Loth et son dieu

Loth et son dieu, d’Howard Barker, mise en scène d’Agathe Alexis.

 

 D’un Barker à l’autre à quelques jour d’intervalle; cette fois, c’est à l’Atalante, la création d’une des dernières pièces de Barker écrite en 2007-2008, et beaucoup plus courte que Gertrude( Le cri), mise en scène par Corsetti à l’Odéon et avec quatre personnages seulement; Barker revisite le fameux épisode de la Genèse où un ange sauve Loth et sa femme quand Dieu décida de détruire Sodome , mais Loth commettra, énnivré par ses filles, un double inceste, stratagème qu’elles ont trouvé pour perpétuer la race. Nombres d’artistes ont traité cet épisode biblique( entre autres, des peintres comme Barbieri, Greuze et surtout  l’immense Simon Vouet au 17 ème siècle).
Quand Barker s’empare d’un  mythe de cette dimension, on se doute qu’il va le détourner. Et c’est surtout de la passion sans partage, d’une sorte d’amour délirant de Loth pour son épouse, de la fascination pour le sexe  qu’elle a eu toute sa vie, et du  mélange d’envie irrésistible et de haine qu’éprouve l’Ange, un certain Drogheda dont veut nous parler Barker. . Il y a aussi la figure d’un serveur que l’Ange va rendre aveugle. Cela se passe dans un café sordide,  tout en longueur, imaginé par Christian Boulicault, dans la petite salle de l’Atalante transformée, sans que l’on sente vraiment la nécessité. La scène frontale aurait-elle été un handicap? Pas si sûr… Mais, bon, ce parti pris d’une scène en longueur ne change pas fondamentalement les choses
 Agathe Alexis a mis en scène cette pièce qui- et c’est un euphémisme- n’a pas la dimension des autres textes de Barker, en particulier Gertrude (le Cri) qui a été écrite il y a une vingtaine d’années. Dans  Loth et son dieu, l’on n’arrive pas à bien cerner  qui sont ces personnages que Barker voudrait sans doute hors normes et auxquels on n’arrive pas à s’intéresser vraiment, d’autant que le texte comporte un certain nombre de tunnels. Mais les comédiens-pourtant confirmés comme Michel Ouimet, François Frapier et Agathe Alexis elle-même- ne semblent pas vraiment  à l’aise; et l’ennui s’installe alors très vite.
  » Il faut rendre compte du conflit entre le mouvement et le langage, valoriser toute la modernité de Howard Barker, la polyphonie des voix et des divers enjeux de l’oeuvre », précise Agathe Alexis; on veut bien , à ceci près que l’on pourrait dire ce genre de choses à propos de n’importe quel texte contemporain ou non; en réalité, tout se passe comme si elle avait eu des difficultés à faire passer, malgré beaucoup ( ou trop? ) de rigueur,  comme elle l’aurait voulu, la métaphore  de la catastrophe dans ce couple jusque-là uni de Loth et de sa femme. En tout cas, on ne m’ôtera l’impression qu’  il n’y avait aucune urgence à monter cette pièce épurée mais bavarde  de Barker, même si c’était pour la créer en France.
 A voir? C’est selon: si vous êtes un barkerien convaincu ou si vous aimez découvrir, assis sur des bancs munis de mauvais coussins, une courte pièce( 80 minutes) jamais jouée en France; sinon, ce n’est pas vraiment  la peine; allez donc plutôt voir Gertrude ( Le cri)  dont nous avons  déjà parlé le 13 janvier , qui est d’une grande qualité …
 Irène Sadowska-Guillon n’est pas  du même avis que moi; lisez son papier demain;  vous aurez un autre son de cloche.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Atalante, 10 place Charles Dullin, 75018 Paris jusqu’au 16 février; à noter aussi : la reprise à l’Atalante, du 4 au 30 mars,  de l’Antigone de Sophocle, mise en scène de René Loyon, avec la jeune actrice formidable qu’est Marie Delmarès et René Loyon  qui incarne Créon avec beaucoup d’intelligence  C’est monté simplement avec beaucoup de finesse, la salle est bien un peu petite pour ce type de spectacle et les décors assez laids mais vous ferez avec.
. Il y a aussi la lecture le lundi 19 janvier de La douzième Bataille d’Izonzo, mise en lecture d’Agathe Alexis avec Jean-Pierre Léonardini, Agathe Alexis et Lou Wenzel, jeune actrice formidable elle aussi,  passée comme Marie Delmarès, par l’Ecole du Théâtre national de Chaillot.

Ph. du V.

 


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