Avant hier après demain


Avant hier après demain (nouvelles du futur) de Gianina Carbunariu, mise en scène de Christian Benedettiavanthier.jpg

«   Ce n’est pas une pièce, dit Christian Benedetti, c’est un essai. c’est un matériau brut et sophistiqué » . On ne peut pas dire qu’un n’aura pas été prévenu; le spectacle commence  avec une sorte de performance où trois hommes et trois femmes parlent tous en même temps;  à nous , d’essayer de capter, comme dans une foule anonyme, quelques fragments de ces six monologues. C’est plutôt drôle même si cela a déjà beaucoup servi.

Puis une jeune femme, très agressive,  réalise un entretien à la télévision avec un vieux monsieur allemand  en fauteuil roulant  qui a tout connu du vingtième siècle: guerre, exil en Roumanie, puis aux Etats-Unis où il a rencontré une femme qui fumait de l’herbe comme lui; ils se sont mariés, ont eu des enfants mais ont fini par divorcer, et il est reparti pour l’Europe… Le visage du vieux monsieur est flouté et sa voix est déformée pour qu’on ne le reconnaisse pas. La présentatrice est d’une vulgarité absolue, et le vieux monsieur plutôt pitoyable: cette caricature  mise en scène et jouée par Christian Benedetti est assez bien vue.

Mais les choses se gâtent vite… Un comédien  se présente: Vincent Teprnowski qui débite tous les numéros de ses cartes d’identité,passeport, Assedic, banques diverses, pass Navigo, etc…Cela pourrait être drôle mais tombe complètement à plat! Puis il y a, entre autres, une séquence avec deux hommes en équilibre sur une baignoire en équilibre sur une balancelle en inox, qui doivent  tuer un cochon mais l’un égorgera l’autre avec un grand couteau. Il y a aussi des images vidéo avec un visage de femme démultipliée; une autre femme apporte alors  une petite boîte à musique où figure un père Noël qui joue d’un saxo. Et  un personnage cite une belle phrase de Gilles Deleuze et une autre d’Aimé Césaire. On nous parle, puisque nous sommes dans le futur , d’un parc d’attractions reconstituant la guerre entre Israël et les Palestiniens.

Puis un homme arrive avec un électrophone à disque vinyl et modifie la vitesse de la chanson:  pour faire drôle, mais cela ne l’est pas vraiment… De temps à autre, revient cette même litanie:il y a six mois, il y a un an, il y a dix ans, etc… » J’ai eu peur pour quelqu’un » ou autre phrase du même genre. Cela se veut exaspérant: pari tenu, c’est bien exaspérant!  Mais sans grand intérêt, et du genre usé jusqu’à la corde… On nous parle aussi d’êtres humains à louer avec maison de vacances. Il faut bien faire passer le temps!  Et à la fin de cette interminable heure quarante, on apporte un tableau noir où sont affichés des extraits de presse, dont celui d’un fait divers récent: une femme a subi l’ablation d’un sein à cause d’une tumeur sur son autre sein. Et Christian Benedetti annonce fièrement : « On se retrouve tous au bar avec les comédiens ». Peu des vingt-et-un spectateurs n’ont vraiment envie de franchir la porte…

Le spectacle est plutôt bien mis en scène et  bien interprété par des comédiens- en particulier, par Ingrid Jaulin -qui disent un texte où il y a quelques instants intéressants, le tout agrémenté si l’on peut dire, d’improvisations qui auraient plus leur place dans des exercices d’acteur mais qui n’ont rien à faire là. Gianina, dit aussi Christian Benedetti « demande à chacun d’être auteur, d’interroger l’endroit de l’écriture. Comment dire le monde aujourd’hui? Comment affronter les images du passé et la réalité d’un présent impossible pour construire un futur envisageable et acceptable? Chaque soir, nous essayerons  de nous confronter à cette réalité  et à ses effractions mettant en péril et en dialogue notre savoir-faire et notre certitude de théâtre…  Et il ajoute sans  scrupule: « Nous ne ferons peut-être que nous tromper. En espérant changer tous les jours, notre façon de nous tromper ». 

 Quel cynisme! Tous aux abris! Le théâtre de laboratoire devient de plus en plus un bon alibi; certes, tout le monde a le droit de se tromper mais il y a des limites au manque de clairvoyance. Christian Benedetti ferait sans doute bien de réfléchir à la façon dont il pourrait « mettre en péril et en dialogue son savoir-faire et sa certitude de théâtre » …mais tout  seul avec ses six comédiens, et  avec quelques amis .Et de préférence sans argent public! 

Comment être concerné par de telles fadaises. On se demande aussi  de quelle baguette magique,  Gianina Carbunariu s’est servie, pour refourguer ce semblant de pièce qui aurait dû rester dans son ordinateur. On pouvait à la rigueur en tirer quelques petits sketches mais faire durer la plaisanterie une heure quarante,  en prétendant que » sa nouvelle pièce porte un regard mordant sur les ombres de notre temps » (sic), il ne faut pas manquer d’aplomb.
A voir? A FUIR, même si on vous y invite… et même si vous habitez tout près.

Philippe du Vignal

Théâtre- Studio, 16 Rue Marcelin Berthelot, Alfortville  (Val-de-Marne). T. : 01 43 76 86 56 .

 


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