Parasites

parasites.jpgParasites de Marius von Mayenburg, mise en scène Philippe Calvario

   C’est une des récentes pièces de Marius von Mayenburg, dramaturge allemand très en vogue actuellement. Pour Philippe Calvario, l’intérêt de Parasites consiste entre autres en ce qu’elle parle « d’un monde en dépression où chacun devient un parasite pour l’autre et pour lui-même ».
Si Marius von Mayenburg veut nous dire que nous sommes tous des parasites dépendant plus ou moins les uns des autres, quémandant égoïstement l’amour, l’aide, la compréhension, un brin d’empathie ou d’humanité, sans rien donner en échange, le propos est superficiel. La pièce n’interroge guère les blocages, les traumatismes, le poids des préjugés sociaux qui pourraient être à l’origine de ce type de comportements et de conflits.
Cinq personnages, dit Philippe Calvario  » décident de rester debout, alors que tout autour d’eux s’écroule lentement, que leur confiance en l’autre et en eux-mêmes s’amenuise jour après jour »Deux couples : Ringo (Manuel Blanc) paralysé, dans un fauteuil roulant, enfermé dans l’appartement, dépendant entièrement de l’assistance de son amie Betsi (Sophie Tellier) et ne supporte pas qu’elle héberge chez eux sa sœur Friderike (Julie Harnois), enceinte, retrouvée sans conscience au bord de l’autoroute. Friderike ne cesse de menacer de se suicider, désespérée par l’indifférence de son mari Petrik (Philippe Calvario) lequel finalement viendra lui proposer une hypothétique réconciliation. À ce quatuor, s’ajoute le vieux Multscher (Éric Gueho) responsable de l’accident de voiture et du handicap de Ringo et qui veut à tout prix racheter sa faute. Tous les cinq s’encombrent réciproquement de leurs présences, de leurs frustrations et de leurs demandes. La culpabilité et le ressentiment jouent à fond. Chacun enfermé dans son égoïsme et sa souffrance, attendant tout sans rien donner, compense par la violence, l’humiliation, la haine et la destruction de l’autre son incapacité de dire l’amour ou d’assumer son manque, l’injustice ou la fatalité qui le frappe.
Évidemment,  tout ira trop loin : Friderike ,que Petrik conserve comme un animal de compagnie, rate son suicide; Ringo tente de s’échapper, ce qui enlève à Multscher tout espoir de rachat, et Betsi s’enfuit dans la folie. Nul besoin de psychanalyse pour décortiquer tous ces conflits. L’auteur s’en est déjà chargé, et le metteur en scène enfonce le clou avec un traitement de la pièce démonstratif; le décor est hyperréaliste , c’estun espace correspondant à deux appartements que les éclairages délimitent tour à tour, meublés : canapé, lit, petite table, W.C. On représente tout : on mange vraiment, on boit du café, de la bière, on fornique, on se frappe, on chie etc. Le jeu est appuyé, souvent hystérique. Tout cela sonne faux, on n’y croit guère. Le texte (ou peut-être seulement la traduction) pèche par  lourdeur, encombré de quelques envolées pseudo poétiques. Philippe Calvario, investi dans le personnage de Petrik , n’a pas su gérer la mise en scène qui s’étire, manque de rythme, et ne décolle jamais.

Irène Sadowska Guillon

Parasites de Marius von Mayenburg, mise en scène Philippe Calvario
du 3 au 20 mars 2009 au Théâtre Nanterre-Amandiers
tel : 01 46 14 70 00

 


Un commentaire

  1. Julie dit :

    Bonsoir !
    Je lis avec intéret cette critique car je suis élève au conservatoire de bordeaux et que nous travaillons actuellement sur ce texte de Mayenburg…
    Wow, ça cingle sec comme retour.
    Parce que je passe du temps dessus tous les jours, je dirais que le texte n’a pas cette lourdeur que vous décrivez, et qu’au contraire il pique directement dans le vif.
    Quant a la mise en scène…je ne me permets pas de juger étant donné que je n’ai pas vu ce spectacle, mais il me semble que toute démonstration est au contraire à proscrire dans cette pièce si l’on doit en faire ressortir la finesse !

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