Qui sommes nous?

Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis onze ans,  7.400 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et expositions spécialisées, que ce soit en province et en région parisienne mais aussi à l’étranger…

Adresse: philippe.duvignal@gmail.com

L’équipe du Théâtre du Blog:

Rédacteur en chef: Philippe du Vignal a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot où il enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a été responsable de la rubrique Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress  dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a été, entre autres, critique dramatique aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, département scénographie.

Collaborateurs :

Sébastien Bazou, ancien élève de l’Ecole des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie dont il est spécialiste en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier est spécialisé dans la critique de danse, et assistant du rédacteur en chef. 

Christine Friedel, critique dramatique, notamment à Réforme où elle a débuté, a aussi été conseillère artistique. Elle a aussi collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et a fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon le château invisible.

Elisabeth Naud, docteure en esthétique théâtrale,  est enseignante à l’Université Paris VIII.

Béatrice Picon-Vallin, directrice de recherches au C.N.R.S. et auteure d’ouvrages sur le  théâtre russe. Elle dirige les collections : Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et Th. XX aux éditions de L’Age d’Homme.

Edith Rappoport, critique de spectacles et spécialiste du théâtre de rue, a été directrice des théâtres de Choisy-le-Roi, puis de Malakoff (Hauts-de-Seine). Elle a aussi été longtemps conseillère pour le théâtre à la D.R.A.C. -Ile-de-France.

Bernard Rémy a fondé la revue Empreintes, écrits sur la danse et a collaboré jusqu’en 2012 à la Cinémathèque française de la danse. Il a écrit de nombreux articles sur Merce Cunningham, Pina Bausch, Hijikata mais aussi sur le mouvement chez Samuel Beckett, Charlie Chaplin et Buster Keaton.

Nicolas Villodre a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. Spécialiste de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013 l’assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié des textes dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française

Correspondants:


Gérard Conio est professeur émérite de l’Université de Nancy et spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.
Nektarios G. Konstantinidis, traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.
Alvina Ruprecht, professeur émérite du département Théâtre à l’Université d’Ottawa, est une spécialiste du spectacle canadien de langues anglaise et française, mais aussi caraïbéen.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

Articles récents

Festival d’Avignon: Le Conte d’hiver, dramaturgie de Clément Camar-Mercier, mis en scène de Sandrine Anglade

Festival d’Avignon:

Le Conte d’hiver, dramaturgie de Clément Camar-Mercier, mise en scène de Sandrine Anglade

Une pièce d’un Shakespeare déjà âgé, où se mêlent  comique et tragique et qui est assez peu jouée.  Aussi poétique que truffée d’invraisemblances, elle a lieu  en deux temps , à seize années d’intervalle. Cela commence d’abord à un drame en Sicile et finit avec  à un  dénouement heureux dans une Bohème champêtre. Avec des thèmes souvent traités par le grand dramaturge comme le mal, la souffrance, l’exil, la guerre, la paix, la  la réconciliation….
Léonte, roi de Sicile, un peu comme Othello est envahi par une extrême et subite jalousie et accuse Hermione, son épouse d’être enceinte de son meilleur ami, Polixène, roi de Bohème… Polixène échappe de justesse à sa vengeance mais Léonte jette Hermione en prison, et elle y mourra. Perdita, sa fille qu’elle y met au monde est exilée. Son frère, le jeune Marmilius en meurt de tristesse.
Léonte ne tarde pas à se repentir et à pleurer. Quinze années ont passé et Apollon furieux, lui fait savoir par son oracle, consulté à Delphes, que «le roi vivra sans héritier, si ce qui est perdu n’est pas retrouvé. Et alors apparaît le personnage du Temps  : «Chers spectateurs,, imaginez que je m’en suis allé dans le belle Bohème, où vous n’oubliez pas que je vous ai parlé du fils de l’autre roi, Florizel.»

© Nadège Le Lezec

© Nadège Le Lezec

Il dit aussi au public que Perdita a été recueillie par un brave berger et est devenue  une belle jeune femme. Nous sommes  au palais de Polixène, roi de Bohème  puis  à la fête de la tonte des moutons, dans le village du berger qui a recueilli et élevé Perdita. Bien entendu, elle tombera amoureuse de Florizel  le fis du Roi et réciproquement. Puis nous sommes de nouveau  en Sicile pour un heureux dénouement.  » Tu as rencontré ce qui meurt, et moi, ce qui vient de naître. », avait dit le Berger à son fils, quand il avait trouvé Perdita abandonnée sur le rivage désert  de Bohème.

A la fin, Léonte se réconciliera avec lui-même, et tous les autres, entre eux. Pour traduire scéniquement ce conte, la metteuse en scène  a fait le choix de la rigueur, ce qui donne à ce travail une honnêteté indiscutable  et, en même temps, une certaine sécheresse, entre autres dans le décor, malgré de beaux moments. Et on aimerait qu’il y ait parfois plus d’émotion, même si la fête de la dernière partie est assez réussie avec, très émouvante, la musique d’une petite harpe. Et tous les acteurs (mention spéciale à  Sarah Jane Sauvegrain/Hermione) sont solides et font bien sonner les mots de William Shakespeare. Même si nous préférons et de loin, ses merveilleuses Peines d’amour perdues, ce Conte d’hiver est une pièce intéressante et le public, très attentif, la découvre avec plaisir, même traduite en français… 

Philippe du Vignal

Jusqu’au 25 juillet, Théâtre du Chêne noir,  rue Sainte Catherine Avignon ( Vaucluse).


Déclaration du Maire de Nanterre ( Hauts-de-Seine) ce 9 juillet.

Déclaration du Maire de Nanterre ( Hauts-de-Seine) ce 9 juillet

 

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Nous avons reçu cette lettre  de Raphaël Adam. « Le théâtre Nanterre-Amandiers doit avoir les moyens de vivre. Le Ministère de la Culture a annoncé amputer de 799. 755 € le budget du Centre Dramatique National, quelques mois seulement après sa réouverture et, alors que la saison 2026/2027 est entièrement programmée. Au total, vingt-huit établissements culturels à travers le pays sont concernés par ces coupes sombres. Une attaque sans précédent, par son ampleur et sa brutalité, à l’encontre du plus grand théâtre de banlieue en Europe qui nous inquiète profondément. Après une première coupe de 3,5% au mois de mai, le surgel annoncé est de 13%: soit une baisse totale du soutien de l’Etat de 799. 775 € en 2026.

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Christophe Rauck, directeur du Centre Dramatique National Nanterre-Amandiers, a annoncé que cette saignée l’obligerait sans délai à mettre au chômage partiel une grande partie de l’équipe salariée, voire à fermer purement et simplement ses portes la saison suivante. Une catastrophe artistique, sociale et humaine s’annonce pour une équipe pleinement engagée dans la Ville de Nanterre. Ce désengagement sans précédent de l’Etat touche aussi vingt-huit autres établissements culturels, tous ébranlés par cette annonce du Ministère. Si cette décision se confirme, nous assisterions à un renoncement pur et simple de la politique de décentralisation dramatique initiée par André Malraux.

Malgré une pression budgétaire qui ne fait qu’accroître sur les finances de la Ville, le soutien de la municipalité aux Centre Dramatique National Nanterre-Amandiers ne s’est, lui, jamais démenti. Mais il est bien évident que nous ne serions pas en capacité de compenser ces nouveaux désengagements successifs de l’Etat. Avec le Théâtre Nanterre-Amandiers, la Maison de la Musique de Nanterre, le Conservatoire et les compagnies culturelles de la ville, nous affirmons que l’art et la culture sont des facteurs essentiels d’émancipation et épanouissement. A rebours de cette cure austéritaire qui frappe les Amandiers, la municipalité vient de mettre en place le Pass’ Solidaire afin de soutenir les familles qui veulent inscrire leur enfant à une activité culturelle et sportive. Ce sont des choix diamétralement opposés.
Alors que le festival d’Avignon s’ouvre sur un fond de colère, ces annonces dramatiques provoquent une onde de choc à Nanterre. J’en appelle solennellement au Président de la République et à son Premier Ministre : renoncez à ces mesures iniques et jamais-vues dans notre pays !

Déclaration du Maire de Nanterre ( Hauts-de-Seine) ce 9 juillet. dans actualites

 Raphaël Adam, maire de Nanterre.

Oui, il y a bien une orientation politique clairement affichée et Emmanuel Macron  ni non premier ministre  ne répondront sûrement pas au maire de Nanterre! Ce Centre Dramatique National dispose d’un budget important mais normal pour une institution de ce type. Une grande partie du bâtiment vient d’être refaite après des années de travaux mais restera inutilisable, faute de  personnel. Vous avez dit gribouille? Pourtant gouverner c’est prévoir! Bien entendu, Catherine Pégard, ministre de la Culture venue il y a quelques jours en Avignon  ne s’est pas exprimée là-dessus! Reste à savoir comment les metteurs en scène invités cette année au festival réagiront et ce que dira Tiago Rodrigues,  son directeur. Pourtant: « L’attention, écrivait Simone Weil en 49, est la fore la plus rare de la générosité. »
Il y a en tout cas urgence: on sait par expérience que les mauvais coups au Ministère de la Culture se préparent toujours vers la fin du festival d’Avignon. Mais là, cette fois-ci, cela a été plus rapide, comme si le Macron voulait avoir un pion d’avance. Et nous ne sommes qu’au début d’une nouvelle ère où les budgets seront contraints, même si les candidats à l’élection présidentielle viennent tous à Avignon se faire adouber…
En tout cas, ce serait le bon moment que le monde de la Culture et en particulier, celui du théâtre français, fasse preuve de solidarité mais là, aucune illusion… Mais il faudrait aussi qu’il engage une profonde réflexion sur la gestion de ces grosses machines budgétivores dotées d’une administration parfois tentaculaire…  Au fait, combien gagne un directeur de Centre Dramatique  National  important? Souvent 8.000 €! Et un attaché de direction: environ 3.500 €. Combien coûte une réalisation comme Maldoror, nécessitant une armée de techniciens spécialisés? Quelque 900.000 €?  Soyons lucides, on ne peut plus faire de théâtre comme au temps de Jean Vilar mais les dispositifs électroniques super-sophistiqués exigeant achat ou location,  et maintenance à un haut niveau, cela se paye cher! Et il  y a déjà une glissade inquiétante vers toujours plus de technologie, quelle que soit la nature  du spectacle. Mais déjà les ex-élèves ou encore élèves des grandes écoles de théâtre contestent ce mode de fonctionnement ultra-coûteux. Ecoutons-les: ce sont eux qui feront le spectacle de demain.
Une chose est au moins sûre: d’ici à 2027, aucun des Centres Dramatiques Nationaux ni aucune des Scènes nationales  n’échapperont  à une remise en question radicale de leur fonctionnement. Et le théâtre va devoir se réinventer ou laisser la place aux formes sonores et vidéo de spectacle. Il est bon de relire Jean Vilar qui avait déjà tiré la sonnette d’alarme il y a quelque soixante ans: « Cette société est triste et sans esprit, parce qu’on ne lui donne qu’à penser « fric ».

Philippe du Vignal


Maldoror, texte et mise en scène de Julien Gosselin

Festival d’Avignon

Maldoror, texte et mise en scène de Julien Gosselin

La Cour d’Honneur du Palais des Pape sà la fois cadeau exceptionnel mais aussi risqué…Nous y avons vu une bonne centaine de spectacles très différents mais avec toujours la conscience d’être dans un lieu mythique du théâtre contemporain et célèbre dans le monde entier depuis quatre-vingt ans Quelle émotion d’entendre une fois de plus les trompettes de Maurice Jarre qui annonent en Avignon comme à Chaillot, le début des représentations suivies ce soir-là, du chant des martinets volant dans le ciel… Que de souvenirs! Les spectacles de Dario Fo, Hamlet de Patrice Chéreau, et toujours merveilleux et encore obsédant, Le  Soulier de Satin de Paul  Claudel, mise en scène d’Antoine Vitez. il y a trente-six ans.
Maldoror: un titre tiré des fameux Chants de Maldoror ( 1868) de Lautréamont, alias Isidore Ducasse, écrivain  franco-uruguayen mort soudainement à vingt-quatre ans. Où en six chants règne la présence de ce Maldoror, nihiliste et cruel. Son auteur utilisait déjà le collage dans  ce texte tombé dans l’oubli mais cher aux surréalistes qui le découvriront trente ans plus tard. Et que Serge Gainsbourg aimait tant.

© Christophe Rayandu de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

 Défilent sur très grand écran les premières phrases de l’Avertissement au lecteur de ces Chants de Maldoror: « Il n’est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre. Par conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes inexplorées, dirige tes talons en arrière, et non en avant. » Mais ce sera bien tout pour Lautréamont et Julien Gosselin suivront des extraits adaptés  d’Etoile  distante  et de La littérature nazie en Amérique  de l’écrivain chilien Roberto Bolaño,(1953-2003). 

Commençons par le meilleur:  d’abord une belle unité de jeu entre Guillaume Bachelé, Rita Bennmannana, Joseph Drouet, Denis Eyney, Carine Goron, Jeremy Lewyn, Jeanne Louis-Lalixte, Cyril Metzger, Victoria Quesnel, Achille Reggiani, Lucile Rose et Maxence Vandevelde vont interpréter ces pages de livres bien connus et aimés de cet écrivain cher à Julien Gosselin.. Il avait déjà présenté il y a onze ans déjà une  adaptation de 2666, son  roman-fleuve inachevé.

 © Ch. Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

Mais cette mise en scène reste des plus conventionnelles et il accumule les poncifs: musique électronique  très puissante en permanence sous le texte, surtitrages en gros caractères, multiples écrans où on aperçoit à peine les acteurs sur la scène mais on voit systématiquement répétés en très gros plan leur visage avec  micros H.F. à grosse boule qui les défigurent. Et Julien Gosselin devrait choisir entre faire un véritable film ou réaliser une mise en scène théâtrale. En ne choisissant pas, ils ratent les deux. Et cette réalisation a quelque chose de très statique.! Il  ne nous a pas non plus épargné les images de coulisses où les acteurs finissent de se costumer, vieux truc des anneée quatre-vingt dix usé jusqu’à la corde  Et des nuages de fumigène, véritable poncif actuel, envahissent le plateau et le mistral aidant, la Cour d’Honneur. On aimerait bien savoir pourquoi Julien Gosselin, metteur en scène compétent, se laisser aller à de telles facilités.
Quant aux bouchons d’oreille en mousse offerts à l’entrée, à ces fréquences et à ce volume-là,  ils ne servent pas à grand chose: au bout de plus de deux heures, nous avons eu les oreilles gaufrées.  Incapable d’en subir une louche de plus nous avons quitté la partie, imité en cela par une centaine de spectateurs. Ce qui a encore vidé la Cour où il y avait, chose rare, plus de cent cinquante places vides sur les côtés… Et cerise sur le gâteau, Julien Gosselin l’a rallongé de trois quarts d’heure… histoire de plaire aux retraités en vacances?
Encore une fois ce spectacle est d’une technique irréprochable mais pour ce que nous en avons vu, manque singulièrement d’âme théâtrale. Nous avons pourtant rencontré un ancien médecin: lui et sa femme était enchantés et il m’a dit avoir déjà réservé des places pour aller le revoir à l’Odéon :  » Vous vous rendez compte: nous avons été invités à boire un verre de bière sur la scène et. nous avons pu voir les acteurs de près,  même parler avec eux.  » Effectivement cela semble plaire à un certain public heureux de participer à ce qui est du moins pour eux, une fête théâtrale mais pour le moment, on est bien loin du compte.
Désolé, mais nous avons une conception plus exigeante du théâtre. Enfin on peut espérer que ce travail en cours évoluera et que. nous verrons ‘une autre version plus convaincante.
Philippe du Vignal

Spectacle vu le 4 juillet à la Cour d’ honneur du Palais des papes, Avignon.  Reprise à la rentrée au Théâtre de l’Odéon.

 

The Look de Sharon Eyal et Ici de Léo Lérus par le Ballet de l’Opéra national du Rhin

The Look de Sharon Eyal  et Ici de Léo Lérus par le Ballet de l’Opéra national du Rhin

©Simon Lerat

©Simon Lerat

Que de chemin parcouru! Nous avions découvert ces artistes, maintenant  incontournables, au Théâtre national de la danse de Chaillot en 2017 pour le premier, et quatre ans plus tard pour le second (voir Le Théâtre du Blog). Ils s’étaient rencontrés à la Batsheva Dance Company et Léo Lérus a fait partie de la compagnie de Sharon Eyal.
Ici, les interprètes du Ballet de l’Opéra national du Rhin dirigés par Bruno Bouché, servent remarquablement ces chorégraphies dans ce lieu mythique qu’est la nef du Grand Palais à Paris…  où nous aimerions venir plus souvent voir de la danse.

On retrouve une gestuelle commune, mais plus libre et plus festive chez Léo Lérus, et plus retenue chez Sharon Eyal. Autre point commun original: les artistes tournent souvent le dos aux spectateurs comme pour surveiller quelqu’un pouvant apparaître en haut des grands escaliers de la nef.

Associé aux variations de lumières sur les structures métalliques monumentales,  un potentiel fantôme hanterait-il ces lieux depuis plus de cent ans? Sharon Eyal exige des seize artistes une rigueur absolue.

Dans la pénombre, tous en noir, ils restent quasiment immobiles pendant de longues minutes, puis un longiligne danseur essaye de s’extraire du groupe sans y parvenir et entraîne alors une dislocation progressive de cette masse de corps, en permanence sous tension permanente. Micro-saccades, déplacements minimalistes: très souvent sur la pointe des pieds, les danseurs sont en parfaite harmonie et semblent ignorer l’existence du public. Au contraire, ceux de Léo Lérus nous cherchent du regard régulièrement.

Ces spectacles qui seront joués cette saison au Théâtre de la Ville, prennent dans cette nef immense une dimension exceptionnelle et le public a ovationné debout et avec raison, cette performance du Ballet de l’Opéra du Rhin.

Jean Couturier

Spectacle joués les 30 juin,1er et 2 juillet, dans le cadre du Grand Palais d’été.

 


Nous ou le Paradoxe du hérisson, mise en scène et direction artistique de Muriel Imbach

Festival d’Avignon

Nous ou le Paradoxe du hérisson, mise en scène et direction artistique de Muriel Imbach  ( tout public à partir de sept ans)

Trois hommes et deux femmes avancent reliées par une corde. Tous habillés de grandes robes loufoques multicolores. Parents? Amis? Enfin sans doute assez proches et réunis dans une communauté instable à l’image de celles que crée un voyage. Des personnages proches de ceux de Samuel Beckett. Arrive une troisième femme  qui va rebattre les cartes. Et va naître une réflexion joyeuse et autour de la famille: Avec sa compagnie La Bocca della Luna, Muriel Imbach a créé des spectacles à la fois théâtraux et philosophiques pour tout public. 

« J’ai grandi avec un père philosophe qui m’a transmis très tôt le goût du questionnement et du doute. En 2014, je suis tombée par hasard sur un article consacré à la philosophie pour enfants. Il mentionnait notamment l’université de Laval (Canada)  l’une des seules facultés au monde à proposer une formation spécifique dans ce domaine. Le principe est simple et profondément puissant : dès lors qu’un enfant est capable de formuler des phrases, il peut développer une pensée complexe. (…)  Dans Les Tactiques du Tic Tac, nous explorons le temps. Dans Bleu pour les oranges, rose pour les éléphants, il est question de genre. Dans Le Nom des choses, nous traitons du langage. Et dans Nous ou le paradoxe du hérisson :qu’est-ce qui fait famille ? Qu’est-ce qu’être en famille ? Qu’est-ce qui m’arrive quand tout autre arrive ? Quand nous disons « nous », que mettons-nous derrière ce « nous » ? Qu’est-ce qui nous réunit ?

© Sylvain Chaboz

© Sylvain Chaboz

Rien ne se passe vraiment ici que des  choses banales ou dues au hasard. Mais  bien sûr avec un art théâtro-philosophique d’une extrême acuité. Quel objet appartient  à qui, si on choisit de vivre en communauté. Y-a-t-il une limite entre sphère privée et  famille entendu au sens large du mot. Comment peut-on arriver à partager entre six une seule orange posée en équilibre instable sur un tabouret pliant. Etre lié aux autres suppose-t-il d’accepter une possible modification de nos choix de vie?  Que signifie: naître dans une famille unie grâce par les  » liens du sang » ou pas, quand on a été adopté, ou que la mère naturelle est morte. Que veut dire être parent quand on vit dans une famille dite « normale » ou monoparentale, homoparentale, recomposée, ou dans un lieu avec des gens que seul le hasard et la nécessité ont réunis. Avoir des liens biologiques ne veut pas nécessairement dire  qu’ils sont plus profonds et solides…. même si on fait semblant de le croire! C’est tout cela que dit le spectacle avec beaucoup de tendresse et de couleurs burlesques sous une tente faite de cordages aux petites lumières signée Antoine Friderici. Pour dire l’abri, la maison-mère (scénographie de Neda Loncarevic et costumes d’Isa Boucharlat très réussis)

 Parmi les sources de l’autrice et metteuse en scène: Accueillir. Venu(e)s d’un ventre ou d’un pays de Marie-José Mondzain : « Naître biologiquement ne suffit pas. Encore faut-il être adopté. À cet égard, tout nourrisson est un enfant adopté. C’est une autre façon de penser nos liens et d’orienter notre regard. » Lors de nos discussions avec les enfants, nous nous sommes rendu compte qu’ils avaient une vision très fermée de l’adoption. Pour elles et eux, être adopté, c’est avoir été abandonné par ses parents. L’essai de Marie-José Mondzain nous invite à imaginer nos relations, non pas comme des évidences naturelles, mais comme des actes d’accueil. »

 Coline Bardin, Pierre-Isaïe Duc, Linna Ibrahim, Cédric Leproust, Fred Ozier et Selvi Pürro racontent sans insister et avec un solide métier,: gestuelle et diction impeccable cette courte fable qui ne peut laisser indifférent, même si la première partie a du mal à décoller… Oui, vous pouvez y emmener votre vieille tata mais aussi et surtout vos enfants Un spectacle qui aurait bien plus à Zouc ( soixante-seize ans) autrefois formidable actrice et conteuse, elle, aussi, de. nationalité helvétique.

 

Philippe du Vignal

Jusqu’au 11 juillet, Théâtre Benoît XII, Avignon

 

 


Festival d’Avignon L’Hors-Présence, texte et mise en scène de Tiphaine Raffier

Festival d’Avignon

L’Hors-Présence, texte et mise en scène de Tiphaine Raffier

A maintenant à quarante et un ans, une autrice et metteuse en. scène reconnue qui avait travaillé comme actrice avec entre autres, Julien Gosselin, Frank Castorf et Jacques Vincey, a créé Dans le nom, France-Fantôme, La Réponse des Hommes, Némésis. (voir Le Théâtre du Blog).

Cela se passe dans un maison isolée où une jeune femme, atteinte d’une cancer gravement malade est protégée par sa sœur et ses deux frères qui. veillent jour et nuit sur elle. Très consciente, elle a voulu organiser ses derniers jours et, entourée des siens, elle leur a indiqué un flacon et le traitement à lui administrer pour abréger ses souffrances et partir doucement. Mais son message est un peu flou et il y a de la crise dans l’air.  Et ses proches semblent désemparés devant la situation. Pourtant son médecin traitant et la jeune infirmière qui vient la laver tous les jours font leur possible pour que cette jeune femme souffre le moins possible.

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Une scénographie très construite: soit une boîte aux parois vitrées mais qui occupe le seul centre de la grande scène. Mieux vaut ne pas être assis sur les côtés de la salle… dans une grande pièce hyperréaliste: cuisine, une salle à manger-salon avec quelques étagères de livres, un petit canapé et deux fauteuils. A jardin, un haut paravent cache un peu le  lit médicalisé où est toujours allongée la jeune femme.
Comment ne pas être partagé? D’un côté, un spectacle réalisé avec une grande rigueur et d’une belle fluidité, joué par des acteurs qui font tous un impeccable. boulot pendant deux heures et demi,  comme les nombreux techniciens. Puis, la grande boîte vitrée s’ouvre en deux parties et la jeune femme entame un long monologue face public. Le spectacle commence assez bien mais les dialogues sont vite d’une pauvreté affligeante et le scénario part  un peu dans tous les sens.  Les frères et la sœur, personnage mal définis crient souvent sans raison. Tiphaine Rafffier, c’est indéniable, a  les sens de l’image et maîtrise remarquablement l’espace mais gère mal le temps et ces deux heures trente-cinq  qui nous ont paru plus que longuettes…. n’en finissent pas de finir. . Et curieusement, nous n’avons ressenti aucune émotion.
Vieille histoire dans le théâtre contemporain: la metteuse en scène aurait pu nous épargner ces très nombreux gros plans sur grand écran au-dessus du plateau: entre autres,  ceux sur les pieds de la jeune femme allongée. Cet effet devenu stéréotype accablant a été introduit par le metteur en scène allemand Frank Castorf avec lequel justement Tiffaine Raffier a travaillé. Il a depuis a envahi de nombreux plateaux de théâtre et tout à fait logiquement écrase et parasite l’action scénique.  Comme dans le Maldoror de Julien Gosselin à Cour d’Honneur.: le public est constamment obligé de choisir, ce qu’il doit voir en priorité!
D’autant plus dommage que ce thème intéressant aurait pu être exploité sans ces moyens coûteux et dans un temps beaucoup plus limité. Ce  spectacle évoluera sans doute mais pour le moment, impossible de vous le recommander

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 4 juillet, à la Fabrica, 11 rue Paul Achard, Avignon ( Vaucluse).  Jusqu’au 10 juillet.
Puis en tournée, entre autres, à Nanterre.  

 


Le premier homme d’Albert Camus, adaptation d’Élisabeth et Jean-Philippe Bouchaud, mise en scène de Benoît Giros

Le premier homme d’Albert Camus, adaptation d’Élisabeth et Jean-Philippe Bouchaud, mise en scène de Benoît Giros

 1959: Albert Camus travaille beaucoup mais se sent très fatigué. En novembre à Lourmarin (Drôme), il semble avoir retrouvé une énergie créative et écrit une partie du Premier Homme, projet en cours depuis 53 mais interrompu. Ce roman restera inachevé : le 4 janvier 1960,  il est tué dans un accident  au lieu-dit, Le Grand Frossard, à Villeblevin (Yonne) dans la voiture de son éditeur Michel Gallimard. Où se trouvait une sacoche avec le manuscrit. Forte et symbolique, cette image, au début du spectacle: les  feuilles du roman sous le choc, s’éparpillent !

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Dans cette adaptation, Albert Camus (Félicien Juttner), sa mère Catherine (Elisabeth Bouchaud), son instituteur, M. Germain (Emmanuel Dechartre) et un ancien colon d’Algérie, M. Vuillard, (Jean Alibert) qui habite le village où Albert Camus est né, un personnage qui n’existe pas dans le texte original où comme dans une quête, le protagoniste, Jacques Cormery, revient sur son passé pour le comprendre, à la recherche de son père mort à la guerre de 14 et qu’il n’a pas connu: «L’homme enterré sous cette dalle, et qui avait été son père, était plus jeune que lui. » Albert n’a même pas un an, quand Lucien Camus  quitte les siens, mobilisé pour la Première guerre mondiale. Mortellement blessé en septembre 14, il décède le 11 novembre et sera enterré dans le carré militaire du cimetière Saint-Michel à Saint-Brieuc.

Écrit à partir de ses souvenirs, Le Premier homme n’est pas vraiment un roman autobiographique mais l’histoire de Jacques Cormery, la quarantaine mais a de nombreux points communs avec la vie d’Albert Camus : enfance en Algérie marquée par la pauvreté, mort du père à vingt-huit ans, lien très fort avec sa mère, analphabète et presque sourde. Les dialogues entre eux, sont remarquablement interprétés et suscitent une profonde émotion. Le spectacle laisse percevoir avec sensibilité à quel point, cette enfance sans argent et l’école vont être les contextes déterminants dans la  vie de l’écrivain. 

 Pascal Gély

©Pascal Gély

La mise en scène subtile et sans effet spectaculaire, est bouleversante. Parfums, sons et lumières de Bretagne, du Lubéron et d’Algérie imprègnent les diverses situations et offrent une dimension sensuelle au spectacle. Belle scénographie de Luca Antonucci: salon de Catherine avec une commode  et une simple tombe; au centre du plateau, un bloc carré, imposant, tel une sculpture. A la fois mur symbolique et écran pour les vidéos de Thomas Bouvet: magnifiques images du quotidien, ou historiques, témoignant de cette Algérie sous la violence des combats, de la beauté des paysages et de l’accident fatal.
La création-lumières de Philippe Sazerat, exceptionnelle, donne une vibration poétique  à  cette pièce. Jean Alibert, Élisabeth Bouchaud, Emmanuel Dechartre et Félicien Juttner réussissent à créer une tension dramatique exceptionnelle à partir de  l’écriture romanesque de l’auteur. La dramaturgie sous forme de tableaux, évoque les épisodes de l’histoire d’Albert Camus/Jacques Cormery avec un éclairage subtil sur le lien profond qu’il avait avec sa mère, l’absence du père, la guerre d’Algérie, la Justice.
Une histoire, à la fois intime et politique où se croisent les personnages et où nous entrons avec émotion. Nous nous sentons au plus proche avec ce Jacques Cormery /Albert Camus et l’obsession de sa vie : la littérature et un engagement moral et politique: «J’ai choisi l’Algérie de la justice où Français et Arabes s’associent librement. » Mais il mourra avant la signature des Accords d’Évian qui, en 62, mettront fin à cent-trente deux ans de colonisation française et à plus sept ans de guerre. La fin du spectacle, indépendante du roman, laisse entendre l’état où se trouvait alors le pays. La fiction rejoint ici la réalité agitée et cruelle de cette époque  en France et en Algérie.
Un spectacle fort et émouvant où le talent d’écrivain et l’esprit libre d’Albert Camus sont admirablement évoqués par Élisabeth et Jean-Philippe Bouchaud. Le spectacle est programmé dans le off d’Avignon. À ne pas manquer !

 Elisabeth Naud

Spectacle vu le 22 juin au Théâtre de la Reine Blanche, Paris ( XVII ème).

Théâtre Avignon-Reine blanche, 16 rue de la Grande Fusterie, Avignon (Vaucluse), du 4 au 22 juillet, à 20 h. T. : 04 90 85 38 17.


La S.N.C.F. La Honte…

La S.N.C.F. !La Honte…

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La ligne Paris-Clermont vers Aurillac comme celle via Brive, est devenue  célèbre pour ses dysfonctionnements répétés. En avril dernier, le  train Aurillac-Clermont avait été remplacé par un car à cause de travaux sur la voie. Bon.. le car est parti à l’heure exacte : 16 h 03 mais ensuite des travaux sur la route  près de Clermont, le car a dû ralentir et devinez quoi? Le car est arrivé une vingtaine de minutes après le départ du train. Bravo la S.N.C.F.
Bien entendu, aucun accueil en gare de Clermont. Un employé est enfin venu nous dire « attendez quelqu’un ». Quarante minutes à attendre… dans la salle d’attente. Un cadre très aimable nous a dit qu’il allait recevoir les ordres de Paris. Il a aussi regretté de ne pouvoir faire mieux et a précisé que la connexion entre la société de Ter et celle des trains Intercités n’était pas bonne. C’est le moins qu’on puisse dire!!!
Merci la S.C.N.F. C’était pourtant facile de faire partir le car plus tôt. Et dès qu’on ose réclamer, personne n’est jamais responsable. Pareille mésaventure nous était déjà arrivée il y a quelques années avec un TER Aurillac-Clermont qui avait pris du retard. Et nous avions dû dormir à l’Hôtel  des commerçants près de la gare, sans ascenseur et aux chambres  juste propres et sinistres. Et on nous avait servi un dîner chaud mais frugal, qui avait, au moins, le mérite d’exister. Pas de petit déjeuner: le service commençant après le départ du premier train pour Paris !

Alors pourquoi en 2026 se compliquer la vie: les voyageurs concernés se voient offrir un superbe dîner par le cadre en question: un carton avec salade composée  en boîte, bouteille de de 50 cl  marque Eau neuve, deux sablés de Retz,  (pas trois), petite galette au blé complet  et sachet de bonbons Haribo. Quelle générosité! Et l’hôtel? Le même…
Toujours pas d’ascenseur et visiblement, une fête en train de se préparer. A l’accueil, on nous reçoit de façon à peine polie… et on est étonné que nous ne  voulions pas monter nous-même nos valises. Après être allé boire un coup, nous nous sommes allés nous coucher.  Suite du feuilleton: un karaoké commença rapidement juste en dessous des chambres. Impossible de dormir… Réponse après réclamation auprès de la patronne: « Si vous appelez la police, je vous garantis qu’ils ne viendront pas et de toute façon, cela durera encore deux heures mais pas plus. » Vous avez dit élégant?
Devant ma colère, elle a enfin proposé une autre chambre au troisième étage et une employée y a rapporté la valise. Petit déjeuner minable avec  chocolat à peine chaud. Merci la S.N.C.F. .

Après récupération du nouveau billet à la gare, je m’étonnais auprès des employés de ces sacrés dysfonctionnements. Résignés, ils étaient étonnés que je me plaigne, puisque de toute façon, je pouvais regagner Paris avec ce train à l’heure!!! Sans commentaires!!!! Et on m’a fait comprendre que c’était peine perdue de faire une réclamation pour obtenir un dédommagement! Et quand j’ai raconté les conditions d’accueil et demandé pourquoi on n’avait pas droit à être hébergé à l’hôtel Ibis tout proche, nettement plus confortable la réponse a été d’un cynisme absolu: « De toute façon, vous auriez subi les mêmes inconvénients dus au bruit  de cette fête. « 
Pas mal, non? Merci la S.N.C.F. de s’occuper attentivement des naufragés de ses lignes, alors qu’ils n’y sont pour rien, et de faire ainsi de belles économies sur le dos de ce qu’elle appelle maintenant des clients et non plus des usagers.
Le feuilleton de la très basse qualité des voyages  sur ces trajets continue et a augmenté avec la canicule. Un train Paris-Brive annulé et impossible de changer le billet par Internet et trois quart d’heures d’attente au téléphone. Pour un Paris-Clermont le lendemain. Et de nouveau annulation et de nouveau attente de trois quarts d’heure au téléphone. Seule solution proposée prendre le train de nuit Paris-Aurillac. Douze heures mais après tout pourquoi pas?
C’était trop beau et après deux heures de trajet, la charmante contrôleuse vient nous prévenir que la locomotive à Brive était en panne. Et qu’il n’y aurait jamais assez de taxis à Aurillac pour aller nous chercher à la Roquebrou qui sera le terminus à quinze minutes environ! Donc, seule solution possible: comme nos wagons  iront à Rodez, et on nous réveillera vers cinq heures à Figeac (Lot) et là, nous reprendrons un TER pour rejoindre Aurillac. Mais elle nous annonce sans rire que l’heure d’arrivée ( sept heures et demi) sera respectée. Pas mal! Merci la S.N.C.F.
Allez encore une pour la route, un ami a reçu un SMS pour lui annoncer que son voyage Aurillac-Paris deux jours plus tard était annulé pour cause de « défaut de matériel » ( sic). Rebelote Internet inaccessible et trois quarts d’heure au téléphone…
M.Faradou, prédécesseur de M. Castex, a systématiquement privilégié les lignes TGV? Quel intérêt représente en effet la population d’Aurillac? Et les réclamations des maires et députés sont restées lettres mortes. Vous avez dit lamentable?  Et comment font les gens pas très au fait du numérique. Téléphoner? Oui, mais à condition de ne pas être pressé?Aller se faire aider à l’antenne de France-Services? A condition de ne pas être loin! Une situation lamentable et indigne d’un pays comme la France. Qu’en pense M. Castex?  Quelles mesures compte-t-il prendre pour qu’au moins les clients, puisque, clients, il y a, soient traités correctement et vite quand il y a un pépin. Nous attendons sa réponse avec impatience. Et que M. Macron ne s’étonne pas ensuite que les électeurs des campagnes se tournent alors vers le F.N.  (Nous savons ce dont nous parlons) quand il y a une telle défaillance de l’État! Bizarre, on n’ jamais vu M. Castex sur ces lignes défavorisées… Il y a quelques années, au moment des retours de vacances, un train n’avait pu partir d’Aurillac à cause d’un conducteur manquant à l’appel. Impossible de loger autant de monde y compris des enfants et la Préfecture avait alors mis en place un car pour rejoindre Paris de nuit.  Quel mépris, quelle inintelligence  de la part de la S.C.N.F  qui avait commis une faute très grave et sans aucune excuse.
En tout cas, si vous allez au festival d’Aurillac, privilégiez n’importe quel autre moyen de transport et évitez absolument de prendre le train . N’ayez aucune confiance dans les horaires de la S.N.C.F. ! A méditer: Avec la S.N.C.F., j’ai la sensation de me faire rouler dans la farine.  Une phrase de Xavier Bertrand qui se définit comme « un gaulliste social, d’une droite sociale et populaire ».

Philippe du Vignal


La Vie parisienne de Jacques Offenbach, livret de Henri Meilhac et de Ludovic Halévy, mise en scène de Valérie Lesort avec la troupe de la Comédie-Française

 

La Vie parisienne de Jacques Offenbach, mise en scène de Valérie Lesort avec la troupe de la Comédie-Française

Même en soirée, les températures caniculaires soumettent les corps à rude épreuve, malgré la climatisation du théâtre: les comédiens, danseurs et chanteurs, ont des costumes et des prothèses d’une richesse et d’une exubérance rarement observées dans les récentes créations de ce chef d’œuvre. « Comment dépeindre ces hommes qui n’ont pour objectif que le pouvoir et le sexe ? dit Valérie Lesort. Et ces femmes prêtes à se vendre entièrement et joyeusement, mues par le seul appât du gain ? Plutôt que d’édulcorer le propos, je l’ai exagéré et j’ai  suivi l’exemple de Jean  de la Fontaine, du dessinateur Grandville : assumer le non-assumable en poussant le trait, dénoncer en riant, aller vers le côté primitif de l’humain, vers son animalité. « 

Et, dès le premier acte, Bobinet (Benjamin Lavernhe) et Gardefeu (Baptiste Chabauty), vont, chacun, voir Métella, leur maîtresse commune (Elsa Lepoivre), et  s’interpellent, Nous étions copains comme cochons » et disent d’elle,: « C’est une pintade, une petite dinde, elle nous trompait .» L’axe de cette mise en scène: les hommes seront des porcs et les femmes, des poules!  « Les interprètes de la Comédie-Française ne sont pas des chanteurs lyriques, souligne la directrice  musicale Alexandra Cravero. Ce sont des acteurs qui chantent. Et on a osé la transposition, parce que les airs de La Vie parisienne avaient justement été créés pour des comédiens. »

© Thomas Amouroux

© Thomas Amouroux

Cette pièce est donc jouée dansée et chantée par la troupe. L’harmonie vocale n’est sans doute pas parfaite, qu’ importe… Mais la performance vocale de Marie Oppert (Gabrielle, la gantière) a été très remarquée. Nous connaissions déjà le beau timbre de voix de Véronique Vella ( excellente Pauline). Et Benjamin Lavernhe- Jérémy Lopez et Elsa Lepoivre s’en sortent très bien; sa voix, à elle, ressemble à celle des chanteuses à texte des années soixante.
Le couple: la baronne de Gondremark (Yoann Gasiorowski) et le baron (Christian Hecq) fonctionne parfaitement. Lui, comme à son habitude a un corps qui parle et il le transforme en personnage farcesque, absolument ridicule. Il accompagne ses mots qui le traduisent ce fêtard libidineux!  « Les petites poulettes, comment sont-elles? »
La mise en scène à un rythme rapide et la folie jubilatoire des acteurs, emportent le public. Eric Ruf a imaginé un scénographie qui nous fait voyager de la gare des Chemins de fer de l’Ouest, à plusieurs lieux parisiens. Les costumes de Vanessa Sannino sont des chefs-d’œuvre de haute couture. Les prothèses, volumes et marionnettes conçue par Valérie Lesort et Carole Allemand  -une belle  réussite- accentuent le côté caricatural des personnages. Tout ici est réalisé jusqu’au détail près, entre autres, les faux-culs et jabots des poulettes et les petites queues de nos semblables, les porcs masculins.
Nous reconnaissons tous les airs de La Vie parisienne, véritable standards de l’opéra-bouffe, “Je suis Brésilien, j’ai de l’or » (…)   » Je suis veuve d’un colon… , Il est gris tout à fait gris, … , je vais m’en fourrer jusque là” . « Tout tourne tout danse” à la fin de l’acte III et à celle de l’acte IV avec « Par nos chansons et par nos cris, célébrons Paris …. Et voilà la vie parisienne  ». Et Valérie Lesort a conçu des images proches d’orgies romaines. Ce spectacle est aussi une formidable réussite collective et. viendront saluer tous les personnages, ensuite celles des techniciens-plateau, puis celles des danseurs et chanteurs.

Jean Couturier.

Jusqu’au 11 juillet, Théâtre du Châtelet, 1 place du Châtelet Paris ( Ier). T: 0140 28 28 40.


Les deux Frères et les Lions d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, mise en scène de Vincent Debost et de l’auteur

Les deux Frères et les Lions d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, mise en scène de Vincent Debost et de l’auteur

Une reprise de cette pièce jouée des centaines de fois depuis douze ans (voir Le Théâtre du Blog). C’est l’histoire exceptionnelle de jumeaux écossais: David (1934-2021) et Frederick Barclay, lui, encore vivant. Nés dans une famille très pauvre, ils ont douze ans quand leur père meurt et, pour vivre, ils vendent The Daily Telegaph dans la rue… Ils travailleront ensuite comme aide-comptables à la General Electric. Puis, ils trouveront des boulots de peinture et, en 62, ils achètent d’anciens bureaux, les transforment en appartements, les revendent puis font de juteux placements immobiliers. Ils acquièrent aussi l’Howard Hotel.

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Vingt ans plus tard, insatiables, ils rachètent des entreprises, entre autres,  le groupe de transports et de brasserie Ellerman. En 92, ils s’emparent du groupe du Telegraph... Ce journal  que gamins, ils vendaient. Une belle revanche: «Nous étions pauvres. Alors, nous avons décidé de devenir riches. Très riches. Suffisamment riches, pour que plus personne ne nous regarde de haut. «  En 95, ils achètent l’hôtel Ritz et seront anoblis par la Reine cinq ans plus tard, pour leur soutien aux plus démunis et à la recherche médicale.

 Deux années avant, ils avaient acheté la petite île anglo-normande de Brecqhou, dépendant de Sercq, un autre île proche. Et ils y feront construire un château style néo-gothique, et même planter à côté, quelques vignes! Mais, retour de manivelle pour ces hommes d’affaires pourtant rodés, le droit normand, toujours en vigueur, survivance du système féodal hérité de Guillaume le Conquérant… qu’ils ignoraient, interdit la transmission par héritage aux femmes. Et, comme ils ont chacun une fille, leur immense fortune et ce château risquent de tomber aux mains de l’Etat qu’ils détestent. Ce qu’ils ne veulent à aucun prix.

Sous la pression des Barclay, Sercq veut se mettre en conformité, avec la Convention européenne des droits de l’homme. En 2008, première élection dans l’île! Les vingt-huit membres du conseil législatif dont certains soutenus par les frères Barclay, veulent supprimer cette mesure féodale… Mais ils ne remportent que cinq sièges à cette élection! Alors, tombe la première mesure de rétorsion contre la centaine d’habitants qui ont voté contre le changement de loi: les frères Barclay, propriétaires de la majorité des hôtels et restaurants, vont sans aucun état d’âme, les fermer et donc mettre environ cent-quarante habitants au chômage… Ces hommes d’affaires expérimentés mèneront une lutte acharnée avec leurs avocats grassement payés, pour trouver la faille et réussiront à faire modifier le Droit. Après avoir porté l’affaire devant la Cour européenne, ils finissent donc par gagner…

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L’auteur, acteur et co-metteur en scène Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre a écrit une pièce sur cette incroyable histoire pour, au delà de l’anecdote, dénoncer les méfaits du capitalisme et du libéralisme. Oui, Mais le frère Barclay, encore vivant, porte plainte pour atteinte au respect de la vie privée et diffamation. Il essayera de faire interdire cette satire socio-politique, coproduite suite à une commande de Mona Guichard, directrice de la Scène Nationale de Cherbourg. Ecrite par Heidi Tillette de Clermont-Tonnerre, avec l’aide de Sophie Poirey, maître de conférences, spécialisée en droit coutumier normand à l’Université de Caen-Normandie.
« La pièce est une fable satirique sur le capitalisme, dit leur avocat Olivier Morice, et rien ne peut justifier les accusations d’atteinte au respect de la vie privée et de diffamation. 
On exige l’interdiction de la pièce, de la vente et des dommages et intérêts de 100. 000 € !  »
On a voulu nous faire taire, dit aussi l’auteur. Mais c’est une œuvre de fiction. Je me suis inspiré de personnages réels  et tout est inventé. » Aucune attaque n’a jamais été portée contre la famille Barclay dont la plainte sera heureusement rejetée en 2019 par le tribunal civil de Caen… Sinon, cela aurait été toute la liberté d’expression sur une scène et ailleurs qui était mise en cause. 

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En une heure et quelque, Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre et Lisa Pajon racontent avec le panache et la distance nécessaires, cette réussite financière exceptionnelle aux multiples rebondissements, fruit du travail et de la ténacité des Barclay, mais qui a aussi des zones d’ombre et  de scandales. Une fable très caustique mais pleine d’humour comme on les aime, genre théâtre d’agit-prop, aux dialogues étincelants, d’une incomparable drôlerie et remarquablement jouée.
Il y a juste deux fauteuils en cuir vaguement Louis XIII, une table basse couverte de marbre avec théière, tasses, boîte à sucre, et derrière, un écran où sera projeté une fragment de la très fameuse tapisserie La Dame à la licorne qu’on voit parfois ironiquement hocher la tête, quelques photos noir et blanc d’un groupe d’enfants pauvres vendeurs de journaux,  et des enfilades de rues à Londres vers les années cinquante… Les frères, en survêtement ridicule d’un bleu-vert électrique (rien à voir avec les costumes/cravate violette des vrais Barclay!) servent le thé au public, avec scones, et confiture après avoir accueilli le public, en chantant dans le hall du Théâtre de l’Oeuvre
Un spectacle simple, magistralement interprété et sans aucune prétention. Et tout à fait réjouissant. Nous aurons une pensée pour Lugné-Poé, fondateur de ce théâtre. En 1896, il y avait créé Ubu-Roi d’Alfred Jarry… Les deux Frères et les Lions lui auraient sûrement plu. 

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Oeuvre,  55 rue de Clichy, Paris (IX ème). T. : 01 44 53 88 88.


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