LA CAGNOTTE

 La Cagnotte-Théâtre Antoine Vitez Ivry 3 décembre d’Eugène Labiche, mise en scène Adel Hakim Théâtre des quartiers d’Ivry par Edith Rappoport

Adel Hakim s’est emparé de l’impitoyable mécanique théâtrale de Labiche avec une troupe de de 11 acteurs rompus à une caricature fermement dessinée et très habitée. Des petits bourgeois de la Ferté sous Jouarre satisfaits et égoïstes jouent à la bouillotte, autre version du poker, ils ont accumulé une cagnotte et se disputent pour savoir comment la dépenser. L’un veut une dinde truffée, l’autre aller à la foire voisine, la sœur du maître de maison veut se faire accompagner à Paris pour se rendre à la rencontre du prétendant qui a enfin répondu à la petite annonce matrimoniale qu’elle fait passer sans succès dans les journaux. Chambourcy a mal aux dents, on ira donc à Paris où la petite troupe qui se régale dans un restaurant ne pourra payer la note, se retrouvera en prison, s’en échappera pour se retrouver à l’agence matrimoniale. Leonida Chambourcy se retrouve face à son prétendant, un joueur de cartes qui fréquente le salon Chambourcy depuis 20 ans. Il y a une hallucinante scène de mise à prix de femmes à marier dont la dot grossit . La petite troupe sauvée in extremis par le fiancé de Blanche Chambourcy qui arrive pour régler la note, rentrera à la Ferté sous Jouarre, sans avoir rien compris.
Dans cette salle pleine d’un public jeune et très mélangé, cette féroce épopée sur l’égoïsme qui ravage notre société est jouée avec une rigueur allègre proche de la biomécanique de Vsevolod Meyerhold.


Archive pour 4 décembre, 2008

Ordet

  Ordet ( La Parole) de Kaj Munk, traduction et adaptation de Marie Darieussecq et Arthur Nauziciel, mise en scène par Arthur Nauziciel.

 

On connaît, bien sûr, le fameux film (1955) que  Carl Dreyer adapta de l’oeuvre de Kaj Munk,(1925) auteur dramatique et pasteur luthérien qordet.jpgui avait pris position en faveur d’Hitler  dans les années 30 puis avait combatu l’antisémitisme et appelé les Danois à la résistance, avant d’être assassiné par la Gestapo.
Cela se passe donc au Danemark: le vieux Morgen Borgen dirige avec énergie une grande exploitation rurale. Son fils aîné Mikkel a pour épouse Inger, et ils ont deux filles. Le second fils, Johannes étudiant en théologie, est en plein délire mystique et se prend pour le Christ. Quant à Anders, il est amoureux d’Anne, la fille de Peter Skraeder le tailleur, responsable d’une secte religieuse rivale, et qui ne veut pas de ce mariage. Inger, enceinte, perdra son bébé en accouchant et mourra peu après. Morgen et Peter finissent par se réconcilier. Et Johannes qui s’était enfui, ressuscite Inger que l’on a déjà mise dans un cercueil…
Comme le dit Arthur Nauziciel, Ordet n’est pas une pièce religieuse mais une sorte de suspense métaphysique. Une expérience. Un entre-deux monde. C’est un objet théâtral étonnant qui pose la question de la croyance. La pièce est très bavarde: on y traite de la vie, de la mort ,de la condition humaine, de la foi, du rapport que nous avons au monde visible, du miracle physiologique, alors que nous le savons tous impossible.
Alors, comment dire cela au théâtre? Arthur Nauziciel a pris courageusement le parti d’un certain minimalisme, voire d’un
e certaine sécheresse: peu de lumières, une scénographie épurée (mais bien laide et ratée) de son ami Eric Vigner, une directions d’acteurs au scalpel. Et il  a demandé à l’excellent ensemble Organum ( Marcel Pérès, Mathilde Daudy et Antoine Sicot) de soutenir par leurs voix a capella les dialogues de cette pièce  écrite assez vite et qui manque singulièrement de construction dramatique. Dreyer avait compris que des images d’une force incomparable devaient  absolument  servir d’appui logistique à ce si l’on voulait exprimer l’angoisse métaphysique des personnages de Kaj Munk; il avait aussi bien compris que 120 minutes y suffiraient largement.
Autant dire tout de suite que ces presque trois heures théâtrales sont vraiment estoufadou- et assez  ennuyeuses- comme on dit en Provence. Heureusement, Nauziciel a su s’entourer d’ une distribution irréprochable avec, entre autres:  Pascal Grégory( le vieux Morgen) qui est presque en permanence sur le plateau, Catherine Vuillez ( Inger) , Xavier Gallais ( Johannes) et Jean-Marie Winling ( Peter le tailleur). C’est du solide, du cousu main et on retrouve chez Nauziciel l’exigence fondamentale de Vitez qui fut son maître. Reste à savoir s’il était bien utile de monter cet  objet théâtral qui ,de mémoire, n’est jamais joué, ou bien il aurait fallu en faire une véritable adaptation, au lieu de laisser filer les dialogues, quitte à y glisser de temps à autre quelques petites répliques un peu faciles, histoires d’ éveiller l’attention du public.
A voir ? Oui, si vous ne craignez pas les tunnels bavards, longs et mal éclairés et si vous aimez bien les miracles finaux; non, si les bavardages métaphysico-religieux vous ennuient au plus haut point: dans ce cas, ne venez pas dire qu’on ne on vous aura pas prévenu….

Philippe du Vignal

Théâtre des Gémeaux à Sceaux ( le spectacle a été créé au dernier Festival d’Avignon) jusqu’au 7 décembre.

Grisélidis Réal

La Catin révolutionnaire, d’après les lettres de Grisélidis Réal, mise en scène de Régine Achille-Fould.

 

En général, on annonce un spectacle avec les noms de l’auteur et du metteur en scène. Ici, les deux piliers en sont l’auteur et l’actrice, soutenue par le piano de Manuel Anoyvega ou de Gabriel Levasseur. Il y a  ici un remarquable équilibre des forces entre deux femmes égales en dignité, la prostituée et l’actrice.  Actrice, parce qu’elle ne joue pas la comédie : elle porte, un personnage de femme hors du commun, tout ce qu’elle cette porte elle-même de la condition féminine, et, au-delà des laissés pour compte, réprouvés et parias de notre société. Cela, sans un gamme de pathos, sans morale sucrée, sans slogans, sans indulgence, sans attendrissement, sans embarras : les faits, rien que les faits, la dignité, le courage qui ne demande rien, et un humour altier.
Dans les années quatre-vingt, Grisélidis Réal, prostituée -“péripatéticienne écrivain“,  selon elle – a échangé une longue correspondance avec Jean-Luc Hennig, alors journaliste à Libé. L’écriture se fait radeau de survie, mais aussi expérience philosophique de la liberté, de l’armature qui fait qu’on reste une personne.
Total respect,comme disent les gamins. Et plaisir d’admirer une admirable – allons, dédramatisons – comédienne.

Christine Friedel.

Théâtre du Marais jusqu’au 12 décembre.

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