Qui sommes nous?

Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis onze ans,  7.400 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et expositions spécialisées, que ce soit en province et en région parisienne mais aussi à l’étranger…

Adresse: philippe.duvignal@gmail.com

L’équipe du Théâtre du Blog:

Rédacteur en chef: Philippe du Vignal a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot où il enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a été responsable de la rubrique Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress  dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a été, entre autres, critique dramatique aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, département scénographie.

Collaborateurs :

Sébastien Bazou, ancien élève de l’Ecole des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie dont il est spécialiste en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier est spécialisé dans la critique de danse, et assistant du rédacteur en chef.

Mireille Davidovici, assistante du rédacteur en chef, est dramaturge et traductrice. Elle a dirigé pendant quinze ans l’association Aneth consacrée aux auteurs contemporains et a écrit dans des revues. Elle a aussi participé au Dictionnaire du Théâtre de Michel Corvin et à la rubrique Théâtre dans Créatrices aux éditions des Femmes.

Christine Friedel, critique dramatique, notamment à Réforme où elle a débuté, a aussi été conseillère artistique. Elle a aussi collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et a fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon le château invisible.

Elisabeth Naud, docteure en esthétique théâtrale,  est enseignante à l’Université Paris VIII.

Béatrice Picon-Vallin, directrice de recherches au C.N.R.S. et auteure d’ouvrages sur le  théâtre russe. Elle dirige les collections : Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et Th. XX aux éditions de L’Age d’Homme.

Edith Rappoport, critique de spectacles et spécialiste du théâtre de rue, a été directrice des théâtres de Choisy-le-Roi, puis de Malakoff (Hauts-de-Seine). Elle a aussi été longtemps conseillère pour le théâtre à la D.R.A.C. -Ile-de-France.

Bernard Rémy a fondé la revue Empreintes, écrits sur la danse et a collaboré jusqu’en 2012 à la Cinémathèque française de la danse. Il a écrit de nombreux articles sur Merce Cunningham, Pina Bausch, Hijikata mais aussi sur le mouvement chez Samuel Beckett, Charlie Chaplin et Buster Keaton.

Nicolas Villodre a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. Spécialiste de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013 l’assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié des textes dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française

Correspondants:


Gérard Conio est professeur émérite de l’Université de Nancy et spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.
Nektarios G. Konstantinidis, traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.
Alvina Ruprecht, professeur émérite du département Théâtre à l’Université d’Ottawa, est une spécialiste du spectacle canadien de langues anglaise et française, mais aussi caraïbéen.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

Articles récents

Campagne de Mihalis Virvidakis, mise en scène de Georges Skevas

Campagne de Mihalis Virvidakis, mise en scène de Georges Skevas

Ce metteur en scène et auteur dramatique a suivi l’école de Pelos Katselis à Athènes et a débuté comme acteur et assistant à la mise en scène. En 1991, il crée sa compagnie Mnimi et dix ans plus tard, s’installa à La Canée en Crète, où il fonda un atelier d’art et jeu dramatiques. Avec les comédiens qui y sont formés, il mène des recherches scéniques et au Kydonia, lieu permanent de sa compagnie depuis 2002, il monte des textes de Samuel Beckett, Harold Pinter, David Mamet, Thomas Bernhard, Jon Fosse, Peter Handke, Lars Norén… Il a écrit La Lune et la Lire, primé au concours annuel 197 d’écriture dramatique des jeunes auteurs en 1987, Phares allumés sur la nationale, une pièce créée dix ans plus tard au théâtre de Lefteris Voyatzis en 1997 et qui a été élue meilleure pièce grecque à la Bonner Biennale en 1998 et De Natura.

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Cette quatrième pièce sous-titrée Une Histoire de Noël  est une allégorie poétique en quinze tableaux et deux actes sur la notion d’identité nationale, les problèmes de corruption, les injustices, hypocrisies et mensonges des politiciens, la crédulité et les superstitions du peuple, les impasses et vérités enterrées de notre société… Dans cette histoire dite policière à la théâtralité de haut niveau, , l’écrivain nous livre ses réflexions socio-politiques et ses angoisses sur l’avenir de la Grèce. Avec sept personnages aux scènes en mosaïque-miroir dans un microcosme villageois, loin de grands centres cosmopolites luxueux. Mais cela peut aussi se passer là n’importe où victimes et bourreaux s’entrecroisent avec des les limites peu discernables entre eux…

Trois jeunes d’un village, le fils d’un député, celui d’un pope qui bégaie et un rebelle qui se déclare anarchiste, vont préparer le cambriolage d’une banque. Chacun a ses raisons, le premier veut se venger d’un père autoritaire et hypocrite, l’autre pour acquérir le respect de ses amis et le dernier pour défendre une idéologie contestataire.

L’écriture scénique de Georges Skevas est d’une clarté et d’un réalisme qui traduit bien l’esprit du texte. L’éclairage occupe ici une place-clé en définissant les changements d’espace et en reflétant les arrières-pensées des personnages. Les comédiens créent des personnages complexes au corps agile et oscillent entre le dramatique et le comique. Nous avons de bons dramaturges en Grèce et en sommes fiers ! 

 Nektarios-Georgios Konstantinidis

 Théâtre de la rue Cyclades-Lefteris Voyatzis, 11 rue Cyclades, Athènes. T. : 00302108217877


Comme il vous plaira de William Skakespeare, adaptation de Pierre-Alain Leleu, mise en scène de Léna Bréban

Comme il vous plaira de William Skakespeare, adaptation de Pierre-Alain Leleu, mise en scène de Léna Bréban

 Un jeune duc, après avoir banni son grand frère le vieux Duc, décide aussi de bannir sa nièce Rosalinde, la fille de ce dernier. Mais Célia, la fille du jeune Duc, comme la sœur de Rosalinde s’enfuie avec elle dans la forêt d’Arden à la recherche du vieux Duc. Poursuivie par le jeune Duc, Rosalinde, se déguise en homme et Célia, en bergère… Soit une feuilleton compliqué avec amours et aventures dans une forêt…
Avec, à l’acte II, le fameux monologue-culte
où le grand Will compare la vie à un jeu théâtral et répertorie les sept étapes de la vie. Dit, par Jacques à l’acte III. «Le monde entier est un théâtre, Et tous les hommes et les femmes ne sont que des comédiens. /Ils ont leurs répliques pour entrer et sortir de scène,/Et un seul homme en son temps y joue bien des rôles,/Ses actes décrivant sept âges. D’abord le bébé/Piaillant et vomissant dans les bras de sa nourrice. Ensuite, l’écolier pleurnichard avec son cartable
 Et sa face luisante du matin, se traînant tel un escargot/À l’école, et à contrecœur.(…) Scène finale, Qui conclut cette étrange suite d’épisodes, Un second infantilisme menant à l’oubli pur et simple/ Sans dents, sans yeux, sans goût, sans plus rien.»

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Cette longue pièce baroque, quatre siècles ou presque après sa création,  a souvent fait l’objet d’adaptations au cinéma donc celle de Kenneth Branagh (2006) et de comédies musicales,  avec de belles scènes notamment entre le bel Orlando et Rosalinde ou avec elle et Touschstone. Et on reconnait vite la parenté entre les thèmes de l’œuvre et ceux de Peines d’amour perdues.l’on y parle souvent de folie, d’amour et serments d’amour. Mais aussi du sens de la vie, avec humour et parfois même un certain cynisme et qui renvoient aux célèbres vers de La Tempête. «Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est enveloppée dans un sommeil.» Les serments les plus solides. Ne sont que paille sur feu du sang. »
Ici c’est du genre :« 
J’aimerais mieux une folie qui me rendrait gai qu’une expérience qui me rendrait triste. Ou le célèbre : Les hommes sont en avril quand ils sont amoureux, et en décembre, quand ils sont mariés. »  » La beauté provoque les voleurs même plus que l’or. /Mais de même que tout est mortel dans la Nature, de même toute nature atteinte par l’amour est mortellement atteinte de folie.  » Et encore: « 
Le temps n’a pas la même allure pour tout le monde. /L’âme de mon père grandit en moi.»

 Bref, il y  a de belles pépites dans ce Comme il vous plaira et l’immense dramaturge fait la part belle à la folie des amoureux tels ceux du Songe d’une nuit d’été à «la cervelle si effervescente, la fantaisie si inventive qu’ils conçoivent beaucoup plus de choses que la froide raison n’en peut comprendre. » La patte du grand Will quatre siècles après, reste inimitable et un texte comme celui-ci a de quoi séduire une jeune mais déjà avertie metteuse en scène. Reste à savoir ce qu’on peut faire de cette comédie sans doute trop longue. Pierre-Alain Leleu en a fait une adaptation- donc forcément un peu réductrice- mais comment faire autrement? Et même si le public s’y perd de temps à autre, pas grave, cela fait aussi partie du jeu…

La mise en scène est brillante efficace, aux côtés déjantés et souvent pas loin des spectacles des Monthy Python des années soixante-dix à Londres, avec décor et surtout accessoires volontairement approximatifs comme guitare ridicule, pour un feu de camp avec trois petites bûches dans une ville bassine à friture, etc. Et des costumes genre: décrochez-moi ça, genre kilt très voyant, pelisses en fourrure polyester, etc. Là aussi drôle et bien vu… Bref, il y a un côté second degré déglingué très réussi dans cette mise en scène brillante, menée à un excellent rythme et les acteurs sont superbement dirigés par Léna Bréban comme dans le récent Sans Famille qu’elle avait créé à la Comédie-Française cette saison (voir Le Théâtre du Blog). Elle a reçu le Molière du metteur en scène dans un spectacle du théâtre privé

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Le spectacle doit aussi beaucoup aux actrices confirmées que Léna Bréban a choisi pour jouer les jeunes filles (cela peut surprendre mais c’est là aussi bien vu): Ariane Mourier qui a reçu le Molière de la comédienne dans un second rôle et Barbara Schultz, elle, Molière de la comédienne dans un spectacle privé.
Nous l’avions découverte dans son premier grand rôle: elle avait vingt-cinq ans dans Dommage qu’elle soit une putain de John Ford qu’avait mise en scène le grand Jérôme Savary à Chaillot. Vingt-cinq ans plus tard, elle est toujours aussi exceptionnelle: espiègle et drôle, avec une formidable gestuelle et une impeccable diction. Et Léna Bréban a dû sentir comme nous, de la graine de grande actrice chez la très jeune Léa Lopez qui apporte beaucoup au spectacle: elle possède déjà les même qualités exceptionnelles que son aînée.

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Leur  jeu, absolument virtuose, écrase un peu celui leurs camarades masculins Adrien Dewitte,Pierre-Alain Leleu, Lionel Erdogan, Jean-Paul Bordes, Eric Bougnon et Adrien Urso, avec des rôles multiples mais moins hauts en couleur. Mais ils font aussi le boulot et bien.

Des réserves, du Vignal? Quelques petites longueurs vers la fin et Léna Bréban aurait pu nous épargner ces fumigènes que l’on voit partout et qui ne servent strictement à rien. Et surtout ces allers et retours permanents entre scène et salle par l’escalier étroit reliant les deux: un procédé plus qu’usé. Ce travail intelligent, sensible et très soigné ne mérite pas ce défaut de mise en scène mais peut être facilement corrigé. Nous avons vu toutes les mises en scène de Léna Bréban qui a bénéficié d’une très bonne formation (Chaillot puis le Conservatoire National). Elle a beaucoup progressé et est maintenant entrée dans la cour des grands.

Philippe du Vignal

 Théâtre de la Pépinière, rue Louis-le-Grand, Paris ( I er). T. : 01 42 61 44 16.

 


 

 

 



Adieu Vangelis Papathanassiou

Adieu Vangelis Papathanassiou

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Comme l’a annoncé jeudi soir notre Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, ce compositeur grec, légende des musiques de films, nous a quittés à soixante-dix neuf ans ans des suites du covid à Paris où il vivait, quand il n’était pas à Londres ou à Athènes. De son vrai nom: Evangelos Odysseas Papathanassiou, il était né à Agria en Thessalie et composa dès quatre ans… sans connaître bien sûr le solfège. C’est d’abord vers le jazz et le rock progressif qu’il se tournera.Ce pionnier de la musique électronique et new age était un autodidacte qui trouvait son inspiration à la fois dans l’exploration spatiale, la Nature, l’architecture futuriste mais aussi  Le Nouveau Testament et le mouvement étudiant de mai 68. Cette même année, il s’était fait connaître avec le groupe Les Aphrodite’s Child, notamment avec Rain and Tears chanté par son ami Demis Roussos. Quatre ans plus tard, ce sera Fais que ton rêve soit plus long que la nuit un album-concept dont le titre renvoie à une phrase écrite sur les murs de Paris en 68…

Il a composé entre autres, la musique de celles du film Missing de Costa-Gavras, Lunes de fiel de Roman Polanski, Blade Runner et Alexandre d’Olivier Stone,  1492: Christophe Colomb, Les Chariots de feu  de Hugh Hudson en 1981, pour lequel il reçut la même année l’Oscar de la meilleure musique. Mais aussi en 92, celle de plusieurs documentaires de Jacques-Yves Cousteau et vingt ans plus tard, il compose l’hymne pour la Coupe du monde de football. Vangelis Papathanassiou créa aussi pour la troupe russe du Kremlin Ballet, une version symphonique d’un ballet Beauty and the Beast.  Il aura bien mérité de figurer au Panthéon des compositeurs européens du XX et XXèmes siècles pour des films, spectacles et cérémonies

Nektarios-Georgios Konstantinidis

 


Vortex, un film de Gaspar Noé

Vortex, un film de Gaspar Noé

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Un chef d’œuvre avec une description forte et sans complaisance de la fin de la vie, l’expérience de la mort annoncée, vécue à côté d’un conjoint avec lequel on a traversé toute une existence. Quand un couple en arrive à ce terme, chacun vit la crainte de sa propre disparition à travers le miroir de l’autre et ressent la dégradation du corps de l’autre, comme s’il s’agissait du sien propre. Un face-à-face douloureux avec parfois son propre effondrement physique et mental.

Le film commence par un hymne à la vie avec Mon amie la rose , une chanson magnifique de Françoise Hardy dont le visage juvénile envahit l’écran : « A l’aurore, je suis née, baptisée de rosée… Je me suis réveillée vieille… » Age tendre et tête de bois. Les roses de la vie surgissent comme un poème de Ronsard en une immense nostalgie. Puis d’un coup, nous voilà à l’autre extrémité du parcours… Un couple âgé (l’actrice Françoise Lebrun et le réalisateur italien Dario Argento) partage le quotidien factuel dans son appartement. La caméra filme les différents moments de la journée comme de la nuit. On se frôle, on se surveille, on s’évite, dans le lieu de vie trop étroit, encombré des nombreux objets. On se supporte, on s’agace mais on se soutient et on est inséparable.

La caméra se fait précise et filme le réveil du couple. Chacun dans son monde corporel. Avec un regard clinique: chaque geste et chaque respiration envahissent l’écran. Gaspar Noé ne nous épargne rien du réveil et du quotidien. Il faut d’abord aller vider sa vessie, puis mettre en route le café, avant de retrouver la salle de bains et prendre les médicaments qui permettent aujourd’hui de vivre plus longtemps. Le couple est face à face. Elle et lui se sourient chacun à une fenêtre. «La vie est un rêve », dit-elle et «Il faut peindre la vie non pas telle qu’elle est, mais telle qu’elle est représentée en rêve » disait Anton Tchekhov.
Lui continue à rêver à travers l’écriture et se perd dans un essai sur le rêve dont il ne voit pas la fin. Sa femme détruira plus tard tous ses papiers dans un accès de rage et de confusion en les vidant dans les w. c. comme dans l’holocauste de La Défense de l’infini d’Aragon et la mort annoncée de l’écrivain.

Gaspar Noé filme le couple en «split-screen»: un écran coupé en deux. Les personnages sont à la fois côte à côte, et irrémédiablement séparés. Chacun dans son monde s’occupe comme il peut, de ses propres affaires. Ces solitudes cohabitent. L’image dédoublée permet de suivre chacun dans ses pérégrinations interminables dans l’appartement. Nous sommes chez des « intellectuels », comme on dit. La radio du matin est branchée sur France-Culture et on entend Boris Cyrulnik expliquer ce qu’est le deuil, la perte d’une personne aimée et comment l’homme se prépare à la mort.

Les images, impitoyables, ne nous épargnent rien des faiblesses de l’âge et de l’effondrement qui survient. La femme a presque perdu l’usage du langage, ne sait plus où elle se trouve et ne reconnait plus rien. L’angoisse se lit sur son visage et la maladie d’Alzheimer la désoriente progressivement. L’homme, lui, a bien du mal à survivre, partagé entre la crainte de voir son épouse laisser le robinet du gaz ouvert ou se perdre dans la rue, et l’obligation de garder son propre psychisme intact pour survivre.
La maladie a rendu son épouse quasi muette, alors qu’elle pratiquait un métier de la parole : la psychiatrie. Lui s’exerce à écrire un essai sur le rêve et à parler dans une langue française dont il cherche le mot juste, alors que sa langue natale : l’italien est déjà loin derrière lui. Plus que la santé du corps, c’est bien l’intégrité de la pensée et du langage qui nous permet de vivre, disent-ils..

Vortex est une longue descente vers une disparition annoncée. Ces vies juxtaposées poursuivent leur chemin parmi les objets accumulés dont la dispersion révèle le trouble du penser. Ils semblent porter toute la mémoire du monde mais une mémoire qui s’effrite. Chaque geste d’amour compte ici et permet de rester en vie. Dans la famille, lieu de refuge et de la vie qui continue… Ici, un fils drogué qui ne s’en sort pas et un petit-fils qui ne parle pas encore et qui joue avec ses petites voitures qu’il entrechoque avec fracas, comme pour signifier sa présence dans ce monde d’adultes dont il ne possède pas encore les mots.
Toute la vie se déroule entre ces deux moments : celui de l’acquisition du langage et celui de sa perte.

La caméra filme impitoyablement et jusqu’au bout le couple dont la fin est programmée. Les propos tenus par Boris Cyrulnik au début du film trouvent alors leur triste illustration. L’épreuve de la perte de l’autre et de la perte de soi, de la solitude et de l’égarement, affectent le spectateur. Une partie du double écran s’efface et avec lui, la disparition progressive des objets encombrant l’appartement. Il faut dire adieu à tout ce qui entoure une vie, voir disparaitre toutes les traces du passé, assister à cet immense naufrage. «La mort, c’est cela, dit le réalisateur, les objets d’une vie qu’on laisse aux autres et qui finissent dans un camion-poubelle, aussi rapidement que les souvenirs qui se décomposent dans le cerveau.»,
La cérémonie des adieux ressemble à toutes celles que nous connaissons. Elle prédit celle qui est à venir et que nous ne pouvons qu’imaginer. La confrontation avec la mort, notre propre mort, est ici directe.

Jean-François Rabain

 


Bonjour Kristi Toguchi

Bonjour Kristi Toguchi

Née dans la magie, entourée de magie toute sa vie et elle la pratique comme son père et Jimmy Yoshida, son grand-père et elle a grandi en vendant des tours dans la boutique familiale à Hawaï. A cinq ans, ce grand-père lui a enseigné le dernier tour commercialisé pour le montrer et le vendre dans le magasin.  Connu comme «parrain de la magie » aux Etats-Unis, il a été le premier à vendre des produits asiatiques aux meilleurs artistes, notamment à David Copperfield, Lance Burton ou Rick Thomas. Et il a été intronisé au Magic Hall of Fame, la même année que Siegfried et Roy. Elle se souvient d’un spectacle qu’elle a vu à douze ans avec son grand-père à l’hôpital Shriners pour enfants dont beaucoup d’entre eux avaient rencontré des obstacles dans leur vie et avaient besoin de soins à temps plein. « Ils étaient heureux, dit-elle, et pouvoir faire partie de leur vie était un moment si spécial qu’on n’oublie jamais. J’ai alors su que la magie était un art très spécial et que je le ferai pour la vie »

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Kristi Toguchi ne se souvient plus bien quand elle a appris son premier tour mais elle étudiait et pratiquait la magie toute la journée et, à douze ans, elle a commencé à créer son premier numéro pour des compétitions locales mais aussi nationales et internationales. «Mon grand-père était vraiment en colère, parce qu’il voulait que j’utilise la même musique japonaise traditionnelle dans ses spectacles. Mais j’aimais le rock ! Très contrarié, il m’a envoyé chez son meilleur ami James Zukemura pour qu’il soit mon professeur en dehors de ma famille et j’ai eu la chance de m’entraîner avec les meilleurs enseignants au monde, notamment Joanie Spina, Curtis Kam, Loren Christopher Michaels, Fukai…

Jimmy Yoshida, un artiste très connu, a donc joué un rôle déterminant dans sa carrière. Il avait de nombreux amis généreux de leur temps et de leurs connaissances. Et elle a eu la chance d’être invitée par Lance Burton dans son émission de télévision et elle a pu s’entraîner avec son équipe pendant une semaine à Las Vegas. Cheryl Lindly était alors directrice artistique et conseillère d’art aérien au Fern Street Circus où elle a commencé à faire de la magie. «Quand j’ai vu son numéro de soie aérienne, j’en suis tombée amoureuse et j’ai demandé à Cheryl combien cela coûterait de m’entraîner en privé avec elle. Pour chaque heure que j’enseignerais à ses enfants,m’a-t-elle dit, elle m’enseignerait une heure. Et donc trois fois par semaine en un an, j’ai commencé à faire de l’acrobatie aérienne. J’ai maintenant mon école de techniques aériennes à Las Vegas. Les Pendragons m’ont aussi donné l’opportunité de jouer à travers le monde en leur compagnie. »

Mais tout n’est pas rose et Kristi Toguchi s’est blessée dans un spectacle mais a continué quand-même jusqu’à la fin. «Avec mon partenaire, nous faisions une illusion, il est tombé sur moi et m’a cassé la main. Après la représentation, le public a voulu prendre des photos avec nous. Même si je souffrais horriblement, j’ai souri, retenu mes larmes et n’ai montré aucune douleur. Je voulais que personne ne le sache et, en silence je suis allée à l’hôpital. La chose la plus difficile pour une artiste: beaucoup voyager pour travailler et laisser ses proches. Après le décès de mon père Terry Toguchi, j’ai regretté d’avoir raté des vacances et événements dans ma famille, parce que j’avais des contrats. Une chose difficile à supporter à mesure que je vieillissais…

Elle a travaillé tous les types de magie : close-up, scène, évasion et elle a été aussi acrobate (tissu aérien, lyre, toile espagnole, trapèze élastique, harnais) mais aussi comédienne. Et elle s’est spécialisée en danse moderne, jazz, lyrique et elle a été chorégraphe. « Comme batteuse Taiko, j’ai été formée par Pierre Dube, maître Taiko au Cirque du Soleil et j’ai joué partout : arènes, théâtres, à la télévision, à la radio et dans des films, pour des événements d’entreprise, sous des chapiteaux. Mais aussi dans des festivals, stades, hôpitaux, hôtels, casinos, restaurants, centres commerciaux et pour des événements en plein air…Sa grande première ?Au stade Aloha à Hawaï, à cinq ans elle dansait le hula-hoop pour le Pro Bowl et elle fait des spectacles depuis trente-cinq ans. Elle s’inspire beaucoup de chanteurs, musiciens et danseurs comme Madonna, Janet Jackson, Prince etc. Et elle appréciait chaque minute à les regarder et essayait de les imiter.

«J’ai grandi en regardant à la télévision avec ma famille, David Copperfield et j’ai toujours été fascinée par ses incroyables grandes illusions. Tout était si dramatique et il y avait de la danse et une bonne musique pour l’accompagner. Mais je suis aussi influencée par la sculpture: j’apprécie l’esthétique des lignes et suis aussi attirée par la mode et ses couleurs, textures, motifs et la façon dont ils fonctionnent ensemble.
J’aime tous les genres de musique: cela me motive mais aussi aller dans les musées pour voir différents types d’art visuel et des «installations.» Tout numéro de magie dont on rêve, peut être créé si on sort des sentiers battus. De plus, certaines formes exigent une grande pratique, alors comme elle le dit souvent aux débutants, ne jamais abandonner jamais. «Avec le temps, tout deviendra plus facile à mesure que vous développerez la coordination et la force nécessaire pour accomplir ces exploits. Ayez un maître: c’est très important dans tout art. Vous ne pouvez jamais arrêter d’apprendre et vous pouvez devenir meilleur. Il vous guidera dans ce voyage.
Enfin, pratiquez, pratiquez… Ne vous entraînez pas seulement devant un miroir ou votre smartphone. Plus vous jouerez devant un public, plus vous développerez votre sens du spectacle et votre confiance. Je suis heureuse que notre art évolue avec la génération actuelle Avec Internet, elle a accès à son apprentissage mais de nombreux didacticiels sont mauvais. Et de nombreuses femmes et jeunes filles s’intéressent à notre art. Petite, je me rendais à des conventions et événements de magie et j’étais souvent l’une des seules filles. Je suis impatiente de voir quelle influence cela aura sur notre art. »

Il y a, selon cette artiste, une grande importance de la Culture dans l’approche de la magie avec partout, des valeurs différentes. «Dans certains pays, les femmes ne montrent pas leur peau et je dois trouver le bon costume. Beaucoup de choses peuvent être drôles ou géniales pour certains, mais offensantes pour d’autres. Il faut absolument connaître son public et chaque culture doit toujours être prise en compte. »

Sébastien Bazou

Interview réalisée le 10 mai.
Https://www.KristiToguchi.com


Deux Frères de Fausto Paravidino, traduction de Jean-Romain Vesperini, collaboration à la mise en scène d’Olivia Murrieri

Deux Frères de Fausto Paravidino, traduction de Jean-Romain Vesperini, collaboration à la mise en scène d’Olivia Murrieri

Cela se passe dans un petit appartement dont nous ne verrons que la cuisine: deux tables, un réfrigérateur et un petit poste de télévision noir posé sur un tabouret. Dans cette seule pièce commune, Lev (Hugo Randrianatoavina), Boris (Arnaud Tardy) et Erika (Inès Tavrytzky) se retrouvent pour prendre vite fait un repas, discuter et s’engueuler, regarder un peu la télé d’abord à trois, puis à deux, et de nouveau à trois, et enfin à deux…Mais on ne vous dira pas pourquoi.

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Ces jeunes gens sont en proie aux délices de la cohabitation…Mensonges, tentatives de séduction et laisser-aller d’Erika, autoritarisme de Boris, incapacité de Lev à protéger son frère et à organiser sa vie à lui. Ils ont bien du mal à poser des règles pour vivre en commune et assumer leurs responsabilités. Qui fera le ménage, préparera et comment les repas, qui répartira au mieux les dépenses des aliments et boissons selon que l’on mange bio ou pas, que l’on boit de la bière ou pas, etc. Bref, l’enfer, c’est les autres comme avait déjà dit Jean-Paul Sartre. Et ce huis-clos en cinquante-trois jours passés a visiblement été influencé par Jules et Jim, le fameux roman d’Henri-Pierre Roché et/ou le film devenu culte que François Truffaut en avait tiré en 62. Boris, Lev et Erika sont un peu les petits-enfants des personnages brillamment joués par Oskar Werner (Jim l’Autrichien), Jeanne Moreau (Catherine) et Henri Serre ( Jules, le Français) le seul encore en vie de ce trio infernal.

Chez Fausto Paravidino, il doit y avoir aussi une part d’autobiographie dans cette pièce qu’il écrit à vingt-trois ans. Boris ( Arnaud Tardy) est un un peu obsédé par la propreté, Lev (Hugo Randrianatoavina) est en couple sur le mode :je t’aime, moi non plus, avec Erika (Inès Tavrytzky), une grande séductrice qui se balade en short noir brillant ou en slip. Mais elle ne lave jamais son assiette et laisse ses tampons usagés sur le lavabo. Indépendante -elle a sans doute eu pas mal d’amants- elle reste très libre de sa vie et tient à le faire savoir. Mais elle reste dans cet appartement sans savoir bien pourquoi. Sans doute incapable d’affronter la solitude dans un studio et préfère-t-elle quand même vivre avec les deux frères.Seul choix possible pour Lev qui sent bien que cette situation est devenue ingérable: partir  faire son service militaire. Mais vous ne devinerez jamais ce qui va se passer ensuite ! Erika la cynique (Inès Tavrytzky) : « C’est courant ce genre d’histoire et on a pris un peu de bon temps.» va vite séduire Boris qui ne demandait que cela. Mais devinez quoi? Lev va revenir à l’improviste…

Bref, le nouveau boulevard est arrivé… Le dramaturge italien maintenant bien connu en France (voir Le Théâtre du Blog) qui écrit cette pièce à vint-trois ans, en reprend les bonnes vieilles recettes: lieu unique avec des vrais meubles, colères et portes de salon (ici de cuisine) qui claquent bien, désirs inavoués, retour à l’improviste d’un des personnages, relations conflictuelles sur fond de séduction… et triangle sexuel et/ou amoureux impossible à gérer. «Une pièce glaçante et énigmatique aux allures de thriller pop de la fin des années quatre vingt dix» selon  ce collectif. Désolé mais pour le glacial et l’énigmatique, il faudra repasser et cette pièce n’a rien de très original ni de très fort. Même si la fin -inattendue- mais ici mal exploitée, est plutôt bien vue.

Malgré une mise en scène (non signée) parfois approximative, ces jeunes acteurs sympathiques ont l’énergie nécessaire pour nous embarquer dans cette histoire qui dure heureusement juste une heure et quart… Mais rien à faire, Deux Frères n’a pas encore le niveau des pièces suivantes de Fausto Paravidino

Philippe du Vignal

Jusqu’au 31 mai, Théâtre de Belleville, 1 Passage Piver, Paris ( XI ème).
La pièce est publiée chez l’Arche-Edition.


L’Odyssée. Une histoire pour Hollywood, texte et mise en scène de Krzysztof Warlikowski

 

L’Odyssée. Une histoire pour Hollywood, d’après L’Odyssée d’Homère et Le Roi de cœur, Les retours de la mémoire d’Hanna Krall, texte et mise en scène de Krzysztof Warlikowski  (en polonais, surtitré à la fois en français et en anglais)

Pas de rideaux: nous pénétrons tout de suite dans l’univers du metteur en scène qui porte la marque de Malgorzata Szczesniak, sa scénographe et complice depuis longtemps : un plateau nu ou presque, avec fond et côté vitrés, où se trouve une grande cage à grillage carré avec trois portes à glissière, évoquant de sinistres locaux de police. Avec, au milieu, une double haute et longue banquette en bois, comme on en voyait autrefois dans les salles d’attente. Deux hommes nus ou pas la feront rouler du côté jardin, au côté cour, et inversement.

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Et encore côté cour, cinq lavabos anciens. En fond de scène, un grand écran et en haut, bien visible sur le mur, une horloge électronique qui débitera ses chiffres rouges par dixièmes de seconde, sur toute la durée de ce spectacle hors-normes et fascinant. Et dans la seconde partie, l’habituel tableau des aéroports en diodes rouges alternant les mots: Departures  et Arrivals, une autre image de ce temps irréversible obsèdant visiblement cet auteur et metteur  en scène. Avec deux histoires entrelacées, celle bien connue d’Ulysse quand il essaye de revenir de la guerre de Troie. Et celle inconnue pour nous, d’Izolda, une jeune  polonaise juive qui, pendant le dernier conflit mondial, a tout fait pour sauver son mari prisonnier du camp d’extermination à Mauthausen. Elle a même provoqué sa déportation pour aller le retrouver. Le temps a passé, et bien plus tard, elle a demandé à la romancière polonaise Hanna Krall d’écrire un livre sur son histoire à elle mais emblématique. Qu’elle voyait comme une grande fresque qui intéresserait sûrement, croyait-elle, un producteur américain pour un film qui serait tourné à Hollywood avec une vedette comme Elizabeth Taylor qu’elle adulait et qui jouerait son personnage à elle…

Déception, les mots de la romancière à qui elle avait passé commande ne correspondaient pas selon elle à tout ce qu’elle avait vécu dans sa chair de femme amoureuse et au comble du désespoir, comme tant de ses compatriotes. Bref, le livre d’Hanna Krall, même si elle est aussi polonaise et juive, la déçoit beaucoup. Izolda, en fait,  n’admet pas qu’elle n’ait pas su, selon elle, traduire toute la charge émotionnelle de sa passion amoureuse et des horreurs qu’elle a vécues. Un point de vue opposé à celui de cette journaliste et écrivaine polonaise de quatre vingt-six ans qui a aussi été la scénariste de Krzysztof Warlikowski. Elle pensait,elle, que «plus il y avait de désespoir, moins il fallait de mots.» Les thèmes essentiels de ses romans* sont l’entrelacement de destins mêlées des Polonais-juifs-allemands durant la dernière guerre et après.

Le spectacle, dont le dramaturgie est signée Piotr Gruszczyński, est tout entier fondé sur des associations d’images et des analogies à partir de ces odyssées, celle de ce héros de l’antiquité à l’adresse exemplaire et capable à lui seul  de nombreux exploits. Et celle aussi de cette jeune femme, aussi solitaire qu’Ulysse mais perdue dans un conflit qui a embrasé toute l’Europe et une partie du monde. Tout cela sous le regard des Dieux, puis de Dieu.

Nous retrouvons ici des images fortes et inoubliables comme celles des précédents spectacles  de Krzysztof Warlikowski ( voir Le Théâtre du Blog). Il sait faire cela depuis longtemps avec ,à la fois une extrême rigueur et une grande poésie, ce qui n’est pas incompatible. Comme l’arrivée d’Ulysse, devenu un gros et vieil homme, sac de toile sur le dos, finissant par retrouver sa Pénélope plus très jeune, ses fils Télémaque et Télégones, sa fille Roma, devenus trois adultes… Et le vieil Ulysse, un peu paumé, demande où est Argos et ignorait que sa mère était morte. Il raconte ensuite superbement son combat avec le Cyclope, ses aventures chez les Lestrygons et avec la belle Circé, prenant en otage ses compagnons. Et comment il refusa l’immortalité que lui offrait la merveilleuse Calypso. La plupart de ces scènes sont retransmises en gros plan sur l’écran central. Pas grave mais le metteur en scène aurait pu nous épargner ce vieux truc usé qui disperse le regard.

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Mais il y a aussi des moments formidables comme l’histoire de la jeune Izolda (Maja Ostaswewska) interrogée par un officier SS (Gartosz Gelner) dans un court film superbement réalisé par Pawel Edelman.
Cela se passe dans un immense et triste bureau où ce jeune et bel officier  en uniforme impeccable, annonce avec le plus grand cynisme à Izolda qu’elle va mourir parce qu’elle est juive mais qu’il n’y peut rien: c’est la guerre! Izolda reste impassible…
Et il lui propose même avec une grande gentillesse mais après l’avoir un peu caressée, de lui jouer un morceau de piano pour, dit-il, « se quitter en bons termes ».
Ce qu’il fera. Glaçant!

Et il y a un autre moment -tout aussi magnifiquement joué- où Martin Heidegger (Andrzej Chyra) retrouve en 1950 son ancienne amoureuse Hannah Arendt (Malgorzarta Hajewska-Krzysztofik) dans la forêt noire symbolisée par un pin auprès duquel ils posent une couverture avec thermos de thé et gâteaux. Sur l’écran, passe en boucle un film muet en noir et blanc avec les images de prairies, de bois et du chalet de Martin Heidegger en pays de Bade donc proche de l’Alsace et où il aimait s’isoler. Arrive un curieux moine chinois boudhiste un peu envahissant qui a visiblement besoin de contact. Il les prie d’accepter qu’il reste un peu avec eux. Il a très soif et leur demande une tasse de thé. Il dit beaucoup admirer le philosophe allemand puis après lui avoir posé de nombreuses questions dont il n’obtient guère de réponse, il salue le couple et s’en va. Peu après, la neige commencera à tomber doucement sur les anciens amoureux… Quelle image!


 

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Après l’entracte, sur l’écran un grand diable avec des cornes et derrière lui, HADES: quatre lettres en tube fluo vert acide. Dans la grande cage où sont pendues des dizaines de pantalons, un jeune homme en a essayé déjà treize, comme le lui fait ironiquement remarquer la vendeuse… Il lui répond tout aussi ironiquement que c’est aussi difficile d’essayer des pantalons, que d’appréhender un rôle comme Richard III…
Nous ne pouvons tout citer mais il y a aussi un extrait de film avec Richard Burton et Elisabeth Taylor.  Nous la retrouverons âgée et visiblement très malade  allongée sur un lit d’hôpital et qui dit accablée : «Plus je vieillis, plus je vaux cher. » Et encore une scène où on voit Roman Polanski parler d’un film qui aurait pour cadre le camp d’Auschwitz . Et il y aussi  Izolda et son mari qui sous la neige reçoivent un dibbouk… Et dans le film Shoah de Claude Lanzmann, un coiffeur déjà âgé rassemble, bouleversé,  ses souvenirs sur le camp de Mauthausen.

Tout le spectacle participe d’une méditation sur le nazisme tout puissant et les victimes des camps de concentration, donc aussi sur la mort et sur la vieillesse qui ne cesse de hanter Krzysztof Warlikowski qui aura soixante ans ce mois-ci. Mais aussi sur le mythe de l’immortalité. Nous retrouvons l’habituelle lenteur de ses spectacles à laquelle il faut s’adapter mais qui très vite s’impose grâce à des images surprenantes mais jamais gratuites. Au public de travailler aussi pour retrouver le fil rouge de ces scènes fabuleuses. Cette Odyssée.Une histoire pour Hollywood doit aussi beaucoup à l’unité de jeu et à la direction de ces acteurs polonais qui portent tous, cette histoire avec une concentration et une sensibilité exceptionnelles.
A voir? Oui absolument, à condition d’accepter d’aller voir sans réticence ce spectacle de quatre heures entracte compris. Mais le public admet facilement cette lenteur, même s’il y a eu des désertions après la première partie qui finit avec avec cette sublime rencontre entre les deux philosophes. La deuxième (quatre vingt minutes environ) nous a paru moins forte mais vaut le coup de rester. A vous de choisir mais de toute façon, c’est un spectacle qui fera date et Wajdi Mouawad a bien fait de l’inviter…

 Philippe du Vignal

 Jusqu’au 21 mai, La Colline-Théâtre national, 15 rue Malte-Brun, Paris (XX ème).

*Prendre le bon Dieu de vitesse, une transcription de ses entretiens avec Marek Edelman, le dernier dirigeant survivant du soulèvement dans le ghetto de Varsovie.


Nouveau Sang: mises en scènes de pièces de jeunes dramaturges grecs Labor d’Anthi Tsirouki, mise en scène d’Emilie Louizou

Nouveau Sang: mises en scènes de pièces de jeunes dramaturges grecs

Labor d’Anthi Tsirouki, mise en scène d’Emilie Louizou 

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Dans cette pièce de la  jeune dramaturge, un couple de médecins en chirurgie esthétique, isolé et stérile, «adopte» un jeune amnésique auquel il a tendu un piège quand, après un accident, il avait sonné à leur porte. Le couple fera renaître ce jeune homme selon ses conditions et il deviendra leur fils… 

Ici, la metteuse en scène a renforcé l’atmosphère de thriller dystopique et de suspense, avec toute la terreur et le macabre nécessaires. Le maquillage accentue le résultat de leur obsession à intervenir sur le corps humain et à le transformer pour vaincre le temps qui passe. Grâce au décor et aux éclairages, Emilie Louizou réussit à créer un univers aseptisé et à susciter l’émotion.

Stelios Mainas et Ioanna Pappa forment un couple exceptionnel à l’esprit malsain et le jeune comédien Orestis Chalkias est cette victime d’amnésie  à la candeur sensuelle. La pièce a été sélectionnée avec d’autres,  au séminaire d’écriture théâtrale qui a été donné au  Poreia, dirigé par ces dramaturges reconnus que sont Vaggelis Hatzigiannidis et Thanassis Triaridis. A ne pas manquer !

 Nektarios-Georgios Konstantinidis 

 Théâtre Poreia, 3-5 rue Trikorfwn, Athènes, T. : 0030 2108210991  https://www.youtube.com/watch?v=kwJBr6Voftg&t=12s


Mrs Dalloway de Virginia Woolf, performance de Ginger Creepers Theater Band

Mrs Dalloway d’après le roman de Virginia Woolf, performance du Ginger Creepers Theater Band 

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Dans ce roman célèbre publié en 1925, l’écrivaine britannique décrit une journée de Clarissa Dalloway, une femme de la haute société dans l’Angleterre, après la première Guerre Mondiale. Avec, comme thème principal: l’altérité, qu’il s’agisse de soi face aux autres ou d’un face-à-face entre soi et soi-même. Mrs Dalloway apparaît comme une personnage mondain, puisqu’elle prépare au cours de la journée une réception qui aura lieu à la fin du roman. Elle est alors en représentation et joue son rôle d’hôtesse de maison comme un chef d’orchestre.

Bien qu’il s’agisse de la même personne, il y a une distinction entre la Clarissa représentée dans son intériorité et comme une personne qui pense et qui sent. Et cette Mrs Dalloway qui est le moi public du personnage, avec une situation civile et sociale.  Cette crise existentielle au cœur du roman, laisse des zones d’interrogation, notamment quant aux raisons ayant poussé Clarissa à quitter l’homme qu’elle aimait, pour se marier avec un inconnu qui, lui, « présente bien ».

Grigoris Hatzakis a crée ce spectacle où la musique joue un rôle primordial, sur la scène de Parenthèse, une nouvelle salle d’art. Metteur en scène toujours inventif, il a mis la scission du personnage au centre de cette adaptation et il nous surprend avec des trouvailles comme des descriptions au micro. Au fond du plateau, un projecteur et, au centre, un synthé, un rétro-projecteur avec écran, des plantes vertes, un aquarium et des oranges en vrac.  Dora Pardali et Hélène Sidirokastriti incarnent, avec un jeu plein d’énergie et de fantaisie, cette héroïne aux deux facettes et elles se complètent bien. A la fin, nous avons envie de danser et sortons réjouis  par ce happening… proche de l’esprit moderniste de Virginia Woolf ! 

 Nektarios-Georgios Konstantinidis 

 Salle d’art Parenthèse, 3 rue Dionissiou Efessou, Athènes, T. : 00306943648438


La Périchole, mise en scène de Valérie Lesort, direction musicale de Julien Leroy

La Périchole, opéra-bouffe en trois actes de Jacques Offenbach, livret de Ludovic Halévy et Henri Meilhac, mise en scène de Valérie Lesort, direction musicale de Julien Leroy

 

© S. Brion

© S. Brion


Un pari gagné: à la sortie de l’Opéra-Comique, nous chantonnons intérieurement le fameux air :«Il grandira, il grandira car il est espagnol!» Le compositeur avait choisi le scénario d’une pièce de Mérimée qui, lui-même, s’était inspiré d’un fait divers: dans les années 1770, la Périchole était la prima donna du théâtre de Lima, capitale du Pérou espagnol.
La  Périchole a été créée un siècle plus tard en 1874 au Théâtre des Variétés mais eut alors peu de succès.  Mais ce classique a fini par défier le temps et dans 
Le Petit Journal de l’époque, un article sous la plume acerbe de Timothée Trimm: «Voici le Tout-Paris futile en liesse, Jacques Offenbach vient de donner au théâtre des Variétés sa grande pièce d’hiver. Allons, chroniqueur, écoute et rend compte, car la muse d’Offenbach est une puissance devant laquelle il faut se prosterner. L’endroit où se passe l’action inventée par MM. Meilhac et Ludovic Halévy, c’est Lima, la ville de l’or et du quinquina. Ce nom de Périchole sous-entend: enchanteresse, femme dangereuse par la suavité de sa voix et les grâces de sa personne… La musique de La Périchole est charmante. L’hiver 1869 a trouvé son refrain avec la complainte du premier acte : Car il est espagnol ! On a bissé la ronde Les femmes il n’y a qu’ça. Citons encore les couplets de: Ah ! Que les hommes sont bêtes!»

Malgré ses réticences, ce critique avait souligné la force de ces airs légers passés depuis à la postérité. Ici Valérie Lesort et Julien Leroy nous transportent dans une autre époque, quand un auteur pouvait glorifier avec joie l’ivresse collective et la vénalité de cette Périchole, une chanteuse de rue, amoureuse de Piquillo mais qui se laisse séduire par le Vice-Roi.  La metteuse en scène, elle, voit plus de subtilité dans ce personnage: «C’est l’histoire d’une femme déchirée entre deux amours: pour l’art et son homme Piquillo… Mais aussi pour les réalités de la vie! Dans cette société, les femmes sont faibles, ce dont elle est consciente. Elle connait ses travers mais lutte pour son indépendance. »

 Un voyage dans le temps réussi grâce également  à l’Orchestre de chambre de Paris et aux performances vocales du chœur. Les rôles principaux sont tenus avec talent par Stéphanie d’Oustrac (La Périchole), Philippe Talbot (Piquillo) et Tassis Christoyannis (Don Andrès de Ribeira). Et il faut souligner l’exceptionnelle qualité du travail de Vanessa Sannino : «Les costumes péruviens ont été ma source d’inspiration, dit cette fidèle collaboratrice de Valérie Lesort. Pour notre spectacle, l’idée était d’en inventer caractérisant les personnages et offrant aussi aux interprètes des possibilités de jeu.» Comme chez Christian Lacroix, les couleurs chatoyantes et l’exubérance des formes nous emportent dans une fête éternelle. Cette  Périchole témoigne encore une fois de la maîtrise de Valérie Lesort.             

Jean Couturier

Jusqu’au 25 mai, spectacle vu à l’Opéra-Comique,  1 place Boieldieu, Paris (II ème).T. : 01 70 23 01 31.


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