Electronic City, de Falk Richter, mise en scène de Cyril Teste

ecitypjadjedj01.gif Electronic City de Falk Richter, mise en scène de Cyril Teste

  Cela se passe entièrement dans des lieux anonymes, sans véritable identité, qu’ils se situent à Tokyo, New York, Rome ou  Amsterdam: halls d’aéroport, chambres d’hôtels internationaux de la chaîne Welcome home, où se croisent, sans vraiment se rencontrer, des hommes d’affaires, un cinéaste , de jeunes femmes intérimaires dans des boutiques.
Comme les lieux, banals aussi sont ces jeunes  hommes e
t femmes qui, le plus souvent, monologuent, jouent constamment avec leur identité et commentent leurs moindres faits et gestes  qui sont relayés par de très belles images vidéos en gros plan, voire de détail, uniques ou multipliées par trois, accompagnées d’une musique de Nihil Bordures qui réussit à  créer un univers générateur d’angoisse et de stress.
Une fois n’est pas coutume, la vidéo, grâce à la mise en scène au scalpel de Cyril Teste, donne au monologue (traduit de l’allemand) d’un des personnages  une dimension conceptuelle très forte, comme au corps vivant des personnages une incarnation esthétique et plastique très forte, obscène au sens étymologique du terme. Ce qui fascine avec juste raison le public, d’autant plus que les comédiens sont tous remarquables, en particulier,  Pascal Réneric et Servane
Ducorps.
Falk Richter réussit à dire tout leur mal-être de gens qui ne savent plus trop où ils en sont de leur esprit comme de leur corps, ballottés au gré des vols internationaux , rivés à leur portable, perturbés par les incidences que pourrait avoir le  moindre retard. Mais dans cet univers aseptisé où les sentiments semblent avoir presque disparu, il y a parfois un petit miracle, nous dit Richter à la fin de sa pièce: Tom et Joy , d’abord murés dans leur solitude,finiront par  être attirés l’un vers l’autre et vivre une histoire d’amour.
Ce que dit Richter n’est pas bien neuf  (JacquesTati dans un autre style, Jean-Luc Godard, etc..) et ses dialogues sont souvent bien minces. Il devient vite évident que cette révélation réaliste du vivant le plus banal ne pourrait pas fonctionner scéniquement sans ces images , et il faut rendre hommage à la scénographe Elisa Bories, au créateur des lumières( ah! les jeux de toute beauté sur le noir et le blanc! ), à Julien Boisard le scénographe,  comme au chef opérateur Michel Lorenzi  qui a mis en place  un réseau de caméras qui donnent au spectacle toute sa dimension.
Cet Electronic City participe finalement autant des arts plastiques, par le champ visuel  et temporel (75 minutes) que Cyril Teste  réussit à imposer, que du théâtre traditionnel.Le travail de ce jeune metteur en scène qui n’en est pas à son coup d’essai, frappe par son unité, et est  aussi beau et intelligent que  celui des meilleurs spectacles de Bob Wilson, quand il ne s’était pas encore auto-académisé. Christophe Rauck , le nouveau directeur de Saint-Denis a bien eu raison de l’inviter.

Philippe du Vignal
Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis jusqu’au 2 novembre.

 

 

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