La petite pièce en haut de l’escalier

La petite pièce en haut de l’escalier de Carole Fréchette, mise en scène de Blandine Savetier.

frechette.jpgCarole Fréchette, auteure québécoise, est maintenant bien connue en France et son théâtre ( une douzaine de pièces dont Les quatre Morts de Marie, Le collier d’Hélène, Les sept Jours de Simon Labrosse.…) a été traduit en quinze langues. La petite pièce en haut de l’escalier est une commande du comité de lecteurs du Théâtre national de Bretagne. Il s’agit d’une sorte de relecture contemporaine de Barbe Bleue, le célèbre conte de Perrault.  Grace, une petite employée va épouser un richissime homme d’affaires qui lui offre sur un plateau une très vaste et luxueuse maison, avec  vingt huit pièces dont dix chambres pour les invités mais il y a cette fameuse petite pièce en haut de l’escalier rigoureusement interdite à Grace qui, évidement , transgressera l’interdit;  l’imagination de la jeune femme s’emballe et elle voit des cadavres partout dans les placards. Mythe ou réalité, on ne saura jamais. Son rêve en fait serait que son mari fasse preuve envers elle d’un mélange de douceur et de férocité
 Quant à Jocelyne, la mère , elle est béate d’admiration devant son futur gendre, mais la  soeur de Grace est plus sceptique; quant à la petite bonne,  Jenny, elle semble assez perverse et  entièrement dévouée à son patron.
 Déconstruction, reconstruction , Carole Fréchette navigue entre ces deux pôles, et elle voudrait nous montrer les contradictions entre un monde d’images du bonheur stéréotypées et  tout le refoulé que nous portons en nous.. Le conte de Perrault,  à le relire, dit, lui,  les choses avec une simplicité et une fluidité parfaites sans s’embarrasser  de considérations freudiennes et pour cause. Ce qui fait sa vraie valeur.
  La pièce, telle qu’elle est montée, est finalement assez bavarde et se perd dans des méandres où l’on a du mal à suivre Carole Fréchette. Bref, cette Petite Pièce... ne rend pas vraiment la monnaie de la pièce pour reprendre l’expression de Jacques Lassalle.
 D’autant plus que la mise en scène de Blandine Savetier est assez  statique et la scénographie/ installation qu’elle a choisie n’aide pas les choses: il y a sept escaliers  blancs avec un  lustre de faux cristal au-dessus  (on est dans le second degré au cas où cela vous aurait échappé!) qui ne mènent nulle part mais qui encombrent la scène. Il aurait fallu choisir: scénographie (qui, en général, est là pour aider les comédiens) ou installation qui aurait davantage sa place au Palais de Tokyo… et pour faire plus chicos, ces pauvres escaliers blancs ont des profils et des nez de marche qui à certains moments  sont  sensibles à la lumière noire : tous aux abris…
 Les comédiens font ce qu’ils peuvent mais la distribution reste très inégale pour dire les choses poliment: Catherine Baugué( la mère)  et Marie-Laure Crochant ( Jenny la petite bonne ) sont tout à fait remarquables.
 A voir? Oui, si vous avez une passion pour les textes de Carole Fréchette mais cette pièce mineure n’a pas l’envergure des Quatre morts de Marie ou du Collier d’Hélène et est assez ennuyeuse. Sinon, vous pouvez vous abstenir.

Philippe du Vignal

 

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 15 février.


Archive pour janvier, 2009

De la race en Amérique

De la race en Amérique :  Barak Obama à Paris

Mise en scène : José Pliya
D’apres les traductions de François Clemençeau, Gilles Berton et Vincent Byrd  le Sage
Interprète : Vincent Byrd le Sage

drapeau.jpgUn défi de taille : mettre en scène un discours politique de  Barak Obama, qui aborde une question aussi délicate, aussi complexe et surtout aussi tabou en France que celui de  la question  « raciale ».

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D’ailleurs le moment était bien choisi, il faut le reconnaître. L’auteur et metteur en scène José Pliya en tandem avec l’acteur Vincent Byrd le Sage ont réalisé ce projet par suite d’un désir de faire connaître à ceux qui ne connaissent pas l’anglais, ce grand texte, au moment où son auteur s’apprête à devenir le premier président noir des États-unis .

 

La réflexion d’Obama sur La Race , prononcée le 18 mars  à Philadelphie,  fait suite aux critiques proférées contre lui lorsque le révérend Wright de l’Église de la Trinité, une force importante dans la formation spirituelle du jeune Obama,  semblait exprimer une haine non mitigée contre les Blancs, en déclarant « que Dieu maudisse l’Amérique ».
Les critiques fusaient contre  Obama et  « son » père spirituel.  Il fallait donc mettre les choses au point.

 

Sans renier rien ni personne, Obama produit un document qui fera date dans les annales de la politique américaine. Toujours soucieux du symbolique de ses gestes, de la nécessité d’une expression transparente, et du besoin de  préciser  la nature des « différences » qui divisent cette population, Obama livre une analyse historique du vécu des Noirs aux États. Il explique les origines de leur colère, tout en réfléchissant sur la nécessité d’améliorer les rapports entre les races. Ses conclusions qui préconisent la paix et le bien-être pour tous les Américains sont les paroles d’un  réaliste et d’un visionnaire, mû autant pas l’amour de son pays que par les horreurs qui  déchirent la planète actuellement.  

Un texte splendide donc, qui garde toute sa force en français  grâce à une adaptation musclée très  près de l’original par Vincent  Byrd le Sage et Gilles Berton, à partir de  la traduction  «  un peu trop littéraire » selon Pliya, de François Clémençeau, publié chez Grasset.

Pourtant, le parti pris de mise en scène par José Pliya et son acteur Vincent Byrd le Sage m’a  laissé perplexe.  Il y a eu d’abord le choix d’un excellent acteur qui, par hasard, est un  métisse comme Obama, de mère blanche française, de père africain. Il  a le même âge qu’Obama et il lui ressemble même dans son  costume sombre et ses cheveux très courts.  Son sosie diraient les uns. Sans vouloir imiter Obama, ce qui aurait été une erreur très grave, cette conception scénique  évoque une « présence » Obama par le retenu, la sobriété, et la gestuelle du personnage, debout, presque immobile derrière  le podium en train de prononcer son discours. Et pourtant là s’arrête le dialogue entre l’acteur et l’auteur de ce  texte.

On est envahi par une intuition  que quelque chose ne va pas.  Malgré les similarités voulues entre les deux, le metteur en scène a décidé d’évincer l’acteur pour mieux mettre en valeur le texte, pour ne pas distraire le public de la beauté de cette parole, pour rehausser cette réflexion sur la « différence », qui a attiré l’attention de Pliya au départ. La lecture est neutre, voire froide. L’acteur  paraît figé. On  dirait qu’il ne croit pas du tout à ce qu’il raconte. Ils ont évacué toue variété rythmique, toute chaleur vocale,   toute trace d’émotion . Ce parti pris de théâtralité est d’autant plus malheureux qu’ en évacuant toute trace d’humanité  de la part d’un personnage/acteur  qui ressemble a Obama, ils ont produit un contre sens profond. La représentation déshumanise un texte profondément humain tout en diminuant  la portée de ce message sur la différence. Comment représenter « la différence » au théâtre autrement que par le  choix d’un acteur carrément différent  d’Obama . Le choix d’une femme ou d’un homme d’une autre origine, aurait été plus intéressant sur le plan théâtral et plus apte à donner au texte une portée universelle qui aurait transcendé l’original et accordé à la scène tout son pouvoir de transformation. Ce que nous voyons est très décevante.  
À la longue néanmoins,  la parole  émerge gagnante mais si nous sommes conquis  par la beauté d’une réflexion où les techniques de la rhétorique classique  s’allient aux  nuances d’un magnifique humanisme tempéré d’ une pensée de la modernité, ces qualités ne sont pas du tout rehaussées par cette  lecture scénique monotone.

Il est évident que cette mise en scène est à ses débuts et qu’au fur et à mesure que  l’acteur intègre son texte, il va se libérer de son retenu malaisé  et laisser davantage parler son corps.  En  attendant, pour ceux qui comprennent l’anglais, je vous conseille de regarder la lecture de  A More Perfect Union de Barak Obama (1)  sur Youtube. Elle nous inspire d’une admiration profonde et d’un sentiment  que quelque chose d’important est en train de se passer à l’échelle mondiale car la passion et la grandeur d’âme de son auteur couvent  sous un extérieur  relaxe et calme.
Pour ceux qui ne connaissent pas l’anglais, il faut avouer que le spectacle  est malgré tout important car il fait entendre un texte  dont le fond rejoint la situation actuelle en France. Et puis, si José Pliya en tant que metteur en scène ose  malgré tout,  aborder la question  de la « race » et de l’histoire des peuples d’origines africaines  par un discours politique américain interposé, quand  verra-t-on les auteurs canoniques  de l’institution théâtrale française faire de même?  Ces sujets sont souvent abordés par les dramaturges originaires d’ Outre-mer mais la question n’appartient plus à un seul groupe, elle concerne toute la société française. Et voilà,   c’est Obama  qui nous a bien obligé  à  le reconnaître.

Alvina Ruprecht

Les représentations se poursuivent au Théâtre du Rond Point (20 janvier) et au Lavoir Moderne Parisien du 25 janvier au 23 février.
LMP téléphone : 01-42-52-09-14
TRP  téléphone : 01-44-95-58-81

A LA VEILLE DE CETTE RENCONTRE

A LA VEILLE DE CETTE RENCONTRE Usine Hollander de Choisy le Roi

 

Création de Patrice Bigel, compagnie la Rumeur

Voilà dix ans que Patrice Bigel mène un travail exigeant dans cette usine Hollander, chaleureux nid d’une compagnie généreuse, talentueuse et néanmoins modeste. Née en 1983, la Rumeur a d’abord monté 8 spectacles avant de s’installer en résidence au Théâtre Paul Éluard de Choisy le Roi  en 1993, sur l’invitation de Christine Bertin, la directrice de l’époque. La ville les a aidés à s’installer dans cette belle usine sur l’autre rive de la Seine, qui n’était au départ qu’un lieu de travail. Après des travaux conséquents cofinancés par l’État et la Région, la Rumeur a pu enfin accueillir du public et y développer un magnifique travail de formation avec de jeunes lycéens et des acteurs professionnels. Patrice Bigel bénéficie  également de commandes pour des opéras et des spectacles en Allemagne et en Italie.
À la veille de cette rencontre, aucun problème n’a été réglé et le lendemain non plus a été créé à l’Usine Hollander en mai 2008 et présenté à Florence. Une quinzaine de jeunes comédiens rompus à toutes les disciplines dansent, chantent, s’ébrouent somptueusement dans un espace profond jonché de  centaines de fines feuilles de plastique blanc. Trois séquences de 20 minutes, la première sur Mai 68 s’ouvre sur le discours du candidat Sarkozy qui vilipendie cette période, la rendant responsable du déclin de la France.  La libération de la parole, les affrontements, la joie dionisiaque, toutes les illusions d’un changement de la société sont brossés avec une allégresse rageuse et splendide accompagnée au piano sur fond d’une impeccable bande musicale qui vous arrachent des larmes. Après 20 minutes d’entracte, la dernière séquence sur les errances et les illusions de l’art contemporain, avec des projections sur grand écran ont un peu fait retomber mon enthousiasme, mais j’espère pouvoir y retourner.

Edith Rappoport

Hamelin

Hamelin de Juan Mayorga au Théâtre Rideau de Bruxelles
mise en scène Christophe Sermet

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Peu de théâtres prennent le risque de la création dramatique contemporaine et moins encore en font résolument leur vocation exclusive.
C’est le cas du théâtre Rideau de Bruxelles qui, depuis des décennies, découvreur d’auteurs, sous une direction et avec une équipe artistique renouvelées récemment, redouble encore d’énergie et d’engagement en faveur d’une écriture contemporaine exigeante, sortant des sentiers battus, interrogeant et déstabilisant sans concession aucune les consensus confortables de nos certitudes, des statu quo apparents et rassurants de la vie sociale.
Un défi dont la création de Hamelin de l’auteur espagnol Juan Mayorga (43 ans) est exemplaire à plusieurs titres:  un auteur encore jamais joué en Belgique, une écriture qui est un défi à la scène, une pièce enfin sur les rapports difficiles et parfois pervers entre les adultes et les enfants sur un fond d’affaire de pédophilie, rappelant inévitablement la sinistre affaire Dutroux qui a traumatisé la société belge.
La pièce commence comme un conte « il était une fois une jolie ville qui s’appelait Hamelin » mais ce n’est pas d’un conte de fées qu’il s’agit.
Mayorga se sert de la référence au conte de Grimm Le joueur de flute de Hamelin où le joueur de flute punit les habitants de la ville en emmenant avec lui tous leurs enfants, pour parler de villes contemporaines dans lesquelles nous vivons « où les enfants payent les premiers les vices, la violence et les mensonges des adultes, des villes qui ne savent pas protéger leurs enfants. »
Une jolie ville fière de ses acquis : son Musée d’Art Moderne, son nouveau stade, l’Auditorium… qui en cache une autre, sordide, celle de la misère humaine, des arrangements pour la survie, du commerce sexuel des enfants « où un honnête bourgeois peut gagner la confiance d’une humble famille pour approcher ses enfants. »
À travers l’enquête du juge Montero qui interroge le suspect et les victimes, cherchant des preuves et des témoignages irréfutables, c’est toute la société qui est questionnée : la famille, le milieu socio-pédagogique, la justice, les médias. L’enquête du juge passe inévitablement par les mots, révélant les limites du langage, la facticité impuissante des discours formatés et réducteurs de la justice, des médias, de la psychologue, face à l’innommable et au langage du silence des victimes.
Le défi et l’enjeu de Juan Mayorga c’est précisément de faire du théâtre un lieu de cette parole indicible. Un théâtre qui, pour représenter l’invisible, l’indicible, exige une économie extrême de moyens et une complicité totale du spectateur.
Ce théâtre s’accomplit magistralement dans la mise en scène de Christophe Sermet. Sur scène pas de décor, juste 2 ou 3 chaises nécessaires à certains moments, pas d’effets d’éclairages.
Le personnage de l’annoncier (Thierry Lefèvre), sorte de coryphée moderne, donne le rythme à la pièce, sa présence active, sa parole, son regard relient tous les acteurs du drame. Il arpente avec nous le labyrinthe sans issu des incertitudes, des discours qui se heurtent, qui s’entre et s’auto – limitent.
Pas de fausses notes dans cette partition finement tissée par des acteurs, tous admirables dans leur économie et leur précision du jeu, du geste, du mouvement. Le juge (Serge Demoulin), à la fois déterminé et en proie au doute constant, Fabrice Rodriguez en Rivas, le pédophile, nuance remarquablement son personnage, tout comme Gaétan Lejeune qui relève à la fois la fragilité et l’impuissante lâcheté du père et du frère de Benjamin, le garçon abusé, interprété avec maestria par Francesco Italiano, qui fait aussi Charles, le fils du juge. Sophie Jaskulski campe avec justesse les mères de Benjamin et de Charles et Vanessa Compagnucci la psychologue, coincée dans le discours de sa fonction.
Nous sommes là devant un théâtre qui ne délivre pas de messages, n’apporte ni réponse ni solution mais convoque l’intelligence, la sensibilité, l’imaginaire du spectateur, l’engage dans une traversée personnelle, subjective du labyrinthe.
La création de Hamelin a été accompagnée par un travail autour de la problématique de la pièce avec des écoles et un dialogue entre les élèves et des psychologues.

Irène Sadowska Guillon

Hamelin de Juan Mayorga, mise en scène Christophe Sermet
au Théâtre Rideau de Bruxelles
à Bruxelles du 6 au 27 janvier 2009

Sweet home


Sweet home d’Arnaud Cathrine, mise en scène de Jean-Pierre Garnier.

sweet.jpgOn connaît, bien sûr, les romans du jeune écrivain Arnaud Catherin, notamment( La Route de Midland , Exercices de deuil ) qui est aussi l’ auteur de  textes de chansons. Jean-Pierre Garnier a eu l’idée d’adapter pour le scène Sweet Home; il s’agit d’évoquer trois étés d’une famille dans une demeure familiale,  à Bénerville ( Manche) où la mère Susan, dépressive, vit recluse dans  sa chambre. Après une tentative de suicide du haut de la falaise- un de ses enfants va la rattraper à temps, elle finira par prendre assez de somnifères pour réussir son coup.. .
  Et ses trois enfants Lily, Vincent et Martin, celui-ci , beaucoup plus jeune,  vont essayer de rattraper une vérité qui, jusque-là, leur a échappé. pourquoi leur mère s’est- elle suicidée? Quels ont été ses rapports avec leur père? Il y a toujours une part d’ombre qui reste enfouie et que l’on aimerait bien éliminer en en parlant? Comment reconstituer une mémoire familiale quand cette mère ne reviendra jamais et qui reste le grand dénominateur commun entre ces trois enfants devenus adultes, quatre même si l’on y ajoute Nathan qui fut autrefois le petit ami de Lily, au temps de leurs jeunes amours. Et cela leur fait du bien de parler, ou plutôt de monologuer, à dire ce qu’ils ont retenu au plus profond d’eux-mêmes, comme dans une sorte d’exorcisme oral. » Ce sont les vivants qui ferment les yeux des morts et ce sont les morts qui ouvrent les yeux des vivants« ,  disait déjà Tchekov.
 Oui, mais voilà; nous connaissons tous la difficulté de porter un roman à la scène, seuls les plus grands y résistent, parce qu’ils possèdent déjà un scénario au tissu suffisamment solide pour résister à  la lessive qu’on leur impose. Et si le roman n’est pas construit comme cela- c’est le droit le plus strict de l’auteur- on tombe à coup sûr dans le monologue bavard qui précède un autre monologue bavard, suivi d’un court dialogue auquel succède  un nouveau monologue bavard, etc ….. et l’ennui s’installe assez vite.
  Dans ces cas-là, si l’on veut à tout prix porter un roman à la scène, mieux vaudrait faire sobre, en particulier pour la scénographie. Mais celle que nous infligent Jean-Pierre Garnier et Yves Collet n’est pas du tout convaincante avec ce plateau à deux niveaux, muni d’escaliers sans garde fou,( bravo d’avoir pensé aux comédiens !),  la plupart du temps noyé par une vidéo de vagues, de plage, et  illustrative à souhait: quand on parle de lune ou de mer, si on n’avait pas compris, l’image apparaît, ce n’est pas formidable? Combien faudra-t-il dire encore et toujours que  la vidéo n’est pas là pour jouer le rôle de béquille ou de faire- valoir inutile, pour ne pas dire de cache-misère, dans une dramaturgie mais qu’elle doit se justifier pleinement, sinon ce n’est pas la peine?
 Les comédiens:  Valérie Daswood , Thibaut de Montalembert, Sylain Dieuaide et Thomas Durand, bien dirigés, remplissent le contrat ; il y a même de courts mais bons moments , quand, par exemple, Valérie Daswood (Lily) évoque ses amours d’autrefois avec Nathan . Cela rappelle Le blé en herbe de Colette, mais bon, encore une fois, on se demande quelle est la nécessité de porter ce roman à la scène, alors que tant de jeunes dramaturges essayent en vain de se faire jouer…
 A voir? Non, à moins que vous n’ayez envie de vous offrir un petit dépaysement en foulant les pelouses de la Cartoucherie( où vous pouvez aussi aller voir L’Oedipe monté par Philippe Adrien  dont nous parle Irène Sadowska). Sinon, mieux vaut sans doute sans doute lire le texte d’Arnaud Catherin….

Philippe du Vignal

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes T: 01-48-28-36-36, jusqu’au 15 février. Navette depuis le métro Château de Vincennes.

Vents d’horizons

Vents d’horizons  par la Compagnie Au fil du Vent
Le samedi 17 janvier au Centre culturel Marcel Pagnol de Bures-sur-Yvette (Essonne)

Il est des endroits où l’on va en toute confiance, assuré de la qualité de la démarche de programmation et de la façon dont les artistes sont accompagnés. Une fois encore, cette considération portée à l’endroit du Centre culturel Marcel Pagnol s’est  concrétisée.
Fraîchement sortis de résidence de création, Johanna Gallard (Fil-de-fériste et directrice artistique de  la compagnie) et Thierry Bazin (compositeur et musicien) nous proposent un spectacle qui explore (en allant franchement plus loin) l’univers de leur proposition précédente qui s’intitulait Territoires inimaginaires.
Sur un dispositif frontal où le fil occupe le premier plan s’exposant de jardin à cour, et devant un magnifique piano à queue, un personnage burlesque et androgyne organise son espace, s’étonne, explore, se dissipe à l’occasion de l’intrusion de nouveaux objets incongrus qui pénètrent son univers.
Dans la lignée des spectacles estampillés « poésie visuelle »,  la compagnie parvient à nous embarquer durant 1h10 environ, dans une atmosphère chatoyante et planante (les lumières et la musique sont particulièrement bien composées).
On objectera ici ou là que quelques petites choses sont encore à régler et que les intentions du personnage ont encore à gagner en lisibilité, mais dans l’ensemble on accepte de suivre ce petit voyage imaginaire, proposant une esthétique fruste et fantastique qui n’est pas sans entretenir de rapport avec l’Arte Povera (une tendance adoptée par un certain nombre de spectacles de cirque contemporain).
On l’aura compris, ce travail tout neuf nous a convaincu, et ce, alors même qu’habituellement, la poésie visuelle n’est pas le genre qui nous séduit le plus.

La chose est par ailleurs suffisamment rare pour être soulignée, Johanna Gallard mène aussi un travail de réflexion sur la notion d’écriture appliquée au cirque. En ce sens, elle a entrepris la transcription scripturale de son spectacle précédent, adoptant une démarche rare dans son champ. http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/Territoires-inimaginaires.html

 

Jérôme Robert

DéBaTailles

debatailles.jpgDéBaTailles par la Cie Propos – Denis Passard
Le vendredi 16 janvier au Théâtre Paul Éluard de Bezons (Val d’Oise).

« Je ne comprends rien à la danse contemporaine », « ce spectacle est trop conceptuel, trop formaliste ». Même s’il peut nous arriver de penser,  voire d’exprimer, ces deux idées, rien n’est perdu. La preuve, ce spectacle qui a pleinement sa place dans ce blog, dans son volet le plus transdisciplinaire.
Décomplexé, ludique, brillant, il met en scène cinq danseurs issus de cultures du mouvement corporel différentes (danse contemporaine, hip-hop, cirque) et trois musiciens eux aussi d’influences visiblement éclectiques (du rock aux musiques traditionnelles).
En ce sens, et avant même le début du spectacle, ce dernier est-il résolument contemporain de par son métissage. Mais voilà, une distribution et un concept, aussi intéressants soient-ils, ne suffisent pas à faire une œuvre. Ici, le spectre de la juxtaposition de grammaires corporelles qui ne se rencontrent jamais réellement est résolument dépassé. Tout se mélange suivant des géométries extrêmement variées, créant des images et des esthétiques rarement rencontrées.
Comme pour s’assurer d’un tel résultat, Denis Plassard propose une dramaturgie aussi simple qu’efficace : les interprètes se lancent des défis par équipes, chaque membre de ces dernières étant susceptible d’en changer au cours du jeu. De cette manière, nous voici certains de rencontrer toutes les combinaisons possibles, à l’occasion de Battles endiablées (concours/confrontations auxquels se livrent usuellement des artistes issus du mouvement hip-hop).
Les quinze défis (si nous avons bien compté) prennent corps sur une idée simple : l’apposition d’une contrainte univoque (danser les mains dans les poches, réaliser des portés, des arrêts sur image, tout en contact, etc.). Les musiciens sont aussi des M. Loyaux juchés sur leur podium (façon Bal Pop’) et servent musicalement de façon admirable ce qui se joue sur l’arène située à quelques mètres en contrebas de leur position. Pour corser l’affaire et noyer le poisson, les danseurs sont vêtus de la même manière (en costumes façon jeunes-cadres-dynamiques) : aucun signe ne permet alors de supputer les spécialités des uns et des autres, ce qui ne fait que renforcer le trouble du spectateur.
Débridés, délurés, sauvagement drôles à la manière d’enfants tantôt complices, tantôt cruels dans une cour de récréation, les états de corps se déploient sur le vaste plateau pendant 1h30 (que l’on ne sent pas passer) sans nous laisser une seule seconde de respiration. Car là aussi il y a prouesse. Nous ne sommes pas seulement les spectateurs de battles chimériques : le dispositif scénographique et la sobriété dramaturgique occasionnent que nous soyons dans une empathie telle que nous touchons au vertige.
Espérons que ce fort bel ouvrage passera près de chez vous (ce qui peut tout à fait arriver si le directeur de la salle de spectacle local a croisé la route de DéBatailles et que son plateau soit en mesure de l’accueillir).

Jérôme Robert

Pour en savoir plus : http://compagniepropos.free.fr/
Spectacle en tournée :
Théâtre Durance – Château-Arnoux (04) 
20 février 2009 / 14h00 & 21h00
Théâtre de Riom (63)  
3 mars 2009 / 20h30
Centre Culturel Aragon – Oyonnax (01)  
12 mars 2009 / 20h30
Comédie de Valence – CDN (26)  
31 mars 2009 / 20h00
1er avril 2009 / 14h00 & 20h00

L’HÉRITIER

L’HÉRITIER Théâtre 71 de Malakoff

Écriture et mise en scène de Jaïme Lorca, La Troppa

Cette compagnie d’origine chilienne a été accueillie à plusieurs reprises par le Théâtre 71 de Malakoff, elle est en résidence à Sète. Elle retrace un pan de l’épopée de la colonisation de l’Amérique du sud par les espagnols, un héritier du roi Néponucème a été caché par ses parents, à la mort de son père, il revient au grand jour et reçoit une éducation. La Troppa  fait preuve d’un beau savoir faire dans la manipulation de grandes marionnettes portées par les 4 comédiens manipulateurs. La scénographie simple et belle et les marionnettes conçues par Eduardo Jimenez et Rodrigo Ruiz donnent toute sa dimension au texte que les acteurs jouent en espagnol et en français

 

Edith Rappoport

L’ Avare de Molière

L’ Avare de Molière, mise en scène de Nicolas Liautard. 

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 Harpagon, bourgeois qui a bien réussi dans les affaires, la soixantaine, autant dire dix de plus aujourd’hui, veuf égoïste et  méfiant, s’est réfugié dans la tenue de ses comptes bancaires. Bref, l’argent est sa seule consolation et le mensonge permanent  sa règle de vie qui  a contaminé toute sa maison: les domestiques  le redoutent et ses enfants depuis la mort de leur mère le haïssent cordialement. Et pour cause, il annonce  sans, bien sûr,  lui demander son avis à sa fille Elise qu’il va lui faire épouser un homme  fort riche qui n’a pas dépassé la cinquantaine comme il dit; quant à lui, il continue à croire que la jeunesse ne l’a pas quitté et  a décidé de se remarier avec  Marianne une jeune fille… qui va se révéler être l’amoureuse de son fils Cléante. Mais son intendant Valère, l’intendant d’Harpagon est en fait le fiancé secret d’Elise…  Bref, c’est un monde atrocement dur où tous les coups bas sont permis. Harpagon n’a de tendresse pour personne: les domestiques sont maltraités, payé de temps à autre ,et les enfants considérés comme des gêneurs par ce père qui ne s’embarasse d’aucun scrupule: il prête de l’argent à des taux usuraires à de jeunes gens… dont son fils, ce qu’ils découvrent tous les deux par hasard. Cela commence à faire beaucoup et  La Flêche, le valet d’ Harpagon va précipiter les choses en allant voler la fameuse cassette de son maître pour en faire profiter Cléante. Coup de théâtre, arrive un riche napolitain , le seigneur Anselme qui se révèle être le père de Marianne et de Valère , deux enfants qu’il avait crus perdus lors d’ un naufrage. Heureuse fin, comme on dit aux Etats-Unis: Harpagon, dans un éclair de lucidité,comprend vite qu’il vaut mieux pour lui renoncer à son mariage, s’il veut retrouver sa chère cassette… Vous avez dit chantage?  Sans doute mais Cléante n’a pas trop le choix des moyens… Mais  Anselme promet généreusement de prendre en charge les frais des noces des deux couples, y compris les dots, ce qu’Harpagon avait refusé de faire! On voit que l’argent reste jusqu’au bout le fil rouge de toute l’action C’est à revoir la pièce que l’on se rend compte, si on l’avait oublié,  du talent de scénariste de Molière: chaque scène est le prélude de la suivante et tout est admirablement construit . Quant aux dialogues, écrits au scalpel, ils sont pétillants de drôlerie, d’invention et de rythme, même quand cela devient grinçant: Harpagon: « Je te donne ma malédiction » et Cléante répond: » Je n’ai que faire de vos dons »; Frosine l’entremetteuse qui vit de petits services pas toujours très clairs: « Mon Dieu, je sais l’art de traire les hommes ». Harpagon encore: « Sans dot! Le moyen de résister à cela? La Flèche:  » Qui se sent morveux, qu’il se mouche! « . Valère: « Le seigneur Harpagon est de tous les humains l’humain le moins humain ». Enfin, Frosine à Cléante: « Il vous aime fort, je le sais, mais il aime un peu plus l’argent ».
Nicolas Liautard, qui avait monté Amerika d’après Frantz Kafka avec beaucoup de talent  a habilement traité cette farce qui se révèle vite un drame où les générations ne sont pas solidaires, où la cupidité s’étale au grand jour et où les banquiers font de l’argent avec les économies des petits épargnants (prêter plus pour gagner plus).. Le sexe dans l’Avare, nous montre Liautard, rime souvent avec argent et  les hommes d’affaires veulent se refaire une jeunesse avec une seconde épouse  plus jeune… Si cela ne vous rappelle rien, envoyez-nous un commentaire!
Molière avait déjà tout dit et Nicolas Liautard l’a bien compris avec  une mise en scène où le farcesque fait bon ménage avec le glauque, et où la mort ne  plane pas très loin. Et il y a de très belles choses dans cet Avare, comme ce gag où Harpagon, toujours galant,  ramasse le mouchoir de Marianne, pendant que les amoureux s’embrassent vite fait, ou cette horrible confrontation entre père et fils, Harpagon  bougeant comme un jeune mannequin,  ou encore cette fin délirante toute au second degré, que Nicolas Liautard traite avec une rare élégance en envoyant sur scène des dizaines de ballons de fête. Oui, c’est bien la fête, nous dit-il, les amoureux  vont se marier, Anselme a retrouvé ses enfants, et il va payer le Commissaire  à la place d’Harpagon ( c’est l’avant dernière réplique: jusqu’au bout l’argent est roi! ) mais  Nicolas Liautard fait partir chacun en silence rejoindre son destin tandis qu’ Harpagon reste terriblement seul,  assis sur une chaise avec sa cassette retrouvée. Et des idées de cette qualité-là, le jeune metteur en scène en a souvent.
Et puis,  il y a le jeu de Jean Pol Dubois: roublard, anxieux, amoureux de son argent, naïf, colérique, émoustillé par le sexe, attentif à sa forme physique, cupide, sensible à la flatterie, rancunier, tenace, cynique, et sur la fin résigné et abattu, mais  vigilant jusqu’au bout  quant à son fric: il exprime ici une palette de sentiments avec une précision et une sensibilité rares. On l’apprécie beaucoup depuis longtemps mais il est  exceptionnel dans Harpagon, et c’est une grande leçon d’interprétation qu’il offre avec beaucoup de modestie: avis aux jeunes apprentis comédiens, ils en apprendront plus qu’en allant voir Piccoli.
Les jeunes lycéens qui formaient le gros du public à la séance de 19 heures ne s’y sont pas trompés et  lui ont fait un triomphe; le reste de la distribution n’est pas malheureusement du même niveau: diction faiblarde, jeu approximatif avec des phrases presque récitées, criailleries, manque de rigueur dans l’interprétation:  on est parfois à la limite de l’acceptable; et ces jeunes comédiens ont encore beaucoup de chemin à faire… Nicolas Liautard, en tout cas, devrait, si c’est encore possible, resserrer d’urgence les boulons de sa direction d’acteurs.
A voir? Mille fois oui, pour Jean Pol Dubois, et l’intelligence de la  mise en scène . Non, si vous exigez  que tous les rôles soient bien tenus et donc bien attribués, et que l’on puisse apprécier la totalité du texte, et pas seulement celui d’Harpagon,  de Rosine (Marion Suzanne) et d’Anselme ( Wolgang Kleinertz).

Philippe du Vignal

Théâtre des Quartiers d’Ivry jusqu’au 1 er février.

Œdipe de Sophocle

Œdipe de Sophocle par la Compagnie du 3° Œil
mise en scène Philippe Adrien

 


tempete.jpgAprès Le malade imaginaire, Le procès d’après Kafka et Don Quichotte Philippe Adrien poursuit son travail avec la compagnie du 3° Œil dirigée par Bruno Netter, acteur aveugle, et composée en partie d’acteurs handicapés, en montant Œdipe de Sophocle. Une approche intelligente et réussie du mythe. Un parti pris dramaturgique tenu avec cohérence de raconter l’histoire d’Œdipe comme un conte ou une légende à travers une mise en abyme d’Œdipe roi, inscrit sur le mode du flash back, dans le corps d’Œdipe à Colone qui constitue ainsi le prologue et l’épilogue de l’histoire. Le spectacle commence par l’arrivée d’Œdipe, vieillard aveugle, banni de Thèbes, guidé par Antigone, à Colone où il raconte son histoire tragique : l’oracle, le parricide, l’inceste. Puis on bascule dans Œdipe roi où dans Thèbes ravagée par la peste Œdipe mènera une enquête pour découvrir la vérité sur son abandon par ses parents, son meurtre de Laïos, son père, son mariage avec Jocaste, sa mère, qui amènera son auto mutilation et son bannissement. On retourne de nouveau à Colone où s’achève le cheminement d’Œdipe vers sa mort. Le texte, nouvelle traduction de Bertrand Chauvet qui a adapté avec Philippe Adrien et Vladimir Ant les deux pièces en les imbriquant l’une dans l’autre, élaguant les références inutiles, fait entendre avec une remarquable clarté et acuité, dans un langage à la fois poétique et usant d’expressions contemporaines, accessible à tout public, la tragédie d’Œdipe et les propos de ses protagonistes. Les pointes d’humour dans le texte et dans le jeu, produisant un décalage, une distanciation, confèrent à l’histoire d’Œdipe une dimension de conte.
En parfaite adéquation avec la dramaturgie scénique la scénographie de Gérard Didier prend en charge l’imbrication des deux pièces en construisant une perspective du destin d’Œdipe. Au fond du plateau, un grand œil avec un trou rond au centre dans lequel sont projetées parfois des images de paysages et où Œdipe disparaît à la fin.
Une belle dramaturgie d’éclairages : en clair obscur pour les parties d’Œdipe aveugle à Colone et des lumières vives pour Œdipe roi.
Le rythme impeccable, la tension dramatique parfaitement tenue, la fluidité des enchaînements des scènes, enfin le jeu des acteurs d’une bonne maîtrise, (quelques uns jouant deux personnages, Bruno Netter et Bruno Ouzeau se partageant le rôle d’Œdipe vieux et jeune) contribuent à la réussite de ce spectacle.

 

Irène Sadowska Guillon

 

Œdipe de Sophocle mise en scène de Philippe Adrien
au Théâtre de la Tempête à Paris du 13 janvier au 15 février 2009
réservations 01 43 28 36 36

 

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