Rêve d’automne, de Jon Fosse, traduction de Terje Sinding, mise en scène de David Géry par Philippe Du Vignal

 Rêve d’automne, de Jon Fosse, traduction de Terje Sinding, mise en scène de David Géry 

La pièce de Jon Fosse ,auteur norvégien joué dans de nombreux pays,avait été montée il y a deux ans par René Loyon mais la mise en scène, malgimage2.jpgré la présence de Jean-Claude Durand ,ne fonctionnait pas vraiment, en grande partie à cause d’une scénographie et d’une direction   d’acteurs assez chaotiques. On connait aussi Jon Fosse ,par les mises en scène de Jacques Lassalle et de Claude Régy, mais à chaque fois, le courant passait mal et l’ensemble dégageait un ennui profond. Ici la mise en scène de David Géry est simple, lumineuse et comment dire les choses, d’une très grande qualité…
  Le scénario n’en est pas vraiment un: un homme est assis sur un banc, en automne dans un cimetière, et il rencontre un femme ; il se regardent et se reconnaissent, ou semblent se reconnaitre; Jon Fosse sait comme personne brouiller les pistes. Elle, comme les autres, n’a pas de nom, c’est « la femme »;    elle est simplement de passage dans la ville, on ne saura jamais pourquoi. Lui, a une femme et un enfant. Débute alors une histoire d’amour dans ce cimetière,parmi les tombes. Mai ses parents, puis sa femme , arrivent pour enterrer sa grand-mère. Son fils, nous dit l’épouse, est à l’hôpital et va sans doute mourir.
Mais les personnages ne se racontent pas et disent des choses banales ,comme on en  dit dans les enterrements entre personnes qui ne se connaissent pas ou plus, pour ne froisser personne ni les vivants ni les morts qui sont ici chez eux après tout…. Mais ce n’est évidemment pas par le langage mais par les silences et les ruptures de ton que les sentiments s’expriment, et en particulier l’indicible, ce que l’on se cache à soi-même et aux autres et que le public savoure en voyeur et en écouteur impénitent comme dans tous les bons spectacles.

  Un homme et une femme se retrouvent; se sont-ils connus autrefois, rêvent-ils leur vie comme des fantômes en mélangeant tout : le passé déjà ancien et le présent le plus récent, comme s’ils étaient en proie à cette sorte de démence que l’on dit frontale, souvent silencieux, en proie à une mélancolie  profonde, sans véritable identité. On ne le saura jamais.Ils sont simplement là devant nous à dire des mots insignifiants qui nous révèlent pourtant le plus profond d’eux-mêmes..
  David Géry dit justement que Jon Fosse « sait d’un instant à l’autre plonger dans l’intimité de notre âme et à nous confronter dans la seconde qui suit, à une situation des plus burlesques » . Et c’est vrai qu’il y a dans le texte de Jon Fosse, des scènes qui rappellent  Labiche ou Feydeau: la mère  fait connaissance brutalement d’une femme qu’elle pense être la nouvelle épouse de son fils, laquelle se prête au jeu, et  commence à bavarder avec elle, comme si elles se connaissaient depuis  longtemps. Ce que David Géry sait rendre avec beaucoup de maîtrise et de force, c’est cette relation curieuse qu’ont les personnages entre eux,dans un mélange étonnant de mélancolie et d’humour, où la mort n’est cependant  jamais  loin et où le Temps, celui d’apprendre à vivre, à se souvenir et à essayer d’apprivoiser la mort, la sienne et celle des autres, est finalement l’objet essentiel de la pièce.
Même si Rêve d’automne a tendance, dans les quinze dernières minutes, à patiner un peu, on a l’impression de se trouver devant un très beau texte, magnifiquement servi, . Irène Jacob, Yann Colette, Judith Magre, Simon Eine, Gabriel Forest: chaque rôle est tenu au plus serré; on peut chercher, il n’y a aucune erreur. Et le décor de Jean Haas , comme la musique de Jean-Paul Dessy sont d’une sobriété et d’une efficacité exemplaire.
  Pour la rentrée de l’Athénée-Théâtre Louis Jouvet, Patrice Martinet aura réussi un beau coup.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Athénée jusqu’au 18 octobre, puis le 23 octobre au Phénix de Valenciennes en novembre ,  Scène nationale de Chalon-sur-Saône, puis à la Comédie de Picardie à Amiens en novembre.

 


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Un commentaire

  1. Léris dit :

    Tout ça me semble être de la publicité pour David Géry, qui n’est quand même pas, loin s’en faut, un de nos grands metteurs en scène ! Dire que la mise en scène de Régy dégageait un ennui profond est totalement imbécile et scandaleux ! Quant à Jacques Lassalle, c’est un homme de très grand talent.
    Tentez d’être honnête, Philippe du Vignal.
    Michel Léris

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