KAMP MARTO

KAMP MARTO Théâtre 71 de Malakoff par Edith Rappoport

 

Théâtre d’objets et vidéo, compagnie Hôtel Moderne de Rotterdam, créateurs et acteurs Herman Helle, Pauline Kalker, Arlène Hoornweg


J’avais vu deux fois La grande guerre, précédent spectacle de cette étonnante compagnie obsédée par la grande boucherie humaine. Cette fois, c’est d’Auschwitz qu’il s’agit, de l’assassinat scientifiquement planifié  de millions d’êtres humains. Dans une maquette du camp minutieusement reconstitué sur le grand plateau du Théâtre 71, les trois concepteurs manipulent silencieusement 3000 minuscules marionnettes, dans tous les aspects de la vie quotidienne du camp, le débarquement du train, la chambre à gaz, le crématoire, les pendaisons, la soupe et même les beuveries des SS. Ces images terrifiantes sont par instants projetées sur grand écran, pas un mot n’est prononcé, une extraordinaire bande son de Ruud van der Plujim accompagne l’action. Les spectateurs sont figés dans un silence religieux pendant la représentation, ils défilent devant la maquette qu’il faut regarder à la loupe. On met longtemps à sortir de la salle


Archive pour 9 décembre, 2008

Une Histoire du monde

Une Histoire du monde, cabaret apocryphe, texte et mise en scène de Jean-François Mariotti.

  Cela se passe à Ménilmontant , au Studio de l’Ermitage, une salle à tout faire avec un bar dans le fond , une petite scène de cabaret, et quelques rangées de chaises en plastique même pas attachées au mépris de la loi.. Cette Histoire du Monde, Jean-François Mariotti l’a voulu aux antipodes « d’une quelconque vérité universitaire »;on a envie de lui dire: heureusement…  Cela correspond, dit-il, à une volonté de » comprendre comment nous autres, générations qui vivons au début du XXI ème siècle, pouvons survivre à à cette lourde histoire qui nous précède, comment nous la digérons, comment nous en escamotons la pesanteur par le rire, l’irrévérence, la farce, la grimace ».
  Le propos est un peu prétentieux mais le spectacle mérite mieux que cela, même si, le texte, n’est pas très intéressant: souvent racoleur, facile et surtout trop bavard. Il s’agit d’une sorte de cabaret avec des sketches et des chansons, relatant à la moulinette les « grands moments » de l’histoire du monde occidental: tout y passe depuis la Genèse, et la création de l’homme avec Adam et Eve, les amours de Marc Antoine et Cléopâtre,, la Peste noire du 14 ème siècle, l’assassinat d’Henri IV… par Marat,  la rencontre d’Hitler en fauteuil roulant avec Staline et Franco, le soulèvement des esclaves haïtiens ,les amours de Kennedy et de Marylin Monröe au mieux avec Jackie qu’elle embrasse sur la bouche, etc.. Cela se termine par une sorte de mise à mort emblématique du théâtre. Cela a un côté bande dessinée et fait souvent penser au Magic Circus de Jérôme Savary, quarante ans après! Comme quoi, c’est avec les vieilles casseroles que l’on fait  les meilleures soupes….
  Jean-François Mariotti a su s’entourer d’une bande de treize copains comédiens , flûtiste et pianiste qui savent vite créer une espèce de complicité avec une salle  jeune et  amicale; il faut dire que qu’ils ont chacun un solide métier( et l’on sait que le cabaret est une rude école où il faut savoir jouer et chanter dans un espace restreint). Et ils le font tous très bien, même si la distribution est inégale. Et il y a  d’excellents moments, comme ces trois jeunes femmes  en guépière rouge et bas noirs qui chantent en choeur:  La Carmagnole puis Maréchal, nous voilà…. ou les retrouvailles à la fin d’Adam et Eve, justes couverts de leur feuilles de vigne. C’est le plus souvent assez drôle,mais pas vraiment  impertinent et irrévérencieux comme le voudrait l’auteur et metteur en scène; disons que l’ensemble est, à coup sûr,trop long,trop vite écrit et manque de rythme : il y a une série de fausses fins qui plombent la vraie fin un peu bâclée..
  Malgré tout, cela passe, grâce encore une fois, au savoir-faire des comédiens et à la maîtrise dont sait faire preuve Jean-François Mariotti pour  diriger toute cette bande. Les petits cochons de la télévision publique/ publique ou publique/privée ,ou privée (on ne sait plus trop)  le mangeront sans doute un jour mais, en tout cas, Jean-François Mariotti prouve qu’il est  à l’aise dans ce type de spectacle, comme il l’avait été dans le passé avec …Claudel. C’est toujours fort bon signe quand un jeune metteur en scène n’hésite pas à passer d’un registre à l’autre.
  A voir? Oui, si voulez découvrir une des tendances d’un théâtre marginal sans doute mais qui draine un public jeune et fidèle qui ne boude pas son plaisir mais, attention: le spectacle ,dit évolutif, ne bénéficie pas d’une programmation régulière .. (Mariotti crée aussi à intervalles réguliers une sorte de cabaret inspiré de l’actualité avec des pièces comme Gabegie ou Thermomètre à usage unique): à suivre donc mais  mieux vaut consulter avant le site de la compagnie:www. une-histoire-du-monde.com

 

Philippe du Vignal

Le Projet RW

  Le Projet RW d’après La Promenade de Robert Walser, collectif Quatre ailes., mise en scène, scénographie et images de Michaël Dusautoy.

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  Quelques mots sur Robert Walser ( rien à voir avec Martin Walser, auteur allemand,  bien vivant lui,  dont nous avions parlé récemment à propos d’une mise en scène de Julie Timmermann). Donc ,Rober Walser est  Suisse, comme Jean-Luc  Godard; né en 1878 à Bienne , il fit vingt cinq métiers pour vivre et écrire des romans, dont le fameux Les enfants Tanner en 1906, La Rose, etc.. et des  » dramolettes  » comme Blanche-Neige, une espèce de féroce mise en abyme du conte des Grimm ,et nombre de poésies. Il séjourna à Berlin et fit l’admiration de-excusez du peu- Kafka, Musil et Benjamin…. Revenu en Suisse, il fut placé dans un hôpital psychiatrique dont il s’échappa le jour de Noël 56; on retrouva le poète, mort comme un poète: d’épuisement dans la neige, son chapeau près de lui…. il y a 52 ans de cela; souvenez-vous Daniel Mesguisch et Thierry Lhermitte,  poussaient leurs premiers cris; Staline prônait la réunification de l’Allemagne et l’affaire de la famille Dominici,accusée d’un crime horrible,  faisait la une des journaux…

  Beaucoup des écrits de Walser ne furent retrouvés qu’après sa mort et traduits de l’allemand  assez récemment, ce qui explique qu’il soit encore peu connu en France. La Promenade est un court récit , une sorte de journal poétique de la vie quotidienne » Un jour, l’envie me prenant de faire une promenade, je mis le chapeau sur la tête et, plantant là les écritures et les revenants, je quittai en courant le cabinet de travail ou de fantasmagorie pour dégringoler l’escalier » ... Tout est déjà annoncé dans ces quelques lignes d’un récit où les situations sont banales, les personnages juste esquissés  mais qui  constitue- adapté par Evelyne Loew- un formidable tremplin à la fabrication d’images poétiques d’une grande pureté, dans la tradition des silhouettes en carton découpé (chères à Nicolas Bataille, décédé le mois dernier et qui découvrit et qui, le premier,  mis en scène Ionesco). Il y a des villages de montagne, un petit train,un  cirque, des maisons anciennes, des enfilades d’enseignes: bottier, crémier, gantier; il y a aussi des ombres humaines et une sorte de poète le plus souvent installé sur une chaise et une table suspendues en l’air, un libraire qui entre assis sur une table couverte de livres de toutes les couleurs, une jolie cantatrice trapéziste, une mégère de la bonne bourgeoisie avide de gâteaux, un gros fonctionnaire  C’est à la fois souvent drôle ,et répétons- le, d’une poésie fabuleuse…
  Le collectif Quatre ailes est sans doute plus à l’aise dans la fabrication de ces images  auquel il a donné toute son intelligence scénique,que dans la prise en charge du texte lui-même; mais tout s’enchaîne, comme par miracle: l’on sent bien qu’il y a, derrière, un solide travail de compagnie. Le spectacle mériterait sans doute une meilleure direction d’acteurs : cela crie parfois  beaucoup et sans raison, mais les choses devraient se caler au cours des représentations.
  Y aller? Oui, surtout si vous cherchez un spectacle court ,( une heure dix) d’une poésie incomparable capable aussi d’attirer des enfants( à partir de sept ans, je pense); par les temps qui courent, ce n’est pas si facile à trouver…

 

Philippe du Vignal

 

 Théâtre des Quartiers d’Ivry (studio Daniele Casanova), à Ivry  jusqu’au 19 décembre, et le 22 et 23 décembre au Vingtième Théâtre, 7 rue des Plâtrières 75020 Paris

 

 

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