La petite pièce en haut de l’escalier
La petite pièce en haut de l’escalier de Carole Fréchette, mise en scène de Blandine Savetier.
Carole Fréchette, auteure québécoise, est maintenant bien connue en France et son théâtre ( une douzaine de pièces dont Les quatre Morts de Marie, Le collier d’Hélène, Les sept Jours de Simon Labrosse.…) a été traduit en quinze langues. La petite pièce en haut de l’escalier est une commande du comité de lecteurs du Théâtre national de Bretagne. Il s’agit d’une sorte de relecture contemporaine de Barbe Bleue, le célèbre conte de Perrault. Grace, une petite employée va épouser un richissime homme d’affaires qui lui offre sur un plateau une très vaste et luxueuse maison, avec vingt huit pièces dont dix chambres pour les invités mais il y a cette fameuse petite pièce en haut de l’escalier rigoureusement interdite à Grace qui, évidement , transgressera l’interdit; l’imagination de la jeune femme s’emballe et elle voit des cadavres partout dans les placards. Mythe ou réalité, on ne saura jamais. Son rêve en fait serait que son mari fasse preuve envers elle d’un mélange de douceur et de férocité
Quant à Jocelyne, la mère , elle est béate d’admiration devant son futur gendre, mais la soeur de Grace est plus sceptique; quant à la petite bonne, Jenny, elle semble assez perverse et entièrement dévouée à son patron.
Déconstruction, reconstruction , Carole Fréchette navigue entre ces deux pôles, et elle voudrait nous montrer les contradictions entre un monde d’images du bonheur stéréotypées et tout le refoulé que nous portons en nous.. Le conte de Perrault, à le relire, dit, lui, les choses avec une simplicité et une fluidité parfaites sans s’embarrasser de considérations freudiennes et pour cause. Ce qui fait sa vraie valeur.
La pièce, telle qu’elle est montée, est finalement assez bavarde et se perd dans des méandres où l’on a du mal à suivre Carole Fréchette. Bref, cette Petite Pièce... ne rend pas vraiment la monnaie de la pièce pour reprendre l’expression de Jacques Lassalle.
D’autant plus que la mise en scène de Blandine Savetier est assez statique et la scénographie/ installation qu’elle a choisie n’aide pas les choses: il y a sept escaliers blancs avec un lustre de faux cristal au-dessus (on est dans le second degré au cas où cela vous aurait échappé!) qui ne mènent nulle part mais qui encombrent la scène. Il aurait fallu choisir: scénographie (qui, en général, est là pour aider les comédiens) ou installation qui aurait davantage sa place au Palais de Tokyo… et pour faire plus chicos, ces pauvres escaliers blancs ont des profils et des nez de marche qui à certains moments sont sensibles à la lumière noire : tous aux abris…
Les comédiens font ce qu’ils peuvent mais la distribution reste très inégale pour dire les choses poliment: Catherine Baugué( la mère) et Marie-Laure Crochant ( Jenny la petite bonne ) sont tout à fait remarquables.
A voir? Oui, si vous avez une passion pour les textes de Carole Fréchette mais cette pièce mineure n’a pas l’envergure des Quatre morts de Marie ou du Collier d’Hélène et est assez ennuyeuse. Sinon, vous pouvez vous abstenir.
Philippe du Vignal
Théâtre du Rond-Point jusqu’au 15 février.

Un défi de taille : mettre en scène un discours politique de Barak Obama, qui aborde une question aussi délicate, aussi complexe et surtout aussi tabou en France que celui de la question « raciale ». 

On connaît, bien sûr, les romans du jeune écrivain Arnaud Catherin, notamment( La Route de Midland , Exercices de deuil ) qui est aussi l’ auteur de textes de chansons. Jean-Pierre Garnier a eu l’idée d’adapter pour le scène Sweet Home; il s’agit d’évoquer trois étés d’une famille dans une demeure familiale, à Bénerville ( Manche) où la mère Susan, dépressive, vit recluse dans sa chambre. Après une tentative de suicide du haut de la falaise- un de ses enfants va la rattraper à temps, elle finira par prendre assez de somnifères pour réussir son coup.. .
DéBaTailles par la Cie Propos – Denis Passard
Après Le malade imaginaire, Le procès d’après Kafka et Don Quichotte Philippe Adrien poursuit son travail avec la compagnie du 3° Œil dirigée par Bruno Netter, acteur aveugle, et composée en partie d’acteurs handicapés, en montant Œdipe de Sophocle. Une approche intelligente et réussie du mythe. Un parti pris dramaturgique tenu avec cohérence de raconter l’histoire d’Œdipe comme un conte ou une légende à travers une mise en abyme d’Œdipe roi, inscrit sur le mode du flash back, dans le corps d’Œdipe à Colone qui constitue ainsi le prologue et l’épilogue de l’histoire. Le spectacle commence par l’arrivée d’Œdipe, vieillard aveugle, banni de Thèbes, guidé par Antigone, à Colone où il raconte son histoire tragique : l’oracle, le parricide, l’inceste. Puis on bascule dans Œdipe roi où dans Thèbes ravagée par la peste Œdipe mènera une enquête pour découvrir la vérité sur son abandon par ses parents, son meurtre de Laïos, son père, son mariage avec Jocaste, sa mère, qui amènera son auto mutilation et son bannissement. On retourne de nouveau à Colone où s’achève le cheminement d’Œdipe vers sa mort. Le texte, nouvelle traduction de Bertrand Chauvet qui a adapté avec Philippe Adrien et Vladimir Ant les deux pièces en les imbriquant l’une dans l’autre, élaguant les références inutiles, fait entendre avec une remarquable clarté et acuité, dans un langage à la fois poétique et usant d’expressions contemporaines, accessible à tout public, la tragédie d’Œdipe et les propos de ses protagonistes. Les pointes d’humour dans le texte et dans le jeu, produisant un décalage, une distanciation, confèrent à l’histoire d’Œdipe une dimension de conte.