Parasites

parasites.jpgParasites de Marius von Mayenburg, mise en scène Philippe Calvario

   C’est une des récentes pièces de Marius von Mayenburg, dramaturge allemand très en vogue actuellement. Pour Philippe Calvario, l’intérêt de Parasites consiste entre autres en ce qu’elle parle « d’un monde en dépression où chacun devient un parasite pour l’autre et pour lui-même ».
Si Marius von Mayenburg veut nous dire que nous sommes tous des parasites dépendant plus ou moins les uns des autres, quémandant égoïstement l’amour, l’aide, la compréhension, un brin d’empathie ou d’humanité, sans rien donner en échange, le propos est superficiel. La pièce n’interroge guère les blocages, les traumatismes, le poids des préjugés sociaux qui pourraient être à l’origine de ce type de comportements et de conflits.
Cinq personnages, dit Philippe Calvario  » décident de rester debout, alors que tout autour d’eux s’écroule lentement, que leur confiance en l’autre et en eux-mêmes s’amenuise jour après jour »Deux couples : Ringo (Manuel Blanc) paralysé, dans un fauteuil roulant, enfermé dans l’appartement, dépendant entièrement de l’assistance de son amie Betsi (Sophie Tellier) et ne supporte pas qu’elle héberge chez eux sa sœur Friderike (Julie Harnois), enceinte, retrouvée sans conscience au bord de l’autoroute. Friderike ne cesse de menacer de se suicider, désespérée par l’indifférence de son mari Petrik (Philippe Calvario) lequel finalement viendra lui proposer une hypothétique réconciliation. À ce quatuor, s’ajoute le vieux Multscher (Éric Gueho) responsable de l’accident de voiture et du handicap de Ringo et qui veut à tout prix racheter sa faute. Tous les cinq s’encombrent réciproquement de leurs présences, de leurs frustrations et de leurs demandes. La culpabilité et le ressentiment jouent à fond. Chacun enfermé dans son égoïsme et sa souffrance, attendant tout sans rien donner, compense par la violence, l’humiliation, la haine et la destruction de l’autre son incapacité de dire l’amour ou d’assumer son manque, l’injustice ou la fatalité qui le frappe.
Évidemment,  tout ira trop loin : Friderike ,que Petrik conserve comme un animal de compagnie, rate son suicide; Ringo tente de s’échapper, ce qui enlève à Multscher tout espoir de rachat, et Betsi s’enfuit dans la folie. Nul besoin de psychanalyse pour décortiquer tous ces conflits. L’auteur s’en est déjà chargé, et le metteur en scène enfonce le clou avec un traitement de la pièce démonstratif; le décor est hyperréaliste , c’estun espace correspondant à deux appartements que les éclairages délimitent tour à tour, meublés : canapé, lit, petite table, W.C. On représente tout : on mange vraiment, on boit du café, de la bière, on fornique, on se frappe, on chie etc. Le jeu est appuyé, souvent hystérique. Tout cela sonne faux, on n’y croit guère. Le texte (ou peut-être seulement la traduction) pèche par  lourdeur, encombré de quelques envolées pseudo poétiques. Philippe Calvario, investi dans le personnage de Petrik , n’a pas su gérer la mise en scène qui s’étire, manque de rythme, et ne décolle jamais.

Irène Sadowska Guillon

Parasites de Marius von Mayenburg, mise en scène Philippe Calvario
du 3 au 20 mars 2009 au Théâtre Nanterre-Amandiers
tel : 01 46 14 70 00


Archive pour février, 2009

Les cahiers de la Maison Jean Vilar numéro 107

Les cahiers de la Maison Jean Vilar numéro 107 (janvier mars 2009)
Mallarmé notre contemporain

Constituée autour de l’œuvre, de la pratique du théâtre populaire de Jean Vilar, de son héritage et de ses parentés, la revue élargit chaque fois sa réflexion sur d’autres champs, restant dans la proximité de la création théâtrale.
Son dernier numéro articulé sur l’œuvre de Stéphane Mallarmé et ses liens avec d’autres disciplines artistiques, questionne la problématique à la fois vilarienne, mallarméenne et bien sûr vitézienne de l’élitaire et de l’accessible. L’élitaire et le populaire s’opposent-ils ? L’élitaire pour tous est-il possible au théâtre ?
Au-delà de cette problématique qu’est-ce qui relie Mallarmé et Avignon ? Il y est venu à plusieurs reprises entre 1864 et 1867. Nommé au lycée Impérial d’Avignon il y a vécu entre 1867 et 1871 et y a écrit son œuvre fondamentale Igitur autour de laquelle se sont articulées cette année les « Hivernales » en Avignon.
Au sommaire de nombreux articles sur Mallarmé et son œuvre (C’est quoi « mallarméen  » ? de Jaques Téphany, Mallarmé et Avignon, Un hermétisme populaire ? de Pierre Marie Danguigny, Mallarmé homme de spectacle d’Hélène Laplace Claverie, etc.), Mallarmé et ses amis artistes (Verlaine, Manet, Monet, Degas, Renoir, Gauguin), Mallarmé vu par Anatole France, Claudel, Gide, Goncourt, Paul Valéry… Un texte sur Mallarmé de Marcel Proust, un entretien avec Pierre Boulez qui s’est inspiré de trois poèmes de Mallarmé pour une de ses œuvres essentielles Pli selon pli.
Enfin Bernard Faivre d’Arcier et Vincent Baudriller, ancien et actuel directeurs du Festival d’Avignon, livrent dans des entretiens avec Jaques Téphany leurs réflexions sur les notions d’élitarisme, d’hermétisme et de populaire dans leurs programmations du Festival d’Avignon.
Outre le catalogue de l’exposition Craig et la marionnette qui sera présentée à la Maison Jean Vilar en Avignon de mai à juillet 2009 les prochaines livraisons des Cahiers de la Maison Jean Vilar seront consacrées (numéro 108, été 2009) à Gérard Philipe disparu il y a 50 ans, et le numéro 109 (automne 2009) à l’œuvre de Shakespeare en Avignon.

Irène Sadowska Guillon

Les Cahiers de la Maison Jean Vilar
Montée Paul Puaux
8 rue de Mons
84000 Avignon
téléphone 04 90 86 59 64
site Web http://www.maisonjeanvilar.org

LES NÉVROSES SEXUELLES DE NOS PARENTS

LES NÉVROSES SEXUELLES DE NOS PARENTS  Théâtre Paris Villette

Maître de jeu Hauke Lanz, vidéaste Bruno Geslin, montage Nicolas Sburlati
Étrange soirée, on  est censés assister à un jeu d’internautes avec les personnages d’une pièce qu’on aurait vue, la veille ou l’avant veille. Les 4 comédiens doivent réagir aux injonctions du metteur en scène qui se déplace sur le plateau pour leur indiquer les propositions des internautes. Il faut bien avouer que ça ne fonctionnait pas pendant une heure trente, hormis de rares instants, ar Pierre Maillet Frédéric Leidgens, Murielle Martinelli et Laure Wolf, bons acteurs au demeurant ne sont pas rompus à l’improvisation. Un grand mannequin manipulé figurait le cadavre d’un enfant tué par sa mère, diversement violé par les protagonistes, enfermé comme certains personnages  dans de grands coffres blancs que mon voisin Aristide disait être les cercueils du théâtre. Fallait-il avoir vu auparavant le spectacle ? Pour se livrer à ce jeu, tout le monde n’en a pas le loisir.

Edith Rappoport

Baby Doll


   Baby Doll de Tennesse Williams, mise en scène de Benoit Lavigne.babydollbalanoire.jpg

 

 Tennessee Williams né en 1911, mourut seul, un peu oublié dans une chambre d’hôtel à New York  en 1983 ) alors qu’il  fut à trente quatre ans l‘auteur reconnu et vite célèbre avec sa célèbre Ménagerie de verre ; se succédèrent les autres célébrissimes Un tramway nommé Désir, La Rose tatouée, La chatte sur un toit brûlant, La Descente d’Orphée, Soudain l’été dernier, La Nuit de l’Iguane  que Georges Lavaudant met en scène à la MC 93 de Bobigny, toutes pièces portées à l’écran avec les acteurs les plus prestigieux des Etats-Unis. Mais Baby Doll, le film de Kazan (1956) fut traité par Time magazine » de film le le plus obscène jamais diffusé légalement » et ce crétin de cardinal Spelmann avec ses Ligues pour la vertu ultra cathos réussit à faire interdire le film!  Williams avait écrit le scénario lui-même  pour le cinéma, à partir de deux courtes pièces: Vingt sept remorques  de coton , ( très bien montée récemment en France par Véronique Widocq ) et Le long séjour interrompu. Avec  des acteurs aussi remarquables que  Karl Malden ( La loi du Silence, Un tramway nommé Désir) , Ellie Wallach (qui jouait  Vaccaro), et la merveilleuse Caroll Baker. Tous encore en vie:  les deux premiers ont 96 et 94 ans, elle n’en a que 78 . .. Williams conserve!

 

En 1978, l’auteur  réécrit le scénario d’origine pour en faire une pièce The Tiger tail. Pierre Laville, qui a signé l’adaptation, réduit le nombre de personnages à cinq et semble avoir revu  nombre de dialogues pour en faire une oeuvre plus personnelle mais finalement assez loin du texte d’origine. Et les répliques ont parfois un ton presque boulevardier peu plaisant. Il semble , comme le souligne finement Daniel Loyaza ,le traducteur de La nuit de l’Iguane, pièce  que va mettre en scène Georges Lavaudant à Bobigny que la figure des textes de Williams apparaisse de plus en plus brouillée  par les adaptations que l’on en a fait et que son écriture, pour concrète et vivante qu’elle soit, ait quand même plus  à voir avec le symbolisme  qu’avec le théâtre de boulevard.

  Baby Doll va avoir vingt ans dans deux jours; cette magnifique et pulpeuse jeune femme  a été mariée à dix huit ans par son père mourant-qui voulait la protéger-  à Archie, un entrepreneur de coton assez à l’aise qui avait une belle maison. Avec toutefois,la promesse qu’Archie qui doit avoir la quarantaine, ne  » consommerait » pas le mariage comme on disait autrefois, avant qu’elle n’ait vingt ans. Elle y vit souvent seule, en compagnie de Rose, une vieille tante et de Moïse,un ouvrier agricole noir.
 Mais un jeune voisin d’origine sicilienne,  Silva Vaccaro,   a acheté une nouvelle machine à égrener le coton beaucoup plus performante ,  qui  ruine Archie,  dont la grande maison est déjà vide de meubles qu’il a fallu rendre au magasin. La déchéance est toute proche. Mais Archie n’oublie quand même pas la date anniversaire et  aimerait bien  pouvoir enfin faire l’amour avec sa femme enfant…. qui n’est pas du tout  séduite par cette perspective.Et il ne voit qu’une solution pour échapper à une faillite imminente: aller mettre le feu à l’égreneuse concurrente de Vaccaro.  Ce qu’il fera, mais en faisant jurer à Baby Doll de se taire et en niant les faits  devant lui.

 Vaccaro a vite compris la situation et menacera Baby Doll qui essayera en vain de lui mentir sur l’emploi du temps de son mari le soir de l’incendie; il  lui soutirera un témoignage écrit qui peut envoyer Archie en prison, puis  il  séduira cette proie facile qui ne demande que cela.. .Mais  Archie n’est pas dupe: » Vous me croyez sourd, aveugle et tout le reste » mais Vaccaro se sait en position de force et Baby Doll devient une précieuse  monnaie d’échange. Soit il emmène Baby Doll qui ne demande que cela, soit Archie la garde mais pas pour longtemps, puisque Vaccaro a les moyens de l’envoyer en prison. Et il lui renvoie cyniquement  sa petite phrase quand Archie lui proposait de lui prêter sa machine après avoir incendié la sienne: » entre voisins,  on peut toujours s’arranger ». Fou furieux, Archie, qui a tout perdu , femme et travail, se mettra à tirer des coups de fusil dans toute la maison. Rideau.
 Benoit Lavigne qui avait réalisé  un Roméo et Juliette, et Beaucoup de bruit pour rien au Théâtre 13 , puis  trois petites pièces de Woody Allen au Théâtre de l’Atelier, déborde souvent d’imagination  mais ne dirige pas très bien ses acteurs  qui s’en donnent à coeur joie et sont aux limites du cabotinage. Cela donne quoi pour Baby Doll? Une mise en scène assez conventionnelle  avec un  décor à étage en planches , chichiteux et dangereux pour les comédiens , au réalisme appuyé mais  toc.. L’incendie de la grange , comme la scène de la fin,  quand  Archie pète les plombs, avec une débauche de musique,de coups de feux et de lumière sont vraiment trop  médiocrement traitées.
 Il y a une brutalité et une violence qui irradie  la moindre des scènes de Tennesse Williams,  de Caldwell ou de Faulkner, pour ne citer qu’eux, que l’on ne retrouve pas ici, et qu’avec trois francs six sous, Véronique Widocq avait su, elle, recréer.  Mais le Sud des Etats-Unis, si chers à ces écrivains, est bien absent. Tout est traité ici , sauf à de rares moments, de façon trop gentille, parfois à la limite du boulevard, sur l’air bien connu du mari, de la femme et du futur amant .Et c’est  surtout la direction d’acteurs qui est déficiente:  Xavier Gallais, comédien fétiche de Benoît Lavigne  surjoue les jeunes et beaux siciliens, ténébreux et machos,  sans beaucoup de nuances, et à la limite de la caricature; il y a cependant une très belle scène d’amour sur le capot d’une vieille voiture pourrie où,là, il sait rester sobre et discret.
  Mélanie Thierry ,à 27 ans, a déjà un belle expérience  au cinéma et à la télévision,notamment dans la série produite pour la 2  par Pascale Breugnot, Fête de famille. Et ,même si elle a peu joué au théâtre, elle sait se débrouiller toute seule; et elle a une telle présence et une telle intuition des choses à faire ou pas , qu’elle est toujours crédible. Elle EST Baby Doll sur le plateau avec une sensualité lumineuse , et comment dire,  un mélange de naïveté et de perversité tout à fait étonnant: elle  peut passer d’un sentiment à l’autre d’une façon que pourraient lui envier bien des comédiens plus expérimentés.
  Quant à Chick Ortega qui,lui, aussi a beaucoup tourné au cinéma (Wenders, Jeunet, Gilou), il a  une présence magnifique et fait preuve d’un très solide métier d’acteur, dans le rôle difficile de ce mari beaucoup plus âgé que Baby Doll, aimanté par elle, menteur et roublard,  violent mais pitoyable dans sa déchéance et son malheur. Monique Chaumette joue avec bonheur les vieilles tantes sourdes, tout comme comme  Théo Légitimus, aussi discret qu’efficace: son personnage rappelle que les usines à coton fonctionnaient grâce aux seuls ouvriers noirs.
 A voir? Pourquoi pas, mais seulement  si vous n’êtes vraiment  pas trop difficile et si vous voulez bien considérer qu’il s’agit là d’une adaptation ( l’affiche le précise bien) un peu réductrice, et/ou si vous voulez voir Mélany Thierry et Chick Ortega. Sinon, le DVD du film de Kazan , sorti il y a trois ans,  se trouve un partout.

Philippe du Vignal.

P.S.  1. Vous pourrez en passant  rendre son sourire  à Charles Dullin , autrefois grand metteur en directeur de ce merveilleux petit théâtre, dont la photo est accrochée derrière le contrôle et qui est mort il y a soixante  ans cette année.

P.S. 2   » Si le créateur n’avait pas tout ordonné pour le mieux, du moins avait-il accordé un don inestimable aux animaux, en les privant de la faculté inquiétante de réfléchir sur l’avenir  » Pas mal non ?  C’est signé du grand T. Williams…


Théâtre de l’Atelier,du mercredi au vendredi à 21 heures; le samedi à 17  et à 21 heures; le dimanche.

POMPES CIRCONSTANCES

POMPES CIRCONSTANCES  au Cent quatre à Paris

Concert de Gérard Pesson avec des élèves du Conservatoire national de musique, l’ensemble Cairn et d’autres artistes venus d’autres horizons musicaux.
Je pénètre pour la première fois dans cet immense bâtiment des pompes funèbres rénovées, de belle allure, mais pour l’instant peu habité. Gérard Pesson y est en résidence, bénéficiant d’une commande artistique de la ville de Paris. Il y réalise à chaque nouvelle lune un ensemble de pièces courtes de 10 secondes à 10 minutes qui vont explorer peu à peu tous les espaces du Cent quatre, constituant une cosmologie des formes, courtes, évolutives, écrites pour divers instruments, exécutants, récitants, chanteurs, mimes, figurants, animaux, lumières, objets, accessoires de tous types. Les trois pièces présentées ces soir-là tournent autour d’un ensemble vocal énumérant les objets du château de Lacoste du marquis de Sade, un ensemble musical sur des textes écrits par Pesson et un mélodrame numéro 1 sépulcral cadavérique. Pesson présente avec humour chaque morceau devant une salle pleine et réjouie. L’entrée est libre, rendez-vous à la prochaine lune.

Edith Rappoport

Non, je ne veux pas chanter


 Non, je ne veux pas chanter d’Anne Baquet, mise en scène et chorégraphie de Claudine Allegra.

  Cela se passe dans le seul théâtre du 16 ème arrondissement, petite  salle autrefois privée d’un monsieur richissime qui l’avait fait construire pour son plaisir personnel près de son hôtel particulier aujourd’hui détruit . Au-dessus de la porte  d’entrée du théâtre, il avait fait apposer cette maxime en latin:   mihi amicisque meis ( pour moi et mes amis)… Vous  avez dit égocentrisme?
Bref, une sorte de monument historique  de la grande bourgeoisie de Passy-La Muette de style Renaissance avec un salon muni d’une fausse cheminée en pierre.
p7260534l.jpg Mérite le détour comme on dit dans les guides touristiques.
  Mais revenons à  Anne Baquet,  que l’on  connaît bien et depuis un bon moment. Après son premier spectacle: J’aurai voulu dev’nir chanteuse, elle a renouvelé son répertoire- et c’est tout à fait intelligent- en s’adressant à d’autres auteurs et compositeurs pour constituer une sorte de collage musical: cela va de François Morel, Juliette, René de Obaldia, Jean-Jacques Sempé, Jacques Prévert , Roland Topor, etc.. pour les textes. Elle a fait appel  à Serge  Rachmaninov, Francis Poulenc, Frédéric Chopin, Charles Gounod, Léonard Bernstein mais aussi à Roland Vincent, Claude Bolling , Marie-Paule Belle, pour la musique d’origine et à François Rauber , le collaborateur entre autres de Juliette Greco, pour les arrangements.. Elle a ainsi constitué une sorte de patchwork  très varié, mais d’une absolue précision. Avec,  dans le rôle du partenaire qui est plus qu’un accompagnateur: le jeune pianiste et compositeur : Grégoire Braumberger.
 C’est une sorte de voyage musical avec 24 chansons auquel nous convie Anne Baquet , visiblement  heureuse d’être là sur la petite scène du Ranelagh, espiègle et pétillante comme une petite fille qui a envie de faire un bon tour, pleine d’humour , excellente diseuse et à l’impeccable gestuelle. Les chansons s’enchaînent sans à- coups et  il y a de véritables petites merveilles comme,  entre autres, cette parodie de rapp qu’elle réalise sur les cordes basses du piano à queue ouvert, ou cet air de Juliette de Gounod qu’elle essaye, sans y arriver bien sûr , de chanter faux. Quoi qu’elle fasse, ce qui est admirable chez elle, c’est le manque de prétention, l’intelligence des textes  et la maîtrise absolue quelle garde,et de sa voix et de son corps, bref: une grande leçon de sensibilité et de technique à la fois.
 Cela dit, il faudrait sans doute revoir une mise en scène assez approximative qui n’ôte rien à son grand talent et à celui de son partenaire mais qui parasite certains moments du spectacle, surtout quand les deux complices se mettent à jouer la comédie– ne serait-ce qu’un court dialogue- cela sonne faux . On comprend bien l’intention  de Claudine Allegra : aérer un peu les choses mais ,très franchement , cela n’a  pas une grande utilité.  Il y a aussi une chose que l’on pourrait rectifier, c’est la balance entre le son du piano qui, par moments,  écrase souvent  la belle voix de soprano d’Anne Baquet, et dans des chansons difficiles , en particulier  Vertu virtuose de Philippe Decamp sur une musique de Chopin; elle devrait aussi surveiller davantage sa diction car on peine parfois à la comprendre. C’est dommage, car on a tellement envie de  recevoir ce qu’elle nous donne avec tant de générosit…A ces réserves près, c’est vraiment impeccable, et c’est un beau cadeau à offrir.
 A voir? Oui, vraiment  au Ranelagh ou en tournée.

P.S. Profitons-en pour rendre hommage à son papa le comédien violoncelliste et par ailleurs alpiniste,  Maurice Baquet disparu en 2004, qui aurait été fier du spectacle imaginé et chanté par sa fille.

Philippe du Vignal

Théâtre du Ranelagh, du mercredi au samedi à 21 heures, et à 11 heures le dimanche, 5 rue des Vignes. Métro La Muette ou à la rigueur Passy.

Avant hier après demain


Avant hier après demain ( nouvelles du futur) de Gianina Carbunariu, mise en scène de Christian Benedetti.avanthier.jpg

«   Ce n’est pas une pièce. C’est un essai. c’est un matériau brut et sophistiqué », déclare Christian Benedetti. On ne peut pas dire qu’un n’aura pas été prévenu; le spectacle commence comme une sorte de performance où trois hommes et trois femmes parlent tous en même temps;  à nous , d’essayer de capter, comme dans une foule anonyme, quelques fragments de ces six monologues. C’est plutôt drôle même si cela a déjà beaucoup servi. Puis une jeune femme, très agressive,  réalise un entretien à la télévision avec un vieux monsieur allemand  en fauteuil roulant  qui a tout connu du vingtième siècle: , guerre , exil en Roumanie, puis aux Etats-Unis où il a rencontré une femme qui fumait de l’herbe comme lui; ils se sont mariés ont eu des enfants mais ils ont fini par divorcer et il est reparti pour l’Europe… Le visage du vieux monsieur est flouté et sa voix est déformée pour qu’on ne le reconnaisse pas.La présentatrice est d’une vulgarité absolue, et le vieux monsieur plutôt pitoyable: la caricature  mise en scène et jouée par Christian Benedetti est assez bien vue.
  Mais les choses se gâtent vite… Un comédien  se présente: Vincent Teprnowski qui débite tous les numéros de ses cartes d’identité,passeport, assedic, banques diverses, pass Navigo, etc…Cela pourrait être drôle mais tombe complètement à plat! Puis il y a, entre autres, une séquence avec deux hommes en équilibre sur une baignoire située sur une sorte de balancelle en inox, qui doivent   tuer un cochon mais c’est l’un qui égorgera l’autre avec un grand couteau. Il y a aussi des images vidéos avec un visage de femme démultipliée; une autre femme apporte une petite boîte à musique où figure un père Noël qui joue d’un saxo;  un personnage cite une belle phrase de Deleuze et une autre de Césaire. On nous parle, puisque nous sommes dans le futur , d’un parc d’attractions reconstituant la guerre entre Israël et les Palestiniens.
 Un homme arrive avec un électrophone à disque vinyl  et il modifie la vitesse de la chanson du disque 45 tours pour faire drôle, mais cela ne l’est pas vraiment…. De temps à autre revient cette même litanie:il y a six mois, il y a un an, il y a dix ans, etc… » j’ai eu peur pour quelqu’un » ou une autre phrase du même genre. Cela se veut exaspérant: pari tenu, c’est exaspérant  mais sans grand intérêt. et du genre usé jusqu’à la corde.. On nous parle aussi d’êtres humains à louer avec maison de vacances.  Il faut bien faire passer le temps.

  Voilà quelques brefs échantillons de cette pièce qui n’en est pas une( voir plus haut).  Et à la fin d’une  heure quarante interminable, on apporte un tableau noir où sont affichés des extraits de presse, dont celui d’un fait divers récent: une femme a subi l’ablation d’un sein à cause d’une tumeur sur son autre sein. Et Benedetti annonce fièrement : « On se retrouve tous au bar avec les comédiens » .  Peu des vingt et un spectateurs présents n’ont vraiment envie de franchir la porte…
  Le spectacle est plutôt bien mis en scène et  bien interprété par des comédiens- en particulier par Ingrid Jaulin -qui disent un texte  où il y a quelques instants intéressants, le tout étant agrémenté si l’on peut dire, d’improvisations qui auraient sans doute leur place dans des exercices d’acteurs mais qui n’ont rien à faire là.
  Gianina, dit aussi Christian Benedetti « demande à chacun d’être auteur, d’interroger l’endroit de l’écriture. Comment dire le monde aujourd’hui? Comment affronter les images du passé et la réalité » d’un présent impossible pour construire un futur envisageable et acceptable? Chaque soir nous essayerons  de nous confronter à cette réalité  et à ses effractions mettant en péril et en dialogue notre savoir-faire et notre certitude de théâtre..  Et il ajoute sans beaucoup de scrupules:  » Nous ne ferons peut-être que nous tromper. En espérant changer tous les jours notre façon de nous tromper ». 

  Quel cynisme! Quelle prétention!  Tous aux abris! Le théâtre de laboratoire devient de plus en plus un bon alibi; certes, tout le monde a le droit de se tromper mais il y a des limites au manque de clairvoyance.Christian Benedetti ferait sans doute bien de réfléchir à la façon dont il pourrait « mettre en péril et en dialogue son savoir-faire et sa certitude de théâtre »,  mais tout  seul avec ses six comédiens. Sans public.Et de préférence sans l’argent public! 

A qui fera-t-il croire qu’on puisse  être concerné par de telles fadaises. On se demande aussi  de quelle baguette magique,  madame Gianina Carbunariu s’est servie,  pour lui refourguer ce semblant de pièce qui aurait dû rester dans son ordinateur; on pouvait à la rigueur en tirer quelques petits sketches mais faire durer la plaisanterie une heure quarante  en prétendant que » sa nouvelle pièce porte un regard mordant sur les ombres de notre temps » (sic), il ne faut pas manquer d’aplomb.
A voir? A FUIR, même si on vous invite… et si vous habitez tout près.

Philippe du Vignal

Théâtre- studio à Alforville.

TROIS PLATEAUX

TROIS PLATEAUX par Simon Siegmann
Le 19 février aux Halles de Schaerbeek (Bruxelles)

troisplateaux.jpgTrois aires de jeux (une avec un manteau d’Arlequin, une autre entièrement ouverte et la dernière avec un semblant de cadre de scène) délimitées par un scotch blanc, toutes les trois séparées par un système simple de pendrillons et des plantes vertes identiques dans chaque espace : voilà le décor autour duquel (voire dans lequel, aucune interdiction n’est apparente),  les spectateurs sont invités à déambuler.
Dans ces  espaces, trois comédiens/danseurs/performeurs aux allures et aux langues différentes (français, estonien et espagnol) jouent simultanément un texte dont il n’est pas toujours aisé de savoir s’il s’agit du même. On est pris par l’envie de déambuler et par le dérèglement ambiant (rupture avec les unités d’espace, de temps et d’action); en effet, l’entreprise tourne vite à l’exposition vivante, laissant de côté toute velléité d’appréhension des discours textuels.
C’est peut-être à cet endroit que l’on trouve la limite de ce travail auquel il manque une trame dramatique, prompte à capter notre attention autour d’un propos dépassant le seul dispositif scénique. En effet, nous oublions un peu la parole des comédiens, et nous lui préférons  la tension des corps  (c’est dommage, puisqu’ils parlent). Cela n’a toutefois pas grande importance, le pari est relativement réussi et le spectacle mérite d’être vu: le collage du jeu des trois comédiens s’offrant synchroniquement à nos yeux est un très joli moment…
 
Jérôme Robert
 
 
Pour découvrir Les Halles de Schaerbeek et ses activités :
http://www.halles.

Krum


krum.jpg Krum  de Hanokh Levin, mise en scène de Krzysztof  Warlikowski .

  Wajdi Mouawad, dramaturge bien connu est le directeur artistique du théâtre français du Centre national des Arts  à Ottawa et  a été artiste associé du Festival d’Avignon en 2009. Après avoir admiré cette coproduction du Théâtre  Stary (Cracovie) et du TR Warszawa (Varsovie) en Avignon,  Wajdi Mouawad a programmé le spectacle  à Ottawa.

Le théâtre  de Hanokh Levin  (mort en 1999) était  aussi inconnu au Canada que le travail de Warlikowski. C’était donc une découverte. Sa mise en scène fait en effet la synthèse des enseignements de Giorgio Strehler, de la  modernité théâtrale, du cabaret, du  cinéma contemporain et même de l’opéra,  mais Warkilowski  est  bien conscient du  passé antisémite polonais qui hante toute la pièce. Et pour lui,  aller sur le terrain miné d’un auteur israélien très critique sur son pays mais  ancré  dans  des traditions folkloriques  comme  dans un présent trouble, devenait  une quête fascinante, parce qu’elle ne pouvait vraiment aboutir…

Au départ,  Krum,  en  gros plan sur un écran en fond de scène,   nous annonce la mort de sa mère, qui était son grand amour et  dont l’absence rendra sa vie insupportable. Ensuite, spot sur cette même mère assise dans la salle. Elle  monte  sur scène pour nous dire qu’elle attend l’arrivée de son fils, revenu d’un long voyage initiatique. L’apparition de  Krum  en personne (joué par l’excellent Jacek Poniedzialek)  déclenche  un jeu de contradictions  entre un vécu intérieur inerte et une vision esthétique explosive. Il affirme : « Je ne me suis pas amusé, pas marié (…) .Je n’ai rencontré personne, je n’ai rien acheté et je ne ramène dans ma valise que du linge sale et des affaires de toilette .  (…) Je te demande maintenant de me laisser tranquille » et il quitte la scène. 

Cruauté? Insensibilité? Angoisse devant les retrouvailles , colère face à cette mère revenue le hanter comme l’un de ces fantômes hantant les œuvres de Kantor  et  qui incarnent  autant un  passé terrible que les  conflits violents  actuels qui secouent  le pays et  qui traumatisent ces personnages. Le travail visuel  de Warlikowski cerne leur mort intérieure   et  nous fascine pendant trois heures  sans entracte .Comme le schlemiel du conte juif, comme l’inepte soldat Schweik, Krum  est un antihéros , impuissant, médiocre et naïf, qui se cherche  sans jamais se trouver, victime de la période  post-holocauste, et incapable d’émotion… 

À la recherche d’un avenir meilleur, comme les personnages de Tchekhov qui ont inspiré une autre pièce de Levin (Requiem, 1999), Krum et ses amis reconstituent une nouvelle famille, où des rituels  s’organisent pour tenter de donner un sens au vide. qu’ils ressentent.  Ils mangent,  font l’amour, et  tentent de  faire revivre leur corps en dansant, ou avec  une sexualité abjecte. Mais les gestes du corps ne règlent rien,  sauf lorsque Kika et sa  bête sexuelle italienne, celui qui arrive de l’extérieur, transforment la discussion en gros plan médiatisé d’une rencontre quasi pornographique. Kika arrivera même à allumer  quelques étincelles mais la possibilité de fantasmer est désormais évacuée chez ces hommes, morts vivants,  incapables de ressentir les pulsions de la  vie.

 Warlikowski met en scène la pièce dans un grand espace vide qui ressemble à un plateau de tournage  en constante transformation et il l’ ouvre  avec des images  projetées  à partir d’ une caméra souvent placée à côté des acteurs ; les espaces de jeu sont définis par des meubles et  par des  effets d’éclairage: rouge incendiaire, vert tropical. Spots, ombres, effets  dramatiques  se succèdent, comme s’il s’agissait de courtes  séquence filmées ou de moments d’un opéra très mélo.

Des amis très inquiétants viennent reconstituer des tableaux monstrueux de faillites humaines :  mariages  ressemblant à des funérailles, maladies laissant tout le monde indifférent, dans le contexte glamour de téléréalité et de jeu populaire mené par la belle Félicia.   L’amie Duba affiche, elle,  un visage  exsangue  néogothique, le corps sanglé de cuir et de chaînes, incarnation de  la tristesse et la solitude,  même quand elle se veut drôle et gaie. 

Tugati, l’ami le plus  cher  de Krum,  « laid, malade, pauvre et sans charme »,  personnage tragi-comique, obsédé par son corps malade,  ne cesse d’affirmer sa nullité et son impossibilité de séduire  une femme, alors qu’il vient d’épouser Duba dans une cérémonie qui « sent un peu les funérailles ». Et quand Tugati meurt, personne n’est capable  de ressentir une émotion profonde.  La présence des médias ,  la distanciation qu’impose  la présence d’ acteurs dans la salle, accentue la nature « artificielle »  d’un jeu où les personnages sont incapables de  liens humains.

Les images pleuvent  et  le spectateur, par moments,  ne sait plus où regarder mais arrive à s’y retrouver grâce aux  variations rythmiques  créées par Warlikowski qui sait très bien alterner les tempos,  rompre les logiques spatiales,  faire bouger les corps, et retenir l’ attention par une succession rapide de lazzi quasi comiques, sans doute inspirés  par  Giorgio Strehler et la commedia dell’arte.

Seule,  la fin  s’essouffle. Le metteur en scène  aurait pu arrêter la pièce au moment du départ de l’ami Shkitt, après la mort de Tugati :  sa disparition  confirme l’impasse de leur vie et le reste n’ajoute rien.  Shkitt  préfère en effet aussi partir car il refuse  les faux espoirs de cette existence.Nous aurions apprécié davantage  la puissance du texte  mais  le  dernier  monologue  du mari de Truda (celle que Krum a refusé d’épouser) s’étire. Curieuse fin pour une pièce  dont les  multiples niveaux de signification étaient pourtant bien orchestrés.

Selon certains, la pièce pourrait  avoir sa place  n’importe où, mais Warlikowski la situe  à Tel-Aviv (on peut voir  des panneaux en hébreu dans les images filmiques). On  entend des mots en Yiddish dans la traduction polonaise qui sont en hébreu dans le texte original et l’on sent bien  à voir ces images de survivants  âgés que  le passé  douloureux   ne cesse de hanter l’auteur comme le metteur en scène. Ils ont choisi d’évoquer un passé qui  se prolonge encore dans le présent  avec toutes ses guerres, et tous ses morts.

«  Hanokh Levin  est l’un des rares à anticiper les conséquences tragiques que risquait d’entraîner  l’occupation prolongée des  territoires conquis et à mettre en garde ses concitoyens » écrit Nurit Yari . Ce spectacle marque  une  rencontre entre  deux consciences : un excellent auteur dramatique et un metteur en scène dont la profonde sensibilité  et l’imaginaire  lui  ont permis de  cerner toute la complexité de l’ écriture de Levin.

Alvina Ruprecht

Centre national de Arts, Ottawa, du 17 au 21 février.

 

Le Théâtre choisi de Hanokh Levin est édité aux Editions Théâtrales (2004)

 

STILL

STILL par Anna Krzystek
Le 19 février aux Halles de Schaerbeek (Bruxelles
)

image2.jpgSeconde partie d’un triptyque (TEST, STILL & FIGURE THIS) plaçant le spectateur et l’artiste en condition de laboratoire chorégraphique/performance, STILL se présente paradoxalement sous forme d’un dispositif très épuré et (trop ?) complexe, à la fois.

Épuré, à en croire le dispositif présenté. Sur le plateau des moniteurs tv présentent très lentement (en travelling et en fondu enchaîné) des images de pièces inhabitées et d’objets du quotidien. Parfois, sur ces écrans, une ombre à l’aspect humain passe subrepticement. Les écrans sont disposés au sol face aux spectateurs suivant des angles légèrement différents. En fond de scène, une femme déclenche ses mouvements dansés au rythme d’une musique (des sons électroniques très stridents) jouée « en live » par ordinateur.

(Trop) Complexe. L’incessant va-et-vient réclamé au regard des spectateurs et l’invitation faite à relier entre eux les signes virtuels et réels parviennent à nous faire passer d’un stimulant état de curiosité intellectuelle à celui d’une profonde lassitude tant aucune main tendue ne vient pour nous aider à appréhender un propos qui ne se donne clairement pas à appréhender sous la forme d’une seul langage des sens (ce qui aurait alors été préférable).

La tentative de mise en résonance de ces deux univers est belle, mais son résultat nous laisse circonspect. Rien de grave à cela, il s’agit d’un laboratoire, et c’est bien comme cela que j’ai accepté de le prendre. Espérons juste que l’artiste l’aura entendu de la même façon et qu’elle fera évoluer ce travail en tenant compte  de la réception qui en a été faite par les spectateurs. Bref, cette artiste est intéressante à l’instar de cette démarche qui gagnerait à être plus lisible.

Par Jérôme Robert

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