Devant la parole. Valère Novarina.

Devant la parole Valère Novarina. adaptation scénique de Louis Castel Maison de la poésie par Gérard Conio.

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Si l’œuvre de Valère Novarina séduit par la puissance poétique, comique et  cosmique de  sa création verbale, par sa capacité à la fois de décrypter le monde et de le transfigurer par le pouvoir des mots, il semble que  l’aspect ludique en cache souvent  le contenu spirituel. C’est pourquoi il faut  voir absolument  «  Devant la parole », dans l’adaptation scénique de Louis Castel, qui se donne jusqu’au 21 décembre à la Maison de la poésie.  Echappant au double piège  de la  théâtralisation  et de la profération didactique, évitant à la fois la vulgarité du « one man show » et l’ennui  du monologue, Louis Castel, assisté par Nicolas Struve,  réussit avec une remarquable économie de moyens à habiter avec sa seule voix et son seul corps   l’espace tout entier de la salle rebaptisée «  Louis de Funès » pour la circonstance.   Il extirpe ces textes de leur gangue livresque pour leur donner chair  avec une science dramaturgique qui constitue en soi une véritable synthèse des arts. Il nous rappelle que l’essence  du théâtre n’est pas dans l’effet à produire mais dans la nécessité interne qui relie toutes ses composantes visuelles, plastiques,  gestuelles et sonores, elle est surtout et avant tout dans le rythme. A cet égard, sa performance, pour employer un terme à la mode, si elle est exactement vécue par les spectateurs, est appelée à les laver des  scories dont nous sommes accablés dans le courant des jours. Et telle devrait être la vraie catharsis opérée par le théâtre, non un défoulement superficiel, mais une remontée aux sources. Il y a un mystère de Novarina, un mystère de l’incarnation de sa parole par  des acteurs sur la scène. Rien de plus antinomique, en effet, que l’écriture de Novarina et la notion même de «  représentation ». Mais cette association contre nature devient une évidence, quand les acteurs comprennent qu’il ne suffit pas de jouer, de représenter des textes en somme injouables et irreprésentables, mais de faire  en sorte que «  l’esprit respire ». Rendre à l’esprit sa respiration, son rythme, sa chair, tel est le propos de Marcel Jousse, dont on vient de rééditer les écrits, notamment «  La manducation de la parole ». On y trouve le meilleur commentaire de l’exercice spirituel que Louis Castel répète patiemment, avec enthousiasme et  humilité,  tous les soirs,  devant un public  restreint :
«  Prenez et mangez ! »  C’est, devant le manger visible et mystérieux, une invitation parallèle à celle que Iéshoua avait déjà faite devant le manger invisible et également mystérieux : «  Apprenez et comprenez ! » N’oublions jamais que, dans les actes comme dans les paroles, nous sommes en plein milieu de l’Enigme et de la Transsubstantiation. Les preneurs sont à la fois des appreneurs. La Manducation est aussi Mémorisation. Nous nous trouvons là en face des grands mécanismes gestuels traditionnellement transmis et traditionnellement significatifs. C’est la pédagogie universelle par les deux gestes liés et  successifs : recevoir, transmettre.
Cette transmission est la même que celle accomplie il y aura bientôt un siècle par les poètes russes de l’art de gauche qui redonnaient à la parole, au verbe, au «  slovo », son pouvoir de «  transsubstantiation ». Comme Novarina, ils sortaient d’une tradition culturelle fondée sur la communication pour retrouver l’action   magique  du langage, à la jonction entre la poésie populaire et l’art sacré.
Gérard Conio

jusqu’au 21 décembre à la Maison de la poésie


Archive pour décembre, 2008

Le fil sous la neige, Parc de La Villette

Le fil sous la neige par Les Colporteurs Espace chapiteau du Parc de La Villette par Jérôme Robertcirquu.jpg

 
Il y a des spécialités au cirque qui peuvent sembler ingrates au premier abord, promptes à ne figurer que dans un spectacle pluridisciplinaire ou à se limiter à l’espace-temps d’un numéro.  Au premier rang de ces arts figuraient la contorsion et  le fil.  Dorénavant, si ce n’était déjà fait, conjuguez cette idée à l’imparfait.
Avec Déversoir (présenté le mois dernier à La Villette), Angéla Laurier avait déjà pu nous prouver le contraire de cette hypostase en dressant un regard aussi poétique que sans concession sur la maladie d’Alzheimer, la schizophrénie et leurs retentissements familiaux…en utilisant la contorsion.
Le fil attendait son heure. Elle est arrivée par l’intermédiaire de sept fildeféristes (excusez du peu !) entrainés par un Antoine Rigot au sommet de son art.
Dans la lignée d’une conception autorisant à  nommer « cirque » un genre acceptant les spectacles monodisciplinaires portés par un collectif d’artistes (à la manière des nouveaux-nez pour les clowns, des Arts sauts pour le trapèze volant ou d’ARMO – Jérôme Thomas pour la jonglerie), Les colporteurs inventent un spectacle filaire d’une éblouissante beauté.
Il y a d’abord un propos, une intention : la vie (tout court, et artistique) est possible après un tragique accident qui a ruiné l’espoir d’utiliser ses jambes pour exercer son art. Vous comprendrez qu’au-delà de cette histoire particulière, ce propos puisse retentir en chacun de nous.
Il y a un travail scénographique inédit : des superpositions horizontales et  verticales de fils formant un réseau de communication entre des artistes dont les relations se construisent à géométrie variable (solos, duos, collectif) en puisant dans des ressorts dramaturgiques et esthétiques d’une très grande variété. Cette scénographie sert dont une construction dramatique éclatée en fragments. Chacun d’entre eux fait sens, en même temps que leur agencement nous offre toute liberté de réception en laissant intacte l’intention initiale.
Cette complexité ne s’arrête pas ici. La musique intervient comme un huitième personnage jouant habilement son rôle d’entraînement et de contrepoint à ce qui se joue sur la piste circulaire. Originale aux deux sens du terme, la musique repose sur une partition où de nombreuses inspirations se côtoient ; de Zappa (père) au free-jazz en passant  de l’électro façon 75/85 mâtinée de New Age. 
Le Fil sous la neige est une œuvre d’art tout court, et une étape essentielle dans l’histoire du cirque en particulier. Bien peu de choses devraient être capables de vous empêcher d’y aller.
Jérôme Robert

Espace chapiteaux, Parc de La Villette jusqu’au 28 décembre.
Pour connaître les nombreuses dates de la tournée :
http://www.lescolporteurs.com/fil-neige/cnt-fil-neige.html

LA TRAGIQUE HISTOIRE DU NÉCROMANCIEN HIERONIMO

LA TRAGIQUE HISTOIRE DU NÉCROMANCIEN HIERONIMO  Théâtre Paris Villette  par Edith Rappoport

 

Musique et livret de Georges Aperghis, mise en scène de Françoise Rivalland, scénographie de Jean-Pierre Larroche
Ce petit opéra insolite conçu par Georges Aperghis au Festival d’Avignon de 1971, avait été commandé par Jean Vilar qui avait su renouveler chaque année le festival jusqu’à cette année ultime de sa mort. On se perd très vite dans la fable plutôt obscure, les voix parlées et chantées se superposent et les instruments mènent leurs danses. Les formes conçues par Jean-Pierre Larroche éclairent les interprètes, jouent avec la musique. On s’amuse de cette petite forme ironique.

 

 

Edith Rappoport

UNE HISTOIRE DU MONDE

UNE HISTOIRE DU MONDE  Studio de l’Ermitage  par Edith Rappoport

Cabaret apocryphe, texte et mise en scène de Jean-François Mariotti, compagnie l’Héautontimorouménos


Cette compagnie au nom bizarre, il faudra que je leur demande ce que ça signifie, travaille depuis plusieurs années, elle réalise régulièrement des « Gabegies » liées à l’actualité du moment, j’en avais vu une très dynamique réalisée à la veille de l’élection de notre petit président, avec une extraordinaire Marianne dépoitraillée et violée, plutôt visionnaire. Les 13 comédiens s’en donnent à cœur joie dans cette vraie fausse revue sur une histoire du monde avec une Ève mondaine en robe de satin blanc qui voit son Adam se faire assassiner par un Barnabé qui l’engrossera de milliers de descendants. Les tableaux se succèdent dans un désordre apparent, très maîtrisé grâce au jeu d’une équipe solide et entraînée. Ils chantent, jouent de la musique. Le fil rouge du spectacle pourrait être « l’avenir n’appartient pas aux tyrans, mais aux fous ». Deux séquences particulièrement savoureuses, « La république nous appelle et Maréchal nous voilà »  et Staline et Franco face à un Hitler en chaise protégé par son Eva. Malgré quelques longueurs et des faiblesses du texte, cette histoire du monde réjouit le public très jeune rassemblé dans ce lieu chaleureux. Un spectacle dézingué et salutaire !

Edith Rappoport

Juan Mayorga

Un auteur à découvrir. juanmayorga.jpg, l’auteur de théâtre le plus marquant de la nouvelle génération en Espagne par Irène Sadowska Guillon

Trois lectures au Pupitre de sa pièce Hamelin traduite en Français par Yves Lebeau, par la Compagnie Influenscène. Lectures dirigées par Jean-Luc Paliès

Lundi 15 décembre à 20h30 à l’Espace Gérard Philipe à Fontenay sous bois, 26, rue Gérard Philipe 94120 Fontenay sous Bois

Mardi 16 décembre à 12h30 au Théâtre du Rond Point, salle Tardieu, dans le cadre des « Mardis midi des textes libres »

Mardi 16 décembre à 20h30 au Théâtre de Saint Maur, 20 r Liberté 94100 SAINT MAUR DES FOSSES

Hamelin traite des diverses formes de violence que les adultes infligent aux enfants : domination sexuelle, éducation déficiente, abandon, manque d’amour… L’action pourrait se passer dans n’importe quelle ville du monde où, comme dans le Hamelin du conte, les enfants payent pour les fautes des adultes.
Le protagoniste de l’œuvre est un juge qui mène une enquête pour déterminer si un des enfants d’une famille pauvre est abusé par un adulte. Le juge oriente son enquête d’abord sur un pédophile proche de la famille, puis sur les parents de l’enfant en soupçonnant qu’ils ont consenti et bénéficié de ces abus. Alors qu’il cherche à débrouiller ce qui est arrivé à ce garçon, le juge n’arrive pas à communiquer avec son propre fils, leur relation se dégrade peu à peu.
Hamelin est au fond une pièce sur deux enfants, deux familles. Mais il y a un personnage qui n’appartient ni à l’une ni à l’autre, l’Annoncier, qui invite le spectateur à imaginer ce que le théâtre ne devrait pas montrer, à entendre le silence des enfants, auxquels le théâtre ne peut se substituer.

 

Juan Mayorga

Né le 6 avril 1965 à Madrid.
Docteur en Philosophie, il est auteur de nombreux essais sur la politique et la mémoire et sur le rapport de l’écriture dramatique à l’histoire.
Cette problématique, tout comme sa réflexion sur un langage théâtral pour aujourd’hui, ne cessent de nourrir son écriture d’auteur dramatique.
Depuis 1998 il enseigne la dramaturgie et la philosophie à l’Ecole Royale Supérieure d’Art Dramatique de Madrid;
Membre du groupe fondateur du Collectif Théâtral El Astillero à Madrid.
Lauréat de nombreux Prix, entre autres pour ses pièces Lettres d’amour à Staline et Mas ceniza.
Il est auteur d’une trentaine de pièces de théâtre, quasiment toutes créées et publiées, dont plusieurs ont été traduites en italien, allemand, grec, anglais, portugais, croate, roumain et français.
Himmelweg (Chemin du ciel – 2002), Animales nocturnos (Insomniaques – 2003) Copito de nieve, Hamelin, La tortue de Darwin et La paix perpétuelle ont été traduites en français par Yves Lebeau.
Le garçon du dernier rang a été traduit par Jorge Lavelli et Dominique Poulange.
Himmelweg, Hamelin, Copito, Les insomniaques sont publiés aux Éditions Les Solitaires Intempestifs.
Sa pièce Hammelin a reçu le Prix National de Théâtre en 2005. Il a reçu le Prix National de Théâtre en 2007 pour l’ensemble de son œuvre.
Himmelweg Chemin du ciel a été créé en 2007 par Jorge Lavelli au Théâtre de la Tempête et Copito – Testament d’un singe a été créé en novembre 2007 par Christian Fregnet au Théâtre de Sens.

Irène Sadowska Guillon

Prochaines créations des pièces de Juan Mayorga :
Au Théâtre Rideau de Bruxelles à  Bruxelles, Hamelin mise en scène de Christophe Sermet, du 6 au 27 janvier 2009
Au Théâtre de la Tempête à Paris, Le garçon du dernier rang mise en scène par Jorge Lavelli, du 3 mars au 12 avril 2009

Mauvais temps

  Mauvais temps , texte et mise en scène de Frédéric Ferrer.

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  D’abord le cadre: imaginez-vous un immense terrain  avec de grandes allées bordées d’arbres et de nombreux pavillons: nous sommes à l’Hôpital psychiatrique de Ville-Evrard à Neuilly-sur Marne au bout du bout de la Seine Saint-Denis. (Rappelez-vous Ville-Evrard: y avait été interné Antonin Artaud avant qu’il n’aille  à Rodez et où a séjourné jusqu’à sa mort Camille Claudel. Où ont été  tournés aussi plusieurs films …)
  La compagnie Vertical Détour que dirige Frédéric Ferrer  a établi ses quartiers dans les anciennes cuisines de l’hôpital: une grande salle voûtée en béton, aussi silencieuse qu’une église ancienne, dont les murs sont couverts de mosaïque jaune foncé. Il y a juste un gradin d’une cinquantaine de places plutôt inconfortable, et une grande  et profonde aire de jeu munie de projecteurs : l’endroit a quelque chose d’étrange auquel doit beaucoup le spectacle.
  Mauvais temps est une sorte de vraie/ fausse conférence sur le réchauffement climatique. Dans cinq lieux différents, des observateurs observent des signes précurseurs ou visibles de ce fameux réchauffement qui fait l’objet de multiples colloques à travers le monde.. comme en ce moment-hasard de la vie-celui qui se tient à Poznan.Il y a, comme cela un scientifique,tout habillé de blanc, qui démontre comme la future catastrophe que va provoquer à terme la rencontre entre les eaux de la fonte des glaciers et celles du Gulf Stream,avec  à moyen terme l’ inondation de la ville de Brest ( cela fait froid dans le dos);  comme le personnage est joué par Frédéric Ferrer, ancien agrégé de géographie, on peut donc se dire qu’il sait ce dont il parle. Ce scientifique parle aussi beaucoup, longuement  souvent avec des des mots vides et creux et  s’écoute parler avec beaucoup de satisfaction. Il y a un côté loufoque peut-être un peu moins réussi avec une secrétaire à lunettes pas très douée qui s’embrouille dans les transparents qu’elle doit projeter. Et des faux multiplex en direct d’un village de la Drôme , de Gand ou du quartier de la Défense à Paris.La parodie est assez réussie, jusqqu’au cataclysme final quand les reporters  finissent par crever l’écran et arrivent sur scène dans une confusion lamentable: Ce dérèglement scénique est évidemment  la métaphore orale et gestuelle du chaos climatique tant redouté par les scientifiques, sauf par Claude Allègre qui n’y croit guère.
 C’est plutôt bien joué par  Maryline Even,Frédéric Ferrer, Maria Montes, Jean-Claude Montheil, Karen Ramage, Stéphane Scoukroun  et… par un malade mental de l’hôpital, Jean-Jacques Baillin.Il n’a jamais parlé mais il circule avec une précision incroyable dans son fauteuil roulant, visiblement heureux d’être sur scène et  d’échapper à un quotidien qui ne doit pas toujours être très gai. cet homme d’une cinquantaine d’années a quelque chose de très attachant et il possède une gestuelle et une présence fabuleuses que pourraient lui envier bien des comédiens professionnels.
  Le spectacle a été créé il y a deux ans et fait l’objet d’une courte reprise;  c’est souvent très drôle, malgré des gags à répétition qui font long feu et des longueurs mais cela invite aussi à une réflexion sur le devenir à nous pauvres humains; sans faire de catastrophisme. Frédéric Ferrer nous y convie avec humour: cela fait toujours du bien par où cela passe; après tout, on n’a pas toujours l’occasion de rire dans le théâtre contemporain…

Philippe du Vignal

 Anciennes cuisines de l’Hôpital de Ville-Evrard à Neuilly-sur-Marne. Encore ce samedi 13 décembre (01-43-09-35-58) et à Saint-Ouen le 4 avril.

 

Communiqué du comité d’experts théâtre

Communiqué du comité d’experts théâtre – arts du cirque – arts de la rue de la DRAC Ile-de-France 10 décembre 2008  
 
L’an dernier notre comité avait adopté un texte :
 
 
 
- demandant  la remise à niveau immédiate des crédits en faveur de la création, des institutions et de l’action culturelle,   - et alertant l’ensemble des élus territoriaux etnationaux sur les menaces pesant sur la vie artistique et culturelle de la France,   Cet appel a été collectivement déposé le 13 décembre 2007 au cabinet de la Ministre et n’a reçu aucune réponse.
 Cette attitude révèle le mépris dans lequel ce gouvernement maintient la culture. Cela ne peut susciter qu’un sentiment de défiance et le refus de continuer à cautionner une politique dont la logique dépasse les seules considérations budgétaires. Les politiques éducatives engagées et le contrôle accru sur les médias vont aussi dans le sens d’une restriction de l’accès à la pensée et à l’esprit critique.  
Compte tenu de l’ampleur des enjeux, le comité s’est prononcé à l’unanimité des membres présents en faveur d’une suspension de ses travaux en attendant de connaître les affectations budgétaires définitives à la DRAC Ile-de-France.  Le comité, conscient des conséquences possibles de cette décision pour les compagnies, reste disponible pour la reprise immédiate de ses travaux.   
Nous appelons les autres comités d’experts à se rassembler pour définir une position nationale.   


Fait à Paris, le 10 décembre 2008



L’Illusion comique

L’Illusion comique de  Pierre Corneille, mise en scène de Galin Stoev.

    Corneille n’a que 29 ans ,quand il écrit cet » étrange monstre« , pour reprendre sa propre expression mais il a déjà écrit plusieurs comédies et tragédies mais pas encore Le Cid.
  Pridamante a sans doute fait trop de reproches à son fils qui, comme tous les fils, a envie de prendre sa liberté, et disparait. Le magicien Alcandre va, eillusionls.jpgn bon magicien qu’il est, lui montrer la vie que mène ce Clindor, devenu valet  de Matamore, une espèce de vantard. Clindor est amoureux d’Isabelle , et  tue son rival Adraste. Isabelle,désespérée, arrive à le faire sortir de prison…A  Pridamante, soulagé, le magicien Alcandre va lui montrer ce que devient son fils deux ans après.
  Et le pauvre père voit son fils déclarer son amour à Isabelle… qu’il prend pour une princesse.  Des hommes de main tuent Clindor et Isabelle est amenée auprès d’un prince amoureux d’elle. Mais Pridamante , effondré,  voit son fils et d’autres garçons se partager de l’argent. En fait, tout cela n’est que fiction du théâtre, puisqu’en réalité Clindor est devenu comédien. La pièce, ici rapidement résumée( qui comporte nombre d’actions secondaires), se finit par l’apologie du théâtre et du métier de comédien.
  L’Illusion comique est d’une grande virtuosité: pas d’unité de lieu: nous sommes à en Touraine, puis à Bordeaux et enfin à Paris; Pas d’unité de temps non plus, puisque entre les deux derniers actes, il y a deux ans qui passent mais la construction de la pièce est exemplaire et Corneille se révèle être un  excellent dialoguiste. La pièce est à la fois  simple comme une bulle de savon,  et très compliquée  dans ses multiples chatoiements de scènes secondaires. A côté des histoires d’amour, il y a aussi l’ombre de la mort qui plane sans cesse:  » Je veux perdre la vie en perdant mon amour, dit Isabelle. Comme écho,  » Je meurs trop glorieux, puisque je meurs pour vous, déclare Clindor.  » La peur de la mort me fait déjà mourir »…Cela pourrait être dans Le Cid. La pièce tient à la fois de la pastorale avec ses scènes de séduction , de disparitions, de brouilles et de retrouvailles mais Corneille est allé aussi butiner du côté de la commedia del arte avec ce personnage haut en couleurs qu’est Matamore, personnage vantard et vivant  dans ses fantasmes.
  Fiction/ illusion/ réalité de la vie quotidienne: Corneille sait brouiller les pistes avec une maîtrise exceptionnelle et se révèle être un scénariste hors pair: il y a déjà dans l’action de cette pièce  un côté bande dessinée qui fascine souvent les apprentis comédiens. Probablement, autant que la gamme incroyable des sentiments des personnages qu’en fin psychologue et connaisseur de l’âme humaine, Corneille sait faire vivre devant nous. Cherchez l’erreur: pas la peine, il n’y en a pas
  Et les dialogues laissent présager ceux des tragédies qui suivront: tout y est dit: goût du pouvoir, intelligence, sarcasme, impatience, ironie, duplicité et inconstance de l’amour, prise de conscience que l’on commence à aimer, insensibilité, séduction, jalousie, sympathie et amitié,chaînes du mariage ( souvent forcé à l’époque), regrets sur quoi l’enfer se fonde ( comme disait Apollinaire) , plaisirs de l’amour libre mais aussi peur de la mort qui vient nous chatouiller régulièrement avec, pour finir, une petite piqûre de rappel: l’argent existe bien  comme réalité sociale, et personne ne peut y échapper semble nous dire Corneille…
  Le dernier grand thème de L’Illusion comique est l’amour du théâtre et de la fiction comme lieu poétique, et son corollaire: le théâtre dans le théâtre qui était déjà un thème connu à l’époque mais qu’il traite avec beaucoup d’humour. Bref, tout y est: le texte est à la fois, pétillant et drôle, et écrit dans une langue savoureuse et magnifique…
   Maintenant, venons en à la mise en scène de Galin Stoev, metteur en scène bulgare, qui a déjà beaucoup sévi en France et à la Comédie-Française. On comprend bien ce qu’il a voulu faire au départ: renoncer au décor de la grotte traditionnel et couper une bonne partie du texte pour que cela dure deux heures sans entracte au lieu de trois avec entracte.  Pour ce faire, Il a commencé par faire une belle erreur: encombrer le plateau d’une scénographie qui semble avoir déjà servi pour une pièce de Botho Strauss et qui  oblige les comédiens à de bizarres déplacements. C’est une sorte de  cage, éclairée le plus souvent par des tubes fluorescents,assez laide,  en contre-plaqué noir et en  verre, avec quelques portes , et un escalier en tubes inox qui ne sert pas jamais… Les costumes sont contemporains: complets cravate, pantalons gris et tee-shirts, deux robes rouges identiques pour Isabelle et  Lyse sa suivante, et le magicien est lui, en pantalon de cuir noir..
  Quant à la direction d’acteurs, elle est du genre faiblard pour ne pas dire plus: le pauvre Hervé Pierre ( par ailleurs, excellent acteur) qu’on entend souvent à peine, semble s’ennuyer et les  autres comédiens, laissés à eux-même, souvent face public ( Galin Staev doit penser que cela fait moderne) , débitent leur texte plus qu’ils ne l’interprètent vraiment , sans le  savoureux phrasé de la langue cornélienne et  ont donc bien du mal  à être convaincants. Seul, s’en tire Denis Podalydès dans Matamore: brillant, drôle, énergique, il s’empare du texte de Corneille avec beaucoup d’intelligence et d’ humour , et ce sont bien les rares moments réussis d’une mise en scène qui n’en est pas autre chose qu’un  habillage de pacotille. Quand on repense à la fabuleuse mise en scène de Strehler, ce n’est pas sombrer dans la nostalgie mais on se dit que vraiment,ici,il y a eu une erreur de tir… Décidément, Muriel Mayette, l’administratrice de la Comédie-Française n’aura pas eu de chance ces derniers mois: après la lamentable affaire de Bobigny, une bien triste Illusion comique…
  En fait ,tout se passe comme si Galin Staev s’était amusé, sans scrupule aucun, à décaper cet immense texte  et à fabriquer une sorte de maquette pour son seul plaisir à lui, sans trop penser au public; au final, cela donne un spectacle assez prétentieux ( du genre, vous allez voir ce que vous allez voir quand je modernise  ce pauvre Corneille) ,un peu branchouille ( Lyse nettoie les baies vitrées, Matamore grille une cigarette,etc.. ) et assez insipide, puisqu’on entend  mal le texte de Corneille. La moindre des choses aurait été au moins de diriger les acteurs et de donner toute sa puissance d’évocation poétique à cette langue formidable. Mais, comme il y a quand même une justice en ce bas monde, Corneille, a résisté à l’entreprise de ce jeune metteur en scène qui a voulu faire joujou avec sa pièce, et c’est bien comme cela. Tant pis pour la Comédie-Française mais c’est vraiment dommage pour le public….
 A voir : oui, si vous voulez vraiment que votre fils ou votre fille adolescent prenne en grippe le théâtre, et en particulier celui de Corneille, sinon ce n’est vraiment pas la peine de perdre une soirée, la vie est courte surtout quand il fait froid.

 

Philippe du Vignal

 

Comédie-Française, salle Richelieu, jusqu’au  21 juin 2009 ( en alternance)
 

L’illusion comique

L’illusion comique de Corneille, mise en scène de Galin Stoev par Irène Sadowska Guillon

Regrettant sa sévérité à l’égard de son fils Clindor qui s’est enfui, il y a des années, de la maison familiale, Pridamant s’adresse au magicien Alcandre pour le retrouver. Celui-ci lui apprend que Clindor mène une vie opulente auprès de Matamore, un capitan fanfaron.
À la faveur de l’illusion produite par le magicien Pridamant va assister aux aventures tumultueuses de son fils et à sa mort tragique. Désespéré, le père apprendra que son fils est bien vivant, qu’il est devenu comédien et que ce à quoi il a assisté est du théâtre.
Galin Stoev condense la pièce et rajoute à la mise en abime cornélienne du théâtre dans le théâtre une mise en abime temporelle. Le décor et les costumes sont résolument contemporains.
Un espace du rêve, lieu d’apparitions inattendues dans un temps disloqué. Un dispositif scénique d’une grande simplicité qui évolue, jouant sur l’opacité et la transparence.
La musique originale de Sacha Carlson, crée des respirations dans la progression dramatique.
À travers des gags, des clins d’œil à la farce et à la comedia dell arte, la mise en scène crée des effets de distance. Les acteurs, tous très bons sont très à l’aise dans l’alexandrin auquel ils impriment par moments des inflexions particulières.
Respectueux et prenant en même temps des libertés vis-à-vis de ce grand classique, Galin Stoev nous offre ici un magnifique hommage au théâtre.

Irène Sadowska Guillon

L’illusion comique de Corneille
Mise en scène de Galin Stoev
Comédie Française, salle Richelieu, en alternance

KAMP MARTO

KAMP MARTO Théâtre 71 de Malakoff par Edith Rappoport

 

Théâtre d’objets et vidéo, compagnie Hôtel Moderne de Rotterdam, créateurs et acteurs Herman Helle, Pauline Kalker, Arlène Hoornweg


J’avais vu deux fois La grande guerre, précédent spectacle de cette étonnante compagnie obsédée par la grande boucherie humaine. Cette fois, c’est d’Auschwitz qu’il s’agit, de l’assassinat scientifiquement planifié  de millions d’êtres humains. Dans une maquette du camp minutieusement reconstitué sur le grand plateau du Théâtre 71, les trois concepteurs manipulent silencieusement 3000 minuscules marionnettes, dans tous les aspects de la vie quotidienne du camp, le débarquement du train, la chambre à gaz, le crématoire, les pendaisons, la soupe et même les beuveries des SS. Ces images terrifiantes sont par instants projetées sur grand écran, pas un mot n’est prononcé, une extraordinaire bande son de Ruud van der Plujim accompagne l’action. Les spectateurs sont figés dans un silence religieux pendant la représentation, ils défilent devant la maquette qu’il faut regarder à la loupe. On met longtemps à sortir de la salle

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