Gênes 01

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 Gênes 01 de Fausto Paravidino, mise en scène de Victor Gauthier-Martin.

 Les présentations en vitesse: Fausto Paravidino est un jeune auteur italien (33 ans), vedette dans son pays et qui commence à être bien connu dans l’hexagone: Nature morte dans un fossé avait été superbement créé en 2001 par Patrice Bigel en 2007, puis par le Collectif DRAO; la même année Jean-Romain Vesperini avait  traduit et créé  en France Deux frères; et Victor Gauthier-Martin, à qui on devait déjà La Cuisine d’Arnold Wesker,  un très beau Timon d’Athènes,  avait  monté (comme Stanislas Nordey et, Hubert Colas mais eux sans grand succès)  Gênes 01 au Théâtre national de la Colline en 2007, que nous avions déjà pu voir.
 ( Vesperini et Gauthier Martin,  soi-dit en passant, tous les deux sortis de l’Ecole du Théâtre national de Chaillot, n’en déplaise à M. Ariel Goldenberg, ex-directeur des lieux qui ne supportait pas la présence de cette Ecole). Enfin, passons…
   Gênes 01, c’est la remise en mémoire, par le biais du texte de Paravidino  et de bandes vidéo des « événements », comme on dit pudiquement, qui ont ensanglanté la ville italienne à la fin 2001, quand s’y était déroulée la réunion internationale dite G 8 réunissant les puissants de ce monde; entre autres:  le pitoyable Busch, le Blair de service, Chirac et l’incontournable Berlusconi – tous très riches. Berlusconi, déjà à l’époque, régnait de façon musclée, avec une grande partie de la presse écrite et audio-visuelle italienne  à sa botte. Les alter-mondialistes surtout italiens mais aussi européens, avaient eu l’immense prétention de vouloir  manifester pacifiquement leur façon de penser. Mais tout avait très vite dérapé, à cause d’un guet- apens monté de toute pièces par la police qui avait coincé le cortège .
 Paravidino a mené son enquête et a démontré faits et témoignages  à l’appui, que Berlusconi avait laissé à la police italienne tous les pouvoirs y compris celui de tabasser, de blesser gravement, voire de tuer si cela se produisait. Et le pire est arrivé: un jeune manifestant Carlo Giulani avait  été tué de sang-froid par un autre jeune du même âge,  policier de son état. Et des dizaines de manifestants, retranchés dans une école, avaient été sauvagement blessés, torturés, injuriés et menacés du pire par des bandes de policiers de tout poil,  sûrs de leur impunité, sans que le cynique Berlusconi n’ait la volonté politique d’arrêter les dégâts. De plus, Paravidino montre très bien que toute l’enquête sur les faits a été truquée sur ordre du gouvernement pour faire retomber les responsabilités sur les manifestants au besoin , en  faisant fabriquer  de faux témoignages  par la police.
 Mais comment  mettre en scène cette tragédie des temps modernes qui s’était déroulée si près de chez nous? Comment montrer les mécanismes qui avaient pu engendre autant de haine et de bêtise dans une « république démocratique, » comme la nomme la pauvre mère du jeune homme abattu froidement et dont le corps avait été écrasé par deux fois par un camion de la police?

Paravidino ne mâche pas ses mots et décrit  les choses de la façon la plus crue, sans précipitation, par rafales de monologues souvent croisés:  mais   Victor Gauthier Martin a eu la l’intelligence de ne pas tomber dans la sensiblerie et de dire simplement les faits en montrant simplement les choses par le biais d’écrans vidéo qui retransmettent  la manifestation.
  Quelques tables, des écrans, des accessoires et six comédiens . La mise en scène est d’une rigueur absolue et cela fonctionne parfaitement; d’abord et sans doute, parce que Victor Gauthier Martin n’a pas choisi la facilité et  n’ a pas voulu montrer des  personnages mais l’incarnation de la  colère contre ce qu’avaient pu vivre des dizaines de milliers de gens de tout âge et de tout horizon politique. Et,  pour une fois, la vidéo sur une scène ne sert ni de faire valoir ni de cache-misère mais s’inscrit dans un projet dramaturgique solide. Les meilleurs moments sont sans doute ceux , dans une mise en  abyme perspicace, on voit les comédiens, en train d’être filmés ( voir les photos).

Il y a aussi une  très curieuse impression de confusion mentale entre passé et présent ,comme si l’on était atteint de démence frontale, quand les photos de 2001 passent avec ,en-dessous, les grand titres de l’actualité du jour : cours de la bourse, suicide d’un jeune détenu à  Moulins et mort d’Alain Baschung. Cela aussi fait partie de la tragédie humaine….

  Un peu serré par les dimensions réduites de la petite scène de la Colline, le spectacle prend toute son ampleur sur le grand plateau du Blanc-Mesnil , où Xavier Croci a bien fait d’inviter Victor  Gauthier Martin. Il faudrait sans doute resserrer les boulons du côté de l’interprétation féminine qui part un peu en vrille à certains moments, et veiller à mieux  régler la balance entre sons et voix.A ces petites réserves près, c’est une belle réussite de théâtre politique; certes, les faits remontent à dix ans mais les jeunes gens qui ,en majorité, remplissaient la salle, ne s’y sont pas trompés et ont applaudi chaleureusement. Cela prouve au moins une chose :  le théâtre qui a quelque chose à dire n’est pas déserté.

 Dix ans, en effet, ce n’est rien et nous nous demandions, si une  erreur politique de cette dimension pourrait se produire maintenant chez nous. A voir czzz0905.jpgomment sont donnés les ordres par les proches du Sarkozy, comment a été gérée la lamentable affaire des départements d’Outre-Mer où le pouvoir avait juré que 200 euros d’augmentation était chose impossible pour finalement les accorder, comment se déroule le procès Colonna, comment les promesses du Président ressemblent de plus en plus à des effets d’annonce, voire à des mensonges déguisés quand il s’agit de fermetures d’usines, comment Madame Albanel, ministre de la Culture se permet de  rayer d’un trait de plume ,pour convenances personnelles et/ou politiques (?)  la nomination à la tête d’une Scène Nationale, d’un metteur en scène reconnu et apprécié  etc..,

  On peut alors se dire que, si le pire n’est pas pour demain matin, nous avons quand même  toutes les raisons de nous méfier et de rester  vigilants. Même si, comme chacun sait, les manifestations en France passent inaperçues! Si, au moins, le théâtre peut encore servir à éveiller les consciences ,  à transmettre une réflexion intelligente sur l’injustice et le trucage de la vérité  érigés en système d’Etat , sur la fragilité du destin de chacun d’entre nous quand la machine politico-policière se met en marche … c’est déjà très bien.

  Au Blanc-Mesnil , le message a été parfaitement reçu; que le pouvoir en place  comme l’opposition, ne  se fasse pas trop d’illusions: c’est bien dans la banlieue parisienne , et pas à Neuilly ou dans le 7 ème arrondisement,  que se trouvent les forces vives de demain. Sarkozy, ne va guère au théâtre  mais il pourrait peut-être envoyer sa Carlita- qui connaît sans doute Paravidino- avec son Albanel de service voir Gênes 01. Mâcon, ou Arras, ce n’est pas si loin en voiture présidentielle…. C’est bien, du Vignal,  de rester jeune et de rêver comme çà. Continuez…

Philippe du Vignal

 

Théâtre de Chelles le 20 mars; Théâtre de Mâcon le 24 mars; Théâtre de Verdun le 31 mars , le 1 er et le 2 avril; Théâtre d’Arras le 30 avril et le 1 er mai.


Archive pour 15 mars, 2009

Gênes 01

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 Gênes 01 de Fausto Paravidino, mise en scène de Victor Gauthier-Martin.

 Les présentations en vitesse: Fausto Paravidino est un jeune auteur italien (33 ans), vedette dans son pays et qui commence à être bien connu dans l’hexagone: Nature morte dans un fossé avait été superbement créé en 2001 par Patrice Bigel en 2007, puis par le Collectif DRAO; la même année Jean-Romain Vesperini avait  traduit et créé  en France Deux frères; et Victor Gauthier-Martin, à qui on devait déjà La Cuisine d’Arnold Wesker,  un très beau Timon d’Athènes,  avait  monté (comme Stanislas Nordey et, Hubert Colas mais eux sans grand succès)  Gênes 01 au Théâtre national de la Colline en 2007, que nous avions déjà pu voir.
 ( Vesperini et Gauthier Martin,  soi-dit en passant, tous les deux sortis de l’Ecole du Théâtre national de Chaillot, n’en déplaise à M. Ariel Goldenberg, ex-directeur des lieux qui ne supportait pas la présence de cette Ecole). Enfin, passons…
   Gênes 01, c’est la remise en mémoire, par le biais du texte de Paravidino  et de bandes vidéo des « événements », comme on dit pudiquement, qui ont ensanglanté la ville italienne à la fin 2001, quand s’y était déroulée la réunion internationale dite G 8 réunissant les puissants de ce monde; entre autres:  le pitoyable Busch, le Blair de service, Chirac et l’incontournable Berlusconi – tous très riches. Berlusconi, déjà à l’époque, régnait de façon musclée, avec une grande partie de la presse écrite et audio-visuelle italienne  à sa botte. Les alter-mondialistes surtout italiens mais aussi européens, avaient eu l’immense prétention de vouloir  manifester pacifiquement leur façon de penser. Mais tout avait très vite dérapé, à cause d’un guet- apens monté de toute pièces par la police qui avait coincé le cortège .
 Paravidino a mené son enquête et a démontré faits et témoignages  à l’appui, que Berlusconi avait laissé à la police italienne tous les pouvoirs y compris celui de tabasser, de blesser gravement, voire de tuer si cela se produisait. Et le pire est arrivé: un jeune manifestant Carlo Giulani avait  été tué de sang-froid par un autre jeune du même âge,  policier de son état. Et des dizaines de manifestants, retranchés dans une école, avaient été sauvagement blessés, torturés, injuriés et menacés du pire par des bandes de policiers de tout poil,  sûrs de leur impunité, sans que le cynique Berlusconi n’ait la volonté politique d’arrêter les dégâts. De plus, Paravidino montre très bien que toute l’enquête sur les faits a été truquée sur ordre du gouvernement pour faire retomber les responsabilités sur les manifestants au besoin , en  faisant fabriquer  de faux témoignages  par la police.
 Mais comment  mettre en scène cette tragédie des temps modernes qui s’était déroulée si près de chez nous? Comment montrer les mécanismes qui avaient pu engendre autant de haine et de bêtise dans une « république démocratique, » comme la nomme la pauvre mère du jeune homme abattu froidement et dont le corps avait été écrasé par deux fois par un camion de la police?

Paravidino ne mâche pas ses mots et décrit  les choses de la façon la plus crue, sans précipitation, par rafales de monologues souvent croisés:  mais   Victor Gauthier Martin a eu la l’intelligence de ne pas tomber dans la sensiblerie et de dire simplement les faits en montrant simplement les choses par le biais d’écrans vidéo qui retransmettent  la manifestation.
  Quelques tables, des écrans, des accessoires et six comédiens . La mise en scène est d’une rigueur absolue et cela fonctionne parfaitement; d’abord et sans doute, parce que Victor Gauthier Martin n’a pas choisi la facilité et  n’ a pas voulu montrer des  personnages mais l’incarnation de la  colère contre ce qu’avaient pu vivre des dizaines de milliers de gens de tout âge et de tout horizon politique. Et,  pour une fois, la vidéo sur une scène ne sert ni de faire valoir ni de cache-misère mais s’inscrit dans un projet dramaturgique solide. Les meilleurs moments sont sans doute ceux , dans une mise en  abyme perspicace, on voit les comédiens, en train d’être filmés ( voir les photos).

Il y a aussi une  très curieuse impression de confusion mentale entre passé et présent ,comme si l’on était atteint de démence frontale, quand les photos de 2001 passent avec ,en-dessous, les grand titres de l’actualité du jour : cours de la bourse, suicide d’un jeune détenu à  Moulins et mort d’Alain Baschung. Cela aussi fait partie de la tragédie humaine….

  Un peu serré par les dimensions réduites de la petite scène de la Colline, le spectacle prend toute son ampleur sur le grand plateau du Blanc-Mesnil , où Xavier Croci a bien fait d’inviter Victor  Gauthier Martin. Il faudrait sans doute resserrer les boulons du côté de l’interprétation féminine qui part un peu en vrille à certains moments, et veiller à mieux  régler la balance entre sons et voix.A ces petites réserves près, c’est une belle réussite de théâtre politique; certes, les faits remontent à dix ans mais les jeunes gens qui ,en majorité, remplissaient la salle, ne s’y sont pas trompés et ont applaudi chaleureusement. Cela prouve au moins une chose :  le théâtre qui a quelque chose à dire n’est pas déserté.

 Dix ans, en effet, ce n’est rien et nous nous demandions, si une  erreur politique de cette dimension pourrait se produire maintenant chez nous. A voir czzz0905.jpgomment sont donnés les ordres par les proches du Sarkozy, comment a été gérée la lamentable affaire des départements d’Outre-Mer où le pouvoir avait juré que 200 euros d’augmentation était chose impossible pour finalement les accorder, comment se déroule le procès Colonna, comment les promesses du Président ressemblent de plus en plus à des effets d’annonce, voire à des mensonges déguisés quand il s’agit de fermetures d’usines, comment Madame Albanel, ministre de la Culture se permet de  rayer d’un trait de plume ,pour convenances personnelles et/ou politiques (?)  la nomination à la tête d’une Scène Nationale, d’un metteur en scène reconnu et apprécié  etc..,

  On peut alors se dire que, si le pire n’est pas pour demain matin, nous avons quand même  toutes les raisons de nous méfier et de rester  vigilants. Même si, comme chacun sait, les manifestations en France passent inaperçues! Si, au moins, le théâtre peut encore servir à éveiller les consciences ,  à transmettre une réflexion intelligente sur l’injustice et le trucage de la vérité  érigés en système d’Etat , sur la fragilité du destin de chacun d’entre nous quand la machine politico-policière se met en marche … c’est déjà très bien.

  Au Blanc-Mesnil , le message a été parfaitement reçu; que le pouvoir en place  comme l’opposition, ne  se fasse pas trop d’illusions: c’est bien dans la banlieue parisienne , et pas à Neuilly ou dans le 7 ème arrondisement,  que se trouvent les forces vives de demain. Sarkozy, ne va guère au théâtre  mais il pourrait peut-être envoyer sa Carlita- qui connaît sans doute Paravidino- avec son Albanel de service voir Gênes 01. Mâcon, ou Arras, ce n’est pas si loin en voiture présidentielle…. C’est bien, du Vignal,  de rester jeune et de rêver comme çà. Continuez…

Philippe du Vignal

 

Théâtre de Chelles le 20 mars; Théâtre de Mâcon le 24 mars; Théâtre de Verdun le 31 mars , le 1 er et le 2 avril; Théâtre d’Arras le 30 avril et le 1 er mai.

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