Très chère Mathilde

trescheremathilde1.jpgTrès chère Mathilde d’Israël Horovitz, mise en scène de Ladislas Chollat. ( création en France)

 Très chère Mathilde est la dernière des quelque 50 pièces d’Horovitz qui sont jouées un  partout dans le monde, et en particulier en France,  où on connaît surtout L’Indien cherche le Bronx  autrefois  montée par  Laurent Terzieff qui nous  avait fait découvrir cet auteur, Le Premier, le Baiser de la Veuve, Quelque part dans cette vie et un très beau petit texte Trois Semaines après le paradis ,qui relate la tragédie personnelle qu a failli connaître l’auteur,  le fameux 11 septembre à New York, quand il n’avait aucune nouvelle d’un de ses fils…Horovitz est aussi scénariste ( Author, author avec El Pacino) et comédien.
 Très chère Mathilde est l’histoire de Mathias, un New Yorkais , frisant la cinquantaine.  Il arrive à Paris, après le dernier de ses trois divorces, sans enfant, sans emploi, sans argent , sans autre bagage qu’un  sac, mais avec tout son mal-être qui pèse des tonnes. Avec  l’intention de vendre un appartement donnant sur le Luxembourg que son père lui a légué, et en attendant il entend bien y résider. Mais , petite surprise, Mathilde, une vieille dame de 88 ans qui en avoue 86, autrefois professeur et directrice d’une école d’apprentissage du français pour étrangers,y habite depuis très longtemps. et n’a aucunement l’intention d’en partir.  Comme l’y autorise le testament

  D’autant plus qu’elle y vit avec sa fille Chloé, qui  frise aussi la cinquantaine comme Mathias et qui  enseigne dans cette même école pour étrangers . Elle n’a pas non plus la moindre envie de quitter les lieux et  le dira sans ménagements à Mathias… à qui la très chère Mathilde a quand même  proposé une chambre. Contre sa montre tout de même, puisqu’il n’a  pas un euro en poche. La situation se complique et il va y avoir quelques séances d’explications orageuses,  où  l’on apprendra que Mathilde, mariée avec le père de Chloé, a eu avec celui  de Mathias une relation passionnée qui a duré jusqu’à sa mort.La cohabitation promet d’être difficile et  le devient effectivement…
 Mathias apprendra à Mathilde que son père n’était pas aussi franc du collier qu’il  le paraissait et que, pour lui, il ne fut jamais un bon père . Il lui  lui révélera aussi que sa mère n’est pas morte de maladie comme il l’avait prétendu,  mais  qu’elle s’est suicidée d’un coup de revolver , agonisant  dans les bras du jeune Mathias..Chloé, après  discussions et mises au point  avec Mathias, s’apercevra qu’il n’est pas l’être aussi ignoble qu’elle imaginait,  qu’ils ont le même âge et   même bien des points communs…

   Devinez la suite: ils finiront par passer la nuit ensemble. Et  il n’est donc plus question  que Mathias s’en aille. Mathilde est évidemment ravie. Mais- Horovitz a sans doute pensé à Tchekov- la mère et la fille entendent  un coup de feu dans la pièce à côté. Horreur et stupéfaction!  La  dame à côté de moi s’est exclamée: il s’est tué!
 Mais non, Mathias revient le fusil d’une  main et une tête de facochère de l’autre( le mari de Mathilde était un grand chasseur!) et dit en riant avec son accent américain à couper au couteau: « J’ai tué le cochon ».  Horovitz conclut la pièce par cette habile pirouette.
  Ouf! On avait eu très très peur….. Comme vous l’avez sans doute compris, les ficelles de l’ intrigue ressemblent plutôt à des câbles,  le dernier acte est assez pleurnichard.et Horovitz ne se prive pas de mots d’auteur ou de répliques  faciles. Mais, malgré nombre de petites invraisemblances, il  sait y faire pour raconter une histoire, et  dire le temps qui passe, les amours d’autrefois, les mariages bancales mais inoxydables, bref, et pour faire vite, les relations compliquées entre deux êtres humains qui ont un peu sacrifié leurs enfants pour leur passion. Encore énergique, Mathilde est la seule survivante du quatuor d’origine.
 Ladislaw Chottat, qui est un  jeune metteur en scène,  aurait pu mieux choisir son scénographe qui  a absolument voulu se servir de la tournette. L’on voit d’abord  une série d’arbres en bac qui finissent en  fond de scène , plus bas, comme s’ils étaient vus d’un deuxième étage. Pendant que le décor de l’appartement descend calmement des cintres;  les murs en tulle marron- assez laids-  permettent de deviner selon la lumière la présence de quelqu’un dans une autre pièce. Ainsi, on peut voir la chère Mathilde en train d’espionner la conversation entre Mathias et Chloé, ou bien voir la même Chloé s’envoyer au goulot un petit coup de liqueur. C’est pas une idée ça?

Il y a aussi, de temps à autre, un chassis transparent suspendu qui circule de cour à jardin avec une vidéo d’ombres à la fois prétentieuse et inutile mais, à l’heure actuelle, on dirait qu’un spectacle qui n’inclut pas quelques minutes au moins de vidéo  est indigne. de vivre.. Et pour faire plus vrai, il y a même un poèle Godin  qui rougeoie…. A qui fera-t-on croire que, de nos jours,  puisque l’on parle en euros, dans un appartement même ancien donnant sur le Luxembourg, on se chauffe encore avec un  Godin…
  On peut  pardonner à Ladislaw Chotat ces surlignages  agaçants et sans intérêt, parce que sa direction d’acteurs est d’une grande rigueur; bien choisis, ils sont  tous les trois  d’une sensibilité remarquable, et absolument crédibles . Et il a su créer, ce qui est sans doute le plus difficile, une véritable unité de jeu :  Samuel Labarthe incarne  avec beaucoup de précision et d’intelligence ce  personnage d’Américain mal dans sa peau,  qui, au début  insupportable, devient  finalement assez sympathique. Peut-être pourrait-il gommer un peu son fort  accent  pour qu’on le comprenne mieux. Raphaëline Goupilleau a d’abord tendance à bouler  son texte puis réussit à imposer un personnage un peu ingrat; la palme revient à Line Renaud, saluée triomphalement à la fin avec ses camarades par le public, encore ébloui par l’énergie qu’elle dispense généreusement, sans jamais se mettre en avant. Concentrée, toute en nuances,elle sait tout dire: la colère, la nostalgie, la perfidie, le refus, l’amour, la culpabilité … A plus de quatre vingt ans, elle irradie le plateau; heureuse d’être là, elle nous rend heureux d’être avec elle, comme le faisait encore, à peu près au même âge, l’autre Renaud , prénom Madeleine , qui joua longtemps sur cette même scène du Marigny.
 A voir? Oui, absolument: les bonheurs de ce genre ne sont pas si fréquents , que ce soit dans le théâtre public ou privé. Les places ne sont pas données : 53,5 à 33,5 euros! Mais le dernier prix , celui du deuxième balcon n’est guère plus élevé qu’une place à Chaillot ou à la Comédie-française… et l’on y voit aussi bien.

Philippe du Vignal

Théâtre Marigny, jusqu’au 18 avril.


Archive pour 23 février, 2009

Très chère Mathilde

trescheremathilde1.jpgTrès chère Mathilde d’Israël Horovitz, mise en scène de Ladislas Chollat. ( création en France)

 Très chère Mathilde est la dernière des quelque 50 pièces d’Horovitz qui sont jouées un  partout dans le monde, et en particulier en France,  où on connaît surtout L’Indien cherche le Bronx  autrefois  montée par  Laurent Terzieff qui nous  avait fait découvrir cet auteur, Le Premier, le Baiser de la Veuve, Quelque part dans cette vie et un très beau petit texte Trois Semaines après le paradis ,qui relate la tragédie personnelle qu a failli connaître l’auteur,  le fameux 11 septembre à New York, quand il n’avait aucune nouvelle d’un de ses fils…Horovitz est aussi scénariste ( Author, author avec El Pacino) et comédien.
 Très chère Mathilde est l’histoire de Mathias, un New Yorkais , frisant la cinquantaine.  Il arrive à Paris, après le dernier de ses trois divorces, sans enfant, sans emploi, sans argent , sans autre bagage qu’un  sac, mais avec tout son mal-être qui pèse des tonnes. Avec  l’intention de vendre un appartement donnant sur le Luxembourg que son père lui a légué, et en attendant il entend bien y résider. Mais , petite surprise, Mathilde, une vieille dame de 88 ans qui en avoue 86, autrefois professeur et directrice d’une école d’apprentissage du français pour étrangers,y habite depuis très longtemps. et n’a aucunement l’intention d’en partir.  Comme l’y autorise le testament

  D’autant plus qu’elle y vit avec sa fille Chloé, qui  frise aussi la cinquantaine comme Mathias et qui  enseigne dans cette même école pour étrangers . Elle n’a pas non plus la moindre envie de quitter les lieux et  le dira sans ménagements à Mathias… à qui la très chère Mathilde a quand même  proposé une chambre. Contre sa montre tout de même, puisqu’il n’a  pas un euro en poche. La situation se complique et il va y avoir quelques séances d’explications orageuses,  où  l’on apprendra que Mathilde, mariée avec le père de Chloé, a eu avec celui  de Mathias une relation passionnée qui a duré jusqu’à sa mort.La cohabitation promet d’être difficile et  le devient effectivement…
 Mathias apprendra à Mathilde que son père n’était pas aussi franc du collier qu’il  le paraissait et que, pour lui, il ne fut jamais un bon père . Il lui  lui révélera aussi que sa mère n’est pas morte de maladie comme il l’avait prétendu,  mais  qu’elle s’est suicidée d’un coup de revolver , agonisant  dans les bras du jeune Mathias..Chloé, après  discussions et mises au point  avec Mathias, s’apercevra qu’il n’est pas l’être aussi ignoble qu’elle imaginait,  qu’ils ont le même âge et   même bien des points communs…

   Devinez la suite: ils finiront par passer la nuit ensemble. Et  il n’est donc plus question  que Mathias s’en aille. Mathilde est évidemment ravie. Mais- Horovitz a sans doute pensé à Tchekov- la mère et la fille entendent  un coup de feu dans la pièce à côté. Horreur et stupéfaction!  La  dame à côté de moi s’est exclamée: il s’est tué!
 Mais non, Mathias revient le fusil d’une  main et une tête de facochère de l’autre( le mari de Mathilde était un grand chasseur!) et dit en riant avec son accent américain à couper au couteau: « J’ai tué le cochon ».  Horovitz conclut la pièce par cette habile pirouette.
  Ouf! On avait eu très très peur….. Comme vous l’avez sans doute compris, les ficelles de l’ intrigue ressemblent plutôt à des câbles,  le dernier acte est assez pleurnichard.et Horovitz ne se prive pas de mots d’auteur ou de répliques  faciles. Mais, malgré nombre de petites invraisemblances, il  sait y faire pour raconter une histoire, et  dire le temps qui passe, les amours d’autrefois, les mariages bancales mais inoxydables, bref, et pour faire vite, les relations compliquées entre deux êtres humains qui ont un peu sacrifié leurs enfants pour leur passion. Encore énergique, Mathilde est la seule survivante du quatuor d’origine.
 Ladislaw Chottat, qui est un  jeune metteur en scène,  aurait pu mieux choisir son scénographe qui  a absolument voulu se servir de la tournette. L’on voit d’abord  une série d’arbres en bac qui finissent en  fond de scène , plus bas, comme s’ils étaient vus d’un deuxième étage. Pendant que le décor de l’appartement descend calmement des cintres;  les murs en tulle marron- assez laids-  permettent de deviner selon la lumière la présence de quelqu’un dans une autre pièce. Ainsi, on peut voir la chère Mathilde en train d’espionner la conversation entre Mathias et Chloé, ou bien voir la même Chloé s’envoyer au goulot un petit coup de liqueur. C’est pas une idée ça?

Il y a aussi, de temps à autre, un chassis transparent suspendu qui circule de cour à jardin avec une vidéo d’ombres à la fois prétentieuse et inutile mais, à l’heure actuelle, on dirait qu’un spectacle qui n’inclut pas quelques minutes au moins de vidéo  est indigne. de vivre.. Et pour faire plus vrai, il y a même un poèle Godin  qui rougeoie…. A qui fera-t-on croire que, de nos jours,  puisque l’on parle en euros, dans un appartement même ancien donnant sur le Luxembourg, on se chauffe encore avec un  Godin…
  On peut  pardonner à Ladislaw Chotat ces surlignages  agaçants et sans intérêt, parce que sa direction d’acteurs est d’une grande rigueur; bien choisis, ils sont  tous les trois  d’une sensibilité remarquable, et absolument crédibles . Et il a su créer, ce qui est sans doute le plus difficile, une véritable unité de jeu :  Samuel Labarthe incarne  avec beaucoup de précision et d’intelligence ce  personnage d’Américain mal dans sa peau,  qui, au début  insupportable, devient  finalement assez sympathique. Peut-être pourrait-il gommer un peu son fort  accent  pour qu’on le comprenne mieux. Raphaëline Goupilleau a d’abord tendance à bouler  son texte puis réussit à imposer un personnage un peu ingrat; la palme revient à Line Renaud, saluée triomphalement à la fin avec ses camarades par le public, encore ébloui par l’énergie qu’elle dispense généreusement, sans jamais se mettre en avant. Concentrée, toute en nuances,elle sait tout dire: la colère, la nostalgie, la perfidie, le refus, l’amour, la culpabilité … A plus de quatre vingt ans, elle irradie le plateau; heureuse d’être là, elle nous rend heureux d’être avec elle, comme le faisait encore, à peu près au même âge, l’autre Renaud , prénom Madeleine , qui joua longtemps sur cette même scène du Marigny.
 A voir? Oui, absolument: les bonheurs de ce genre ne sont pas si fréquents , que ce soit dans le théâtre public ou privé. Les places ne sont pas données : 53,5 à 33,5 euros! Mais le dernier prix , celui du deuxième balcon n’est guère plus élevé qu’une place à Chaillot ou à la Comédie-française… et l’on y voit aussi bien.

Philippe du Vignal

Théâtre Marigny, jusqu’au 18 avril.

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