La Cerisaie

 La Cerisaie de Tchekov, mise en scène d’Alain Françon.

cerisaietchekhov.jpg

  L’une de nos lectrices nous a laissé un message, après avoir pris connaissance de l’article d’Irène Sadowska, où elle disait avoir été un peu déçue par le spectacle. Un mien confrère, et non des moindres, me disait au contraire son admiration. Je n’avais pas encore eu le temps d’y aller mais, n’écoutant que mon devoir et mon envie (tout critique a vu , comme moi, un bonne douzaine de Cerisaies mais, à chaque fois, c’est le même émerveillement devant l’intelligence et la beauté de la pièce, même quand elle est montée tant bien que mal, et puis il y a toujours, comme en filigrane dans nos souvenirs, les mises en scène géantes de Strehler et de Brook ).. Alors,  j’ai bondi jusqu’à la Colline avec une mienne consœur, et non des moindres. Avis partagé, et plus nuancé, comme celui de la mienne consœur,  que celui d’Irène.
  Commençons par ce que l’on a  beaucoup aimé: le style d’Alain Françon quand il s’empare de ce fameux  texte, bien  traduit par André Markowicz et Françoise Morvan,  pour  mettre en valeur le rire et le comique de personnages secondaires  comme Pitchtchik (Philippe Duquesne), Trofimov ( Pierre-Félix Gravière), ou Epikhodov ( Clément Besson)). C’est un des aspects de la pièce qui est en général mal traité,  comme si les metteurs en scène ne savaient pas trop comment passer d’un registre à l’autre, ce qui est pourtant capital pour un Tchekov. 

  Sans pour autant gommer la nostalgie de Lioubov à la fin dont il sait dire aussi l’ amour profond qu’elle a pour son pays et sa cerisaie, en même temps que la passion qu’elle garde  pour son amant de Paris , même s’il l’a ruinée. Il est bien en effet  à l’origine, en dehors de toute considération historique , celui qui a coupé Lioubov  de ses racines,  quand elle était  avec lui  à Paris ou dans sa villa de Menton, où les Russes fortunés avaient acquis une résidence et certains y ont même leur dernière demeure , comme on dit. Cent ans après, cela recommence!
 Et le metteur en scène met très bien en valeur un des leit-motiv de la pièce, l’importance de l’argent, liquide ou non:  dettes, héritages, emprunts, etc., qui commande la vie de chaque personnage que l’on évoque quelque vingt cinq fois fois , soit toutes les quatre minutes en moyenne!  Si, si, c’est vrai, j’ai compté…

On aime beaucoup dans la mise en scène de Françon sa très grande maîtrise du plateau , quand il dirige dix huit comédiens et une musicienne. Mais aussi la façon qu’il a de faire ressortir la modernité des dialogues d’un texte qui a déjà plus de  cent ans: les personnages se coupent la parole , soliloquent,    quand,  en fait, il répondent à quelqu’un d’autre,  ou grommellent comme le vieux Firs, admirablement interprété par Jean-Paul Roussillon qui, dans la dernière scène où  il se retrouve tout seul, est sublime..Et Françon met très bien  en valeur ces fameux silences dans les répliques qui en disent souvent beaucoup plus long qu’une phrase. Ah! La scène entre la pauvre Varia que laisse tomber Lopakhine, et tout ce dernier acte,avec ces personnages déboussolés :Françon a bien réussi les choses.

Il y aussi la très belle bande-son de Daniel Deshays..Tout cela est d’une grande qualité et l’on sent  que monter La Cerisaie,  dernière pièce de Tchekov, mort quelques mois après sa création, a été un véritable acte de foi  pour Françon qui va quitter la direction de la Colline . Cet au-revoir ne manque pas de panache!
  Ce que l’on aime moins: d’abord,  la scénographie compliquée de Jacques Gabel pour chacun des quatre actes dont, sans doute, Alain Françon porte aussi la responsabilité: la chambre d’enfants, au début, est toute en longueur, et de biais, si bien que tout se passe plutôt côté jardin ( tant pis pour le public qui est de l’autre côté de la salle d’autant plus que la lumière est chichement comptée au premier acte comme dans les autres sans que cela se justifie: il est deux heures du matin mais quand même!).Et les comédiens vont sans arrêt de cour à jardin , ce qui est inévitable mais qui parasite un peu le texte.
  On baisse le rideau à chaque fin d’acte pour préparer vite fait le décor du suivant, (ce n’est pas en réalité très long mais casse quand même le rythme général  déjà trop  lent). Le jardin, qui est une sorte d’avatar du décor de 1904,  n’est pas très crédible:  les didascalies de la pièce indiquent dans le fond deux pierres tombales et une chapelle mais pas deux simples tombes de terre au premier plan. Quitte à faire dans le réalisme…  Quant aux poteaux télégraphiques mentionnés par Tchekov comme indicateurs de la modernité qui arrive à grands pas, bien malin qui pourrait les reconnaître sur la toile du fond.

  Le programme inclut quelques photos de la mise en scène de Stanislavski en 1904, comme si Gabel et Françon voulaient absolument nous prouver le bien-fondé  de leur parti-pris de scénographie quelque peu archéologique;  c’est un peu vain et, de toute façon, c’est trop tard: rien ne sera changé, mais c’est dommage, alors que le décor du dernier acte: la chambre d’enfants du premier, avec ses fenêtres sans voilages, où il n’y a plus ni meubles ni tableaux,  et que le canapé est déjà emballé, est de toute beauté.
Par ailleurs, ce n’était peut-être pas le bon soir mais l’interprétation de Dominique Valadié nous a semblé par trop inégale: il y a de très beaux moments et d’autres où  elle boule son texte, comme si elle n’était pas très convaincue de l’importance de ses répliques- ce qui n’est sûrement pas le cas , mais mercredi dernier,  on avait un peu de mal à reconnaître la grande Dominique Valadié que nous aimons tant d’habitude; quant à Jérôme Kircher, et Didier Sandre, pourtant excellents comédiens,  eux  aussi, paraissaient être un peu en retrait.
  A voir oui,sans aucun  doute, même avec ces défauts importants qui peuvent faire que l’on soit déçu, surtout après tous les commentaires élogieux que l’on a pu faire de la mise en scène d’Alain Françon. Mais dépêchez-vous,  c’est un peu le dernier évènement  parisien…et il y a du monde. C’est en effet pour beaucoup  l’occasion de voir pour la première fois la pièce sublime de Tchekov qui n’est pas si souvent montée à cause de l’importance de la distribution . Et,  si la salle bourrée jusqu’au dernier strapontin, n’était pas délirante, on sentait un grand respect pour ce travail.

Philippe du Vignal

Théâtre de la Colline, jusqu’au 10 mai inclus.


Archive pour mars, 2009

Le Dragon bleu

Le Dragon bleu , conception et mise en scène de Robert Lepage.


Ce spectacle boucle son  cycle chinois  (La trilogie des dragons) passe à Ottawa,  cette semaine en français, la semaine prochaine en anglais avec la même distribution.On connaît la  prédilection de Lepage pour les productions multilingues  où cette fois-ci, il  parle le  chinois  avec une aisance étonnnante.  Cette production révèle les faiblesses de la formidable machine Lepage  où la poésie visuelle  ultra sophistiquée brille toujours mais où l’ interaction avec les  conventions plus traditionnelles de la scène (comédiens, situations, intrigue  quasi mélodramatique) est plutôt décevante.  Lepage  joue  Pierre, artiste québécois en panne d’inspiration, établi à Shanghaï. Son ex-femme , Claire,  arrive du Canada pour adopter un bébé et reprendre contact avec son partenaire, sans se rendre compte que la danseuse  et artiste peintre Xiao Ling est désormais  la  maîtresse de Pierre  et que  les sentiments de Pierre envers  les deux femmes sont très  ambivalents.

  Mais la jalousie,  les  réflexions sur le communisme chinois, les rapports problématiques avec le père, l’avenir de la Chine sont intégrés d’une manière assez superficielle dans des clips de cinéma chinois; il y  un moment intéressant malgré tout,  où  Xiao Ling recrée une séquence  de danse contemporaine, post-révolution culturelle,  où l’on brandit le fusil et le petit livre rouge.Mais une  direction d’acteurs  très faible et un   rythme  assez poussif  banalise les propos du spectacle. ledragonbleu.jpg
Il faut capter les repères visuels  pour naviguer dans la poésie scénique de cette aventure  qui est parfois d’une grande beauté. Lepage fait une démonstration de calligraphie chinoise.Le geste, le pinceau, et la pensée s’unissent pour fabriquer une multiplicité de significations sans fin.

C’est la clé de ses inventions scéniques  qui fonctionnent comme autant de traits calligraphiques dans une dynamique de cinéma. Grâce à la technologie numérique, Robert Lepage  construit un réseau d’images simultanées.  Le cinéma et la gestuelle de l’écriture chinoise se rencontrent : des écrans alignés  projettent les traits du pinceau comme par magie, la ville  de Shanghai brille à l’horizon, et une séance de tatouage provoque la douleur du tatoué et le plaisir de l’artiste, tandis que  le corps diaphane d’un danseur apparaît enveloppé de  points de lumière mystérieux comme des flocons de neige.  Un dénouement étonnant  confirme l’instabilité de l’image par rapport à la réalité matérielle.  Malgré quelques moments envoûtants, ce  spectacle sur le processus de création inspiré de l’art chinois,  nous a laissé sur notre  faim, ce qui est inhabituel devant un spectacle de Lepage. 

Alvina Ruprecht

Centre national des Arts, Ottawa,  du  25 mars au 11 avril

 

La scénographie, Guy Claude François à l’œuvre

La scénographie, Guy Claude François à l’œuvre
par Luc Boucris

scenographie.jpg
Guy Claude François est un de ces scénographes qui ont participé aux aventures et expériences emblématiques et contribué à l’évolution, voire au changement radical de la conception du décor, de l’espace de représentation, du lieu théâtral.
Dès les années 1970 lorsque le théâtre sort de ses salles et s’ouvre à d’autres formes de spectacle vivant, Guy Claude François fait partie de ceux qui proposent une nouvelle structuration de l’espace en collaboration étroite avec le metteur en scène. Il incarne par sa pratique une conception ouverte de la scénographie allant de la scénographie des spectacles à celle de lieux, d’événements ou d’expositions, où l’intervention du scénographe peut prendre des formes extrêmement diverses.
Formé à l’École de la rue Blanche il travaille dès 1960 comme régisseur et décorateur. En 1968 il rejoint le Théâtre du Soleil où il est d’abord directeur technique puis, depuis L’Âge d’or (1975), le scénographe attitré d’Ariane Mnouchkine, associant dans sa pratique l’organisation sans cesse renouvelée du lieu et la conception esthétique de l’espace scénique.
Il collabore également régulièrement avec d’autres metteurs en scène comme Jean-Claude Penchenat, Otomar Krejca, Armand Delcampe…
Le registre de ses interventions ne cesse de s’élargir : opéra, théâtre de marionnettes, architecture de lieux, décor pour le cinéma. Fondateur avec Jean Hugues Manoury en 1988 de la société Scène il réalise dans ce cadre une centaine de lieux scéniques, d’expositions, d’événements comme par exemple l’ouverture des Jeux Olympiques d’Albertville en 1992.
Sa pratique de scénographe s’accompagne depuis bientôt 30 ans de l’enseignement de cet art en France et à l’étranger, entre autres à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, à l’École d’Architecture de Clermont-Ferrand et à Nantes, au Centre d’Études Théâtrales à l’Université de Louvain-la-Neuve en Belgique.
Dans son livre, issu de sa longue complicité avec Guy Claude François, Luc Boucris propose une analyse de quelques aspects essentiels de l’approche par le scénographe de différents espaces : spectacles, cinéma, lieux d’événements, musées, expositions.
Ainsi pour le théâtre traverse-t-il des collaborations emblématiques de Guy Claude François avec Otomar Krejca, en particulier pour les mises en scène des œuvres de Tchekhov (Les trois sœurs, Oncle Vania) et avec Ariane Mnouchkine sur sa série des 4 Shakespeare, ses créations de Norodom Sihanouk, de l’Indiade, de La ville parjure, du Tartuffes et sur
ses versions théâtrale et cinématographique de Molière.
Luc Boucris analyse les divers rapports au lieu dans la démarche scénographie de Guy Claude François : « avec ou contre » (L’Âge d’or à la Cartoucherie, Madame Butterfly à l’Opéra d’Orange), « bâtir rêver » (Molière au cinéma, Norodom Sihanouk), « changer le regard » (musées, la Halle aux grains à Blois, La Villette à Paris, la Piscine à Chatenay Malabrie), « jouer avec l’espace » (le Mont Saint Michel, la Cour d’Honneur du Palais des Papes en Avignon, les Jeux Olympiques d’Albertville, le concert Mylène Farmer), « interpréter l’espace » (dispositifs des tournées, etc.).
De nombreuses photos de spectacles, de décors, de lieux, des maquettes, des dessins préparatoires, illustrent le propos du livre complété par les repères biographiques de Guy Claude François.

Irène Sadowska Guillon

La scénographie, Guy Claude François à l’œuvre
par Luc Boucris
Éditions l’Entre Temps, collection Ex Machina
2009, 142 pages, 32 euros

Tableau d’une exécution

Tableau d’une exécution d’Howard Barker mise en scène de Christian Esnay

fcdc49bfbb807ae40.jpgConstituant un diptyque, les mises en scène de Christian Esnay des Européens et de Tableau d’une exécution (jouées par le même groupe d’acteurs) s’inscrivent dans le même dispositif scénique de François Mercier et fonctionnent sur le même principe des changements à vue, du travail théâtral dévoilé. Un décor modulable avec des éléments mobiles : deux escaliers roulants, un plancher suspendu a mi-hauteur, plusieurs rideaux, délimitent et suggèrent divers lieux. Il existe en effet des points communs entre les deux pièces : bataille de Vienne qui arrête l’invasion des Turcs dans Les Européens, victoire sur les Turcs à la bataille navale de Lépante dans Tableau d’une exécution, la chrétienté et l’Église triomphant dans les deux cas sur l’islam, les figures centrales des femmes : Katryn et Anna Galactia, victimes du pouvoir qui contrôle et récupère tout, une société (à Vienne et à Venise) soumise au consensus de la vérité politique. Dans les deux pièces, la référence à l’histoire sert de métaphore pour parler de notre époque; dans Tableau d’une exécution, Barker traite de la relation de l’artiste et du pouvoir, de la responsabilité des artistes et des commanditaires de leurs œuvres vis-à-vis de l’histoire, de la vérité historique.image32.jpg

Cette relation conflictuelle vécue intimement par Howard Barker, écrivain et peintre, s’incarne dans le conflit qui oppose Anna Galactia, une femme peintre, et le puissant Doge de la République de Venise Urgentino qui lui commande un tableau gigantesque, célébration de la victoire sur les Turcs, exaltant l’héroïsme vénitien à la bataille de Lépante. Mais Galactia , aussi libre et non conformiste dans sa vie que dans son art, malgré les conseils et les mises en garde de ses proches , défie le pouvoir en peignant la vérité scandaleuse, sanglante de la bataille, l’horreur du carnage.

  Galactia, intraitable est jetée en prison, et son tableau politiquement incorrect est soustrait au regard,  et Carpeta, l’amant de Galactia et peintre médiocre, étant chargé de revoir le tableau héroïque plus conforme à la « vérité politique ». Devant la médiocrité  de  l’œuvre, le Doge, grand amateur d’art et fin stratège, change alors de tactique : une certaine forme de tolérance n’est-elle pas une arme bien plus efficace que la censure brutale pour neutraliser la force subversive du chef-d’œuvre de Galactia ? Comme dans Les Européens, Katryn, victime, reconnue et « archivée » comme telle, ne gêne plus, ici l’œuvre d’art, sa scandaleuse vérité, autorisée, exposée, expliquée, banalisée, n’est plus dangereuse. « Nous absorbons tout », « nous devons faire preuve d’une ouverture d’esprit », « dans 100 ans ce tableau inspirera le respect », dira le Doge.
Christian Esnay met en œuvre, avec une remarquable cohérence et efficacité , un théâtre se fait à vue : modelage des divers espaces de jeux par les éléments mobiles du décor et le jeu des rideaux (peut-être à certains moments un peu excessif), interventions du metteur en scène et reprises de certaines parties de scène, changement d’acteurs pour jouer le même rôle, ruptures  instantanées de style, de registre de jeu, de ton. Allant du comique parfois bouffon à l’ironie et à l’humour macabre, déstabilisant le tragique qui affleure, le jeu reste toujours dans l’artifice du théâtre. Ces procédés renforçant le décalage du réalisme, amplifient l’ambiguïté, la part paradoxale, l’identité complexe de certains personnages identifiés clairement comme personnages de théâtre.
Anna Galactia par exemple, jouée par des acteurs hommes et femmes, est à la fois une figure emblématique, intemporelle, de l’artiste rebelle et un être extrême, complexe et contradictoire, femme libre, d’une énergie impétueuse, sans concession, ambitieuse, arrogante et cruelle mais aussi sensuelle, maternelle. On la voit à l’œuvre dans son atelier en train de concevoir et d’élaborer son tableau que nous, les spectateurs, ne verrons jamais, mais dont l’intolérable, l’effroyable réalité nous parvient à travers les effets sonores évoquant la bataille, les regards, les commentaires et les mises en garde des visiteurs de Galactia : sa fille, Carpeta, Urgentino et les modèles, traités par moment sur le mode choral.

  La traduction de Jean-Michel Déprats rend bien la truculence, la force, la violence, l’ironie dévastatrice du langage de Barker. Les tableaux s’enchainent rapidement, parfois s’imbriquent. La tension dramatique ne faiblit jamais. Belles inventions dans la gestion du jeu. Le comique, le dérisoire désamorçant sans cesse le tragique, trivialisant la douleur, l’horreur, confèrent au défi et à la lutte de Galactia, prise dans le filet du consensus triomphant, une dimension profondément tragique. Rose Mary d’Orros en Gina Rivera, critique d’art lucide et cynique, tout comme Laurent Pigeonnat en Urgentino, politicien machiavélique, sont fabuleux. La scène où Galactia contemple la foule défilant devant son tableau, récupéré et broyé par le jargon médiatique, est saisissante. Une double mise à mort symbolique de l’artiste et de son œuvre. Une mise à mort du tragique que Christian Esnay rend bien dans sa mise en scène. La danse finale ici rappelle le rire répété de l’Empereur Léopold dans Les Européens.

Irène Sadowska Guillon

Tableau d’une exécution d’Howard Barker
mise en scène Christian Esnay
Théâtre de l’Odéon – Théâtre de l’Europe
Ateliers Berthier
du 26 mars au 11 avril 2009
réservations 01 44 85 40 40

Théâtre de la Cité Internationale

La demi-saison (d’avril à août 2009)
Un tournant au Théâtre de la Cité Internationale avec la nouvelle directrice Pascale Henrot aux commandes

Un chamboulement, le spectacle dans tous ses états et tous azimuts, la modernité exclusivement : danse, musique, cirque, marionnettes, performances, dedans et dehors.
Pour donner le coup d’envoi (3,4 avril) du performing arts : Nous y étions/nous y sommes/ nous en sommes là de Skite/Sweet and Tender Collaborations et Ça quand même de Maguy Marin et Denis Mariotte.
Un programme (21 – 28 avril) Pierre Henry avec Pierre Henry en concert (musiques concrètes pour Maurice Béjart), Variations pour une porte et un soupir, musique Pierre Henry, chorégraphie Maurice Béjart, Futago, chorégraphie Emmanuelle Huynh.
Un spectacle (23 – 30 avril et 12 – 30 mai) Wittgenstein incorporated de Peter Verburgt, mise en scène Ariane Ritsema.
La Biennale Internationale des Arts de la Marionnette (6 – 10 mai).
Du théâtre : Vice-versa d’après Will Self (14 mai – 6 juin), de la danse théâtre Au bois dormant (4 – 9 juin), texte Marie Desplechin, danse Thierry Thieu Niang, musique Benjamin Dupé.
Un Festival des musiques du monde contemporain avec le Maroc comme invité (19 – 21 juin).
Deux week-end de performing art (27, 28 juin et 4, 5 juillet) pour amener les spectateurs dehors, dans les couloirs de la Cité Internationale, dans les allées du parc, dans les fouillis de la ville.
Enfin du cirque Autres pistes (16 juillet – 9 août) présenté par Kitsou Dubois

Irène Sadowska Guillon

Théâtre de la Cité Internationale
17 Bd Jourdan
75014 Paris
tel 01 43 15 50 50

La Folie de Janus et Je meurs comme un pays

La Folie de Janus, de Sylvie Dyclo-Pomos, mise en scène de Judith Depaule. et Je meurs comme un pays de Dimitris Dimitriadis, mise en scène d’Anne Mitriadis

image51.jpg

 

  Deux  monologues sur le guerre qui, on le sait, est une source inépuisable pour romanciers, dramaturges et cinéastes, dans la mesure où, qu’elle soit civile, nationale ou internationale, elle modifie très vite les comportement humains, et a des conséquences sur plusieurs générations d’hommes et de femmes, même s’ils  ne l’ont pas vécu directement.  La Folie de Janus  a pour cadre  une affaire plutôt tordue où la France, semble-t-il, n’a pas été très claire.

Il s’agit  de l’épisode dit « des disparus du Beach de Brazzaville » où,  depuis 1993, un guerre sans merci opposa le président de la république Pascal Lissouba au maire de Brazzaville, Bernard Koléas. Une seconde guerre en 97 fit des milliers de morts parmi les civils, puis à la suite  d’un accord de réconciliation, les réfugiés revinrent en 1999,  et 350 personnes furent alors  torturées puis exécutées.
A la suite d’une  plainte auprès de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, le tribunal de Meaux ouvrit une instruction pour crimes contre l’humanité, puis condamna l’Etat congolais à indemniser les familles des victimes. Mais l’instruction fut suspendue pour conflit de compétence entre la France et le Congo. En 2007, la Cour de Cassation confirma  que la justice française était compétente et en 2008, l’instruction reprit. Voilà vite brossée,  cette terrible histoire où, on l’aura deviné, bien des choses sont restées obscures  et où le rôle de l’ex-colonisateur est loin d’être clair…

 

Judith Depaule a mis en scène le texte à l’écriture précise  de Sylvie Dyclo-Pomos avec un seul comédien, Ludovic Loupé qui  a une belle présence scénique et une diction parfaite; il dit les choses calmement, ce qui renforce encore l’horreur des mots employés. C’est le récit des atrocités répétées: villages dévastés, massacres, pillages, viols et tuerie d’enfants en série sous les yeux des mères, morceaux de cadavres traînant dans la terre: une tête, un bras dont un père s’aperçoit  qu’ils appartenaient aux corps de ses enfants. Bref, les horreurs de la guerre où tout, y compris l’innommable, a lieu. Et cela  ne date pas de l’Antiquité ni du Moyen-Age mais d’il  il y a une dizaine d’années. Mais Judith  Depaule, si elle a bien dirigé le comédien, a cru bon de mettre en abyme, pourrait-on dire, comme si la vidéo lui avait été imposée, l’image permanente d’un visage sur un écran , juste au-dessus de l’acteur , image grossie et déformée à coup de palette graphique, pour surligner les intentions de jeu. A moins qu’il n’y ait de l’Emmanuel Lévinas là-dessous, qui écrivait dans  Ethique et Infini, à propos du visage » ce dont le sens consiste à dire : Tu ne tueras point ». Mais encore faudrait-il pouvoir décrypter la pensée de Judith Depaule.. C’est à la fois stupide et surtout,  cela parasite complètement la parole de Ludovic Loupé… par ailleurs, excellent conteur,

Alors qu’elle aurait faire les choses tout à fait simplement… Non,  il il faut que la vidéo ait un réel pouvoir de fascination sur la génération actuelle des metteurs en scène: Judith Depaule a, comme les autres, et depuis son enfance, connut la télévision mais est-ce une raison pour penser que l’image vidéo et,  particulièrement,  quand elle donne à voir un visage ou un corps humain, devient la béquille indispensable à un  spectacle théâtral, et cela tout genre confondu. En réalité , tout semble se passer comme on n’était pas à un syllogisme près: le texte n’est  pas très passionnant (cela dure quand même une heure), donc, puisque j’en ai conscience, je fais appel à la vidéo, et comme les gens ont l’habitude de la vidéo un peu partout, que ce soit à la Poste, dans les boutiques,mairies, garages, théâtres privés, etc…, pour ne pas passer pour une ringarde, j’en mets aussi dans mes spectacles… D’autant plus que mes petits copains en font autant, alors pourquoi pas moi aussi? Résultat?????.

 

image42.jpgIl y a aussi de la vidéo, plus sobrement employée mais tout aussi inutile dans Je meurs comme un pays; le dispositif scénique est un plateau nu, où sont disposés une table et quelques chaises, un lavabo couvert de sang; sur les murs noirs, quelques phrases en grec moderne et dans dans le fond, une grande porte ouverte sur un couloir très éclairé  où passent ,de temps à autre,  de vieux messieurs aux cheveux blancs  dans des costumes noirs, et sur le  côté cour une toile noire avec- devinez!- une vidéo avec ces mêmes vieux messieurs . Vers la fin , ils  viendront s’asseoir autour de la table en bois et se diront quelque phrases  en lisant les journaux .
Tandis que,  debout Anne Alvaro, toujours aussi magnifique, dit avec beaucoup de calme et de rigueur le texte de Dimitriadis contre la dictature et contre tous les malheurs qui ont accablé son pays :  la guerre de 40, puis la guerre civile qui fit des dizaine de milliers de morts, puis, enfin pendant sept ans, la dictature des colonels  en 1967, où de nombreux intellectuels opposants au régime furent envoyés en prison dans des  îles désertes, maltraités et souvent torturés. Dimitriadis sait ce que veut dire humiliation  et douleur de voir son pays aussi tristement déchiré.

Anne Alvaro dit toutes ces horreurs avec la voix magnifique qu’on lui connaît, de façon impeccable, mais, comme à Confluences, le temps paraît long. On respecte la performance mais, sauf à quelques rares moments, , l’émotion ne passe pas vraiment, sans doute à cause d’une surdose d’horreurs forcément répétitive.  Alors à voir?  Pour La Folie de Janus, le spectacle se rejouera sans doute, mais plus tard, et n’est pas incontournable; quant à Je meurs comme un pays, si vous avez envie de revoir Anne Alvaro, pourquoi pas? mais ne vous attendez pas à quelque chose d’exceptionnel, c’est quand même un peu ennuyeux; voilà, c’est dit…


Philippe du Vignal

MC 93 de Bobigny jusqu’au 7 avril..

L’EXTRAVAGANT MONSIEUR JOURDAIN

L’EXTRAVAGANT MONSIEUR JOURDAIN Théâtre Jean Arp de Clamart  De Mikhaïl Boulgakov, mise en scène Grégoire Ingold, compagnie Balagan

Grégoire Ingold, metteur en scène généreux, issu de l’École de Chaillot, a arpenté de nombreux territoires avec de vraies équipes, du Congo-Kinshasa, au Théâtre Gérard Philipe aux côtés de Nordey, à la Comédie de Reims. Il travaille à présent en décentralisation en Rhône-Alpes avec cet Extravagant Monsieur Jourdain, accueilli pour 12 représentations à Clamart. Il s’est emparé avec une vraie troupe et une belle maestria de cette œuvre de Boulgakov qui avait reçu une commande du Théâtre d’Art en 1929 d’une nouvelle traduction du Bourgeois gentilhomme de Molière. Il en est sorti une œuvre décapante sur un spectacle commandé en une nuit au chef de troupe qui rêve d’aller soigner son mal de dos en allant boire un petit muscat et qui doit s’exécuter pour réaliser le spectacle dans les délais prescrits.
Philippe Vincenot rencontré au Théâtre de Choisy quand j’avais accueilli Le chapeau de paille d’Italie monté par Denis Guenoun, incarne un beau Jourdain à la tête d’une troupe éblouissante. Le public qui remplit la salle acclame la compagnie.

Edith Rappoport

Je n’ai jamais quitté l’école…

Note de lecture

Je n’ai jamais quitté l’école…
Daniel Mesguich, entretien avec Rodolphe Fouano

 

mescguich.jpg« Je n’ai jamais quitté l’école…» cette citation de Jacques Derrida qui sert de titre au livre résume on ne peut mieux le parcours de Daniel Mesguich. Pourtant depuis presque 40 ans, sans jamais couper le cordon ombilical le reliant au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, toujours en quête d’aventures et de défis nouveaux, Daniel Mesguich n’a cessé d’explorer le vaste champ de l’art de l’acteur et du metteur en scène au théâtre, au cinéma, à l’opéra, en France à l’étranger.
Autant par ses mises en scène que par ses partis pris théoriques, philosophiques, ses passes d’armes avec la critique et ses détracteurs, Mesguich s’était fait une réputation sulfureuse, d’iconoclaste, d’anticonformiste radical, de briseur d’habitudes, d’agitateur d’idées, bref de celui qui met en question, qui dérange les ordres établis.
Entré au Conservatoire en 1970 il y devient dès 1983 le professeur le plus jeune de l’histoire de cette vénérable maison et 25 ans après son directeur. Un loup dans la bergerie ?
Le questionnement de l’enseignement de l’art dramatique : qu’est-ce qu’enseigner ? et de surcroît cette matière qui ne s’apprend pas ?, constitue le fil rouge de ce livre d’entretiens menés à bâtons rompus. Rien à voir avec un traité théorique, c’est une approche d’une pratique pédagogique « conçue comme une lente contamination » en constante déconstruction selon le modèle derridien.
Ce n’est pas non plus une biographie de l’acteur ni une monographie du metteur en scène mais un retour sur certains moments et étapes du parcours de Daniel Mesguich éclairant ses convictions et sa démarche d’homme et d’artiste. Ainsi évoque-t-on son enfance en Algérie, son adolescence à Marseille, son arrivée à Paris pour présenter le concours du Conservatoire, sa « métamorphose » en metteur en scène puis en professeur et directeur du Conservatoire, fonction qu’il a repoussée à plusieurs reprises avant de l’accepter en 2007.
Au fil de la conversation entre Rodolphe Fouano et Daniel Mesguich qui ne perd pas son franc-parler, on découvre son univers : sa fascination pour Antoine Vitez, son admiration pour Pierre Debauche, ses maîtres au Conservatoire, sa famille de pensée : Sartre, Derrida, Cixous, son amour sans bornes de l’œuvre de Shakespeare, ses engagements intellectuels et artistiques, son utopie d’une école et d’un théâtre dépassant la contradiction entre la tradition et la modernité qu’il tente de mettre en œuvre au Conservatoire.
Un livre qui brosse le portrait sans retouches d’un artiste singulier qui ne se prend pas pour maître et n’a de cesse de réinterroger ses convictions, ses partis pris, ses contradictions, de retourner toujours à l’école, d’apprendre plus.
L’entretien est suivi d’une chronologie des mises en scène de Daniel Mesguich et d’une bibliographie.

Irène Sadowska Guillon

Je n’ai jamais quitté l’école… Daniel Mesguich.
Entretien avec Rodolphe Fouano
Éditions Albin-Michel. À paraître le 1er avril 2009

Le vieux qui lisait des romans d’amour

filename.jpg Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda, adaptation et mise en scène de Patrick Chevalier. 

On connaît sans doute le roman mythique( traduit en trente cinq langues! ) de cet écrivain chilien, inscrit aux Jeunesses communistes sous Pinochet et condamné à… 29 ans de prison; il  fut libéré au bout de deux années grâce à Amnesty International,. il vécut ensuite dans de nombreux pays d’Amérique centrale, fonda une troupe de théâtre à Quito, puis il alla vivre 14 ans à Hambourg et enfin décida de partir pour l’Espagne. 

Le roman raconte l’histoire d’Antonio José Bolivar qui pense avoir un peu plus que les soixante ans qu’on lui attribue. Il vécut longtemps dans la forêt amazonienne, en parfaite harmonie avec la nature pourtant inhospitalière et très ami avec les indiens Shuars dont il avait peu à peu adopté le mode de vie. Il travaille quelques hectares de terre difficile avec l’aide de sa jeune femme Dolorès , morte depuis de la malaria. Antonio José avait appris des Shuars un parfait respect de la terre et de ses animaux, même si elle n’était guère féconde… terre que les Américains du Nord  saccageaient sans état d’âme. Il a depuis quitté la jungle et vit seul,  un peu misérablement dans la campagne avec  quelques ustensiles de cuisine, deux chaises , des caisses en bois comme meubles la photo de son mariage avec Dolorès dans un cadre doré , quelques livres et un petit réchaud à pétrole. A part quelques Indiens, il a un seul ami blanc, un dentiste qui s’occupe de sa santé. 

Quand la pièce commence, on apprend qu’une femelle  jaguar, depuis que des blancs ont tué ses petits,  est en train de semer la terreur et il n’ y a que lui qui peut l’éliminer. Le jaguar a déjà plusieurs morts à son actif,dont elle d’un chercheur d’or Napoléon Salimas, mais Antonio José hésite à éliminer l’animal à coup de fusil. Il le fera cependant mais en restera anéanti… C’est un personnage hors du commun qui a beaucoup vécu et qui ne se fait plus trop d’illusions sur ce que peut être le bonheur. D’autant plus qu’un américain a tué deux de ses copains Shuars, qu’il vengera en abattant un autre Américain. Son seul plaisir est de lire de vieux romans d’amour que son ami dentiste lui a piqués dans un bordel de la ville. Le roman  est tout à  fait passionnant ,d’abord parce qu’il traite d’un immense et terrible problème: la déforestation de l’Amazone qui, comme chacun sait, est le plus important poumon de la planète… et  l’on sent bien que Sepulveda connaît bien et les personnages qu’il fait vivre, et le monde de la jungle. 

Reste à savoir si l’on peut arriver à recréer ce type d’univers sur une des petites scènes du Lucernaire !  Soyons francs: la réponse ne peut être que négative. Patrick Chevalier qui joue le rôle du dentiste a tenté de mettre en scène des fragments de ce roman, mais, pour arriver à un résultat moyen, il aurait déjà fallu déjà une solide dramaturgie, ce qui est loin d’être le cas, et le vieil acteur (Paco Portero) qui interprète Antoni José, s’il a bien la tête  de l’emploi- cheveux blancs en katogan, visage émacié et  corps longiforme-  est tout à fait  crédible… tant qu’il ne parle pas!  Il faudrait qu’il soit vraiment  dirigé;  malheureusement la direction d’acteurs comme la mise en scène sont aux abonnés absents.

Et mieux vaut oublier la scénographie qui se voudrait réaliste mais à laquelle il est impossible  de croire un instant.  Il y a bien une bande -son intéressante mais qui est mal utilisée.  Que peut-on sauver du naufrage ? Pas grand chose sinon quelques brefs instants d’émotion fugitifs mais il faut être vraiment vigilant pour les surprendre…
A voir? Non, sûrement pas. Achetez vous plutôt le roman de Sepulveda.

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire.du 25 Février 2009 au 13 Juin 2009

EDEN MATIN MIDI ET SOIR

EDEN MATIN MIDI ET SOIR  Ménagerie de verre

De Chloe Delaume et Hauke Lanz dans le cadre d’un  studiolab d’Étrange Cargo

J’avais lu ce texte insolite sur une jeune femme de 27 ans qui se réveille de sa enième tentative de suicide et qui analyse la maladie de la mort dont elle est victime. J’avais souri pendant cette lecture qui aurait dû me déprimer. Chloe Delaume a écrit ce texte pour la jolie Anne Steffens qui l’interprète avec une belle vitalité dans un immense espace jonché de papiers brillants et multicolores. En exergue, c’est dit et répété dans le texte « toutes les 50 minutes, une personne se suicide en France ». Comme moi le public est saisi, on entend parfois de légers rires !
Edith Rappoport

Ménagerie de verre, jusqu’au 28 mars à 20 h 30

 

12345

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...