Hamelin

Hamelin de Juan Mayorga au Théâtre Rideau de Bruxelles
mise en scène Christophe Sermet

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Peu de théâtres prennent le risque de la création dramatique contemporaine et moins encore en font résolument leur vocation exclusive.
C’est le cas du théâtre Rideau de Bruxelles qui, depuis des décennies, découvreur d’auteurs, sous une direction et avec une équipe artistique renouvelées récemment, redouble encore d’énergie et d’engagement en faveur d’une écriture contemporaine exigeante, sortant des sentiers battus, interrogeant et déstabilisant sans concession aucune les consensus confortables de nos certitudes, des statu quo apparents et rassurants de la vie sociale.
Un défi dont la création de Hamelin de l’auteur espagnol Juan Mayorga (43 ans) est exemplaire à plusieurs titres:  un auteur encore jamais joué en Belgique, une écriture qui est un défi à la scène, une pièce enfin sur les rapports difficiles et parfois pervers entre les adultes et les enfants sur un fond d’affaire de pédophilie, rappelant inévitablement la sinistre affaire Dutroux qui a traumatisé la société belge.
La pièce commence comme un conte « il était une fois une jolie ville qui s’appelait Hamelin » mais ce n’est pas d’un conte de fées qu’il s’agit.
Mayorga se sert de la référence au conte de Grimm Le joueur de flute de Hamelin où le joueur de flute punit les habitants de la ville en emmenant avec lui tous leurs enfants, pour parler de villes contemporaines dans lesquelles nous vivons « où les enfants payent les premiers les vices, la violence et les mensonges des adultes, des villes qui ne savent pas protéger leurs enfants. »
Une jolie ville fière de ses acquis : son Musée d’Art Moderne, son nouveau stade, l’Auditorium… qui en cache une autre, sordide, celle de la misère humaine, des arrangements pour la survie, du commerce sexuel des enfants « où un honnête bourgeois peut gagner la confiance d’une humble famille pour approcher ses enfants. »
À travers l’enquête du juge Montero qui interroge le suspect et les victimes, cherchant des preuves et des témoignages irréfutables, c’est toute la société qui est questionnée : la famille, le milieu socio-pédagogique, la justice, les médias. L’enquête du juge passe inévitablement par les mots, révélant les limites du langage, la facticité impuissante des discours formatés et réducteurs de la justice, des médias, de la psychologue, face à l’innommable et au langage du silence des victimes.
Le défi et l’enjeu de Juan Mayorga c’est précisément de faire du théâtre un lieu de cette parole indicible. Un théâtre qui, pour représenter l’invisible, l’indicible, exige une économie extrême de moyens et une complicité totale du spectateur.
Ce théâtre s’accomplit magistralement dans la mise en scène de Christophe Sermet. Sur scène pas de décor, juste 2 ou 3 chaises nécessaires à certains moments, pas d’effets d’éclairages.
Le personnage de l’annoncier (Thierry Lefèvre), sorte de coryphée moderne, donne le rythme à la pièce, sa présence active, sa parole, son regard relient tous les acteurs du drame. Il arpente avec nous le labyrinthe sans issu des incertitudes, des discours qui se heurtent, qui s’entre et s’auto – limitent.
Pas de fausses notes dans cette partition finement tissée par des acteurs, tous admirables dans leur économie et leur précision du jeu, du geste, du mouvement. Le juge (Serge Demoulin), à la fois déterminé et en proie au doute constant, Fabrice Rodriguez en Rivas, le pédophile, nuance remarquablement son personnage, tout comme Gaétan Lejeune qui relève à la fois la fragilité et l’impuissante lâcheté du père et du frère de Benjamin, le garçon abusé, interprété avec maestria par Francesco Italiano, qui fait aussi Charles, le fils du juge. Sophie Jaskulski campe avec justesse les mères de Benjamin et de Charles et Vanessa Compagnucci la psychologue, coincée dans le discours de sa fonction.
Nous sommes là devant un théâtre qui ne délivre pas de messages, n’apporte ni réponse ni solution mais convoque l’intelligence, la sensibilité, l’imaginaire du spectateur, l’engage dans une traversée personnelle, subjective du labyrinthe.
La création de Hamelin a été accompagnée par un travail autour de la problématique de la pièce avec des écoles et un dialogue entre les élèves et des psychologues.

Irène Sadowska Guillon

Hamelin de Juan Mayorga, mise en scène Christophe Sermet
au Théâtre Rideau de Bruxelles
à Bruxelles du 6 au 27 janvier 2009

 


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