Les Diablogues

  Les Diablogues de Roland Dubillard, mise en scène par Anne Bourgeois par Philippe du Vignal 

Roland Dubillard, autrefois élève de Gaston Bachelard et licencié de philo, avait écrit une série de quatorze dialogues, à la demande de Jean Tardieu diablogues.jpgpour la radio, qui avaient pour titre Grégoire et Amédée. C’était en 1953 … et cela faisait la joie des gamins dans les cours de lycées, qui les racontaient aux autres ( les transistors n’étaient pas encore apparus). Quelque vingt ans plus tard, Dubillard les adapta pour le théâtre. Jacques Seiler les mit en scène avec succès en 75, puis Dubillard et Piéplu les jouèrent ensuite. Puis Anne Bourgeois, suivie de beaucoup d’autres, les mit elle aussi en scène en 94 et a repris ces fameux Diablogues depuis un an un peu partout en France avec François Morel et Jacques Gamblin, et depuis quelques semaines au Théâtre du Rond-Point.
  Les douze sketches retenus par Anne Benoit constituent une sorte de feu d’artifice du langage qui se met à déraper le plus souvent à cause d’une logique poussée à l’extrême, alors que les deux personnages qui essayent en vain de se comprendre ,semblent être dans la norme sociale: costume gris, cravate, chaussures noires. L’un est un peu plus enveloppé ( François Morel) et sert souvent de souffre-douleur à l’autre, sec et raide, (Jacques Gamblin), volontiers donneur de leçons. Ils cherchent,cependant à se comprendre malgré cette faillite permanente du langage mais, malgré une bonne volonté désespérante, n’y arrivent jamais.
  Et Dubillard sait manier comme personne la logique poussée jusqu’à l’absurde, le quiproquo, le calembour, le non-sens, la phrase usée jusqu’à la corde: « Il faudrait vivre tout seul quand on est artiste » … Très vite- c’est la clé de cette incompréhension totale: les mots ne disent pas la même chose pour ces deux personnages le compte-gouttes- et la démonstration est impitoyable-devient en fait un pousse-gouttes, la seule méthode pour plonger de façon synchronisée est de se caler sur le O du mot plongeon, et l’apéritif dénué de tout alcool  conduit à ressentir toute la douleur de l’existence, et Deux, après les réflexions de Un, déduit logiquement que c’est à cause de la pluie qu’il a peur  de la police…Et la fameuse Paulette, dont leurs deux cousines portent ce prénom, restera à tout jamais une véritable énigme.
  Ces Diablogues sont sûrement ce que Dubillard aura écrit de plus fort et le passage de la radio au théâtre  semble s’être fait naturellement, comme si le texte y avait été prédestiné; il faut dire et répéter que les deux comédiens sont exceptionnels. Morel a toujours ce cet air de chien battu,résigné mais lucide, plongé dans une sorte d’ahurissement métaphysique, en proie à une sorte de mal-être qu’il n’arrivera jamais à comprendre, mais finalement pas si malheureux, même (Je le revois, tel une sorte de joyeux fantôme, remontant avec moi le grand escalier de Chaillot en chantonnant le célèbre  Go in the  wind de Joan Baez, sans que nous arrivions à retrouver ni l’un ni l’autre quel était cet air…) On ne dira jamais assez combien ce grand comédien a été à la base de la réussite des meilleurs spectacles des Deschamps.
  Gamblin est , lui aussi une grande figure poétique parmi les comédiens d’aujourd’hui; il est dans le spectacle comme empreint d’une sorte de folie logique qui le conduit aux pires suppositions,sans que cela ne le trouble vraiment mais il a l’air aussi désemparé que son compère devant les mystères et les failles du langage quotidien.
   Quant à la mise en scène d’Anne Bourgeois, elle ne fait, malheureusement, pas preuve de beaucoup d’imagination : la scénographie ( une carte du ciel avec des points lumineux pour figurer les étoiles-sans doute pour figurer le grand vide métaphysique est d’une naïveté désarmante, le spectacle est bien mal éclairé, et il y a de nombreuses ruptures de rythme! Et le dernier quart d’heure sans doute à cause des deux sketches moins solides parait bien long. C’est dommage quand on a la chance de pouvoir mettre en scène deux comédiens qui  jouent avec une telle harmonie.
  A voir? Oui, malgré tout, surtout pour le texte de Dubillard et encore une fois pour le numéro exceptionnel de ces deux comédiens.

Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 7 décembre ( groupez vous à huit ce sera 20 euros), sinon les places sont à 33 euros!!!!!!!!!!
 


Archive pour 1 décembre, 2008

Les Diablogues

  Les Diablogues de Roland Dubillard, mise en scène par Anne Bourgeois par Philippe du Vignal 

Roland Dubillard, autrefois élève de Gaston Bachelard et licencié de philo, avait écrit une série de quatorze dialogues, à la demande de Jean Tardieu diablogues.jpgpour la radio, qui avaient pour titre Grégoire et Amédée. C’était en 1953 … et cela faisait la joie des gamins dans les cours de lycées, qui les racontaient aux autres ( les transistors n’étaient pas encore apparus). Quelque vingt ans plus tard, Dubillard les adapta pour le théâtre. Jacques Seiler les mit en scène avec succès en 75, puis Dubillard et Piéplu les jouèrent ensuite. Puis Anne Bourgeois, suivie de beaucoup d’autres, les mit elle aussi en scène en 94 et a repris ces fameux Diablogues depuis un an un peu partout en France avec François Morel et Jacques Gamblin, et depuis quelques semaines au Théâtre du Rond-Point.
  Les douze sketches retenus par Anne Benoit constituent une sorte de feu d’artifice du langage qui se met à déraper le plus souvent à cause d’une logique poussée à l’extrême, alors que les deux personnages qui essayent en vain de se comprendre ,semblent être dans la norme sociale: costume gris, cravate, chaussures noires. L’un est un peu plus enveloppé ( François Morel) et sert souvent de souffre-douleur à l’autre, sec et raide, (Jacques Gamblin), volontiers donneur de leçons. Ils cherchent,cependant à se comprendre malgré cette faillite permanente du langage mais, malgré une bonne volonté désespérante, n’y arrivent jamais.
  Et Dubillard sait manier comme personne la logique poussée jusqu’à l’absurde, le quiproquo, le calembour, le non-sens, la phrase usée jusqu’à la corde: « Il faudrait vivre tout seul quand on est artiste » … Très vite- c’est la clé de cette incompréhension totale: les mots ne disent pas la même chose pour ces deux personnages le compte-gouttes- et la démonstration est impitoyable-devient en fait un pousse-gouttes, la seule méthode pour plonger de façon synchronisée est de se caler sur le O du mot plongeon, et l’apéritif dénué de tout alcool  conduit à ressentir toute la douleur de l’existence, et Deux, après les réflexions de Un, déduit logiquement que c’est à cause de la pluie qu’il a peur  de la police…Et la fameuse Paulette, dont leurs deux cousines portent ce prénom, restera à tout jamais une véritable énigme.
  Ces Diablogues sont sûrement ce que Dubillard aura écrit de plus fort et le passage de la radio au théâtre  semble s’être fait naturellement, comme si le texte y avait été prédestiné; il faut dire et répéter que les deux comédiens sont exceptionnels. Morel a toujours ce cet air de chien battu,résigné mais lucide, plongé dans une sorte d’ahurissement métaphysique, en proie à une sorte de mal-être qu’il n’arrivera jamais à comprendre, mais finalement pas si malheureux, même (Je le revois, tel une sorte de joyeux fantôme, remontant avec moi le grand escalier de Chaillot en chantonnant le célèbre  Go in the  wind de Joan Baez, sans que nous arrivions à retrouver ni l’un ni l’autre quel était cet air…) On ne dira jamais assez combien ce grand comédien a été à la base de la réussite des meilleurs spectacles des Deschamps.
  Gamblin est , lui aussi une grande figure poétique parmi les comédiens d’aujourd’hui; il est dans le spectacle comme empreint d’une sorte de folie logique qui le conduit aux pires suppositions,sans que cela ne le trouble vraiment mais il a l’air aussi désemparé que son compère devant les mystères et les failles du langage quotidien.
   Quant à la mise en scène d’Anne Bourgeois, elle ne fait, malheureusement, pas preuve de beaucoup d’imagination : la scénographie ( une carte du ciel avec des points lumineux pour figurer les étoiles-sans doute pour figurer le grand vide métaphysique est d’une naïveté désarmante, le spectacle est bien mal éclairé, et il y a de nombreuses ruptures de rythme! Et le dernier quart d’heure sans doute à cause des deux sketches moins solides parait bien long. C’est dommage quand on a la chance de pouvoir mettre en scène deux comédiens qui  jouent avec une telle harmonie.
  A voir? Oui, malgré tout, surtout pour le texte de Dubillard et encore une fois pour le numéro exceptionnel de ces deux comédiens.

Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 7 décembre ( groupez vous à huit ce sera 20 euros), sinon les places sont à 33 euros!!!!!!!!!!
 

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