Devant la parole. Valère Novarina.

Devant la parole Valère Novarina. adaptation scénique de Louis Castel Maison de la poésie par Gérard Conio.

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Si l’œuvre de Valère Novarina séduit par la puissance poétique, comique et  cosmique de  sa création verbale, par sa capacité à la fois de décrypter le monde et de le transfigurer par le pouvoir des mots, il semble que  l’aspect ludique en cache souvent  le contenu spirituel. C’est pourquoi il faut  voir absolument  «  Devant la parole », dans l’adaptation scénique de Louis Castel, qui se donne jusqu’au 21 décembre à la Maison de la poésie.  Echappant au double piège  de la  théâtralisation  et de la profération didactique, évitant à la fois la vulgarité du « one man show » et l’ennui  du monologue, Louis Castel, assisté par Nicolas Struve,  réussit avec une remarquable économie de moyens à habiter avec sa seule voix et son seul corps   l’espace tout entier de la salle rebaptisée «  Louis de Funès » pour la circonstance.   Il extirpe ces textes de leur gangue livresque pour leur donner chair  avec une science dramaturgique qui constitue en soi une véritable synthèse des arts. Il nous rappelle que l’essence  du théâtre n’est pas dans l’effet à produire mais dans la nécessité interne qui relie toutes ses composantes visuelles, plastiques,  gestuelles et sonores, elle est surtout et avant tout dans le rythme. A cet égard, sa performance, pour employer un terme à la mode, si elle est exactement vécue par les spectateurs, est appelée à les laver des  scories dont nous sommes accablés dans le courant des jours. Et telle devrait être la vraie catharsis opérée par le théâtre, non un défoulement superficiel, mais une remontée aux sources. Il y a un mystère de Novarina, un mystère de l’incarnation de sa parole par  des acteurs sur la scène. Rien de plus antinomique, en effet, que l’écriture de Novarina et la notion même de «  représentation ». Mais cette association contre nature devient une évidence, quand les acteurs comprennent qu’il ne suffit pas de jouer, de représenter des textes en somme injouables et irreprésentables, mais de faire  en sorte que «  l’esprit respire ». Rendre à l’esprit sa respiration, son rythme, sa chair, tel est le propos de Marcel Jousse, dont on vient de rééditer les écrits, notamment «  La manducation de la parole ». On y trouve le meilleur commentaire de l’exercice spirituel que Louis Castel répète patiemment, avec enthousiasme et  humilité,  tous les soirs,  devant un public  restreint :
«  Prenez et mangez ! »  C’est, devant le manger visible et mystérieux, une invitation parallèle à celle que Iéshoua avait déjà faite devant le manger invisible et également mystérieux : «  Apprenez et comprenez ! » N’oublions jamais que, dans les actes comme dans les paroles, nous sommes en plein milieu de l’Enigme et de la Transsubstantiation. Les preneurs sont à la fois des appreneurs. La Manducation est aussi Mémorisation. Nous nous trouvons là en face des grands mécanismes gestuels traditionnellement transmis et traditionnellement significatifs. C’est la pédagogie universelle par les deux gestes liés et  successifs : recevoir, transmettre.
Cette transmission est la même que celle accomplie il y aura bientôt un siècle par les poètes russes de l’art de gauche qui redonnaient à la parole, au verbe, au «  slovo », son pouvoir de «  transsubstantiation ». Comme Novarina, ils sortaient d’une tradition culturelle fondée sur la communication pour retrouver l’action   magique  du langage, à la jonction entre la poésie populaire et l’art sacré.
Gérard Conio

jusqu’au 21 décembre à la Maison de la poésie


Archive pour 14 décembre, 2008

Le fil sous la neige, Parc de La Villette

Le fil sous la neige par Les Colporteurs Espace chapiteau du Parc de La Villette par Jérôme Robertcirquu.jpg

 
Il y a des spécialités au cirque qui peuvent sembler ingrates au premier abord, promptes à ne figurer que dans un spectacle pluridisciplinaire ou à se limiter à l’espace-temps d’un numéro.  Au premier rang de ces arts figuraient la contorsion et  le fil.  Dorénavant, si ce n’était déjà fait, conjuguez cette idée à l’imparfait.
Avec Déversoir (présenté le mois dernier à La Villette), Angéla Laurier avait déjà pu nous prouver le contraire de cette hypostase en dressant un regard aussi poétique que sans concession sur la maladie d’Alzheimer, la schizophrénie et leurs retentissements familiaux…en utilisant la contorsion.
Le fil attendait son heure. Elle est arrivée par l’intermédiaire de sept fildeféristes (excusez du peu !) entrainés par un Antoine Rigot au sommet de son art.
Dans la lignée d’une conception autorisant à  nommer « cirque » un genre acceptant les spectacles monodisciplinaires portés par un collectif d’artistes (à la manière des nouveaux-nez pour les clowns, des Arts sauts pour le trapèze volant ou d’ARMO – Jérôme Thomas pour la jonglerie), Les colporteurs inventent un spectacle filaire d’une éblouissante beauté.
Il y a d’abord un propos, une intention : la vie (tout court, et artistique) est possible après un tragique accident qui a ruiné l’espoir d’utiliser ses jambes pour exercer son art. Vous comprendrez qu’au-delà de cette histoire particulière, ce propos puisse retentir en chacun de nous.
Il y a un travail scénographique inédit : des superpositions horizontales et  verticales de fils formant un réseau de communication entre des artistes dont les relations se construisent à géométrie variable (solos, duos, collectif) en puisant dans des ressorts dramaturgiques et esthétiques d’une très grande variété. Cette scénographie sert dont une construction dramatique éclatée en fragments. Chacun d’entre eux fait sens, en même temps que leur agencement nous offre toute liberté de réception en laissant intacte l’intention initiale.
Cette complexité ne s’arrête pas ici. La musique intervient comme un huitième personnage jouant habilement son rôle d’entraînement et de contrepoint à ce qui se joue sur la piste circulaire. Originale aux deux sens du terme, la musique repose sur une partition où de nombreuses inspirations se côtoient ; de Zappa (père) au free-jazz en passant  de l’électro façon 75/85 mâtinée de New Age. 
Le Fil sous la neige est une œuvre d’art tout court, et une étape essentielle dans l’histoire du cirque en particulier. Bien peu de choses devraient être capables de vous empêcher d’y aller.
Jérôme Robert

Espace chapiteaux, Parc de La Villette jusqu’au 28 décembre.
Pour connaître les nombreuses dates de la tournée :
http://www.lescolporteurs.com/fil-neige/cnt-fil-neige.html

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