Le retour au désert de Bernard Marie Koltès mise en scène Catherine Marnas, par Irène Sadowska Guillon

Encore une étoile filante, cette remarquable version franco-brésilienne de Catherine Marnas du Retour au désert de Koltès, avec seulement six représdesert.jpegentations au Théâtre de la Ville du 4 au 9 novembre. Catherine Marnas et ses acteurs rendent non seulement la force poétique et l’impureté de la langue française désirée par Koltès mais encore ils restituent pour la première fois à la pièce sa substance comique, les clins d’œil boulevardesques qui jusqu’à présent, jugés incompatibles semble-t-il avec l’image du théâtre de Koltès, passaient à la trappe.
Il y a une parfaite maîtrise du bilinguisme dans le spectacle, l’intelligente distribution de la traduction théâtralisée dans l’espace du texte dit en français et en portugais, tantôt surtitré tantôt repris par les doubles de certains personnages. Cette circulation des langues colorées de l’étrangeté des sonorités et des accents colle parfaitement au propos de la pièce et à la thématique de l’autre qui sous-tend l’œuvre de Koltès. Étrangeté qui, parce qu’elle capte davantage notr
e attention, fait entendre mieux le texte.
La province française des années 1960 repliée sur elle-même et une famille bourgeoise et bien française retranchée du bruit et des fureurs du monde derrière les murs de la demeure familiale. Voila qu’elle se trouve soudain perturbée par des apparitions : réelle de Mathilde, sœur d’Adrien qui débarque avec ses deux enfants d’une Algérie en guerre réclamant sa part d’héritage, et irréelle tenant du fantôme hamletien et de visions mystiques. Le couple infernal Mathilde et Adrien se déchire, les conflits familiaux ne cessent d’agiter ce petit monde, le comique se teinte de tragique.
Les acteurs français et brésiliens campent les personnages avec une belle vitalité et conviction. Catherine Marnas qui joue adroitement des références littéraires, historiques, mythiques (on est pas loin des Atrides), confère à la pièce une dimension métaphorique. De sorte que cette demeure provinciale barricadée du monde est à la fois l’image des bunkers des riches protégés des pauvres en Amérique Latine et ailleurs, de l’Occident se protégeant derrière ses frontières de l’intrusion de l’autre, des murs qui s’érigent pour le tenir à distance.
Un spectacle à ne pas manquer s’il passe
près de chez vous

 

Le retour au désert de Bernard Marie Koltès mise en scène Catherine Marnas au Théâtre de la Ville à Paris du 4 au 9 novembre 2008

Irène Sadowska Guillon

 


Un commentaire

  1. saint bernard dit :

    je suis admiraticve de l’esprit critique dot tu fais preuve :)

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