L’IMMORTEL Le Chat noir 16 novembre par Edith Rappoport

 De Jose Luis Borgès, par Airy Routier

 

  Airy Routier, magnifique comédien, avait joué Les mémoires d’un fou de Flaubert et un Faust, en solo au Théâtre Paris Villette, il y a une dizaine d’années. Après avoir travaillé avec d’autres compagnies et s’être consacré au cinéma, il nous emmène dans un étrange voyage dans cette oeuvre de Borgès dont j’avais lu quelques pages en espagnol au cours d’un voyage en Argentine en 1992. Dans le sous-sol minuscule du Chat noir, devant des spectateurs médusés, il impose la force du verbe de Borgès, un chemin initiatique mythologique. “Être immortel ne signifie rien, car à part l’homme tout ignore la mort…J’ai été Homère, bientôt je serai comme Ulysse, je ne serai personne, je serai mort !” Il faudrait rouvrir ce livre, et en attendant se précipiter à Chat noir 76 rue JP Timbaud, les dimanches soirs à 19 h

Edith Rappoport


Archive pour 17 novembre, 2008

L’Immortel de Borges, mise en scène et jeu d’Airy Routier

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Cela se passe dans un petit sous-sol du café Le chat noir. Une petite table  de café, un verre de vin et un livre ouvert. C’est tout. Airy Routier nous conte l’histoire de Marcus Flaminius Rufus qui a recueilli de la bouche d’un soldat romain avant qu’il ne rende le dernier soupir un terrible secret; Un fleuve rendrait immortel celui qui en boirait l’eau. Après que tous ses compagnons soient morts de fatigue et de désespoir, il arrive enfin et rencontre des habitants à la peau grise, la barbe négligée qui le font frémir de dégoût.
Le lieu est sinistre: couloirs sans issue, portes colossales donnant sur une cellule ou sur un puits.. Tant espérée, la cité de l’immortalité se révèle vite être un véritable cauchemar, et ce n’est pas Homère ou les autres hommes qu’il rencontrera qui l’en feront sortir  » La mort, dit Borges, rend les hommes  précieux et pathétiques. Ils émeuvent par leur condition de fantômes »; Et le pauvre Marcus Flaminius Rufus repartira pour trouver un autre fleuve dont les eaux lui rendront sa condition de mortel.
Airy Routier est un comédien de grande qualité qui sait s’emparer des textes comme ceux de Flaubert entre autres- et qui a joué aussi dans les films de Mocky et de Chatilliez- sans avoir l’air d’y toucher, avec infiniment de discrétion mais avec une présence étonnante. Il n’élève jamais la voix, dit les choses avec douceur et sérénité, comme s’il s’adressait à des enfants, ce qui rend encore plus forte la fable de l’écrivain argentin mort en 1984. En une trentaine de minutes, sans effets inutiles, sans vidéo, sans musique, Airy Routier nous fait partager un grand moment dont on ressort paradoxalement apaisé sur le sort de l’être humain.

 

Philippe du Vignal

 

Y aller? Oui absolument, à moins que vous n’aimiez pas Borges  ou les chats noirs.

 

Café du Chat noir, 76 rue Jean-Pierre Timbaud,( métro Parmentier), le dimanche à 19 heures, puis en tournée.

LE SONGE D’UNE NUIT D’ÉTÉ . ateliers Berthier 15 novembre par Edith Rappoport

 

De William Shakespeare, mise en scène Yann-Joël Collin, compagnie La nuit surprise par le jour

“Berthier n’est plus qu’un vaste bazar. Yann-Joël Collin, dès avant l’été avait annoncé son intention de brouiller la distinction entre scène et salle, espaces réservés au public et zone consacrée à l’aire de jeu”…Le songe d’une nuit d’été est ma pièce préférée de Shakespeare depuis le lycée de Saint Germain en Laye, une dissertation pour Madame Boutang et des souvenirs fulgurants parmi d’autres des mises en scène de Mnouchkine au cirque Médrano dans les peaux de chèvre, de la blancheur immaculée de Peter Brook et ses trapèzes au Théâtre de la Ville et plus récemment celle du Footsbarn sous chapiteau à la Cartoucherie dont j’ai parlé dans ce blog.

C’est une vraie troupe qui a escaladé courageusement ce pic avec l’axe bienfaisant du désordre et des acteurs qui se donnent à fond. On pénètre dans une salle en U, un grand bar sert à boire et à manger, on est filmés qur grand écran dans un vacarme de musique pop. Le duc d’Athènes, Hyppolita et Egée sont à la régie, Hermia, Lysandre, Démétrius et Héléna sont convoqués avant de s’enfuir dans leur nuit haletante. Puck est un magicien d’opérette, on transforme la salle pour le dernier acte en rajoutant des bancs et on convoque un spectateur pour tenir de rôle de la lune dans Pyrame et Thisbée joué par les artisans. Malgré toutes les imperfections, ce spectacle encore en devenir m’a ravie.

 

Edith Rappoport

Le Songe d’une nuit d’été

Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, mise en scène de Yann-Joël Collin, traduction et adaptation de Pascal Collin

Imaginez, pour ceux d’entre vous qui ne la connaissent pas, une grande salle- autrefois réserve à décors de l’Opéra-Comique-toute en béton, aménagée avec un gradin frontal muni d’un bar en haut et d’un autre en bas, et deux gradins latéraux pour le public. Au centre, quelques praticables  simples et un rideau. Il y aussi un petit orchestre rock, des guirlandes de lumière un peu partout, une caméra-vidéo retransmettant le visage des spectateurs qui entrent et, plus tard celui des comédiens qui jouent un peu partout dans la salle. Déjà souvent vu mais bon…

On demande à quelques spectateurs de venir se mêler aux acteurs : on n’est pas du tout, on l’aura compris dès les premières minutes, dans l’illusion mais plutôt dans une sorte de lecture personnelle de la pièce par Yann-Joël Collin. Les acteurs, en vêtements de ville tout à fait banals et assez laids, munis la plupart du temps de micros HF, hurlent, courent, montent sur les praticables, éclairés par une poursuite-lumière, en redescendent pour aller jouer dans les rangs du public, et chantent parfois des passages du texte.

Tout ce bric-à-brac scénique, finalement assez racoleur, inspiré du cirque et du music-hall, trop utilisé ces dernières années, a pris un sacré coup de vieux et est surtout dénué de la moindre efficacité. « La théâtralité suraffirmée, dit Yann Joël Collin, par cet improbable mélange, permet de débarrasser la scène de toute inscription réelle ou mythique qui daterait la fiction ou soumettrait la scène à l’histoire, la philosophie ou la littérature » (…) « L’aveu que l’histoire et ses personnages sont un décorum fixe l’attention sur l’essentiel: la situation rendue à son essence et à son exemplarité ». On veut bien! Mais heureusement, le spectacle échappe en partie à ce galimatias pseudo-théorique, et il y a de très belles images, malgré de sérieux problèmes de rythme. La  version initiale les premiers jours, durait quatre heures sans entracte! Et la deuxième avec entracte, dure toujours quatre heures… Vous êtes donc prévenus! Ce qui ne correspond pas à la durée normale de la pièce mais, comme l’attention du spectateur est constamment sollicitée, cela arrive tant que bien que mal à passer.

Grâce surtout, à quelques acteurs formidables comme Alexandra Scicluna, Cyrille Bothorel ou Eric Louis. Mais le spectacle et Yann Joël Collin le dit honnêtement-est du théâtre expérimental- la pièce ici semble avoir été lavée et essorée à la machine, et il y manque quand même un sacré parfum de rêve et d’érotisme. Comme on a tiré le texte plutôt vers son aspect farcesque, on a surtout l’impression d’une jeune compagnie de comédiens très unis, qui, dans le sillage d’Antoine Vitez leur maître à plusieurs, s’amusent au sortir de l’école, à nous montrer leur savoir-faire, avec, disons, une certaine complaisance…

Mais sans vouloir offenser personne, la bande de joyeux drilles qui a déjà un beau parcours derrière elle, frise maintenant la quarantaine… Et, comme la pièce ne se laisse pas faire, cela ne fonctionne pas tout à fait. Le moment le plus réussi étant sans doute la fameuse scène de Pyrame et Thisbé. Quant au public, il semble partagé: la professeur de collège qui était près de nous, avait le plus grand mal à faire garder le silence à ses adolescents qui ne s’intéressaient guère aux scènes proposées, sauf à celle de Pyrame et Thisbé, sans doute la plus réussie. L’étiquette: théâtre expérimental, dixit le metteur en scène-a bon dos et a été trop galvaudée, et ce n’est pas une bonne bonne carte à jouer, surtout dans une grande salle, comme celle des ateliers Berthier.

Le plus émouvant pour nous-et sans doute pour nous seul l’autre soir- était de voir dans la salle les jeunes comédiens, issus de la dernière promotion de l’Ecole du Théâtre national de Chaillot, mise à mort il y a deux ans par les bons soins du Ministère de la Culture et d’Ariel Goldenberg. Ils avaient monté une très belle adaptation de Roméo et Juliette beaucoup jouée dans le Midi, et regardaient leurs aînés sur scène.
Alors à voir? Oui, pour les comédiens et l’esprit de troupe assez rare aujourd’hui; non, pour l’adaptation, la mise en scène et la durée excessive du spectacle; s’il était resserré, les choses iraient déjà autrement.. A suivre donc mais Yann Jöel Collin a fait beaucoup mieux, en particulier avec une remarquable mise en scène d’Henry IV du même William Shakespeare.

Philippe du Vignal

Odéon-Ateliers Berthier, rue André Suarès Paris XVIII ème.

Le songe d’une nuit d’été de Shakespeare mise en scène de Yann Joël Collin – La nuit surprise par le jour. Irène Sadowska Guillon

Ce n’est pas du théâtre de Shakespeare orthodoxe, loin de là. On est dans un Songe d’une nuit d’été revisité par Yann Joël Collin et sa joyeuse bande, épaulés dans cette noble tâche par la traduction adaptation de Pascal Collin, très adéquate au projet. Cette version française de la pièce oscillant entre une langue archaïsante et contemporaine.
A l’entrée de la salle, on nous avertit qu’il s’agit d’une fête et qu’une participation des spectateurs est sollicitée. En effet, cela a l’allure d’une fête, d’un bal du samedi soir ou d’une boîte de nuit.


songe.jpg Les gradins entourent de trois côtés l’aire du jeu. Avant que le spectacle ne commence deux bars- buvettes se font face. Ambiance animée, décontractée, et l’orchestre installé dans les gradins joue,  des spectateurs flânent. Un acteur avec une caméra filme les arrivants dont les images sont projetées simultanément. Dans le public, beaucoup de jeunes, visiblement ravis. Certes, ils s’y peuvent s’y retrouver : cela ressemble à un show télévisé.
Le spectacle commence par un « et maintenant », à la façon d’un animateur d’émissions,  style Michel Drucker.

Cela se passe dans un divertissement télévisé, ou une boîte de nuit : jeu de lumières, micros, images d’acteurs en train de jouer projetées, orchestre rock, et certaines parties du texte sont chantées. Titania et Obéron dansent en disant leur texte, casting des artisans pour jouer l’histoire de Pyrame et Thysbé sur le mode de :«J’appelle Untel », jeu clownesque de Pyrame, espace de jeu éclaté instantanément dans les gradins et dans la salle. Les intrigues de la pièce, avec quelques ajouts et commentaires intercalés, se suivent dans une profusion d’images et d’effets : ombres chinoises, personnage suspendu en l’air par une corde, numéros de music-hall, etc. Avec un jeu débordant d’énergie. Des costumes pour la plupart contemporains. Sur un rythme  très rapide, on va de surprise en surprise. Avec une excellente technique, tout fonctionne à merveille, réglé au quart de poil, comme à la télé.
Pendant quatre heures, on ne s’ennuie pas une seconde, mais que retire-t-on de ce jubilant carnaval?

Irène Sadowska-Guillon

Théâtre de l’Odéon-Ateliers Berthier rue André Suarès, Paris XVIIIème jusqu’au 18 décembre.

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