MINETTI

MINETTI Théâtre de la Colline par Edith Rappoport

 

De Thomas Bernhard, mise en scène André Engel
J’avais assisté il y a trois ans à une représentation du Roi Lear de Shakespeare mis en scène par André Engel aux Ateliers Berthier de l’Odéon où Michel Piccoli qui tenait le rôle titre, après des difficultés d’élocution pendant le premier acte, s’était effondré en pleine représentation. A la stupéfaction du public, il avait dit « je dois sortir », un technicien avait intimé au public l’ordre d’évacuer la salle ! Il faut dire qu’à plus de 80 ans, Piccoli tournait un film dans la journée, avant d’interpréter ce rôle écrasant qui le retenait plus de trois heures en scène. Il interprète Minetti, acteur déchu obsédé par le roi Lear, retiré depuis 30 ans dans sa campagne qui vient à un rendez-vous avec un directeur de théâtre. Evelyne Didi, toujours magnifique, interprète une dame ivre dans le hall d’un immense grand hôtel, où Minetti soliloque, ouvre sans arrêt son immense valise, en sort des coupures de presse jaunies qu’il relit sans éveiller le moindre intérêt du portier, de la dame, sinon celui d’une jeune fille qui attend son amoureux dans le deuxième acte. Dans cet immense et inutile décor de Nicky Rieti pourtant splendide, Piccoli reste à la peine. Étrange mise en abyme ! On se prend à regretter le magnifique acteur qu’il a été dans La cerisaie de Peter Brook ou le Dom Juan de Bluwal !


Archive pour janvier, 2009

Minetti

Minetti de Thomas Bernhard
Mise en scène André Engel.

Une pièce du grand Thomas Bernhard avec pour interprète du rôle de Minetti le grand acteur Michel Piccoli, et pour mettre en scène tant de grandeur André Engel dont le travail scénique nous a si souvent ravi. Tout cela faisait espérer un événement.
Le Roi Lear de Shakespeare avait déjà réuni Piccoli et Engel en 2007. Et c’est encore dans la pièce de Thomas Bernhard, pour jouer Lear que le vieil et célèbre acteur Minetti (alias Piccoli) passera la nuit de la Saint-Sylvestre dans un hôtel à Ostende en attendant le directeur du Théâtre de Flensburg qui doit l’engager pour ce rôle. Un rendez-vous raté, tout comme le nôtre avec la pièce de Bernhard et le grand Piccoli.
Le vieil acteur Minetti, avec dans une valise, pour preuve de sa grande carrière passée, des coupures de presse et le masque de Lear réalisé par le grand artiste James Ensor, ressasse les souvenirs de ses succès et de sa disgrâce. Ce qui évidemment donne l’occasion à Bernhard de régler ses comptes avec le théâtre.
André Engel inscrit la pièce dans un décor on ne peut plus réaliste d’un grand hôtel. Tout y est, jusqu’au moindre détail, y compris les clefs des chambres accrochées au tableau. Le portier de l’hôtel (Gilles Kneuze), une dame (Évelyne Didi), une jeune fille (Julie Marie Parmentier), un extra (Arnaud Lechien) seront les interlocuteurs fortuits de Minetti attendant en vain son Godot. Pas plus convaincus de son histoire que nous. Autant dire qu’ils servent surtout « d’antisèches » au grand acteur Piccoli dont les trous de mémoire paralysent le jeu, le rendent monocorde et son discours soporifique.
Ceux qui veulent voir Michel Piccoli sur scène y trouveront leur compte et tant pis pour la pièce de Thomas Bernhard.

Irène Sadowska Guillon

Minetti de Thomas Bernhard mise en scène André Engel
Au Théâtre National de la Colline, du 9 janvier au 6 février 2009
15 rue Malte Brun 75020 Paris

La grande Magie

La grande Magie d’Eduardo de Filippo, mis en scène de Laurent Laffargue.

filipppo.jpg  Du célèbre auteur/acteur/ metteur en scène napolitain ( 1900-1984), fils naturel, comme on disait autrefois, du grand acteur Eduardo Scarpetta, on connaît finalement en France que peu de pièces: Filumena Marturano, Samedi, dimanche et lundi, Sik-Sik et cette Grande Magie qui est sans doute la meilleure. L’histoire se passe évidemment à Naples, dans les années 30, au Grand Hôtel où l’on annonce aux bourgeois en villégiature, que le  célèbre magicien Otto, doit présenter le soir même un spectacle de tout premier ordre. Mais le pauvre Otto, accompagné de quelques complices et sa femme plus toute jeune qui cherche encore à séduire, est en fait un artiste de quatrième catégorie, condamné aux tournées minables et couvert de dettes.
C’est dire qu’il est prêt aux  arrangements douteux qui pourraient lui rapporter quelques billets… Justement cela tombe à pic: le photographe local voudrait bien se retrouver en tête à tête avec Marta, la jeune et belle épouse de Calogero dont il est l’amant. Otto , après plusieurs tours assez faciles, choisit Marta dans le public et la fait disparaître dans un sarcophage » égyptien » équipé d’une porte de fond qui permettra à la belle de se faire discrètement la belle avec son amant pour quinze minutes … Mais il ne respecte pas le contrat et part avec elle pour Venise. Sale temps pour les mouches et pour Otto qui reste cependant impassible.
Le petit mari exige évidemment qu’il fasse réapparaître sa femme. Otto essaye alors de le persuader que le tour prend plus de temps que prévu et que… bon, on ne va pas tarder à la revoir.Le mari méfiant, appellera un inspecteur de police à qui, très discrètement, Otto, déjà accusé de meurtre, dévoilera les coulisse de l’histoire.
Quant à Calogero, il lui expliquera avec beaucoup de conviction et d’habileté qu’il est l’objet d’hallucinations et que c’est lui-même, le mari qui a, en réalité, fait disparaître son épouse. Au bord de la folie, Calogero s’isole chez lui, en proie à la colère de sa famille qui le trouve tout à fait dérangé mais Otto lui dit que tout cela n’est qu’une question de temps soumis à variation selon les individus et il réussit même à lui soutirer un chèque important pour rembourser une dette en lui faisant croire que tout cela fait partie d’un jeu. Et Calogero signe sans  méfiance… « Tu crois que le temps passe mais ce n’est pas vrai, le Temps est une convention; si chacun de nous vivait sans engagements, sans affaires, je veux dire une vie naturelle primitive, toi, tu durerais sans le savoir« . Donc le temps, c’est toi« .  La fin? Assez merveilleuse et amère à la fois,  mais on vous en déjà trop dit…..
Là où de Filippo frappe très fort, c’est quand il montre, comme il le dit » que la vie est un jeu et que ce jeu a besoin d’être soutenu par l’illusion qui ,à son tour, doit être alimenté par la foi « . Effectivement, le pauvre Calogero  n’ a qu’un seul besoin: croire mais croire à tout prix que sa femme ne l’a pas quitté pour un autre homme, et  Otto est assez roublard et perspicace pour l’avoir bien compris depuis le début et  l’impliquer dans cette disparition,il lui fait même croire que sa femme ou son avatar est enfermée dans une mallette qu’il ne doit jamais ouvrir… Mais la vie n’est pas si simple et Otto se trouvera  beaucoup plus impliqué qu’il ne pouvait le soupçonner dans toute cette affaire.
Naïf, Calogero? Pas plus que ceux qui ne résistent pas au charme de nombreux escrocs patentés qui jouent sur l’aveuglement de leurs victimes en leur faisant miroiter des gains fabuleux à condition qu’ils leur fassent  confiance. De Filippo, qui savait  observer comme personne ses contemporains riches ou pauvres, vieux ou jeunes, se révèle, ici un dramaturge de premier ordre qui sait  finement jouer de la frontière entre illusion et réalité, entre folie et normalité, entre grotesque et tristesse,entre passé et avenir, en donnant vie à ces personnages qu’il devait rencontrer au quotidien dans Naples mais qu’il savait rendre exceptionnels comme Otto ou Calogero, dont on demande parfois qui manipule l’autre… Ce n’est pas pour rien, car il devait s’y retrouver, que Pirandello admirait de Filippo.
Reste à mettre en scène cette suite d’événements poétiques, et il faut de grands qualités pour  mettre en scène cette Grande Magie  qui dure plus de deux heures,comprend quelque dix sept personnages,où les tours de magie  doivent servir de fil rouge s’emparer sans  manger le texte, où  le rythme ne doit pas faiblir pour ne pas nuire aux nombreux rebondissements… Cela fait beaucoup!  Mais Laurent Laffargue s’est emparé de la pièce avec beaucoup d’amour-cela se sent-et de talent: d’abord, en choisissant au mieux ses comédiens,tous excellents,  surtout Daniel Martin, exceptionnel magicien qui passe d’un sentiment à l’autre avec virtuosité, Georges Bigot  qui donne une coloration particulière au personnage de ce mari naïf et rusé à la fois, en tout cas assez inquiétant  et Eric Bougnon en inspecteur de police d’une grande drôlerie.Et il a mis la pièce en scène avec beaucoup d’exigence.  Au chapitre des petites réserves: un plateau coulissant inutile, l’accent marseillais-tout aussi inutile- du domestique de Calogero, quelques longueurs d’un texte un peu bavard sur la fin qu’on aurait pu élaguer, ou les sorties des comédiens dans la salle: mais tout cela ne casse en rien le spectacle… qui est,  en tous points, remarquable.
A voir: oui, sans réserve aucune; on aimerait bien avoir  eu en France un théâtre intelligent et populaire de cette qualité qui garde encore,quelques décennies plus tard, une telle fraîcheur, d’autan plus que la pièce est servie avec autant d’humilité et de savoir-faire que de générosité, ce qui n’est pas incompatible mais assez rare pour être signalé.

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de l’Ouest Parisien, jusqu’au 28 janvier.

AMERIKA

AMERIKA Le Lucernaire par Edith Rappoport

 

De Franz Kafka, adaptation et mise en scène de Vincent Colin
Vincent Colin « aventurier bricoleur » s’est emparé avec bonheur de cette œuvre inachevée de Kafka écrite en 1912, révélatrice du monde en folie qui s’empare du XXe siècle. Karl Rossmann débarque à New-York à 17 ans, il est accueilli inopinément par son oncle sénateur richissime qui le prend en main, mais il se fait chasser pour manque de respect et devient la proie de deux malfrats qui lui font perdre son travail de groom dans un grand hôtel inhumain  où il bénéficiait de la protection attendrie de la cuisinière en chef et d’une jeune bonne. Le grand théâtre d’Oklahoma qui l’accueille comme tout le monde à la fin du spectacle s’ouvre sur le rêve d’un utopique monde meilleur. Les 6 acteurs brossent les nombreux personnages ce monde sans pitié sur un plateau nu et deux panneaux avec une grande virtuosité et beaucoup d’humour. Cédric Joulie, acteur permanent de l’équipe du théâtre de Nevers coproducteur du spectacle incarne un Karl Rossmann ingénu, proche de Charlo
t.

Amerika

  Amerika, d’après le roman de Franz Kafka, adaptation et mise en scène de Vincent Colin.

  Kafka , rongé par la tuberculose, est mort il y a déjà 85 ans et Amerika a été publié deux ans plus tard et juste après Le Procès et Le Château qui ont inspiré nombre de metteurs en scène de théâtre. Une adaptation d’Amerika avait été créée en 2007 par Nicolas Liautard à Nogent puis reprise l’an passé à La Tempête. Très précise, la mise en scène  souffrait cependant d’indicibles longueurs.
  Mais le propos de Vincent Colin est tout autre, et il y a dans son travail, comme une sorte de voyage incroyable, où l’on retrouve dans le personnage principal de Karl Rossman, un petit frère du Candide de Voltaire qui aurait rencontré Buster Keaton et Charlie Chaplin.
  Amerika est l’histoire d’un jeune allemand  Karl  Rossman, qui, déjà père à seize ans, est  chassé par ses parents et s’enfuit en Amérique; il rencontre sur le bateau son oncle Jakob mais , à cette chance incroyable, se succédera une série de malchances… Le pauvre Karl, semble attirer les ennuis comme un aimant, sans doute parce qu’il est encore assez naïf pour croire au rêve américain sans contrepartie, et il ne cesse de trouver  sur sa route des personnages peu recommandables, comme ces employés d’hôtel minables et sans scrupules ou une cantatrice délirante. Kafka traite avec beaucoup d’humour et de dérision cette découverte du nouveau continent par un jeune allemand, et c’est d’autant plus étonnant qu’il n’ était jamais allé aux Etats-unis. Le jeune Karl semble s’enfoncer, au gré des rencontres dans une sorte de néant, incapable sans doute de s’intégrer à une société trop éloignée de lui, sans doute plus dure envers les faibles et les petits qu’il ne l’imaginait de l’autre côté de l’Atlantique… Mais lui-même semble entrer  dans le moule et mettra moins d’ardeur qu’à son arrivée à défendre une victime désignée du patronat.
  Vincent Colin a adopté, avec beaucoup d’intelligence, le parti pris d’une mise en scène épurée. Quelques sacs de jute comme accessoires, un rideau bleu pâle parsemé d’étoiles et un sol composé de huit panneaux noirs laqués . Vincent Colin a tout axé sur le jeu précis des comédiens et il a eu raison. Il n’y a rien sur scène et il y a tout, grâce à eux et à une bande-son formidable de vérité. Aucun temps mort; la mise en scène est exigeante et le jeu corporel de tout premier ordre qui, encore une fois, fait souvent  penser à Keaton. Vous pouvez chercher: aucune faute  sur ce petit plateau: les entrées et les sorties sont millimétrées, et cette sorte de mécanique bien huilée induit une étonnante crédibilité. C’est dire que le spectacle doit beaucoup aux comédiens: Roch Antoine Albaladéjo, Philippe Blader, Olivier Brodo, Cédric Joulie, Isabelle Kérésit, Anne-Laure Pons qui, en quelques secondes , avec un autre costume et quelques postiches, incarnent une vingtaine de personnages. C’est une sorte de commedia del arte d’une vérité sans faille qui s’introduit sur scène.
  A voir sans aucune restriction, et, croyez-moi, ce n’est pas tous les jours que l’on vous le dira.

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire, jusqu’au 22 février.

CHEMISE PROPRE ET SOULIERS VERNIS

CHEMISE PROPRE ET  SOULIERS VERNIS. Les Athévains de Jean-Pierre Bodin par Edith Rappoport

Après 900 représentations du Banquet de la Sainte Cécile créé il y a une dizaine d’années, spectacle généreux et hilarant sur le France profonde, celle qui tient debout et d’autres spectacles que j’ai ratés, Jean-Pierre Bodin se lance avec trois musiciens dans l’univers des bals de campagne, leurs petites histoires, leurs amours, leurs emmerdes. Superbe conteur, bon saxophoniste, il mène la danse au plus près des petites gens, sans jamais déraper, même quand il se rapproche de la verve rabelaisienne. Ses trois complices, de bons musiciens ont une belle présence en travestis et sans travestissement. La soirée se termine par un vrai bal et du vin limé. Dommage que Philippe n’aime pas valser !

Chemise propre et souliers vernis

 Chemise propre et souliers vernis, texte, jeu et mise en scène de Jean-Pierre Bodin.

affichebodin.jpg  Jean-Pierre Bodin, mais si, souvenez-vous, c’est lui qui avait créé Le Banquet de la Sainte-Cécile où il racontait son enfance à l’harmonie de Chauvigny dans la Vienne, spectacle-culte qui fut joué un peu partout plus 700 fois. Quelques spectacles  et quelques cheveux grisonnants après, Jean-Pierre Bodin remet Chauvigny en selle et nous conte les débuts et la vie d’un accordéoniste de ce même village, où vivent des gens, loin du bruit et de la fureur parisienne, qui doivent cultiver leurs tomates et leurs roses trémières. Où l’on boit peut-être encore au café le rouge limé- mélange national des années cinquante ( 2/3 de limonade, 1/3 de rouge)…
  C’est la France des gens d’en-bas,comme disait M. Raffarin, celle des fanfares et des harmonies dont Jean-Pierre Bodin en formidable conteur, nous entretient. De ses bals, de ses fêtes rurales avec ses bagarres, ses petites histoires de village et ses mariages où on ne boit pas que de l’eau. Il y a comme une sorte de galerie de personnages: Jeannot l’accordéoniste qui s’est formé tout seul pour arriver à jouer six morceaux identifiables de Tino Rossi, avec comme idole Antonio dit Tony Murena, (1917-1970) d’origine italienne , auteur virtuose  des fameux Passion et Indifférence et  qui joua même avec Django Reinhardt.
  Il y a aussi, Ginette, Germain dit Gobemouche, Edouard et beaucoup d’autres dont l’accordéoniste qui fait aussi office d’organiste à la Collégiale, comme cela se pratiquait autrefois, quand les petites églises avaient encore leur orgue, avant le délire  de nettoyage qui s’empara des curés. A Houilles ( Yvelines), il y avait un monsieur Jalade, aveugle, à qui on avait piqué son accordéon et toute la population s’était cotisée pour lui en offrir un autre..
  Tous ces personnages que fait revivre Jean-Pierre Bodin,avec force et délicatesse y compris dans les anecdotes pipi-caca, ce sont comme de lointains parents que l’on aurait perdus de vue et qui réapparaissent soudain par la magie du verbe et de la musique. Il y a en effet ,avec Bodin, trois excellents musiciens: Bertrand Péquèriau à la batterie et à la guitare, Bruno Texier au saxo, à la flûte au bugle et à la guitare basse et Eric Proud à l’accordéon et à la guitare, au concertina et au clavier. Le spectacle va son petit bonhomme de chemin, alternant  récit de Jean-Pierre Bodin , chansons d’Alexandrine Brisson et musique de bal popu; parfois, comme dans les bals popu, on  décroche et l’on est un peu ailleurs: mais ce n’est pas grave et c’est la règle du jeu…
 Le spectacle se termine par un bal et,  bien sûr, par un coup de rouge limé; à ce moment-là, on se croirait plutôt à Chauvigny dans la Vienne  qu’au métro Voltaire, même si, autrefois, l’Artistic était voué aux délices du caf-conç.
  A voir: oui, si vous voulez voir un spectacle un peu hors normes qui associe subtilement, à l’exemple des meilleurs comédies musicales, la chanson, le texte et la musique instrumentale de belle qualité… qu’Anne-Marie Lazarini a bien fait d’inviter.

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre Artistic Athévains, jusqu’au 8 février.

Sa majesté des mouches

Sa majesté des mouches de William Golding
mise en scène Ned Grujic

Irène Sadowska Guillon

 

mouches.jpgLe roman initiatique de William Golding Sa Majesté des mouches, publié en 1954, célèbre grâce au film réalisé par Peter Brook, a été adapté pour le théâtre par Nigel Williams. Cette pièce jamais jouée en France est créée par Ned Grujic dans la traduction de Ahmed Madani. Durant la IIe. guerre mondiale un avion britannique s’écrase sur une île déserte. Tous les adultes sont morts dans l’accident, seul un groupe de jeunes garçons survit. Voilà que commence pour eux l’apprentissage d’une vie à la fois autonome, sociale qui ne tarde pas à devenir une lutte pour le pouvoir et à séparer les adolescents en deux camps : l’un dirigé par Ralph respectueux de la règle, de la solidarité, l’autre mené par Jack, constitué en une tribu de chasseurs barbares se mutant en tueurs primaires. La chasse au cochon se transforme en chasse à l’homme.Opposant le bien et le mal, Golding peint dans son roman la transformation d’êtres, au demeurant civilisés – Jack est délégué d’une chorale qui chante au départ un chant pieux en latin – en barbares sanguinaires. On n’est pas loin là du Rhinocéros ionesquien.Ned Grujic, metteur en scène d’origine yougoslave, s’est intéressé à Sa Majesté des mouches cherchant une pièce qui sur le mode métaphorique et universel dénonce la guerre. Projet inévitablement réducteur de l’œuvre de Golding qui offre une matière bien plus vaste.D’où aussi, dans la logique du propos de la mise en scène articulé sur la violence, la pulsion de tuer ancrées en nous depuis notre enfance, le choix de faire jouer les enfants par des acteurs adultes. Attiré par l’allégorie et la métaphore proposées par la pièce Ned Grujic les perd totalement de vue dans sa mise en scène. Tout s’y joue au premier degré et forcement devient invraisemblable. Même le décor : des praticables à plusieurs niveaux, évoquant à la fois un terrain de jeu, une sorte de piste de skate et une île escarpée avec vue sur le ciel et la mer, ne peut gommer l’artifice caricatural du spectacle.
Sur le plateau 11 acteurs déploient beaucoup d’énergie : mouvements acrobatiques, jeu physique, souvent appuyé, courses, luttes, danses tribales, etc.. De sorte que cette maladroite imitation des enfants tient de l’infantilisme.
À quoi s’ajoutent des longueurs, insistance sur des effets et des mouvements répétitifs et pour comble l’interprétation des personnages criarde, chargée de clichés.
Bref cette première mise en scène française de Sa Majesté des mouches n’honore ni le roman de William Golding ni la pièce qui en a été tirée

Irène Sadowska guillon

Sa Majesté des mouches de William Golding misent en scène Ned Grujic
du 6 janvier au 15 février 2009 au Théâtre 13
103 bd Auguste Blanqui 75013 – réservations : 01 45 88 62 22

Dieu comme patient

Dieu comme patient
Ainsi parlait Isidore Ducasse
Les chants du comte Lautréamont
mise en scène de Matthias Langhoff.
par
Irène Sadowska guillon

Adulé par les surréalistes, Isidore Ducasse (dit le comte de Lautréamont, 1846 – 1870) poète « maudit » et révolté, a investi l’œuvre de sa brève vie de 24 ans, Les chants de Maldoror, d’une mission singulière : « attaquer par tous les moyens l’homme, cette bête fauve, et le Créateur qui n’aurait pas dû engendrer une pareille vermine. »Tout un programme que cette déclaration de guerre du poète au genre humain qui ne lui inspire que dégoût et horreur.Matthias Langhoff capte ce cri furieux de haine, de rage et de révolte contre le monde d’il y a plus d’un siècle qui renvoie à l’horreur de notre monde d’aujourd’hui. Les images projetées du quartier du Palais Royal qu’Isidore Ducasse arpentait naguère, inscrites dans le prologue du spectacle sont autant de traits d’union entre la misère humaine de l’époque du poète et celle de la nôtre. Les images projetées sur des voiles transparents ou opaques et le jeu des acteurs, tantôt simultanés tantôt alternés, tissent la narration scénique. Une narration polyphonique, alchimie parfaite du texte : dialogues, discours, récits partagés par le trio d’acteurs (Anne Lise Heimburger, Frédéric Loliée, André Wilms) qui deviennent parfois personnages : prostituée, clochard, fou, marin, ange, etc., de la musique et des effets sonores, des images filmées, des éléments du décor transformables à usages multiples, créant un univers hallucinant, surréaliste, de bruit et de fureur poétique. Un paysage cauchemardesque dans la tourmente où le torrent de la parole s’affronte à la violence dévastatrice de la nature et à celle des hommes : tempête, tonnerres de vagues déferlantes, rafales de tirs, bombardements.Tout cela est d’une grande beauté plastique. Dans le final le tableau d’un bateau à la dérive avec son équipage de marins morts qui rejouent chaque nuit l’effroyable scène de massacres, est superbe.
Il me semble cependant que Matthias Langhoff a surévalué quelque peu la démesure de la poésie de Lautréamont qui aujourd’hui a perdu de sa force, de sa violence. La parole, la voix de l’indomptable Nietzsche serait incomparablement plus dévastatrice. Mais alors quid de la belle métaphore historique de l’enfer humain de notre temps fournie à Langhoff par Les chants de Maldoror ? Ce message ne peut nous échapper si de surcroît on prête à la poésie de Lautréamont un sens prémonitoire, prophétique, renforcé par des ajouts du propre cru du metteur en scène.

Irène Sadowska guillon

Dieu comme patient d’après Les chants de Maldoror de Lautréamont, mise en scène Matthias Langhoff
Théâtre de la Ville les Abbesses du 5 aux 24 janvier 2009

Du Vent


Du Vent, théâtre d’objets, texte et mise en scène de Bernard Sultan par Philippe du Vignal
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Sur une petite scène quadri-frontale, quatre personnages, deux hommes et deux femmes sont en proie au vent; cela commence plutôt bien: on voit une petite plume qui se ballade en l’air, ballotée par le vent, juste éclairée par le pinceau lumineux d’une lampe torche;  ensuite, ces personnages qui sont joués , non par des comédiens mais plutôt par des artistes plasticiens et musiciens, essayent de nous faire croire qu’ils sont entraînés par des bourrasques de vent, eux comme les objets qu’ils manipulent comme ces rubans de papier, des sacs en plastique répandus sur scène ou ces feuilles de papier journal qui s’envolent grâce à des ventilateurs apportés  sur scène…De temps à autre, ils courent sur le plateau en faisant beaucoup de bruit… » Les spectacles de Bernard Sultan, prévient aimablement le petit texte de présentation, sont toujours des merveilles de simplicité et d’inventivité qui vont chercher dans notre quotidien le plus proche, les trésors poétiques et ludiques qui s’y trouvent. Une démarche jubilatoire qui célèbre l’économie de moyens, l’amusement de l’esprit et du corps » (sic). On veut bien mais, à cela près que la petite folie douce que Sultan voudrait voir régner sur scène ne fonctionne pas du tout; la faute à quoi ? Sans doute et d’abord à un scénario et à un texte plus que légers, à une gestuelle vraiment trop insuffisante, à des costumes et objets scéniques d’une remarquable laideur,  qu’un élève de première année de Beaux-Arts n’oserait jamais  présenter. Le second degré dans les costumes n’est pas si facile à attraper et tout le monde n’est pas Macha Makeïeff , l’excellente créatrice des costumes des spectacles de Jérôme Deschamps…Ce qui est le plus gênant, c’est sans doute le manque de métaphore dans le spectacle constitué de petits morceaux  mis bout à bout , comme s’il s’agissait de boucler une heure sans trop se soucier d’ un minimum d’unité scénique.Il y a, c’est vrai,  quelques belles images comme ces feuilles de papier de soie blanc que l’on pose sur le corps allongé d’une jeune fille, ou le souffle de ce petit accordéon dont on joue pas tout de suite ,comme pour mieux laisser percevoir toute l’importance de l’air qui l’anime.  Mais le compte n’y est pas,  surtout quand il s’agit d’un spectacle pour enfants à qui on devrait offrir le meilleur. La phrase à retenir de cette après-midi foutue: celle d’un petit garçon de quatre ans qui a dit quinze minutes avant la fin: « Et après? « . Tout était dit en deux mots.

A voir, sûrement pas, que vous soyez adultes ou enfants., que vous habitiez Choisy-le-Roi, Nogent-sur-Marne, Pantin Chevilly-Larue, Elancourt,  Pantin ou à Lorient.

Philippe du Vignal

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