LES VIPÈRES SE PARFUMENT AU JASMIN Théâtre 71 de Malakoff

LES VIPÈRES SE PARFUMENT AU JASMIN Théâtre 71 de Malakoff

Texte et interprétation de Nasser Djemaï, mise en scène Natacha Diet
Après Une Étoile pour Noël qui a connu une belle carrière, Nasser Djemaï vient de créer un deuxième spectacle coproduit par le Bateau Feu de Dunkerque et le Théâtre 71. Après un succès, un deuxième solo est parfois périlleux. Nasser DjemaÏ a un vrai talent, une présence étonnante, il jongle entre les personnages de sa famille, la mère, la fille, le fils adoré, le père disparu. Avec une simple malle, il évoque tout un monde familial, mais ne réussit pas pour l’instant, à captiver l’attention du public sur la durée du spectacle.

Edith Rappoport


Archive pour 25 janvier, 2009

T’ENTENDS ?

T’ENTENDS? Théâtre Dunois

Spectacle musical mis en scène par Catherine Vaniscotte, sur des textes et des chants de Jacques Rebotier, Élise Caron et Jean-Michel Espitalier, compagnie la Volière.
Ce délicieux spectacle joue avec les mots et les notes. Agnès Buffet et Iris Lancery saluent le jeune public avec les « Bonjour les n’importe qui, les n’importe comment, bonjour les rabougris, les rats des champs, bonjour les guili-guili les gouzis-gouzis, les bigoudis, les frisottis… » d’Élise Caron, elles voyagent dans les textes, les notes, les instruments pour le plus grand plaisir du public. La grâce de ce spectacle insolite séduit des plus petits aux plus grands. Même les enfants de maternelles qui remplissaient la salle qui vibraient un peu bruyamment aux bonjours, ont été séduits.

 

Edith Rappoport

RÊVE GÉNÉRAL

RÊVE GÉNÉRAL  Théâtre Jean Arp de Clamart

Compagnie le CRIK (Club de réflexion et d’investigation clownesque) mise en scène Jean François Maurier
Le CRIK  se définit comme «  une petite entreprise regroupant des travailleurs du champ sociétal élargi. Il s’appuie sur son produit phare, le clown de théâtre ». J’avais vu au Lucernaire Un p’tit jardin sus l’ventre, terrifiant solo sur la guerre de 14 et l’an dernier à Taverny ou Maurier avait mené pendant des années un travail exemplaire d’action culturelle ,  C’est une fille, beau spectacle de 4 clownesse au nez blanc dont j’ai parlé dans ce blog. C’était un jour de grève, la salle était pleine de jeunes qui leur avaient fait une ovation.
Rêve général est interprété par 6 clowns qui ont une belle maîtrise de leurs personnages. Après un début un peu laborieux, le spectacle est le fruit de 2 ans d’élaboration, il n’est encore affranchi des nombreux ateliers, les clowns brossent des images ironiques de la souffrance au travail qui ravissent le jeune auditoire de la salle. Il faut saluer le théâtre Jean Arp qui a su accueillir le Crik théâtre dans de bonnes conditions. Puissent de nombreux théâtres s’en emparer !

Edith Rappoport

Shakespeare de fracas et de furie

 Shakespeare de fracas et de furieimage21.jpg , adaptation et mise en scène de  David Fauvel.

  Jean Lambert-wild,  le nouveau directeur  de la Comédie de Caen a  invité une jeune compagnie de la région Le théâtre des Furies a venir  présenter son nouveau spectacle pendant deux semaines. Ce qui est  généreux et pas si fréquent… Quand on pense que Le Théâtre national  de Strasbourg n’a jamais voulu programmer le Théâtre de l’Unité  son  proche voisin de Franche-Comté , qui a promené son  Vania à la  campagne  un peu partout en France comme en Europe et  qui  existe,lui, depuis 40ans, cela donne une haute idée des rapports  entre les théâtreux puissants et les autres, même reconnus et  subventionnés depuis longtemps. Enfin, passons sur ce système de  forteresses à la française.
David Fauvel a donc imaginé un spectacle en deux parties d’une  heure qui peut être considéré comme une sorte de condensé/ adaptation  à forte connotations d’art contemporain de deux des pièces les plus  connues de Shakeapeare: d’abord Desdémone, d’après Othello , puis  après un entracte, Ophélie d’après Hamlet, mais en gardant que les  personnages les plus essentiels du drame., et les morceaux de texte  tels quels. Vitez, je me souviens , avait un jour proposé comme  exercice à ses élèves de l’école de Chaillot: à quelques uns, jouez  moi Hamlet en quelques minutes. Sans préparation, sans costumes, sans  texte à la main. Et , dans cette espèce de réduction/ concentration à  l’essentiel qui était avant tout  un exercice sur la mémoire des  personnages, il y avait parfois des éclairs merveilleux de lucidité  et de fraîcheur. Bien entendu, il ne s’agit pas ici d’un exercice d’apprentis- comédiens mais il y  chez David Fauvel cette même volonté de se  battre avec deux textes qu’il admire mais avec lesquels il ne se sent  tout de même plus en phase..
On n peut n’être pas d’accord avec  beaucoup de choses de son spectacle mais,  au moins, il y a chez lui,  le plaisir de s’emparer d’un plateau et d’y projeter ses envies ,et  cela, ce n’est  plus si souvent le cas, comme ce le fut dans les  années 70 / 80, où les metteurs en scène voulaient absolument en  découdre, et avec le théâtre dit classique, et avec le monde qui les  entourait.
Donc mais sans vouloir l’inonder de bottes de roses rouges venues  par avion du Kenya ( merci pour la planète!),  les univers imaginés  par David Fauvel font penser à nombre de créateurs américains du  siècle précédent: le grand John Vaccaro avec  ses comédies musicales  délirantes, Richard Foreman, Jo Chaikin, Julian Beck et Judith  Malina., Bob Wilson, bien sûr. ( Je vois d’ici le regard effaré de  David Fauvel  (qui a quand même 38 ans) protégé par son bonnet de  laine: « Ce du Vignal, avec tous ses ancêtres , il en voit des choses,  tant mieux pour lui mais, moi, je m’en fous« . Et il aurait sûrement  raison, mais le dire est plutôt flatteur pour lui qui sait diriger  ses acteurs: Stéphane Fauvel, Fabienne Guérif, Sandra Devaux, et lui- même.
Il a aussi voulu décomposer/ recomposer le texte, casser les  effets de diction, imposer la nudité du plateau et mettre les  éclairages rasants au pouvoir: il y a souvent beaucoup de naïveté  dans cette espèce de construction théâtrale qui obéit trop souvent à  des poncifs contemporains; c’est là où David Fauvel devrait faire   attention, mais l’eau partout utilisée à n’importe quel moment, les  corps nus dans des films plastiques, les fumigènes bien immondes  utilisés à outrance, les maquillages grossiers ,etc… excusez-moi,  mais, si vous pensez que c’est de la provoc, c’est de la provoc  qui  est déjà plus vieille que vous et usée jusqu’à la corde…
David Fauvel a voulu nettoyer ces deux textes à la vapeur pour  retrouver  les motivations des personnages en les transposant dans le  monde d’aujourd’hui; ce qui l’intéresse  c’est, avant tout, le   rapport à la sexualité et au costume-en particulier au vêtement et au  sous -vêtement féminin ( petit corsets, bas, chemisiers vaporeux…,  et à l’érotisme tel que l’on peut le vivre en 2009 quand on a une  vingtaine d’années.
Il a donc imaginé une Desdémone  tout à fait  contemporaine qui n’ a absolument pas peur d’assumer ses fantasmes  sexuels. Quant à la pauvre Ophélie, menacée du bordel par Hamlet,   elle devient une sorte de déchet, ce n’est plus tout à fait la sainte  païenne de la version officielle, mais une sorte de réplique plus  jeune de la pute qu’est devenue,  à ses yeux , sa mère.
Et cela donne souvent des images d’une grande beauté, comme cette  longue table recouverte d’inox qui pourrait être à sa place dans un  musée d’art contemporain,  des tulles blancs flottant au vent et  envahis de brume, des visages aux masques étranges ; le spectacle  est imprégné d’art conceptuel et minimal surtout,  et bien mis en  valeur par  une bande- son tout à fait remarquable signée Jean- Noël  Françoise et Arnaud Léger  avec, notamment du Chostakovitch , et des  morceaux rock étonnants, une lumière très soignée de Stéphane Babi  Aubert , si bien qu’on en pardonne les  maladresses et les naïvetés .
Et que l’ on est admiratif devant cette  énergie et ce rythme  qui   restent aussi efficaces tout au long du spectacle. Bien sûr,  il faut décrypter et mieux vaudrait  connaître son  Shakespeare mais, après tout, il n’est pas vraiment essentiel de  tout comprendre;  et il y a un signe qui ne  trompe pas: la bande de lycéens qui était à la première ont bien vu  qu’il s’agissait d’un travail d’une grande honnêteté , (à cent  kilomètres d’une création « répondant aux exigences du public »  qui  ravirait le petit Nicolas) ; ils  ont été très attentifs et n’ont à aucun  moment boudé leur plaisir.

Ce type de spectacle ne peut sans doute être érigé en modèle -disons qu’il est un peu tendance en ce en ce moment -mais, c’est un exemple intéressant de la jeune création théâtrale en France. A voir? Oui, si vous n’avez pas de rhume,  de bronchite ou d’allergie  à cause de ces foutus fumigènes…), et si vous avez encore des  envies de découverte. Rassurez-vous , les  deux heures, malgré quelques longueurs, passent encore  plus vite qu’un bon film.
On peut sans doute faire la fine bouche et  pourtant ,c’est du théâtre, enfin ce que j’appelle , moi , du Vignal  ( et je persiste et je signe) du vrai théâtre, au sens étymologique  du terme. Et j’aime bien ces  spectacles qui sont remplis de défauts mais aussi de promesses…Vous pouvez toujours laisser des commentaires désobligeants, si vous n’êtes pas d’accord, mais… voyez d’abord.

Philippe du Vignal

 Comédie de Caen, jusqu’au 6 février puis  en février toujours  à La  Chapelle Saint-Louis à Rouen, puis en mars à Flers, à Alençon et en  mai, au Préau-CDR de Vire. Autant dire que les gens qui liront ce  papier ont peu de chances de le voir, à moins de miracle avignonnais  ou parisien, sait-on jamais?

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