La madone des poubelles texte et mise en scène de Jacques Lassalle par Irène Sadowska Guillon

arton193.jpgJacques Lassalle a voulu écrire une pièce sur une jeune fille, pas forcément majeure, qui rappelle Lolita de Nabokov et sur la crise, la corruption, le système mafieux en Argentine du début des années 2000. Il l’a fait. Cela donne La madone des poubelles. « Une tragédie bouffe », dit-il. Il y a Lola, une belle jeune femme du peuple sympathiquement vulgaire, qui, telle une orchidée dans une décharge, vit avec son père Rosko, escroc roublard, toujours à l’affût du gain et son frère travesti, dans un garage devenu entrepôt de vêtements et d’objets récupérés. Il y a un policier, Inspector Segundo, recyclé en maquereau qui contrôle les affaires de Rosko en prélevant sa part et veille sur Lola promise au puissant chef mafieux en prison encore pour deux ans. Il y a enfin un Français au cœur noble, Gratien, qui, victime d’un coup de foudre, s’entiche de la belle Lola au point d’abandonner pour elle domicile, travail, de subir moult humiliations et coups en tentant de l’arracher aux griffes des méchants mafieux. Bref une sorte de Pygmalion qui a trouvé sa Galatée.
Tout ce petit monde vit et opère sous le contrôle et la permanente menace du chef mafieux au bras long faisant la loi depuis sa prison. Rosko et son fils sortent des clous et le payent de leur vie. Gratien, en bon samaritain, touché par la grâce de l’amour fou, tabassé, laissé pour mort, respire encore alors que Inspector Segundo emmène Lola pour la mettre à l’abri.
Pour faire vrai Jacques Lassalle accumule tous les clichés argentins y compris la « religion » du football, la musique omniprésente diffusée par la radio et le tango qu’on danse sur scène. Le réalisme règne : il y a un garage avec ses portes – rideau de fer, des poubelles, de vieilles mobylettes, des tas de fripes qui servent de déguisement, etc.
Mais tout cela sonne faux, et même les acteurs, certains de vrais argentins comme Rodolfo de Souza, Roxana Carrara, Andres Spinelli, malgré leurs efforts, ne parviennent pas à insuffler un peu d’âme, de vie, de vérité à cette Argentine misérable, caricaturale, de pacotille. L’action traîne interminable, pesante, maladroite, sans grâce ni un brin d’humour et même quelques rares coups de théâtre arrivant clopin-clopant ne nous sortent pas de la léthargie et du profond ennui.
Peut-être derrière tout cela y a-t-il une intention plus ou moins avouée de faire à la façon de Brecht, mais c’est raté. On reste dans un socio-mélodrame de mauvais cinéma dans le ton « Pierre Bourdiesque ».

 

Irène Sadowska Guillon

 

La madone des poubelles texte et mise en scène de Jacques Lassalle au Théâtre de l’Est Parisien du 6 au 28 novembre 2008


Archive pour 9 novembre, 2008

Le Procès-Spectacle, mise en scène de Michel Roger , création collective de la compagnie Jolie Môme.

affiche6nov3dechirepage119640.jpg La Compagnie Jolie Môme, c’est d’abord un troupe, une vraie troupe de douze comédiens/chanteurs /musiciens comme il n’y en a plus guère, à part la Comédie-française mais qui n’ a pas, mais pas du tout-on s’en doute- les mêmes moyens, et  qui travaille dans un tout autre registre. lls sont logés à La Plaine Saine-Denis à La Belle Etoile, un lieu merveilleux, généreusement prêté et mis aux indispensables normes de sécurité  par la Ville de Saint-Denis qui peut être fière de son initiative . Imaginez une ancienne salle des fêtes municipale, avec son plafond parsemé d’étoiles dorées et  supporté par des fermes Polonceau *,avec une partie accueil  dotée de tables où l’on peut se restaurer et derrière, une belle petite salle de 150 places.
  Le Procès- Spectacle, qui vient d’être créé dans sa forme actuelle, est une sorte de réponse artistique au procès -qui se tiendra le 11 décembre prochain à la 14 ème chambre correctionnelle de Paris- procès intenté par la C.F.D.T., qu’on ne présente plus , pour violation de domicile contre Michel Roger et Ludovic Prieur. Le metteur en scène qui n’en est pas à son coup d’essai- avait même réussi avec tous ses copains intermittents du spectacle à  obliger le Ministre de la Culture de l’époque Renaud Donnedieu de Vabres à quitter la Cour d’Honneur du Palais des Papes à Avignon en disant aux comédiens: « S vous jouez, ce sera sans le Ministre; sinon vous ne jouez pas. Le Ministre est parti… Donc, le metteur en scène et ses complices s’étaient invités dans les locaux de la CFDT,  il y a trois ans déjà , pour demander au nom de quoi les « accords » concernant le statut des intermittents du spectacle avaient été signés. mais la CFDT n’avait pas du tout apprécié…Le ridicule ne tue pas!
  Ce procès- spectacle avec un président, une procureur , une avocate,un greffier et tout un défilé de témoins, dont Spartacus, Eve, une espèce de gourou indien dont les mandras approximatifs sont traduits par un commentateur à l’accent québécois, la Crise incarnée par une jeune femme en robe blanche, etc… est une sorte de cabaret politique aux dialogues burlesques finement ciselés qui sont constamment soutenus par un petit orchestre de quatre excellents musiciens/chanteurs . C’est bien, entendu, le plus souvent en phase avec l’actualité politique du moment: « casse-toi pauvre conne », lance à un témoin la Procureure  à qui le Président demande de surveiller son langage;  un autre témoin cite la phrase d’un ex- syndicaliste CFDT: « Si le patronat rétablissait l’esclavage, la CFDT négocierait le poids des chaînes.
  Le langage est souvent cru et d’un humour grinçant, parfois à la limite de la vulgarité ou de la facilité, mais, comme ce cabaret politique est bien écrit et toujours intelligemment fait, que la musique et les chansons sont vraiment impeccables, cela passe la rampe sans difficulté: Michel Roger et ses complices savent emmener leur public là où ils veulent avec un savoir-faire de premier ordre et chacun sait que le cabaret est une rude école pour les artistes…
   Cela fait souvent penser à Coluche et au Café de la Gare de la grande époque.Il y aussi une ou invité-surprise par soir; hier c’était la comédienne Valérie Marinho de Moura du Collectif Génocide made in France qui rappelle l’épisode tristement célèbre de l’intrusion de l’ Etat français dans la préparation du génocide rwandais. Ce sont les dix minutes « sérieuses » de la soirée. Il y aura prochainement:Patrick Braouezec, député PCF, Alain Krivine de la LCR ou Maurice Lemoine , rédacteur en chef du Monde Diplomatique.
   Certes, le spectacle mériterait d’être mieux construit- il y a parfois des longueurs et la machine patine un peu dans le dernier quart d’heure; mais les choses devraient se caler après les premières. Si vous ne connaissez pas encore Jolie Môme, c’est une bonne occasion de découvrir la belle insolence de ce cabaret politique et si vous avez une petite place dans votre voiture- la Belle étoile est un peu loin du métro- faites signe à Madame Albanel, cela lui changera peut-être les idées et elle verra qu’il y a aussi des gens talentueux en banlieue dont le spectacle mérite vraiment le détour, et suggérez-lui, au paasage, de demander à la Comédie-Française de l’inviter  au Vieux-Colombier …( Ne rêvons pas trop!)

Philippe du Vignal

 

La belle Etoile  à La Plaine Saint-Denis, du jeudi au samedi à 20 h 30; mieux vaut réserver, il y a du monde au: 01-49-98-39-20.

Note à benêts: la ferme Polonceau est la géniale invention d’un ingénieur du 19 ème siècle qui a imaginé des charpentes métalliques dont les éléments sont reliés par des plaques à pivots qui permettent à la toiture d’avoir une certaine souplesse et de mieux résister au vent. Au moins, vous aurez appris deux choses l’existence de la Compagnie Jolie Môme et  ce qu’était une ferme Polonceau. Bon dimanche…

 

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