MEFISTO FOR EVER par Philippe Du Vignal

Le spectacle qui avait été joué en Avignon est repris en ce moment au Théâtre de la Ville à Paris ; c’est le premier volet d’un triptyque mis en scène par Guy Cassiers, metteur en scène anversois qui comprend aussi Wolfkers d’après trois films du cinéaste russe Alexandre Sourov   sur l’exercice du pouvoir d’Hitler, Lénine et Hirohito, et enfin Atropa, d’après Euripide, Eschyle et… Bush, également présentés au début du mois d’octobre.

Guy Cassiers a passé commande d’un texte à Guy Lanoye, écrivain flamand qui a écrit une pièce à partir du fameux roman de Thomas Mann, Méphisto qu’avait adapté  avec beaucoup de succès Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil. Klaus Mann y  évoque la montée inexorable du nazisme avec une sorte de mise en abyme de Gustav Grundgers, acteur et metteur en scène qui, bien conscient de la situation, choisit cependant de ne pas choisir et veut , quoiqu’il en coûte ,  de résister et de sauver son théâtre, en estimant qu’il est plus difficile de pactiser plutôt que de s’enfuir. Bien entendu,  les relations avec ses comédiens au cours des répétitions de Tchekov deviennent de plus en plus difficiles et c’est à partir de cette trame authentique que Tom Lanoye a écrit un texte au scalpel, d’une grande force dramatique.La première partie est parfois un peu bavarde et lente, mêlant extraits de Tchekov , de Skakespeare et scènes de la vie quotidienne d’un grand théâtre à l’heure de la tourmente, bref le théâtre dans le théâtre, ce qui n’est pas vraiment neuf et frise un nouvel académisme avec des grossissements vidéos du visages des acteurs installés u statiquement dans la pénombre. Mais comme la mise en scène et la scénographie – on devine que Cassiers comme beaucoup de metteurs en scène contemporains est sorti d’une académie des Beaux-Arts- sont tout à fait remarquables et que tous les comédiens sans exception possèdent une force de jeu et un métier d’une sensibilité et d’une intelligence que l’on voit rarement, on se laisse malgré tout entraîner. La seconde partie, plus sobre   avec des projections vidéo plus fortes atteint la quasi perfection, surtout dans le dernier discours où il y a une unité prodigieuse entre le texte, l’image, le jeu des des deux comédiennes en surimpression et la bande-son; c’est plutôt rare au théâtre où ,en général, la vidéo est employée le plus souvent sans aucune justification et sert de cache-misère à une dramaturgie médiocre; ici, au contraire, le spectacle mis en scène par Guy Cassiers atteint une dimension tragique, parce qu’il a réussit discrètement par petites touches subtiles à recréer le chaos monstrueux né de la rencontre entre pouvoir politique et manipulation artistique.On sait depuis longtemps que les Flamands , que ce soit en danse ou en théâtre ont un savoir faire artistique et un sens de l’image indéniables mais cette fois-ci, on se demande qui, en France, atteindrait ce niveau d’exigence.

 

Un grand merci au passage à Gérard Violette et  Emmanuel Demarcy-Motta de l’avoir invité; le spectacle tourne un partout en France,ne le ratez surtout pas.

 

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