Côte d’azur, scénographie/ écriture scénique et mise en scène de Denis Chabroullet par Philippe du Vignal.

cotedazur.jpg
Côte d’azur est le dernier opus de Denis Chabroullet, créé par le Théâtre de la Mezzanine, dans l’ ancien Jardiland,- le lieu de cette compagnie-  situé dans les champs à Lieusaint ( Seine et Marne). Imaginez une aire de jeu, close par une palissade de planches de vingt mètres sur dix environ, avec des sortes de meurtrières rectangulaires d’un mètre carré, munies chacune d’un volet coulissant en bois. Avec aussi , pour se reposer un peu, des banquettes où les quelque cent  spectateurs peuvent s’asseoir et regarder quand ils ne déambulent pas  dans la galerie tout autour, où une série d’écrans vidéo retransmet des plans moyens ou gros plans de l’action. 

Vous suivez? Le dispositif est  intelligemment  conçu, et bien réalisé, puisqu’il place chaque spectateur dans une position de voyeur, qu’il marche ou soit assis, grâce ces meurtrières dont le rideau descend parfois, le laissant frustré et l’obligeant à aller plus loin. dans la galerie. L’espace scénique contient un bar délabré des années cinquante aux vitres cassées, avec un billard électrique, et une pendule en noir et blanc,des sièges fatigués et un éclairage pâlichon; quant à  l’enseigne lumineuse AZUR , elle a du mal à fonctionner, et la lettre U ne cesse de sauter. Derrière ce bar, une sorte d’ancien garage, avec un tableau électrique hors d’usage, un vieux poste de radio en bois et, sous une bâche, un véhicule qui se révélera plus tard être un petit char d’assaut d’où sortira un soldat au casque en feu.  Il y a aussi ,sur un des côtés, un monte-charge et sur l’autre, une vieille pompe rouge fané de gaz-oil. L’aire de jeu,  autour du bar et de l’ancien garage,  est toute entière recouverte par une dizaine de centimètres d’eau, où sont disposé deux anciens fauteuils de coiffeur  en moleskine rouge, une baignoire-sabot en zinc, une vieille moto-bécane, un lit cage qu’on  peut replier…

Vous suivez toujours? Dès l’entrée, on reste admiratif devant cette installation plastique, même si on  a pu voir autrefois  quelque chose de proche au Centre Pompidou, mais qui possède ici une présence dramatique, et qui rappelle souvent le grand Kantor avec une réhabilitation éphémère, une seconde vie donnée à  des reliques, des objets de « bas étage » comme il disait souvent, des caves et greniers. D’autant plus que la musique de Roselyne Bonnet des Tuves-jouée par Martial Bore à la guitare et par Lionel Seillier à la batterie, et l’univers sonore qu’elle a composé, sont de tout premier ordre :  chansons populaires,  morceau de texte classique dont on n’arrive à capter que la musique des alexandrins et des mots-symboles:( amour , honneur, gloire, temps, vertu, malheur, etc..)  air d’opéra,  chant de Noël joyeux désuet: bref, une sorte de bric-à-brac intelligent  en parfaite  osmose avec cet environnement. Il y a aussi un travail de très grande qualité de Jérôme Buet sur les lumières  qui disent bien le blafard, le glauque d’un univers de bofs.

Oui, bon, mais que s’y passe-t-il ? A vrai dire, pas grand chose d’ intéressant, et c’est là que cela ne va pas: les personnages hurlent, s’injurient, piccolent de temps à autre ,une fille se fait violer, tout le monde se vautre dans l’eau ou s’y fait traîner, une autre fille nue patauge dans la baignoire,au milieu des fumigènes: bref l’univers habituel de Chabroullet… mais, les comédiens peu ou mal dirigés, s’engagent physiquement mais font souvent un peu n’importe quoi sur le plan de la voix et du geste, et, du coup, ne sont guère crédibles. Il y a, dans les images proposées par Chabroullet les apparences de l’efficacité, mais seulement les apparences .Ce qui manque au fond, c’est une  véritable dramaturgie où il y aurait une  unité entre la structure formelle des moyens scéniques assez considérables  mis en oeuvre  et une fable qui reste à inventer. 

Il faut avoir l’honnêteté de dire qu’une grande partie du public semble s’en contenter mais, désolé, Chabroullet, je suis peut-être exigeant mais le compte n’y est pas tout à fait…

Philippe du Vignal.

 

Théâtre de la Mezzanine à « La Serre » lundi, vendredi et samedi jusqu’au 8 décembre; réservation obligatoire: 01-60-60-41-30. Il y a une navette gratuite à Denfert-Rochereau ( réservation obligatoire: 01-44-64-79-70) samedi 15, lundi 17, samedi 22 et lundi 24 novembre. Si vous y allez en voiture, prenez votre GPS sinon une carte et demandez  le parcours quand vous réserverez, car ce n’est pas du tout évident à trouver.

 

 


Autres articles

Pas encore de commentaires to “Côte d’azur, scénographie/ écriture scénique et mise en scène de Denis Chabroullet par Philippe du Vignal.”