ivanov de Tchehov, mise en scène de Philippe Adrien par Philippe du Vignal
Tchekov, après des dizaines de nouvelles qui lui permettent de gagner un peu d’argent aussi vite dépensé pour les besoins de sa famille, écrit Platonov, qu’il oublie assez vite, puis adapte deux de ses récits En automne qui deviendra Sur la Grand route qu’avait monté de façon remarquable, le grand Klaus-Michael Gruber il y a une vingtaine d’années ; à la suite d’un défi lancé par le directeur d’un théâtre de Moscou, Tchekov écrit en quelques semaines Ivanov, une pièce tragi-comique, dont le héros, petit propriétaire terrien se laisse aller et ne fait rien pour rembourser ses lourdes dettes. Sa femme, Anna Petrovna va le surprendre en train d’embrasser une jeune femme Sacha et lui reproche de l’avoir épousée par intérêt mais elle mourra peu de temps après . Veuf, il s’apprête ,un an après, à se remarier avec Sacha, ce que n’approuve pas du tout son père qui ne sent pas bien les choses. Effectivement, Ivanov, lui aussi, dissuade la jeune femme amoureuse qui voudrait à tout prix le sauver;à trente ans, surmené, épuisé, il ne semble avoir plus goût à rien et pense que » l’amour est une fadaise » et qu’il introduit partout où il va, » un ennui de plomb et le dégoût de la vie » … Le repas de mariage est déjà prêt, la fiancée est prête mais elle a une violente dispute avec le médecin à qui elle reproche de lui envoyer des lettres anonymes, et une conversation avec Ivanov qui tourne au réglement de comptes; bref, l’étau se referme et Sacha comprend qu’il n’y a qu’une porte de sortie pour Ivanov,empêtré dans ses contradictions et son mal-être; dans une première version de la pièce, il meurt d’une crise cardiaque, dans la seconde, il se tue d’un coup de revolver, en disant simplement: « Il faut savoir partir à temps! Merci Sacha ».
La mise en scène qu’ a imaginée Adrien est des plus classiques , sans doute un peu trop sage, malgré des innovations qui n’apportent rien à la pièce comme ces pantins dans le fond de la scène, et cette machine/ sculpture sans doute inspirés de Kantor, ou encore cette débauche de fumigènes aussi inattendue que stupide.Le décor de Jean Haas est gris , Dieu sait pourquoi, comme s’il fallait souligner la tristesse de la pièce et des personnages. On a surtout l’impression qu’ Adrien-pressé par le temps? – n’a pas vraiment dirigé ses comédiens- la distribution est trop inégale, malgré la présence de Scali Delpeyrat , Jean-Pol Dubois, Etienne Bierry ou Alexandrine Serre. Mais chacun joue un peu de son côté d’où cette impression de flou, de manque de rythme . Il y a pourtant de très belle scènes surtout celles entre Ivanov et Anna, ou entre Ivanov et Sacha…
Bref, c’est une mise en scène honnête sans aucune nuance péjorative; Ivanov est moins décevant que La Mouette que Philippe Adrien avait monté l’an passé mais l’on reste un peu sur sa faim.
Philippe du Vignal
Théâtre de la Tempête- Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 9 novembre

1790, quand il sortira de prison. Il y a là sa femme , sa belle-mère, et sa belle-soeur, deux amies ( Hélène Alexandridis, Marilu Marini, Isabelle Mazin, Myrto Procopiou et Anne Sée , toutes remarquables,et une servante jouée par un comédien Alain Catillaz, sans que l’on ne voit ni entende jamais le célèbre marquis. En fait toute la pièce tourne autour de la figure assez énigmatique de la Marquise de Sade qui soutiendra socialement et moralement son mari, alors qu’on lui apprend tout de sa vie passée mais qui refusera de le revoir, quand il deviendra libre. Sans doute, par peur, dix huit ans après de ne pas retrouver le jeune et bel homme qui l’avait été.La pièce de Mishima , plus de quarante ans après son écriture garde toute sa solidité, en dépit de quelques longueurs Mais ce qui frappe dans ma mise en scène de Vincey, c’est la maîtrise de sa direction d’acteurs qui possède une rare unité.On ne voit pas très bien pourquoi il a demandé à un homme de jouer la servante, ni pourquoi il a affublé ses comédiennes de robes à panier montées sur roulettes, ce qui n’apporte ni ne signifie pas grand-chose Malgré ces réserves, cette madame de Sade mérite le détour: c’est devenu si rare de voir un ensemble de personnages aussi bien interprété.