AMERIKA

AMERIKA Le Lucernaire par Edith Rappoport

 

De Franz Kafka, adaptation et mise en scène de Vincent Colin
Vincent Colin « aventurier bricoleur » s’est emparé avec bonheur de cette œuvre inachevée de Kafka écrite en 1912, révélatrice du monde en folie qui s’empare du XXe siècle. Karl Rossmann débarque à New-York à 17 ans, il est accueilli inopinément par son oncle sénateur richissime qui le prend en main, mais il se fait chasser pour manque de respect et devient la proie de deux malfrats qui lui font perdre son travail de groom dans un grand hôtel inhumain  où il bénéficiait de la protection attendrie de la cuisinière en chef et d’une jeune bonne. Le grand théâtre d’Oklahoma qui l’accueille comme tout le monde à la fin du spectacle s’ouvre sur le rêve d’un utopique monde meilleur. Les 6 acteurs brossent les nombreux personnages ce monde sans pitié sur un plateau nu et deux panneaux avec une grande virtuosité et beaucoup d’humour. Cédric Joulie, acteur permanent de l’équipe du théâtre de Nevers coproducteur du spectacle incarne un Karl Rossmann ingénu, proche de Charlo
t.


Archive pour 8 janvier, 2009

Amerika

  Amerika, d’après le roman de Franz Kafka, adaptation et mise en scène de Vincent Colin.

  Kafka , rongé par la tuberculose, est mort il y a déjà 85 ans et Amerika a été publié deux ans plus tard et juste après Le Procès et Le Château qui ont inspiré nombre de metteurs en scène de théâtre. Une adaptation d’Amerika avait été créée en 2007 par Nicolas Liautard à Nogent puis reprise l’an passé à La Tempête. Très précise, la mise en scène  souffrait cependant d’indicibles longueurs.
  Mais le propos de Vincent Colin est tout autre, et il y a dans son travail, comme une sorte de voyage incroyable, où l’on retrouve dans le personnage principal de Karl Rossman, un petit frère du Candide de Voltaire qui aurait rencontré Buster Keaton et Charlie Chaplin.
  Amerika est l’histoire d’un jeune allemand  Karl  Rossman, qui, déjà père à seize ans, est  chassé par ses parents et s’enfuit en Amérique; il rencontre sur le bateau son oncle Jakob mais , à cette chance incroyable, se succédera une série de malchances… Le pauvre Karl, semble attirer les ennuis comme un aimant, sans doute parce qu’il est encore assez naïf pour croire au rêve américain sans contrepartie, et il ne cesse de trouver  sur sa route des personnages peu recommandables, comme ces employés d’hôtel minables et sans scrupules ou une cantatrice délirante. Kafka traite avec beaucoup d’humour et de dérision cette découverte du nouveau continent par un jeune allemand, et c’est d’autant plus étonnant qu’il n’ était jamais allé aux Etats-unis. Le jeune Karl semble s’enfoncer, au gré des rencontres dans une sorte de néant, incapable sans doute de s’intégrer à une société trop éloignée de lui, sans doute plus dure envers les faibles et les petits qu’il ne l’imaginait de l’autre côté de l’Atlantique… Mais lui-même semble entrer  dans le moule et mettra moins d’ardeur qu’à son arrivée à défendre une victime désignée du patronat.
  Vincent Colin a adopté, avec beaucoup d’intelligence, le parti pris d’une mise en scène épurée. Quelques sacs de jute comme accessoires, un rideau bleu pâle parsemé d’étoiles et un sol composé de huit panneaux noirs laqués . Vincent Colin a tout axé sur le jeu précis des comédiens et il a eu raison. Il n’y a rien sur scène et il y a tout, grâce à eux et à une bande-son formidable de vérité. Aucun temps mort; la mise en scène est exigeante et le jeu corporel de tout premier ordre qui, encore une fois, fait souvent  penser à Keaton. Vous pouvez chercher: aucune faute  sur ce petit plateau: les entrées et les sorties sont millimétrées, et cette sorte de mécanique bien huilée induit une étonnante crédibilité. C’est dire que le spectacle doit beaucoup aux comédiens: Roch Antoine Albaladéjo, Philippe Blader, Olivier Brodo, Cédric Joulie, Isabelle Kérésit, Anne-Laure Pons qui, en quelques secondes , avec un autre costume et quelques postiches, incarnent une vingtaine de personnages. C’est une sorte de commedia del arte d’une vérité sans faille qui s’introduit sur scène.
  A voir sans aucune restriction, et, croyez-moi, ce n’est pas tous les jours que l’on vous le dira.

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire, jusqu’au 22 février.

CHEMISE PROPRE ET SOULIERS VERNIS

CHEMISE PROPRE ET  SOULIERS VERNIS. Les Athévains de Jean-Pierre Bodin par Edith Rappoport

Après 900 représentations du Banquet de la Sainte Cécile créé il y a une dizaine d’années, spectacle généreux et hilarant sur le France profonde, celle qui tient debout et d’autres spectacles que j’ai ratés, Jean-Pierre Bodin se lance avec trois musiciens dans l’univers des bals de campagne, leurs petites histoires, leurs amours, leurs emmerdes. Superbe conteur, bon saxophoniste, il mène la danse au plus près des petites gens, sans jamais déraper, même quand il se rapproche de la verve rabelaisienne. Ses trois complices, de bons musiciens ont une belle présence en travestis et sans travestissement. La soirée se termine par un vrai bal et du vin limé. Dommage que Philippe n’aime pas valser !

Chemise propre et souliers vernis

 Chemise propre et souliers vernis, texte, jeu et mise en scène de Jean-Pierre Bodin.

affichebodin.jpg  Jean-Pierre Bodin, mais si, souvenez-vous, c’est lui qui avait créé Le Banquet de la Sainte-Cécile où il racontait son enfance à l’harmonie de Chauvigny dans la Vienne, spectacle-culte qui fut joué un peu partout plus 700 fois. Quelques spectacles  et quelques cheveux grisonnants après, Jean-Pierre Bodin remet Chauvigny en selle et nous conte les débuts et la vie d’un accordéoniste de ce même village, où vivent des gens, loin du bruit et de la fureur parisienne, qui doivent cultiver leurs tomates et leurs roses trémières. Où l’on boit peut-être encore au café le rouge limé- mélange national des années cinquante ( 2/3 de limonade, 1/3 de rouge)…
  C’est la France des gens d’en-bas,comme disait M. Raffarin, celle des fanfares et des harmonies dont Jean-Pierre Bodin en formidable conteur, nous entretient. De ses bals, de ses fêtes rurales avec ses bagarres, ses petites histoires de village et ses mariages où on ne boit pas que de l’eau. Il y a comme une sorte de galerie de personnages: Jeannot l’accordéoniste qui s’est formé tout seul pour arriver à jouer six morceaux identifiables de Tino Rossi, avec comme idole Antonio dit Tony Murena, (1917-1970) d’origine italienne , auteur virtuose  des fameux Passion et Indifférence et  qui joua même avec Django Reinhardt.
  Il y a aussi, Ginette, Germain dit Gobemouche, Edouard et beaucoup d’autres dont l’accordéoniste qui fait aussi office d’organiste à la Collégiale, comme cela se pratiquait autrefois, quand les petites églises avaient encore leur orgue, avant le délire  de nettoyage qui s’empara des curés. A Houilles ( Yvelines), il y avait un monsieur Jalade, aveugle, à qui on avait piqué son accordéon et toute la population s’était cotisée pour lui en offrir un autre..
  Tous ces personnages que fait revivre Jean-Pierre Bodin,avec force et délicatesse y compris dans les anecdotes pipi-caca, ce sont comme de lointains parents que l’on aurait perdus de vue et qui réapparaissent soudain par la magie du verbe et de la musique. Il y a en effet ,avec Bodin, trois excellents musiciens: Bertrand Péquèriau à la batterie et à la guitare, Bruno Texier au saxo, à la flûte au bugle et à la guitare basse et Eric Proud à l’accordéon et à la guitare, au concertina et au clavier. Le spectacle va son petit bonhomme de chemin, alternant  récit de Jean-Pierre Bodin , chansons d’Alexandrine Brisson et musique de bal popu; parfois, comme dans les bals popu, on  décroche et l’on est un peu ailleurs: mais ce n’est pas grave et c’est la règle du jeu…
 Le spectacle se termine par un bal et,  bien sûr, par un coup de rouge limé; à ce moment-là, on se croirait plutôt à Chauvigny dans la Vienne  qu’au métro Voltaire, même si, autrefois, l’Artistic était voué aux délices du caf-conç.
  A voir: oui, si vous voulez voir un spectacle un peu hors normes qui associe subtilement, à l’exemple des meilleurs comédies musicales, la chanson, le texte et la musique instrumentale de belle qualité… qu’Anne-Marie Lazarini a bien fait d’inviter.

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre Artistic Athévains, jusqu’au 8 février.

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