A la mémoire d’Anna Politkovskaïa, texte et mise en scène de Lars Norén par Philippe du Vignal

 

      Cela se passe dans un pays non indiqué  qui pourrait être quelque part en Afghanistan, en Russie ou en Tchétchénie, avec des enfants livrés à eux-mêmes qui sont la proie des adultes, et qui essayent de survivre, malgré la prostitution, la vie dans la rue, la faim, la peur et le désespoir le plus radical. Les adultes,qui n’hésitent pas à mettre leurs enfants sur le trottoir,  eux, ne sont guère en meilleur état, sales, sans un sou, et drogués, tous mêlés à des histoires pas très propres.Les gens du pays ne sont guère mieux les représentants des pays étrangers et Lars Norén ne se prive pas de détails,de ceux que l’on ne voit jamais ou fugitivement sur nos écrans de télévision. Les coups, les viols sont là devant nous, obscènes au sens étymologique du mot: bref, les hommes sont les victimes préférées d’autres hommes: cela, on le sait depuis l’Antiquité, cet « anéantissement de l’humain » comme dit Norén, et cette absence complète de sens moral ne sont  malheureusement pas neufs. Oui, mais comment dire ces choses innomables au théâtre,  c’est là où les choses se compliquent.  Chacun sait que l’enfer scénique, même pavé des meilleures intentions, est des plus difficiles à réaliser. Le texte et les dialogues de Norén ne sont pas les meilleurs que ce très bon dramaturge suédois ait écrits; par ailleurs, imaginer une scénographie où tout est noir, y compris les feuilles de papier qui jonchent le sol, avec une lumière crépusculaire, a quelque chose d’assez naïf.Et l’on a peine à croire ces scènes qui se voudraient réalistes! Comme si l’horreur n’existait pas sous un soleil brillant et sur le sable des plages… Par ailleurs-cela s’améliorera sans doute un peu- la direction d’acteurs et la mise en scène de Norén semblent souvent hésitantes et même le grand Nicolas Struve ne semble pas à l’aise. Il y a cependant quelques moments forts, grâce à la présence des deux jeunes actrices Agathe Molière et Clara Noël dans le rôle de jeunes garçons. Mais les deux heures du spectacle semblent bien longues…Pour les admirateurs inconditionnels de Norén, les autres peuvent essayer d’aller voir Le Cirque invisible de Jean-Baptiste Thierrée au Théâtre du Rond-Point. C’est moins prétentieux et plus réjouissant….

Philippe du Vignal


Théâtre des Amandiers de Nanterre jusqu’au 23 octobre.

 


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