L’Anniversaire

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L’Anniversaire d’Harold Pinter, mise en scène de Michel Fagadau.

 Nous sommes dans une pension de famille au bord de la mer tenue par un patron loueur de transat  et par sa femme qui materne Stanley , l’unique résident,  ancien pianiste de bar assez mal dans sa peau qui passe ses journées à ne rien faire. On annonce, le jour de son anniversaire, l’arrivée de Goldberg et Mac Cane,  deux  étranges personnages ,peut-être  des truands qui vont se mettre à torturer mentalement et à humilier ce pauvre Stanley à la fois parce qu’il répond et parce qu’il ne répond pas. Avec des questions insensées du genre:  » Pourquoi as-tu trahi l’organisation? ».   » Pourquoi la poule a-t-elle traversé la route? » . Ou encore: « Le chiffre 846 est-il possible ou nécessaire? ». Kafka  et Beckett ne sont pas très loin…
 Comme s’il s’agissait chez ces deux tortionnaires d’induire chez un être sans défense comme Stanley un ineffable sentiment de culpabilité. L’agression injustifiée , est  assez sournoisement menée  comme dans toutes les pièces de Pinter. Et le seul fait d’être accusé le persuade qu’il a commis des faits gravement répréhensibles, même et surtout quand il n’y a aucun mobile apparent…Et, bien entendu, comme toujours chez Pinter , la parole  constitue une arme efficace quand il s’agit de s’en prendre à son semblable.
 En ces temps de procès d’anciens kmers rouges, voilà qui rappelle bien des choses sur le comportement de certains humains, capables du pire dès qu’ils se sentent en  position de force. Goldberg et Mac Cane décident d’organiser une fête d’ anniversaire pour  Stanley , c’est à dire une minable beuverie au whisky, puis jouent à colin-maillard, les dieux savent pourquoi! Il y a aussi une scène d’amour entre Goldberg et une belle jeune fille  bien jouée par Emilie Chesnais. Mais le dialogue est si pauvret que l’on a du mal à croire aux situations que Pinter nous propose.
 La pièce,  créée en 58, et dont Pinter a tiré un film en 68, commence plutôt  bien,  par un dialogue entre le mari et la femme au moment du petit déjeuner qui fait penser à La cantatrice chauve de Ionesco, et il y  a une ou deux scènes entre les deux tortionnaires qui peuvent mériter l’attention. Mais si l’on perçoit  le poids des symboles, cela n’en finit pas: tout est lent,  souvent laborieux et répétitif,  et manque singulièrement de rigueur.
  La pièce  va donc cahin-caha et se termine,  plutôt qu’elle ne finit, comme si l’auteur avait bien du mal à essayer de s’en sortir. Ce n’est ni le Pinter de L’amant ni celui de La Collection ou du Retour… Il avait dit,  à une soirée de rencontre (c’était en 68) au Théâtre Antoine :  » Je ne sais pas si ces trois personnages se sont déjà rencontrés. cette pièce se passe dans une maison. Si on avait  la possibilité de regarder à travers les murs des maisons, on y verrait des choses assez curieuses. C’est pour cela que je ne souscris à aucune explication métaphysique pour cette pièce ». Explication métaphysique ou non, faudrait-il encore , qu’il y ait de véritables personnages et un vrai scénario, pour que l’on y voit quelque chose et pour que nous nous sentions concernés, ce qui est loin d’être le cas.
  Claude Régy avait assez bien monté la pièce autrefois, avec Piéplu, Marielle et Fresson mais  la mise en scène de Michel Fagadau est  vieillotte et il  n’arrive pas à nous convaincre de la nécessité d’écouter un tel texte pendant plus d’une heure et demi;  de plus,il a fait appel à quelqu’un qui doit avoir des idées en scénographie mais il est rare de voir un ratage plus complet en la matière !

Imaginez  une scène nue, comme dans les années 70, où l’on plaqué des miroirs en tissu d’aluminium, qui reflètent le moindre mouvement des acteurs,quelques étagères en bois noir, et des voilages blancs… Au centre,  une  table basse ronde de quelques mètres supportée par des pieds en fer noir,  qui encombre  tout l’espace et qui sert  de praticable! Au secours, tous aux abris!  Et mieux vaut oublier la  laideur des costumes.
 Les comédiens, pourtant expérimentés, semblent  livrés à eux-mêmes:( la direction d’acteurs est inexistante) et essaient de lutter comme ils peuvent: mais ni Andréa Férréol ni Lorant Deutsch ne semblent croire à leur texte , Jacques Boudet gère comme il peut un personnage inexistant ; seul, Jean-François Stévenin,  qui n’avait pourtant pas joué au théâtre depuis bien longtemps et l’excellent Nicolas Vaude, arrivent , par moment, à créer une sorte d’inquiétude et de malaise. Et puis , il y a les quelques apparitions d’ Emilie Chesnais qui  apporte un peu d’air frais dans ce monument d’ennui. Le public , lui, en tout cas,  ne semble pas dupe et hier soir n’applaudissait pas beaucoup…
 A voir? Non,  sûrement pas, d’autant plus que le prix des places n’est pas donné. Ou bien,  si vous tenez à vérifier que l’Anniversaire n’est pas le meilleur de ce qu’a pu écrire  Harold Pinter, récemment disparu, qui reste un grand dramaturge.

Philippe du Vignal

Comédie des Champs-Elysées, avenue Montaigne .


Archive pour 18 février, 2009

L’Anniversaire

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L’Anniversaire d’Harold Pinter, mise en scène de Michel Fagadau.

 Nous sommes dans une pension de famille au bord de la mer tenue par un patron loueur de transat  et par sa femme qui materne Stanley , l’unique résident,  ancien pianiste de bar assez mal dans sa peau qui passe ses journées à ne rien faire. On annonce, le jour de son anniversaire, l’arrivée de Goldberg et Mac Cane,  deux  étranges personnages ,peut-être  des truands qui vont se mettre à torturer mentalement et à humilier ce pauvre Stanley à la fois parce qu’il répond et parce qu’il ne répond pas. Avec des questions insensées du genre:  » Pourquoi as-tu trahi l’organisation? ».   » Pourquoi la poule a-t-elle traversé la route? » . Ou encore: « Le chiffre 846 est-il possible ou nécessaire? ». Kafka  et Beckett ne sont pas très loin…
 Comme s’il s’agissait chez ces deux tortionnaires d’induire chez un être sans défense comme Stanley un ineffable sentiment de culpabilité. L’agression injustifiée , est  assez sournoisement menée  comme dans toutes les pièces de Pinter. Et le seul fait d’être accusé le persuade qu’il a commis des faits gravement répréhensibles, même et surtout quand il n’y a aucun mobile apparent…Et, bien entendu, comme toujours chez Pinter , la parole  constitue une arme efficace quand il s’agit de s’en prendre à son semblable.
 En ces temps de procès d’anciens kmers rouges, voilà qui rappelle bien des choses sur le comportement de certains humains, capables du pire dès qu’ils se sentent en  position de force. Goldberg et Mac Cane décident d’organiser une fête d’ anniversaire pour  Stanley , c’est à dire une minable beuverie au whisky, puis jouent à colin-maillard, les dieux savent pourquoi! Il y a aussi une scène d’amour entre Goldberg et une belle jeune fille  bien jouée par Emilie Chesnais. Mais le dialogue est si pauvret que l’on a du mal à croire aux situations que Pinter nous propose.
 La pièce,  créée en 58, et dont Pinter a tiré un film en 68, commence plutôt  bien,  par un dialogue entre le mari et la femme au moment du petit déjeuner qui fait penser à La cantatrice chauve de Ionesco, et il y  a une ou deux scènes entre les deux tortionnaires qui peuvent mériter l’attention. Mais si l’on perçoit  le poids des symboles, cela n’en finit pas: tout est lent,  souvent laborieux et répétitif,  et manque singulièrement de rigueur.
  La pièce  va donc cahin-caha et se termine,  plutôt qu’elle ne finit, comme si l’auteur avait bien du mal à essayer de s’en sortir. Ce n’est ni le Pinter de L’amant ni celui de La Collection ou du Retour… Il avait dit,  à une soirée de rencontre (c’était en 68) au Théâtre Antoine :  » Je ne sais pas si ces trois personnages se sont déjà rencontrés. cette pièce se passe dans une maison. Si on avait  la possibilité de regarder à travers les murs des maisons, on y verrait des choses assez curieuses. C’est pour cela que je ne souscris à aucune explication métaphysique pour cette pièce ». Explication métaphysique ou non, faudrait-il encore , qu’il y ait de véritables personnages et un vrai scénario, pour que l’on y voit quelque chose et pour que nous nous sentions concernés, ce qui est loin d’être le cas.
  Claude Régy avait assez bien monté la pièce autrefois, avec Piéplu, Marielle et Fresson mais  la mise en scène de Michel Fagadau est  vieillotte et il  n’arrive pas à nous convaincre de la nécessité d’écouter un tel texte pendant plus d’une heure et demi;  de plus,il a fait appel à quelqu’un qui doit avoir des idées en scénographie mais il est rare de voir un ratage plus complet en la matière !

Imaginez  une scène nue, comme dans les années 70, où l’on plaqué des miroirs en tissu d’aluminium, qui reflètent le moindre mouvement des acteurs,quelques étagères en bois noir, et des voilages blancs… Au centre,  une  table basse ronde de quelques mètres supportée par des pieds en fer noir,  qui encombre  tout l’espace et qui sert  de praticable! Au secours, tous aux abris!  Et mieux vaut oublier la  laideur des costumes.
 Les comédiens, pourtant expérimentés, semblent  livrés à eux-mêmes:( la direction d’acteurs est inexistante) et essaient de lutter comme ils peuvent: mais ni Andréa Férréol ni Lorant Deutsch ne semblent croire à leur texte , Jacques Boudet gère comme il peut un personnage inexistant ; seul, Jean-François Stévenin,  qui n’avait pourtant pas joué au théâtre depuis bien longtemps et l’excellent Nicolas Vaude, arrivent , par moment, à créer une sorte d’inquiétude et de malaise. Et puis , il y a les quelques apparitions d’ Emilie Chesnais qui  apporte un peu d’air frais dans ce monument d’ennui. Le public , lui, en tout cas,  ne semble pas dupe et hier soir n’applaudissait pas beaucoup…
 A voir? Non,  sûrement pas, d’autant plus que le prix des places n’est pas donné. Ou bien,  si vous tenez à vérifier que l’Anniversaire n’est pas le meilleur de ce qu’a pu écrire  Harold Pinter, récemment disparu, qui reste un grand dramaturge.

Philippe du Vignal

Comédie des Champs-Elysées, avenue Montaigne .

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