Projet sans gravité. Cirque Binet

Projet sans gravité par la Compagnie Dis Bonjour à la Dame (vu au Cirque binet, paris 18e)
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Sans gravité, c’est doublement certain. Aucun risque de prise au sérieux dans ce spectacle où l’humour, l’imagination et la virtuosité se sont donnés rendez-vous avec une seule motivation : nous distraire. Sans gravité encore, à la manière de se jouer des effets de réel de la pesanteur, à coup de balles rebonds jonglées, de théâtre d’ombre et de films d’animation. Tout cela est bien vu et contient un caractère d’exploration artistique sans s’en donner l’air. Seulement, le jeu du comédien (présentateur TV et candidat) et la trame narrative (celle d’un jeu TV) mériteraient d’être plus soignés pour que ce joli travail remplisse parfaitement ses promesses.Cette compagnie est à suivre, et ce spectacle, à ce stade, vous permettra de passer un moment sympathique (il pourrait faire mieux aidé par un regard extérieur qui manque assurément) .Le cirque Binet est quant à lui un lieu où traîner ses guêtres par curiosité et sans retenue : on y trouve une programmation stimulante après que des artistes y aient été accueillis en résidence.


Jérôme Robert

Cirque Binet
62 rue René Binet, 75018 Paris
Deux représentations sont proposées les 21 et 22 février 2009
Pour plus d’informations :

http://www.cirquebinet.com/binet.php?rubrique=4


Archive pour 16 février, 2009

Notes du Canada

Notes du Canada : échantillons du théâtre  hivernal  à  Ottawa.

I Have before Me a Remarkable Document Given to Me by a Young Lady From Rwanda  de Sonja Lindon
Le NORT  ou   New Ottawa Repertory Theatre (Nouveau théâtre du répertoire à Ottawa) sous la direction de Paul Dervis, un artiste d’origine américaine, nous livre depuis quelques années le dernier cri du théâtre newyorkais dans un style de la pure tradition de l’Actor’s Studio, les héritiers des méthodes de Stanislawski en Amérique du nord.  Leur dernière création, une courte  pièce d’un auteur britannique, Sonja Linden, porte le titre un peu trop explicatif mais qui situe bien les propos : en français,  Je me trouve devant un document remarquable que j’ai reçu d’une jeune rwandaise. 
Il s’agit d’une  rencontre entre Juliette, survivante  Tutsi des massacres, récemment arrivée à Londres, avec un manuscrit sous le bras,  et  Simon, un écrivain britannique, arrogant et  apparemment insensible aux événements  qui  pèsent sur  la jeune dame.  Simon  fait du bénévolat au centre des réfugiés où Juliette  arrive  à la  recherche des conseils pour faire publier son « remarquable document »   sur les horreurs qu’elle vient de vivre dans son pays natal. 
Un magnifique texte composé de dialogues et  de monologues intérieurs où les deux protagonistes discutent le rapport entre la transmission de la mémoire et l’écriture.  Au fil des conversations et sans la moindre effusion de sentimentalisme  bon marché, le voile d’incompréhension entre les deux  se lève  et un lien profond entre ces deux écrivains  s’y installe.
Cette troupe  dispose de très peu de moyens mais elle a l’habitude de nous livrer  des textes intéressants.  Dervis travaille souvent avec les jeunes comédiens, diplômés récents des  écoles de théâtre à Ottawa ou ailleurs.  Ici, la jeune Nadine Thornhill dans un premier rôle professionnel, s’en tire avec dignité. Elle a mesuré son jeu pour que toute l’émotion arrive à son comble  lorsqu’elle présente le témoignage  du meurtre de sa famille. Nous sommes émus et hypnotisés par son jeu.
Il faut dire que la pièce m’a rappelé  l’œuvre belge Rwanda 94 que nous avons vue à Montréal il y a quelques années lors du Festival du Théâtre des Amériques. Je pense surtout au  premier segment (car cette pièce-là  a duré six heures)  qui nous mettait devant une femme, une véritable survivante des massacres. Cette personne, toujours  traumatisée par ce vécu violent,  parlait d’une  manière  qui intériorisait toute sa douleur et sa peine. La comédienne canadienne  elle, n’a  pas vécu ces atrocités mais elle a bien compris que pour capter le spectateur il fallait, dans ces circonstances où la réalité est presque impossible à imaginer,  évoquer  une émotion discrète et surtout éviter  le jeu mélodramatique .  Avec une musique de fond des Rolling Stones et des éclairages très à propos, la soirée a laissé des traces inoubliables.


A Midwinter’s Dream Tale. ( The Company of Fools. )

Les  adeptes de Shakespeare reconnaîtront  la fusion des deux œuvres comiques et romantiques qui ont servi de point de départ de cette parodie: Songe d’une nuit d’été et Le conte d’hiver. Ottawa jouit d’une troupe de clowns intelligents et très cultivés (La Compagnie des Fous/the Company of Fools)  qui nous livrent des parodies  du grand  Shakespeare parfois assez brillantes, parfois sans intérêt, selon les inspirations.
Cette semaine, à l’occasion du Bal des neiges, notre carnaval d’hiver, la troupe présente cette double relecture qui brille par sa mise en scène, par les jeux comiques  très physiques, et par  des mimes  inspirés autant  du cinéma muet que par les enseignements de Lecoq.  Ils étaient tous bien servis par un texte qui pétillait  d’humour, par des trouvailles visuelles les unes plus grotesques que les autres, et par des comédiens d’une très haute qualité. Par exemple,  Jessie Buck, un Puck transgressif et magistral,  rejoindra bientôt le Cirque du soleil. Il y avait également un duo comique : « Restes » (Margo Macdonald)  le clown simple, triste et maladroit à côté de « Pommes Frites » (Scott Florence)  un personnage en jupe écossaise, qui parlait comme l’Inspector Cluzot interprété par Peter Sellars. Tout cela n’a  rien à voir avec Shakespeare, et pourtant la manière dont ils ont tissé les intrigues et les sous intrigues empruntées des deux textes, avec des  glissements entre le  comique, le grotesque le pathétique voire  le tragique, a capté d’une certaine manière l’esprit du grand Will. Bien sûr les puristes n’aiment pas ce genre de transgression textuelle  mais souvent chez nous, Shakespeare n’est  pas sacré. Tout le monde s’y met et parfois les résultats sont heureux. Dans ce cas, il fallait oublier l’original et se laisser emporter par le délire du moment.
Il faut mentionner le décor (Ivo Valentik), bien assortie  à l’hiver canadien : une foret cristallisée par une  tempête de glace, des arbres recouverts  de  petites boules argentées,  des bancs de neige  qui craquaient  sous le poids des comédiens, et des bouffées d’air froid renvoyés des coulisses..Et comble de bonheur, on a servi  de la glace pendant l’entr’acte!  Seulement au Canada!!  Un divertissement intelligent pour toute la famille.

Alvina Ruprecht
CBC, Ottawa Canada. février, 2009

http://www.fools.ca/

Photos: Andrew Alexandersfools3.jpgfools.jpgfools2.jpg

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