Un jeu d’enfants de Martin Walser, mise en scène de Julie Timmerman.


  La pièce de  Martin Walser *, écrivain allemand, 85 ans au printemps prochain, longtemps proche du parti communiste, est connu depuis les années 50, pour ses nombreux romans et nouvelles mais a été très critiqué récemment pour avoir, disent ses adversaires, donner du crédit aux thèses négationnistes, parce qu’il avait déclaré nécessaire de tourner la page des cimes nazis. Walser a écrit aussi quelques  pièces dont , entre autres, Le Cygne noir, Chêne et lapins angora que monta autrefois Georges Wilson( le papa de Lambert) avec le grand Dufilho, quand il était directeur du T.N.P., et  Un Jeu d’enfants.
  Cela se passe dans une maison de campagne où se sont donnés rendez-vous Asti, sa soeur Billie, et leur père, Gérald,  accompagné de sa nouvelle épouse. La première partie de la pièce est une sorte de  duel amoureux entre frère et soeur qui jouent aussi à être papa et maman, et qui font le procès de leur père. Lui manie un revolver avec la ferme intention de s’en servir assez vite, et entraîne sa soeur dans son délire  et décident de le condamner à mort.                                                                                                                                                               
             Justement,  cela tombe bien, le père arrive flanqué d’Irène.
 Asti- on le comprend assez vite est un jeune homme déterminé, rusé, qui parle beaucoup et qui a visiblement des comptes à régler avec son père ( la mère serait morte si l’on en croit l’article de journal qu’il montre à Billie), mais aussi avec lui-même et la société bourgeoise. Bref, la vengeance est au rendez-vous ; Gérald, lui, joue les pères calmes et sûrs d’eux qui essaient de maîtriser les choses dans l’intérêt de tous en négociant avec son fils, dont la révolte faiblira assez vite. Le coup de feu partira quand même sans tuer ni blesser personne. Et les choses rentreront finalement dans l’ordre.
  La mise en scène de Julie Timmerman est intelligente et rigoureuse, et l’on voit vite qu’elle sait diriger ses comédiens: Aurélie Babled ( la fille) comme  Guillaume Marquet ( le fils) sont tout à fait crédibles, et ont une très belle gestuelle ( surtout elle). Pascal Martin-Granet et Olivia Dalric qui arrivent dans la seconde partie de la pièce ont plus de mal à s’imposer. Julie Timmerman a cru bon de mettre sur scène  trois musiciens rock  (une basse, une guitare et une batterie) et de faire danser de temps à autre les personnages:  ce n’est pas sans doute pas la meilleure idée du siècle, parce que cela casse le rythme de la pièce qui pèse déjà son poids… Il y a du 1968 dans l’air- la pièce date de 69 et impossible de se tromper elle est bien datée 69! -, avec tous les thèmes à la mode  de l’époque (révolte des jeunes, contre l’ordre établi, valeur du symbole, passage à l’acte, etc..) qui ont été à la base de nombreux spectacles  et une vague teinture de théâtre dans le théâtre,mais disons que Walser ne fait pas trop dans la légèreté!  Quant à Julie Timmerman, on ne saurait trop lui conseiller de mieux choisir ses textes- cela s’apprend et elle a le temps- mais elle possède déjà un incontestable métier.

Philippe du Vignal.

Dans le cadre du Festival Un automne à tisser en coréalisation avec le Théâtre de l’Epée de Bois jusqu’au 2 novembre; le spectacle sera repris au Théâtre Confluences en janvier.

 

 

* Note à benêts: ne pas confondre avec Robert Walser, cet excellent écrivain suisse -que Musil admirait beaucoup- né en 1878 et mort dans la neige le jour de Noël 56, après avoir fugué d’un hôpital psychiatrique, qui écrivit notamment ce beau roman Les enfants Tanner.


Archive pour 2 novembre, 2008

Electronic City, de Falk Richter, mise en scène de Cyril Teste

ecitypjadjedj01.gif Electronic City de Falk Richter, mise en scène de Cyril Teste

  Cela se passe entièrement dans des lieux anonymes, sans véritable identité, qu’ils se situent à Tokyo, New York, Rome ou  Amsterdam: halls d’aéroport, chambres d’hôtels internationaux de la chaîne Welcome home, où se croisent, sans vraiment se rencontrer, des hommes d’affaires, un cinéaste , de jeunes femmes intérimaires dans des boutiques.
Comme les lieux, banals aussi sont ces jeunes  hommes e
t femmes qui, le plus souvent, monologuent, jouent constamment avec leur identité et commentent leurs moindres faits et gestes  qui sont relayés par de très belles images vidéos en gros plan, voire de détail, uniques ou multipliées par trois, accompagnées d’une musique de Nihil Bordures qui réussit à  créer un univers générateur d’angoisse et de stress.
Une fois n’est pas coutume, la vidéo, grâce à la mise en scène au scalpel de Cyril Teste, donne au monologue (traduit de l’allemand) d’un des personnages  une dimension conceptuelle très forte, comme au corps vivant des personnages une incarnation esthétique et plastique très forte, obscène au sens étymologique du terme. Ce qui fascine avec juste raison le public, d’autant plus que les comédiens sont tous remarquables, en particulier,  Pascal Réneric et Servane
Ducorps.
Falk Richter réussit à dire tout leur mal-être de gens qui ne savent plus trop où ils en sont de leur esprit comme de leur corps, ballottés au gré des vols internationaux , rivés à leur portable, perturbés par les incidences que pourrait avoir le  moindre retard. Mais dans cet univers aseptisé où les sentiments semblent avoir presque disparu, il y a parfois un petit miracle, nous dit Richter à la fin de sa pièce: Tom et Joy , d’abord murés dans leur solitude,finiront par  être attirés l’un vers l’autre et vivre une histoire d’amour.
Ce que dit Richter n’est pas bien neuf  (JacquesTati dans un autre style, Jean-Luc Godard, etc..) et ses dialogues sont souvent bien minces. Il devient vite évident que cette révélation réaliste du vivant le plus banal ne pourrait pas fonctionner scéniquement sans ces images , et il faut rendre hommage à la scénographe Elisa Bories, au créateur des lumières( ah! les jeux de toute beauté sur le noir et le blanc! ), à Julien Boisard le scénographe,  comme au chef opérateur Michel Lorenzi  qui a mis en place  un réseau de caméras qui donnent au spectacle toute sa dimension.
Cet Electronic City participe finalement autant des arts plastiques, par le champ visuel  et temporel (75 minutes) que Cyril Teste  réussit à imposer, que du théâtre traditionnel.Le travail de ce jeune metteur en scène qui n’en est pas à son coup d’essai, frappe par son unité, et est  aussi beau et intelligent que  celui des meilleurs spectacles de Bob Wilson, quand il ne s’était pas encore auto-académisé. Christophe Rauck , le nouveau directeur de Saint-Denis a bien eu raison de l’inviter.

Philippe du Vignal
Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis jusqu’au 2 novembre.

 

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