Deux solitaires: Michèle Guigon, François Joxe

vie.jpgLa vie va où ? texte co-écrit avec Suzy Firth et mise en scène de Michèle Guigon.

Michèle Guigon est à la fois comédienne-on l’a vu autrefois dans les spectacles de Jérôme Deschamps ; chef de troupe de la Compagnie du p’tit matin, elle a aussi fait plusieurs mises en scène et a dirigé récemment  Denis Lavant dans Big Shoot de Koffi Kwahulé , ainsi que le conteur Pepito Matéo; c’est maintenant son troisième spectacle en solo.
La petite jeune femme à la frange brune qui incarnait comme personne les pauvres idiotes dans Les Précipitations ou la Veillée de Jérôme Deschamps, a changé, comme nous tous, et a les cheveux gris. Et pour cause: elle installe vite les choses crûment et sans précautions: un cancer l’a,entre temps, rattrapé qu’elle  a appris à traiter avec un certain mépris, mais, avec beaucoup d’humilité, comme encore étonnée d’en avoir réchappé.  Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard disait autrefois Aragon, et c’est un peu la chanson douce, dénuée d’amertume que nous donne à entendre Michèle Guigon. L’enfance enfuie mais toujours tapie, pas très loin ( « quand les grandes personnes sont vraiment très grandes), la maladie qui lui a sans doute appris à avoir un autre regard sur les gens et la société., l’apprentissage inéluctable des verres progressifs qui démontrent que le corps , s’il est toujours bien vivant, a bien subi des ans, l’irréparable outrage…
Mais, comme elle dit avec cet humour ravageur qui la caractérise: « Il faut avoir la santé pour avoir ces maladies ». , avant d’ajouter , dans un très beau raccourci: « l’on perd à la fois ses dents et ses amis ». Tout est dit… De temps en temps, elle nous accorde un air d’accordéon, comme un petite respiration, avant de conclure un peu cyniquement : « On aime bien la beauté intérieure mais on préfère qu’elle soit bien présentée ».
Michèle Guigon décline son amour de la vie,avec une intelligence  et un sens des nuances , une gestuelle impeccable seule sur son tabouret, aussi à l’aise dans l’expression de la nostalgie que dans l’effroi que lui inspire les mots comme cancer ou mort. Cela pourrait être sinistre: cela ne l’est pas du tout: Michèle Guigon a l’art et la manière de dire les choses avec distance et finesse qui fait tout passer, même l’insupportable.
C’est à la fois, comment dire les choses, très impudique dans la façon qu’elle a de partager ses émotions avec un public qu’elle réussit en quelques minutes à emmener là  exactement où elle veut ,et d’une extrême réserve quant aux confidences. Sans doute grâce à un second degré qu’elle manie comme peu de comédiens savent le faire quand ils se retrouvent seuls en scène. Il y faut une sacrée sensibilité et, en même temps, une maîtrise orale et gestuelle de tout premier ordre dont elle fait preuve  durant les soixante minutes que dure le spectacle.

A voir, oui absolument, malgré quelques petites longueurs mais le spectacle, depuis le Festival d’Avignon 2008, a encore dû se bonifier.

Philippe du Vignal

Le Lavoir Moderne Parisien, 25 rue Léon Paris 18 ème , jusqu’au 27 février , puis ensuite en tournée.

 

Avant- dernières salutations, texte et mise en scène de François Joxe.dsc05031.jpg


Précisons tout de suite: l’endroit est inconfortable et froid, on ne voit pas toujours très bien et les chaises pliantes ne sont même  pas attachées au m
épris des règles les plus élémentaires de sécurité. Ce qui n’a pas l’air de gêner le loueur de la salle en question.
Mais il y a là, deux soirs par semaine seulement, un petit bijou de t
héâtre. Comme l’indique avec humour le titre, il s’agit non pas d’un adieu à la scène mais des avant-dernières salutations (« un testament nouveau ou ancien, j’ai hésité » )d’un acteur plus tout jeune qui nous livre quelques bribes de sa vie qu’il estime avoir ratée. « Tout le monde ne peut pas en dire autant, précise-t-il, après avoir lancé ,vachard, au public: « Cela  n’a pas l’air de vous affliger! « .
Le comédien revient sur son incapacité à communiquer avec les metteurs en scène qui auraient pu l’employer,  ses gaffes monumentales dès qu’il s’agit de conquérir un rôle important, lui, dit-il, qui se décrit comme un être velléitaire et présomptueux . A la fois juste et tout à fait comique.
Puis, il s’en prend au  bric-à-brac de la technologie moderne qui permet de tout enregistrer, à cet appétit effréné de consommation et de vitesse qui empêche de bien voir les choses si près de soi, alors qu’on se croit obligé d’aller toujours plus vite à l’autre bout de la planète; il s’en prend aussi à cette manie de communiquer sans arrêt, le portable ouvert en permanence, et la charge est des plus réjouissantes: « Oui, je suis dans  l’autobus, je descends et je marche sur le trottoir ». Alors que les gens se parlent de moins en moins.
Comme tout un chacun, il regrette,avec humour et tristesse,  sa jeunesse enfuie et redoute la vieillesse qui s’annonce, avec la mort au tournant. « Le passé me tourmente et je crains l’avenir », faisait déjà dire Corneille au Cid! François Joxe évoque sa vie personnelle et ses amours enfuies, ou du moins ce qu’il veut bien nous en dire…
Car, derrière l’excellent  comédien, se cache un homme à la fois pudique et discret que nous connaissons depuis si longtemps. « Adieu, ma fiancée lointaine, femmes tant bien que mal aimées, merci d’avoir croisé mon chemin ». Adieu à tous ceux que j’ai connus et à tous ceux que je connais encore ». A quelques pas de nous-la scène est très petite-à la fois sobre et profondément émouvant, les yeux embués de larmes, François Joxe, comédien et metteur en scène, qui fut longtemps le directeur du Festival du Cirque de Gavarnie, reprend  ce monologue exemplaire et d’un rare qualité d’écriture qu’il avait créé l’an passé en Avignon.
Le monologue est une vieille tradition théâtrale, que ce soit dans le genre comique ou tragique ( les Grecs comme les Romains: Plaute, en particulier dans Le Soldat fanfaron) ne s’en sont pas privés. Le genre est périlleux et il y faut un sacré savoir-faire et une façon de s’emparer du public pas donnée à tous les comédiens.
Mais c’est un pur bonheur d’entendre un homme ou une femme ( comme Michèle Guigon: voir plus haut,  ou Valérie Lemercier ) nous livrer un  petit moment d’humanité: un peu leur jardin secret et le nôtre. Surtout, quand avec François Joxe qui joue ce monologue avec une belle précision qui n’exclut jamais, bien au contraire, un bon paquet d’humour et de tendresse.
Plus que sept minutes, annonce-t-il soudain, en savourant ses mots, comme si c’était une plaisanterie: on n’aura pas vu les 55 minutes passer… On trouve à la fois autant de sincérité et de maîtrise d’un texte. Souhaitons à François Joxe de continuer à jouer longtemps ces avant-dernières salutations dans une salle convenable; il a toute l’intelligence, la rigueur et la poésie du Philippe Caubère d’autrefois, et ce serait vraiment dommage qu’aucun programmateur ne s’intéresse à ce petit bonheur de spectacle.
A voir: oui, sans restriction aucune… si vous le trouvez sur votre route.

Philippe du Vignal

Théâtre de Nesles, 8 rue de Nesles , Paris 6 ème; les lundis et mardis  à 19h 30,  du 16 février jusqu’au 31 mars.


****Ce qu’on ne doit pas penser (ex Quoique) le samedi 16 Avril 2016 à 20h30, est repris Station-Théâtre, 1 route de Rennes 35520 La Mézière, avec Ce qu’on ne peut pas dire (ex Avant-dernières salutations)le vendredi 15 avril 2016 à 20h30.

 

 

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