péripéties, l’amour triomphera, le roi renoncera à son pouvoir despotique, le magicien  à sa malédiction, et  tout est bien qui finit bien.
Interprété par huit comédiens de bonne trempe, accompagnés par une musique ironique et inventive, dans un décor de panneaux mobiles et de projections, ce Miracle ordinaire devrait trouver d’autres lieux d’accueil pour réjouir un public très large.

Edith Rappoport

Théâtre Jean Arp de Clamart jusqu’au 28 janvier Tél 01 41 90 17 02
www.dardart.org


Projet Floquet

Projet Floquet réalisation d’ Odile Darbelley et  Michel Jacquelin, musique de Cyril Hernandez et Hugues Reinert.

C’est encore une singulière entreprise que ce nouveau spectacle de la compagnie Arsène autour de Gaston Floquet né en 1917, comédien  chez Pierre Debauche et  Antoine Vitez, correcteur dans une imprimerie, plasticien et traducteur de l’allemand. De 1972 à 2001, date de sa mort, il s’installe dans la Sarthe à Saint-Rigomer-les-bois, où il laisse des écrits très divers et plusieurs milliers de dessins, sculptures et collages.
Nous sommes assis en carré autour de tables devant des assiettes d’huîtres et de foie gras, mais ce sont des assiettes gélifiées, on nous sert du vin et quatre compères, Odile Darbelley, Michel Jacquelin , assistés de deux croquemorts,  se livrent avec le plus grand sérieux à une débauche hilarante de citations de Gaston Floquet, d’Erich-Maria Remarque,  Pierre Dac, Alfred Jarry, Lewis Caroll, Fénéon et Cavanna émaillées de plaisanteries fines autour de la banalyse.
Ces champions cultivés, inventeurs de “l’art tangent”, adeptes du vraiment faux, nous régalent depuis des années avec leurs très sérieuses plaisanteries. On se souvient de leurs spectacles hilarants, La chambre du professeur Swedenborg, Les Asa en Avignon et de Tout le bonheur est à l’intérieur au Théâtre de la Cité internationale.

Edith Rappoport

L’Échangeur de Bagnolet, du lundi au samedi à 20 h 30, dimanche à 17 h, relâche mercredi, jusqu’au 31 janvier, Tél. 01 43 62 71 20


Wonderful World

Wonderful World chorégraphie, mise en scène et scénographie de Nathalie Béasse.

C’est un étrange objet théâtral que ce Wonderful World. Nathalie Béasse a eu des influences artistiques diverses, une école de Beaux-Arts, un centre dramatique régional,  et l’enseignement de Marina Abramović…  Bref, de quoi expliquer un spectacle situé aux frontières de la danse et du théâtre. Dans cette forme polysémique, chacun peut trouver une interprétation personnelle.
La pièce parle de fuite, de chute de l’homme et de solitude, et pourrait s’intituler Regarde les hommes tomber comme le film de Jacques Audiard. Il y a de beaux moments dans ce spectacle, au début,en particulier une course immobile puis effrénée sur le plateau nu de cinq hommes, comme s’ils fuyaient quelque chose. Comme ces gens qui couraient dans les rues de New York, au moment de la chute des Twin Towers.
Puis  ils  se figent dans différentes positions puis jettent en l’air, pantalon veste et chemise, évoquant le ballet d’une chute des corps. Des fragments de texte sur le quotidien de la vie d’entreprise s’entrelacent avec des moments dansés et des citations de Tchekhov, Dante ou Shakespeare. Puis chacun répète quelques belles phrases de La Forêt d’Ostrovski qui prennent alors tout leur sens : “ Pourquoi sommes-nous venus dans cette forêt, dans ce bois profond et sans soleil ? Pourquoi, vieux frère, avons-nous effrayé les hiboux et les chouettes ? Pourquoi les avoir dérangés ? Qu’ils vivent comme ça leur chante ! Ici tout est en ordre, vieux frère, comme ce doit l’être dans une forêt”.
Les acteurs sont justes et crédibles dans leur désespoir et Nathalie Béasse a réussi à créer son propre univers. Même si certaines images restent dans notre mémoire, manque sans doute à ce spectacle, que l’on ira voir par curiosité, un supplément d’âme, et une folie, pour que l’on puisse en sortir bouleversé…Mais il faudra suivre le parcours de Nathalie Béasse.

Jean Couturier

Dans le cadre de Faits d’hiver, Festival de danse à Paris, Théâtre de la Bastille jusqu’au 2 février.


Altaïr think tank


Des ruines

Des Ruines de Jean Luc Raharimanana, mise en scène de Thierry Bedard.

  Ce puissant monologue par le poète malgache, Jean-Luc Raharimanana, déjà connu pour Les Cauchemars du Gecko présenté à Avignon est une révélation pour le public. Grâce à la transformation de l’acteur congolais Phil Darwin Nianga, connu jusqu’alors  comme humoriste et roi du «  stand up ».
Un jour, Thierry Bedard, ayant remarqué la « folie » de cet acteur pendant un de ses spectacles, a compris que l’humour ravageur de cet homme occultait des dons d’un grand tragédien. Bedard ne s’est pas trompé . Le résultat est une rencontre entre le poème de Raharimanana, le jeu bouleversant de Nianga et le regard très nuancé d’un remarquable directeur d’acteurs et d’un adaptateur de textes à la scène. L’ensemble de cette petite équipe produit un spectacle dont la force humaine, poétique et artistique, dépasse le cadre habituel d’une expérience théâtrale et nous renvoie à la théâtralisation d’une pensée quasi métaphysique autour des conséquences de la colonisation en Afrique.

Bedard connaît bien l’Afrique et surtout Madagascar où il a créé non seulement les œuvres de Raharimanana mais aussi Épilogue d’une trottoire du mahorais Alain-Kamal Martial . Cette pièce qui explore les bas-fonds de la vie des femmes à Tananarive, fut présenté au Théâtre du Grand Marché à Saint-Denis de la Réunion où  nous avions vu le travail de Bedard pour la première fois.(voir http://www3.carleton.ca/francotheatres/spectacles_Epilogue_d’une_trottoire.html).
La Maison de la poésie, à Paris, a eu l’excellente idée d’accueillir  le Théâtre notoire. Nianga, habité par la voix du poète, nous fait vivre une confession, un jeu thérapeutique, une dénonciation, un défoulement violent, des moments d’autodérision très lucide et de terrible lassitude, autant de signes d’une blessure indescriptible et du refus de la fausse réconciliation avec ceux qui ont ravagé le corps et l’âme de tout un continent.
Son ironie rageuse est le hurlement de colère d’un être dégoûté de son impuissance devant les ruines d’une vie effondrée , d’un homme qui refuse de jouer le jeu de la gratitude devant le « progrès », la « science », le développement et les merveilles de la mondialisation, rendus possible uniquement par les génocides et l’effacement de tout un passé humain.

Il veut donc se taire mais heureusement pour nous il en est incapable puisque cette écriture est marquée d’ une oralité essentielle qui exige la présence d’ une figure emblématique dont la « décrépitude magnifique » tient toujours à la vie. Voilà la contradiction qui donne son impulsion à ce texte et qui sous-tend la grande originalité de ce spectacle.
Sur une scène dépouillée, la silhouette d’un homme se distingue devant une simple tapisserie couleur terre rougeâtre dont la surface un peu rugueuse recouvre le mur du fond. L’éclairage de Jean-Louis Aichhorn est la fois d’une grande délicatesse et d’une énorme puissance: il sculpte la matière tissée et le corps de l’acteur qui ne cesse de se transformer au cours des dix mouvements de ce spectacle orchestré comme une partition musicale, où chaque mouvement possède sa tonalité propre.
Dans ce contexte, le paysage sonore est d’une importance capitale car on y entend résonner les oiseaux, les animaux, les voix humaines , les extraits de musiques différentes comme des échos lointains d’une mémoire africaine en train de s’effacer, marquée par des rythmes qui varient selon les mouvements de l’âme de cette voix incarnée.

L’acteur change rapidement de ton, assume de multiples masques, une variété d’attitudes, il danse, rigole et hurle, il s’humilie même; sa douleur est parfois délirante, parfois intériorisée. Par moments, il s’immobilise, garde le silence et nous regarde. Nous n’entendons qu’une respiration profonde, le dernier souffle d’une aspiration vers la dignité humaine que les mots ne sauraient capter. Voici la conscience moderne d’une histoire obscène qui se poursuit et dont les conséquences sont toujours palpables dans le monde actuel que Bedard observe et dont Raharimanana, et d’autres auteurs africains osent parler dans leurs écrits.
Le travail d’équipe du théâtre Notoire est impeccable et le jeu de Phil Darwin Nianga est  magistral.  Nous avons été écrasée, profondément troublée mais aussi émerveillée devant le ci-devant humoriste devenu incarnation d’une conscience torturée par un profond sens de perte. Une nouveau sens du tragique prend forme à la Maison de la Poésie et nous suivons de près ce corps d’acteur qui l’incarne jusqu’à son aboutissement. Et après, nous ne pourrons plus l’oublier. Des ruines à ne pas manquer.

Alvina Ruprecht

Maison de la poésie , jusqu’au 12 février. A voir aussi Excuses et dires liminaires de Za de Raharimanana, mis en scène par Thierry Bédard dans ce même théâtre, Passage Molière, 157 rue Saint-Martin,  Tél. 01-44 54 53 00.


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