Scènes étrangères à Paris par Irène Sadowska Guillon Avant la séance de cinéma – Cabaret russe- L’opéra paysan

Avant la séance de cinéma – Cabaret russe de Yuri Pogrebnitchko Théâtre Okolo Stanislavskogo de Moscou
et L’opéra paysan de Béla Pintér Théâtre Szkené de Hongrie

 

Ce n’est pas que le théâtre français aille mal, même si parfois on en doute au vu de certains spectacles étrangers qui émaillent cette rentrée théâtrale.
C’était au Théâtre de la Ville, du 19 septembre au 10 octobre, un grand moment de théâtre avec La trilogie du pouvoir du metteur en scène néerlandais d’Anvers Guy Cassiers qui réinterprète l’histoire avec le regard et les moyens scéniques d’aujourd’hui, donne une grande place au texte littéraire traité avec une immense inventivité scénique,  scénographique, sonore dans l’agencement de la mise en scène.
C’était aussi deux pures merveilles de théâtre musical : un spectacle russe Avant la séance de cinéma – Cabaret russe de Yuri Pogrebnitchko, du 13 au 18 octobre, dans un petit théâtre, l’Atalante, et L’opéra paysan spectacle en hongrois de Béla Pintér du 16 au 21 octobre au Théâtre de la Cité internationale dans le cadre du Festival d’Automne. Tous les deux, tels des étoiles filantes, programmés seulement pour cinq ou six représentations, laissent une trace lumineuse dans le firmament théâtral parisien partagé entre la pesante gravité, le télescopage des messages et des discours et la frivolité des divertissantes comédies à trois sous.
Avant séance de cinéma – Cabaret russe, spectacle en français et en russe de Yuri Pogrebnitchko qui inscrit dans une ambiance de cabaret le récit Le sermon aux railleurs de William Saroyan, écrivain américain d’origine arménienne. L’histoire d’Aram, qui part chercher fortune à New York, racontée avec simplicité, une certaine naïveté et humour. Faute de fortune trouvera-t-il au moins le salut ? Trois musiciens, deux acteurs et une extraordinaire comédienne chanteuse jouent avec virtuosité d’un surprenant registre de tons, de rythmes et d’émotions. Romances russes, chansons populaires, tangos, danses endiablées, qui tissent une mosaïque musicale émaillée d’humour, de gags fins, de moments comiques dans la lignée du cinéma muet.
Même énergie, investissement total et maîtrise du jeu chez les acteurs chanteurs et musiciens dans L’opéra paysan de Béla Pintér. Un décor simple, quelques éléments : chariot, outils, banc, pour signifier un village. Alors qu’on doit célébrer deux mariages arrangés surgissent de vieilles histoires secrètes, sordides, les souvenirs refoulés d’un meurtre rappelant Le malentendu de Camus – des parents qui tuent un voyageur pour s’emparer de son argent sans reconnaître en lui leur fils parti et rentré riche au pays. Une parfaite osmose du tragique et du comique dans le langage trivial, rustique, cru et dans les situations où le sordide, l’atroce, le dérisoire, le farcesque s’imbriquent.
Tout cela inscrit dans une partition de Benedek Darvas, composée de musiques populaires transylvaniennes, des chants traditionnels qui deviennent des arias et des récitatifs inspirés par la musique baroque pour cordes, interprétée sur scène par des musiciens intégrés dans l’action. Excellente fluidité de l’enchaînement des séquences avec des flash-back dans le passé, maîtrise des ruptures de rythme, du registre du jeu, du chant, des situations et des mouvements chorégraphiés.
Ne ratez surtout pas ces deux compagnies à leur prochain passage à Paris ou en région.

Irène Sadowska Guillon

 

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