Pinocchio

Pinocchio de Collodi, adaptation et mise en scène de Joël Pommerat

 

 pinocchio1.jpg Au Nouveau Théâtre de Montreuil, une matinée scolaire parmi d’autres, dans ce misérable bunker rouge  foncé, fait d’angles et de recoins, (le bar pourrait être celui de  Dracula!), sorti de l’imagination de quelqu’un qui a dû se prendre  pour Frank Gehry! Au moins, la salle a une bonne acoustique et de  belle proportions…
Mais enfin, passons, pour se réconforter il y a 
cette incroyable série d’enfants entrant deux deux par deux,  se tenant  sagement par la main pour aller assister à un spectacle: cela fait  chaud au cœur..
  Une salle bourrée mais l’on sait que, depuis un bon moment, mettre le nom de Joël Pommerat  équivaut à un gage de très grande qualité.  Et  l’on n’est effectivement pas déçu par les aventures du petit pantin  de bois; mais là, attention, nous, c’est à dire la vingtaine  d’adultes seuls, et les enfants avec leurs instituteurs, assistons à un évènement exceptionnel,  pas à une de ces choses approximatives comme celles dont nous avons déjà parlé à propos de ce pauvre Pinocchio cette saison…
Et c’est sans doute une grande chance pour tous ces enfants d’avoir pu assister à des images d’une telle beauté, là devant eux ,et non par le truchement d’un petit écran ; ils  s’en souviendront -même si on peut douter que cette création réponde « aux attentes du public » pour reprendre la lamentable phrase pondue par une des fifres de Nicolas Sarkozy. Et il faut être d’une belle naïveté pour reprendre à son compte une telle bêtise!
En tout cas, ces enfants pourront remercier Gilberte Tsaï, la directrice du Théâtre de Montreuil, d’avoir invité Joël Pommerat ,et leur école de leur avoir permis de voir cela. Et nous savons  ce dont nous parlons…. Combien de spectacles pour enfants ont à la fois une interprétation de cette hauteur, un univers sonore  d’une telle qualité qui forme en fait le fil rouge du spectacle, imaginé par Yann Priest, François et Grégoire Leymarie,  une scénographie (Eric Soyer) d’une telle intelligence, des lumières qui créent le lieu en faisant écho au texte et une mise en scène et une direction d’acteurs irréprochables: Pierre-Yves Chapalain, Jean-Pierre Costanzello, Daniel Dubois ou Philippe Lehembre, Florence Perrin et Maya Vignando.
Joël Pommerat a repris quelques uns des épisodes des aventures de Pinnochio,   la naissance de petit pantin issu du travail d’un pauvre menuisier, son refus d’aller à l’école, ses retrouvailles avec son père dans le ventre de la baleine, la rencontre avec la belle fée bleue, etc…) Mais, ce que l’on aime dans son travail, c’est la profonde honnêteté avec laquelle il traite ce texte et le respect qu’il a pour la narration, alors que la déconstruction est tellement à la mode chez ses chers collègues;  » La narration, dit-il, est pour moi, est une façon d’inscrire le temps. Une histoire me permet d’inscrire un commencement, une succession d’événements qui marquent le temps jusqu’à un avenir ».
Et comme il l’avait déjà fait pour Le Chaperon rouge, toute sa mise en scène témoigne d’un souci de se relier au texte de sans faire de compromis mais aussi de l’ancrer dans le monde contemporain, sans fioritures ni chichis, comme le faisait Bob Wilson quand il n’était pas encore en phase d’auto-académisme, avec un volonté intransigeante de parvenir à la beauté, que ce soit dans sa mise en scène ou dans sa directions d’acteurs. Exactement, comme dans ses autres spectacles récents.
Mais attention, les aventures de ce petit être en proie à la pauvreté et à la dureté du monde des adultes, où le noir est quand même la couleur dominante, n’ont sans doute pas à être vues par des spectateurs de moins six ou sept ans.
A voir? Oui, sans réserve, et si vous avez des enfants ou petits enfants, allez-y ensemble si vous le pouvez: c’est bien qu’il y ait dans la salle adultes et enfants.

Philippe du Vignal

Ce Pinocchio passe un peu partout, plutôt dans le Sud actuellement: Cavaillon, Arles, Grasse, puis sera à Aubusson, Maubeuge, Beauvais, Saintes, Grenoble, etc.


Archive pour 23 janvier, 2009

Cœur ardent

 Cœur ardent d’Alexandre N. Ostrovski

 image5.jpgmise en scène Christophe Rauck

Christophe Rauck dont une remarquable mise en scène du Revizor de Gogol ne se laisse pas oublier, met en scène, dans le théâtre Gérard Philipe à Saint Denis qu’il dirige, Cœur ardent œuvre d’un autre grand classique du théâtre russe Alexandre N. Ostrovski (1823 – 1886).

Une caustique satire sociale de la Russie du milieu du XIXe siècle où on entend de lointaines résonances de Molière et du théâtre du Siècle d’Or espagnol. Un monde sclérosé, plongé en léthargie, anesthésié par la soumission et l’alcool, dont les protagonistes sont agités par la perte, la tromperie, le gain, la soif des honneurs mais aussi par la passion amoureuse.

Un riche marchand Kouroslepov oisif et alcoolique s’étant fait voler 2 000 roubles ordonne à Silan, son parent lointain, et à ses deux domestiques, Narkis et Gavrilo, de bien surveiller sa maison. Au terme de moult péripéties il découvrira qu’il est trompé et volé par sa femme, Matriona, exploitée par son amant Narkis, et que celle-ci maltraite Paracha, sa fille d’un premier mariage. Avant que tout ne s’achève par un happy end et le bon ordre rétabli : punition des coupables, mariage des jeunes amoureux, repentir du père abusé par sa femme et son homme de confiance, Ostrovski fait traverser à ses personnages des aventures rocambolesques : amour passionné et contrarié, condamnation injuste d’un innocent, fuites et poursuites, attaques de faux brigands, etc.. Il brosse une fresque de la société russe : de la campagne à la ville, en passant par la prison et le monde des notables et des riches dandy qui trompent l’ennui par des caprices et des farces grotesques, extravagantes.

Une belle, audacieuse et inventive traduction d’André Markowicz qui imprime au texte une truculence, une énergie, une violence, réinvente le langage maladroit, déformé des gens simples, et parasite le langage officiel ampoulé par des expressions grotesques.

La tentation certes était forte, en l’occurence irrésistible, de la faire entendre en mettant en scène la pièce quasi intégralement. Le hic c’est que le tout peut devenir trop. Il fallait sans doute faire des coupes, condenser le texte et le jeu, imprimer un rythme plus rapide aux séquences qui, particulièrement dans la première partie, traînent en longueur. Le rythme accéléré, le ton farcesque, grotesque, les gags, les effets scénographiques, de la seconde partie, parfois appuyés, surjoués, n’arrivent pas à faire décoller le spectacle. Pas de parti pris fort pour le jeu rarement convaincant, parfois au bord de la caricature. Pas de lecture qui articulerait la dramaturgie scénique qui fâcheusement s’effiloche. En définitive avec regret, on est amené au triste constat d’un rendez-vous manqué entre la pièce d’Ostrovski et la mise en scène de Christophe Rauck dont on apprécie souvent le travail.

Irène Sadowska Guillon

Cœur ardent d’Ostrovski mise en scène Christophe Rauck

Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis, du 19 janvier au 15 février

réservations 01 48 13 70 00

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