Nunzio de Spiro Simone et La Busta de Spiro Simone et Francesco Sframeli

Nunzio de Spiro Simone, mise en scène de Carlo Cecchi
La Busta de Spiro Simone et Francesco Sframeli, mise en scène de  Francesco Sframeli (en dialecte sicilien pour la première, et en italien pour la seconde)

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 Ils sont deux, l’un logeant sans doute l’autre, et compagnons d’infortune, cela se sent très vite. Habitués à vivre ensemble tant bien que mal, et le plus souvent, plus mal que bien. Meubles de cuisine réduits à l’essentiel, vêtements de mauvaise qualité, nourriture approximative et  du dernier moment.

L’un, très humble, travaille dans  une usine qui lui fait profiter de sa pollution, et il tousse sans arrêt, en avalant par tubes entiers, sans trop y croire, des pilules que le patron lui offre généreusement; l’autre, très autoritaire, vit sans aucun doute de trafics douteux. Il revient de voyage et s’apprête à repartir pour le Brésil…  De temps en temps, quelqu’un glisse une enveloppe sous la porte dont la dernière contient un paquet d’argent. Mais on n’en saura pas beaucoup plus!
  Tous les deux enfermés dans un monde clos, victimes désignées d’ un système où l’ordre et le silence règnent, où les femmes ne tiennent pas les leviers de commande: la Sicile ne leur laisse pas d’autre choix. Ils ne disent rien de déterminant mais semblent condamnés à une logorrhée d’autant plus forte qu’elle s’exprime de façon répétitive, et ils ne semblent  guère avoir de passé derrière eux, quant au futur… Au fond, ce qui se dit n’a guère d’importance- on pense souvent à  Cédrats de Sicile, cette nouvelle devenue  pièce remarquable de leur ancêtre Luigi Pirandello: ils mangent et parlent beaucoup de nourriture, comme s’il  s’agissait de donner un peu de consistance au temps, de le consommer avec leur pauvre repas improvisé, parce qu’ils sentent qu’il leur est chichement compté.
 Comme toujours, on est un peu gêné par le surtitrage et on aimerait entrer plus dans leur délire… Le texte ne semble pas toujours convaincant mais comme c’est très bien interprété  par Spiro Simone et Francesco Sframeli, les cinquante minutes du spectacle passent vite.

La Busta ( L’Enveloppe) écrite cette fois en italien,  est encore plus grinçante; un pauvre type muni d’une très grande enveloppe (un souvenir de la performance de Tadeusz Kantor?) arrive dans une grande administration pour rencontrer le Président… qu’il ne rencontrera jamais, bien sûr. Comme dans la première pièce,  tout a lieu dans un huis-clos, une antichambre  grise à la Kafka, où règne en maître un appariteur qui fait penser tout à la fois aux personnages de Beckett, Ionesco et Mrozek. Il tient enfermé dans un réduit un pauvre bougre qu’un cuisinier nourrit de sauce tomate vidée dans une auge à chien.
 Très vite, le pauvre type se retrouvera piégé, déclaré coupable d’on ne sait trop quel crime, simplement parce qu’il en a trop dit ou pas assez, parce qu’il est surtout la victime idéale du système mis en place. L’appariteur s’absente de temps en temps, muni d’un casque et d’une matraque, donner une « leçon de démocratie »: la menace, la corruption, le chantage permanent par voie de lettre anonyme sont bien au rendez-vous d’un système politique et financier qui n’a guère de point commun avec ce que l’on appelle la démocratie…
  La pièce fonctionne sans doute mieux que la première, peut-être plus conventionnelle. Cela n’a rien de vraiment révolutionnaire mais se laisse voir, surtout si on comprend l’italien, et a au moins le mérite d’être court :  cinquante-cinq minutes comme Nunzio

Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point, 1 avenue Franklin D. Roosevelt, Paris VIII ème jusqu’au 30 novembre.

 

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