Bobigny, faim d’une fin par Philippe du Vignal

 

On se souvient sans doute du feuilleton de l’automne où la Comédie- française ou plutôt son administratrice, Muriel Mayette et les services compétents du Ministère de la Culture avaient concocté une sorte d’ O.P.A. sur la Maison de la Culture de Bobigny; une réunion avait même été organisée au Ministère, mais sans que le principal intéressé- Patrick Sommier, le directeur- soit invité! La Maire de Bobigny se félicitait- un peu trop vite- lors d’une conférence de presse, de l’arrivée du Théâtre national. Mais pas de chance, une semaine après, les acteurs de la célèbre maison refusaient de collaborer à ce » beau projet ».
Depuis,  M. Hirsch,le directeur des Spectacles au Ministère avait déclaré que le projet suivait son cours , jusqu’à une interview de la Ministre de la Culture mardi dernier sur France-Inter: madame Albanel, sans doute  indiquait qu’il fallait marquer une pause, mais que c’était un « beau projet « et qu’elle avait l’intention de continuer à y travailler.  » Je vais voir avec Muriel Mayette et les comédiens ce que l’on peut faire « . Le nom de Patrick Sommier n’était même pas cité dans l’interview diffusé… Elégant, non?
Tout se passe comme s’il était urgent d’attendre, voire de nommer une commission pour enterrer la question. On sait ce que veut dire en langage ministériel « marquer une pause »…. En attendant la suite du feuilleton dont nous vous tiendrons informés, les feuilles mortes se ramassent à la pelle, comme disait Prévert qui vouait une haine tenace à Paul Déroulède, le chantre académique et suffisant de la guerre de 14. Mais ceci est une autre histoire…
Tenez, encore une petite citation pour le voyage,qu’on avait oublié de vous envoyer à l’occasion du 11 novembre:  » Les vivants ferment les yeux des morts et les morts ouvrent les yeux des vivants »  in Platonov de Tchekov. Pas mal, non ?

Philippe du Vignal


Archive pour 14 novembre, 2008

Théâtre de bouche de Gherasim Luca, mise en scène de Claude Merlin par Philippe du Vignal

Gherasim Luca était né à Bucarest en 1913 et a été à l’origine du groupe surréaliste roumain avec de parfaits inconnus comme… Tzara, Brancusi et Brauner, pour ne citer que les plus célèbres.Il s’installera à Paris en 52 où-sans papiers toute sa vie- il vivra pauvrement . Expulsé de son appartement, il se jette dans la Seine en 94. Entre temps, il aura écrit une vingtaine de recueils  poétiques qui ont suscité l’admiration de bien des gens (dont Deleuze et Guattari) qu’il lisait souvent lui-même en public.
Tapez Luca sur Google, vous pourrez même y entendre sa voix; ses textes ont été plusieurs fois adaptés pour la scène mais c’est sans doute la première fois  qu’est montée sa seule pièce de théâtre. Claude Merlin s’y est employé avec beaucoup de bonheur et d’intelligence. Parmi beaucoup de soirées perdues, celle-ci fait figure d’exception. Théâtre de bouche est une suite de tableaux intitulés: Qui suis-je, L’Evidence, La Contre-Créature, Le Meurtre, Les Idées, La Discorde, Les Vaincues et La Durée.
Cela sonne un peu comme des titre de pièces de Couperin… Luca  joue une heure durant, avec la syntaxe de la langue française qu’il connaît et pratique admirablement; il arrive ainsi à créer avec jubilation des jeux de mots  à tiroir qui provoquent de formidables images poétiques. Le début, une sorte de choeur à six ,ne fonctionne pas encore très bien mais la suite est tout à fait remarquable: Claude Merlin a su, avec une mise en scène efficace et quelques accessoires très simples, donner un forme théâtrale de premier ordre à cette cette suite de tableaux.
Comme les jeunes comédiens: Céline Vacher, Jean-Michel Susini, Anne-Lise Main, Bruno Jouhet, Lazare et Francisca Rosel-Garcia sont bien dirigés, ce Théâtre de bouche, encore un peu vert (mais c’était la première), devrait rencontrer un succès mérité. Reste à trouver les  structures  qui voudront bien l’accueillir ,mais on connaît la solidarité du milieu… En tout cas, ce serait vraiment dommage que le public ne puisse savourer la poésie de Gherasim Luca, mise en scène par Claude Merlin.

 

Philippe du Vignal

 

Encore aujourd’hui et demain samedi, à 16 heures au Théâtre Berthelot , 6 rue Marcelin Berthelot à Montreuil, tout près du Métro  Croix de Chavaux.

L’histoire du communisme racontée aux malades mentaux de Matéi Visniec, mise en scène de Cendre Chassane par Philippe du Vignal

lhistoireducommunisme.jpgNous sommes en 1953, en Union soviétique comme on disait alors,quelques semaines avant la mort de Staline,  c’est à dire pour des jeunes d’aujourd’hui, dans un siècle bien lointain… Le directeur d’un hôpital central de malades mentaux a invité un  brillant écrivain à venir y  séjourner  pour y écrire une histoire du communisme que l’on pourrait raconter  à ses patients dans un but thérapeutique, surtout si cette histoire fait l’apologie du « petit père des peuples » et de ses amis, responsables,  comme lui d’exécutions sommaires par centaines de milliers. Youri Petrovski a donc affaire aux infirmières dont l’une devient complètement hystérique quand il lui apprend qu’il a serré la main de Staline en personne et finit par le violer. Le directeur, bien entendu, regarde ce qui se passe dans la chambre de l’écrivain par caméras interposées. Petrovski rencontre aussi les malades classés en débiles légers, moyens ou profonds, dont certains  ne sont que des opposants au régime, placés là par précaution politique.
Quant au directeur, arrogant et prétentieux, il règne en maître absolu sur l’hôpital, sorte de microcosme qui constitue une sorte de miroir de la société soviétique;  Visniec -poète et auteur dramatique- connaît bien  son affaire, puisque, d’origine roumaine, il a dû en 87,quitter son pays qui étouffait sous la dictature, deux ans avant la mort de Ceaucescu pour se réfugier en  France. Sa pièce, qui se voudrait un pamphlet politique virulent, se révèle être assez répétitive,  passées les dix premières minutes. Quand certains » malades » se révèlent être en fait des opposants politiques, on sent que la pièce pourrait prendre un tournant intéressant mais il est trop tard…
Il y a bien quelques scènes de franche comédie, comme cette engueulade du directeur avec l’une des infirmières  qui se termine par une partie de canapé, ou la fête  à laquelle les malades invitent Petrovski, ou bien encore les  belles images vidéo de la fin où une belle jeune fille nous dit qu’elle a besoin d’utopie ( mais ce très court texte n’est pas de Visniec) , pendant que passent des extraits de film de l’époque ù l’on voit le défilé du peuple devant le corps embaumé de Staline, et les minutes de silence un partout dans le pays. Cendre Chassane s’en tire par cette habile pirouette pour boucler la pièce.
Mais les dialogues et l’intrigue de cette Histoire du communisme racontée aux malades mentaux, malgré un titre alléchant, sont trop légers pour que l’on ait envie de s’y plonger vraiment. Pourtant, Cendre Chassane a réalisé une mise en scène qui ne manque pas d’intérêt, avec des images souvent très fortes  comme celles de ces caméras de surveillance qui retransmettent des vues des couloirs sinistres de l’hôpital, avec grossissement sur le mur de fond de scène …Même si on peut regretter que la scénographie soit aussi pauvrette. Les cinq acteurs bien dirigés- Nathalie Bitan, Cendre Chassane, Xavier Czapla, Isabelle Fournier et Jean- Baptiste Gillet-qui jouent  plusieurs personnages ( infirmières, malades, directeurs, opposants politiques)  font un très bon travail.  Mais, rien à faire, le texte, redondant et bavard,  ne dit absolument rien que l’on ne sache déjà ou que l’on ne puisse apprendre dans n’importe quel récit ou film  historique bien documenté, n’offre guère d’intérêt.
On se demande pourquoi Cendre Chassane, qui avait monté  il y a peu Un triomphe de l’amour de Marivaux assez remarquable, a été chercher cet ovni …  On préférerait qu’elle nous parle de ce qui se passe en France aujourd’hui sous n’importe quelle forme,( fable, cabaret politique…). Ce serait plus audacieux et  plus convaincant…. D’autant plus qu’elle sait mettre en scène, aucun doute là-dessus. Quitte à se répéter, les kapouchniks du Théâtre de l’Unité en sont un exemple d’un excellent niveau et sa revue politique mensuelle  à base d’extraits de presse fait un véritable tabac à Audincourt, dans la banlieue de Montbéliard (le prochain est samedi 15 novembre) .
A voir? Peut-être, si vous habitez Clamart ou les environs immédiats, si vous avez envie de voir quelques belles images vidéo et cinq acteurs  réaliser une belle performance.  Sinon, ce n’est pas vraiment la peine.

 

Théâtre Jean Arp de Clamart , jusqu’au 23 novembre.

L’HISTOIRE DU COMMUNISME RACONTÉE AUX MALADES MENTAUX Théâtre Jean Arp Clamart par Edith Rappoport

De Matei Visniec, mise en scène Cendre Chassane, compagnie Barbès 35

 

Quelques semaines avant la mort de Staline en 1953, l’Union des écrivains envoie Iouri Petrovski, un écrivain travailler avec les malades mentaux de l’hôpital central de Moscou pour faire l’éloge de la grande révolution soviétique. Cendre Chassane s’est emparée de cette pièce de cet écrivain roumain exilé depuis longtemps en France, elle l’a mise en scène avec une certaine virtuosité, avec une distribution solide. Mais il faut bien avouer que la représentation en ce jour de première, n’était pas à la hauteur de l’humour du titre. Les acteurs qui jouent plusieurs personnages se défendent bravement, mais les spectateurs pédalent à la recherche du sens de la pièce.On nous a dit qu’un texte important qui donnait tout son sens à la pièce, avait sauté, suite à un problème technique.

Edith Rappoport

Meurtre par omission de Jean-Pierre Klein, mise en scène de Philippe Adrien par Irène Sadowska Guillon

droppedimage.jpgCela pourrait être un théâtre de débat, dialectique à la Brecht ou un théâtre forum à la Boal. Par bonheur il n’en est rien, Jean-Pierre Klein nous propose dans Meurtre par omission une approche beaucoup plus complexe de l’euthanasie allant au-delà d’une simple confrontation du pour et du contre. Sujet difficile, peu abordé sur scène par crainte de heurter les sensibilités.
Deux sœurs, Christine, l’ainée (Agathe Alexis) et Clémence (Anne de Broca) veillent tantôt ensemble, tantôt à tour de rôle, leur sœur cadette, Claire (Nicole Estrabeau) tombée dans un coma dont on ne connaît pas la cause : ingestion de médicaments ? coma spontané ? ou réaction psychosomatique ? Des souvenirs émergents, des rancunes, des rivalités, des culpabilités se cristallisent autour de la figure du père. Les sentiments contradictoires, la révolte, la jalousie des deux sœurs à l’égard de Claire et de sa relation privilégiée avec le père.
Atteint d’une maladie incurable qui amène sa dégradation physique et mentale il l’a choisi pour commettre un « crime d’amour », l’aider à mourir. Crime ou acte d’amour, de délivrance ? Peu à peu, au gré des ressentiments, de l’usure par les veilles auprès de la malade, la frontière entre les positions opposées des deux sœurs s’estompe. De sorte que Christine, hostile au départ à l’euthanasie, passera à l’acte par omission en arrêtant les soins. Quelles sont ses véritables raisons ? Raisons ou pulsions ? Tiennent-elles à son exclusion de la relation complice entre le père et sa sœur Claire ou remontent-elles bien plus loin, à la perte de l’exclusivité de l’amour de son père ? Ce qui justifie à ses yeux son acte : le coma irréversible de Claire. Mais est-il vraiment irréversible ?
Jean-Pierre Klein sème les questions, les énigmes sans avancer de réponses. À nous de les chercher si tant est qu’il y en ait de claires et de précises.
Philippe Adrien dont on connaît l’art de manier le clair-obscur imprime à l’espace dépouillé : un lit médical, une table, deux chaises, une atmosphère de peintures de Rembrandt.
Les deux actrices Agathe Alexis et Anne de Broca, excellentes, imprègnent le lieu de leur présence, des fantômes du passé, des souvenirs, des fautes, des soupçons comme si elles accomplissaient un étrange rituel sacrificiel. Leurs voix se mêlent, s’opposent, s’allient. Les mouvements, la gestuelle sont précis, d’une grande justesse et rigueur. Cette énigmatique cérémonie se déroule sur un rythme lent, toujours tendu, la parole émaillée de silences intenses, avance tel un mouvement d’adagio. Du théâtre comme on en voit rarement.

Irène Sadowska Guillon

Meurtre par omission de Jean-Pierre Klein mise en scène de Philippe Adrien
au Théâtre de l’Atalante du 12 novembre au 10 décembre 2008

rencontres débats à l’issue des représentations

lundi 17 novembre Jean-Luc Roméro, Président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité
jeudi 20 novembre Patrice van Eersel, journalistes à Nouvelle clés
lundi 24 novembre Michel Maffesoli, professeur de sociologie à la Sorbonne
jeudi 27 novembre Didier Dumas, psychanalyste
lundi 1er décembre Dominique Desmichelle, psychanalyste
jeudi 4 décembre Christian Phéline, neurochirurgien

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