Le Suicidé

Le Suicidé de Nicolaï Erdman, mise en scène de Volodia Serre.

 

  L’auteur ( 1902-1970) est peu connu du grand  public en général mais assez apprécié par les jeunes metteurs en scène qui s’emparent souvent du Mandat  que le célèbre Meyerhold lui avait commandé en 1925 et qui connut un beau succès. En 1928, Erdman écrivit le Suicidé mais la pièce ne reçut pas l’autorisation de la censure soviétique malgré l’intervention de Stanislavski et de Gorki, et Staline assigna l’auteur à résidence.
  L’histoire est à la fois simple et ultra-compliquée dans ses dérives. C’est une sorte de vaudeville délirant, où chaque petit fait de la vie quotidienne tourne vite au cauchemar: tout son entourage est  convaincu que Sémione va se suicider, alors qu’il n’en est rien,malgré son délire personnel et l’horreur qu’il ressent face à l’absurdité de la vie de ses  concitoyens au destin broyé par l’effroyable machine stalinienne;  il faudra expliquer à ce malheureux Sémione le pourquoi de tant d’absurdités, pourquoi le destin individuel n’a aucune importance en face de l’avenir radieux de la grandiose Union soviétique.
  La pièce ressemble, à s’y méprendre parfois, à du Labiche,  qu’Erdman admirait beaucoup mais ,en plus grinçant encore; c’est drôle et chaque réplique fait mouche même si, au bout du bout du grotesque,   on sent , pratiquement à chaque seconde, que la mort est au rendez-vous, impitoyable et loufoque à la fois, puisque l’individu ne compte presque plus…. Comme dans La Cagnotte de Labiche, le pauvre Sémione est harcelé par une bande de profiteurs impitoyables.. Bref, le comique ne fait pas bon ménage avec le politique , dont il est une sorte d’antidote, ce qui n’a sans doute pas dû faire plaisir à Staline Et, en effet, on peut imaginer la puissance explosive des dialogues de Nicolas Erdman à l’époque, puisqu’ils restent aussi virulents, quelque 80 ans après;  sans doute parce que son texte touche à la place de l’individu dans la société et à la mécanique même du pouvoir stalinien qui, hélas, a fait ses preuves ailleurs sur la planète.
  Le texte, brillamment traduit  par Markovicz, est  d’une férocité impitoyable! Il faudrait tout citer:  » Dans les minutes de création, en général, j’exigerai un silence relatif ». (Comme le disait un célèbre homme politique français:  » Pour mes discours, écrivez ce que vous voulez, mais laissez -moi les adjectifs »). Ou «  Un homme qui n’a pas de pantalon , c’est comme un homme qui n’a pas d’yeux ». Ou encore cet improbable réplique «  Je téléphone aussitôt au Kremlin » en demandant le plus haut responsable. C’est d’une drôlerie et d’une férocité qui fait le plaisir d’une salle comble.
  Volodia Serre  a eu raison de  raccourcir le texte, qui dure tout de même plus de deux heures- et c’est quand même parfois long; c’est bien dommage mais le jeune metteur en scène  s’est  perdu  dans sa direction d’acteurs- assez médiocre et qui casse le rythme. Il a cru bon de mettre les dix premières minutes dans l’obscurité presque intégrale et il  fait crier ses comédiens  au mépris évident d’une efficacité bien comprise ( on se demande parfois ce qu’il a a pu apprendre de ce côté-là au Conservatoire!) .  Comme le plateau exigu et mal foutu du Théâtre 13 et la scénographie   n’arrangent pas les choses, les acteurs ont du mal à s’en sortir ( mis à part Catherine Salviat qui joue la belle-mère avec brio et  Alexandre Steiger / Sémione.).
  A voir, à ne pas voir?  Oui, si vous voulez découvrir un texte  brillant et  drôle- bien mis en valeur par la musique au piano de Jean-Marie Senia- mais encore une fois qui aurait demandé une mise en scène plus maîtrisée. Non, si vous exigez un peu plus du théâtre. Enfin, une salle comble comme celle du Théâtre 13, cela mérite d’être souligné, même si la couleur des cheveux  du public reste, une fois de plus, des plus grisonnantes… ce qui n’est pas bon signe quant à l’avenir du théâtre, mais bon, même en période de crise, et donc de diminution budgétaires conséquentes pour la création, il y a parfois des miracles…..

 

Philippe du Vignal

 


Théâtre 13, jusqu’au 14 décembre inclus.


Archive pour 7 décembre, 2008

Ma vie, mon œuvre, mon pédalo

Ma vie, mon œuvre, mon pédalo  de la compagnie Des Équilibres à L’Orange bleue (Eaubonne) par Jérôme Robert



Ce vendredi 5 décembre à L’Orange bleue – la toute nouvelle et belle salle de spectacle de la ville d’Eaubonne sise en région parisienne (Val d’Oise), Ma vie, mon œuvre, mon pédalo de la compagnie Des Équilibres a pu séduire un public largement intergénérationnel.

Solo pour danseur-acrobate, mais en réalité duo, dans la mesure où le trampoline est omniprésent, cette pièce de danse, de cirque ou d’acrobatie (c’est selon les points de vue) s’interroge sur notre rapport au temps (celui qui est passé et celui qui passera). Mais pas en généralisant. Ce qui rend ce travail très intéressant réside dans le fait que cette réflexion s’applique aux artistes de cirque ou de danse pour lesquels l’effort produit peut sembler inversement proportionnel à toute notion de reimage1.jpgntabilité temporelle. En effet, leur carrière devrait durer à peine plus de temps que celui qui aura été nécessaire à l’élaboration des compétences qu’il aura fallu mettre en œuvre pour tenter de faire art…

 

Cyrille Musy (bien connu des aficionados du cirque contemporain, cofondateur du Collectif AOC) travaille en virtuose le mouvement dansé d’inspiration hi hop, comme l’acrobatie. La touche de Sébastien Lefrançois (chorégraphe) se sent pour notre plus grand bonheur. Si le jeu dramatique (le flot de parole semble presque continue) n’est pas transcendant, son mélange aux mouvements dansés et acrobatiques nous rendent bienveillants.

 

La mise en scène est sobre et donne, à juste titre, la part belle à Cyrille Musy, sans artifice stérile. On regrettera peut-être que François Berdeaux (metteur en scène et auteur) n’ait pas parfois allégé ce joli texte qui mériterait quelques respirations et que l’on se soit parfois sentis obligés de créer de belles images, trop léchées pour pleinement générer l’effet poétique escompté.

 

Ces deux petites réserves ne sont pas de nature à rendre vain ce travail résolument fréquentable…
Nous ne pouvons que vous conseiller d’allez voir ce spectacle à l’Espace Culturel Lucien Jean (rue Marcel Petit  – 95670 Marly-la-Ville) situé à une trentaine de minutes de Paris en voiture : les 12 (14h30) et 14 (16h30) décembre dans le cadre de CirquÉvolution, réseau de diffusion de cirque contemporaine en Val d’Oise réunissant plusieurs villes de ce départements coordonnées par l’Adiam Val d’Oise.
Pour plus de renseignements :
http://www.horslesmurs.fr/plugins/fckeditor/userfiles/file/Actu/FestivalCirquEvolution.pdf

 

Par Jérôme Robert

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