Idiot

Idiot, un spectacle de Vincent Macaigne, librement inspiré de Dostoievski. image3.jpg

Le célèbre roman Crime et Châtiment, le premier grand roman de Dostoievski a un esprit chrétien et vise clairement les idées positivistes  qui commençaient à se répandre dans les milieux bourgeois des grandes villes russes;  dans  L’idiot, il y aussi,  chez le Prince comme chez Hippolyte, voire chez Rogojine et Lebedev, une pensée nettement religieuse et sociale, où la question de la richesse des uns et de la misère des autres  est clairement posée, à une époque où l’on guillotinait sans trop d’état d’âme. Malgré tout, il y a  tout au long du prodigieux roman fleuve de Dostoievski ( quelques 800 pages), avec ses innombrables actions secondaires et ses dizaines de personnages,  un  amour de la vie où le plus petit instant mérite d’être goûté parce qu’on le sait fragile. On croirait entendre à plus de vingt siècles de distance l’Eschyle des Perses:  » Jouissez chaque jour des joies que la vie vous apporte car l’argent ne sert  à rien chez les morts ».
Les adaptations aussi bien au théâtre- celle d’André Barsacq avec Philippe Avron- aussi bien qu’au cinéma ( notamment celle de Georges Lampin ( 1946) avec Gérard Philipe  sont très nombreuses : il faut dire que malgré la difficulté ( impossible de ne pas choisir des moments particuliers, le roman est très long),  on est encore ébloui  par  un scénario de tout premier ordre et des dialogues exemplaires.

Alors au metteur en scène de se débrouiller avec une action qui se déroule  sur  six mois et qui comporte quelque 27 personnages, sans compter ceux qui n’ont aucun rôle vraiment actif et , en général, on ne garde  que les plus importants à savoir :Totski, le « bienfaiteur » de la jeune et belle Anastasia, amoureuse de la vie et croqueuse d’hommes, qui a fini par rompre avec lui , Rogovine avec qui elle a de curieux rapports d’amour/haine et qui finira par la tuer, Gania qui voudrait bien se marier avec elle, Lebedev, le petit fonctionnaire,  Aglaé, la fille du général Epantchine,  rivale d’Anastasia et  Le Prince Mychkine, atteint de crises d’épilesie et qui revient de Suisse où il est allé se faire soigner et qui aime aussi d’amour fou Anastasia. Il sont tous âgés d’une vingtaine d’année ou un peu plus , sauf Totski qui a  55 ans. Le Prince arrive avec un baluchon mais esr en passse d’obtenir un héritage qui le fera devenir très riche. Ce qui change évidemment la donne…

Vincent Macaigne ne triche pas et prévient  avec honnêteté que le spectacle est librement inspiré  du roman de Dostoievski dont il n’ a gardé que certaines  scènes essentielles; il a aussi écrit de nombreux dialogues d’après le récit des événements et il en a repris  certains directement tirés du roman mais écourté comme ceux de la  fin. du spectacle. Le jeune metteur en scène dit que » l’enjeu n’est pas de résumer l’Idiot mais de rendre sa force épique et littéraire, son mouvement et sa profusion. Il veut aussi « transcrire les force qui structurent son écriture » et « réduire à des situations de plateau fortes qui permettent de condenser dans un temps réel celui de la représentation commun aux acteurs et aux spectateurs les  enjeux narratifs et symboliques ». « Il nous appartient ,ajoute-t-il sans beaucoup d’humilité de réactiver le mythe dostoievskien ». A la lecture de ces bonnes  et prétentieuses intentions, qui peuvent  paver l’enfer mais aussi quelquefois le paradis théâtral,  on avait fortement envie d’aller voir…
Alors, justement ,que voit-on? On pourrait dire:  beaucoup du pire et un peu du meilleur. Quand on entre d’abord dans le hall de la Salle Gémier, pleine de guirlandes lumineuses de fête foraine, on peut voir des flashes de tableaux classiques savamment mélangés de telle façon que l’oeil ne puisse en reconnaître que des traces et encore à condition d’avoir fait un peu d’histoire de l’art.  Miracle de la technologie.Bon!  A suivre.
Il y a aussi  au-dessus de la scène un tableau lumineux comme autrefois à la SNCF qui  débite, avec un cliquetis merveilleux et  à toute vitesse des chiffres et des lettres pour se fixer sur une  destination et un horaire: les ville défilent: Strasbourg, Londres, Paris… pour s’arrêter à : Saint- Petersbourg 1875-1876. Bon , à suivre. Hippolyte, qui ressemble un peu à Stanislavski jouant Les Bas-Fonds, regard fixe et longs cheveux noirs,  se tire un  coup de revolver qui ne part pas, avec derrière lui un grand  Mickey qui flotte en l’air.  ( Merci Jeff Koons) Bon! Encore à suivre.
Il n’y pas grand chose sur la scène sinon une table avec nappe blanche et flûtes en image2.jpgplastique et de l’autre côté, un distributeur de boissons. Une jeune femme derrière un paroi vitrée écrit, pendant qu’un homme plus très jeune la regarde faire en silence: « Je t’aime encore moi, ne m’abandonne pas… je t’aime. Si tu m’abandonnes, je ferai de ta vie un cauchemar et tu seras obligé de te mettre à quatre pattes pour te débarasser de moi. Tu me dois de l’amour. »Il y a un tube fluo suspendu, l’inévitable portant ( très mode dans le théâtre contemporain), avec des costumes prêts à servir., et la no-moins inévitable servante allumée.Un homme nu, revêt la peluche d’un gros nounours blanc. Et le Prince, au cas où on l’entendrait pas,  hurle au mégaphone avec un accent suisse à couper au couteau, parce qu’il est allé  faire soigner ses crises d’épilepsie en Suisse; Ah! Ah! Ah!… Heureusement,  Pascal Réneric a l’intelligence de ne pas  en faire trop.
Et,  comme c’est l’anniversaire de Nastassia, ils dansent tous en buvant derrière la paroi vitrée, immergés  dans une boîte à mousse comme celles des  clubs branchés, sur fond d’alcool et  de sexe. Dans ces cas-là, nul besoin de connaître l’intrigue, il faut  aller à la pêche aux personnages qui sortent ici d’une bande dessinée; ne restent finalement que les avatars d’avatars de l’Idiot d’origine qu’on ne vous racontera pas parce que ce serait beaucoup trop long.On arrive tant que bien que mal à suivre mais cela  réduit singulièrement la  dimension dramatique. Tout se situe dans un espace et un temps où rien n’est vraisemblable,  mais pourquoi pas?
Mais il  y a aussi, suprême raffinement, des sons qui doivent dépasser allègrement les 105 décibels , limite autorisée pendant trois minutes dans le spectacle et à plus de trois mètres minimum des baffles. On se demande d’ailleurs bien pourquoi la direction de Chaillot autorise ce jeune homme à faire cela en toute illégalité. Le mépris du public a des limites et des spectateurs sortent, incapables de résister à cette torture.
Que cherche  Vincent Macaigne? A jouer sur les nerfs du  public?  Gagné!  Mais c’est à la fois , inadmissible ,naïf  et prétentieux, et on peut vous garantir un bon mal d’oreilles à la sortie. A partir de ce moment-là, on commence à avoir de sérieux doutes sur ses capacités de créateur, d’autant qu’il accumule sans trop de gêne les pires poncifs du théâtre contemporain: les courses effrénées et sans raison  dans la salle, qu’il doit trouver drôles, les fumigènes à gogo, les écrans de télévision avec l’interview de Sarkozy par David Pujadas, les costumes ridicules ( le Prince en caleçon), la neige qui tombe ( très mode en ce moment,  merci Savary qui le faisait il y a déjà quarante ans) … Il  ne craint pas non plus d’emprunter ( on dira citer, cela fait plus chic) le grand panneau du fond qui s’abat subitement ( merci Giorgio Corsetti dans Gertrud/  Le Cri ).
Entracte:  on donne au public un petit texte plutôt bien  écrit pour résumer ce qui se passe entre temps pendant quinze ans (?? le roman se déroule sur quelques semaines ) mais bon , allons , faisons encore une concession…Hippolyte, sur une caisse roulante dans le hall du théâtre,   crie  son mal-être et crache le sang  pour cause de tuberculose avancée.(mais qui sait encore parmi les jeunes spectateurs  ce qu’est vraiment la tuberculose) , avant que Macaigne n’invite en hurlant le public à rentrer dans la salle qui s’est un peu vidée et  où l’attend une bonne dose de fumigène…Du terreau tombe des cintres,( merci,  Claude Régy ) les personnages se balancent de la peinture verte.( merci tous les performers d’il y a trente ans minimum ) . Puis ils vont prendre une douche installée sur scène ( nul n’ignore que c’est toujours passionnant de voir quelqu’un se doucher à moitié habillé). On casse à coup de pioche un panneau, histoire de voir une belle lumière  derrière et de faire ainsi une belle image.

Quand on aime, on ne compte pas…Mais pour mémoire, le fongible de chaque soir s’élève à quelque 1.000 euros! Il faudrait que  Daniel Mesguisch, maintenant directeur du Conservatoire, d’où vient Vincent Macaigne,  fasse donner quelques conférences sur l’écologie. Savoir gérer un plateau aux moindres frais  participe aussi du respect du public… et de la planète où Vincent Macaigne , comme nous tous, n’est que de passage…image41.jpg
Ce jeune metteur en scène semble  intéressé par l’art contemporain et quelques  images d’Idiot sont assez belles.Dans son texte d’intention, il  cite des artistes comme Terry Richardson, Andreas Serrano et Gregory Crewdson, dont on peut voir  de remarquables  photos, magistralement mises en scène,  à la Galerie Templon, et mentionne  aussi Rembrandt, Bacon et Depardon ! Cela fait quand même beaucoup de monde convoqué au  portillon., pour ce qu’il a à montrer. Et comme il y a de la prétention dans l’air, il ne craint pas de présenter ce travail comme une « suite synthétique de ses précédents travaux » ! Tous aux abris!
La deuxième partie s’étire un peu mollement, ponctuée par les effets dont nous avons parlé plus haut; la fin est plus forte et il y a  une scène remarquable en densité et en vérité; c’est celle où Aglaé et Nastassia hurlent en s’injuriant et en viennent aux mains: là , on se dit  que Vincent Macaigne peut  être un  bon directeur d’acteurs. mais c’est presque la fin de ces trois heures et demi peu convaincantes. Heureusement, Vincent Macaigne  sait  choisir ses comédiens; en particulier: Pascal Réneric (Le Prince), Thibault Lacroix (Hippolyte) et Servane Ducorps ( Nastassia) qui  sont tous les trois d’une justesse et d’une sensibilité remarquables, et si le spectacle arrive quand même à passer par moments, c’est bien surtout à eux qu’on le doit. On les connaît depuis longtemps et ils n’ont cessé de progresser ; n’en déplaise à M. Goldenberg, qui n’est plus directeur des lieux, ils ont tous les trois, fait l’Ecole du Théâtre National de Chaillot…
Alors,  à voir? C’est selon votre capacité d’endurance acoustique ( en cas de problème, vous pouvez envoyer un commentaire sur ce blog en demandant le téléphone d’un excellent et très gentil  oto-rhyno à l’Hôpital de la Pitié qui, en plus, est un bon spécialiste de théâtre, on vous l’enverra aussitôt) . Cela dépend  aussi  de  votre envie de passer plus de trois heures dans ces conditions à  voir une chose que l’on oublie vite,  ou  de votre volonté de savoir  comment on peut employer l’argent public à concocter ce genre de produits.

  Sinon vous pouvez vous abstenir, la vie est courte et vous pouvez plutôt aller à la Galerie Templon voir les photos de Crewdson et/ou bien vous offrir  le film de Depardon. A vous de choisir mais ne venez pas dire que l’on ne vous aura pas prévenu…

 

Philipe du Vignal

Théâtre National de Chaillot, jusqu’au 21 mars.


Archive pour 18 mars, 2009

Idiot

Idiot, un spectacle de Vincent Macaigne, librement inspiré de Dostoievski. image3.jpg

Le célèbre roman Crime et Châtiment, le premier grand roman de Dostoievski a un esprit chrétien et vise clairement les idées positivistes  qui commençaient à se répandre dans les milieux bourgeois des grandes villes russes;  dans  L’idiot, il y aussi,  chez le Prince comme chez Hippolyte, voire chez Rogojine et Lebedev, une pensée nettement religieuse et sociale, où la question de la richesse des uns et de la misère des autres  est clairement posée, à une époque où l’on guillotinait sans trop d’état d’âme. Malgré tout, il y a  tout au long du prodigieux roman fleuve de Dostoievski ( quelques 800 pages), avec ses innombrables actions secondaires et ses dizaines de personnages,  un  amour de la vie où le plus petit instant mérite d’être goûté parce qu’on le sait fragile. On croirait entendre à plus de vingt siècles de distance l’Eschyle des Perses:  » Jouissez chaque jour des joies que la vie vous apporte car l’argent ne sert  à rien chez les morts ».
Les adaptations aussi bien au théâtre- celle d’André Barsacq avec Philippe Avron- aussi bien qu’au cinéma ( notamment celle de Georges Lampin ( 1946) avec Gérard Philipe  sont très nombreuses : il faut dire que malgré la difficulté ( impossible de ne pas choisir des moments particuliers, le roman est très long),  on est encore ébloui  par  un scénario de tout premier ordre et des dialogues exemplaires.

Alors au metteur en scène de se débrouiller avec une action qui se déroule  sur  six mois et qui comporte quelque 27 personnages, sans compter ceux qui n’ont aucun rôle vraiment actif et , en général, on ne garde  que les plus importants à savoir :Totski, le « bienfaiteur » de la jeune et belle Anastasia, amoureuse de la vie et croqueuse d’hommes, qui a fini par rompre avec lui , Rogovine avec qui elle a de curieux rapports d’amour/haine et qui finira par la tuer, Gania qui voudrait bien se marier avec elle, Lebedev, le petit fonctionnaire,  Aglaé, la fille du général Epantchine,  rivale d’Anastasia et  Le Prince Mychkine, atteint de crises d’épilesie et qui revient de Suisse où il est allé se faire soigner et qui aime aussi d’amour fou Anastasia. Il sont tous âgés d’une vingtaine d’année ou un peu plus , sauf Totski qui a  55 ans. Le Prince arrive avec un baluchon mais esr en passse d’obtenir un héritage qui le fera devenir très riche. Ce qui change évidemment la donne…

Vincent Macaigne ne triche pas et prévient  avec honnêteté que le spectacle est librement inspiré  du roman de Dostoievski dont il n’ a gardé que certaines  scènes essentielles; il a aussi écrit de nombreux dialogues d’après le récit des événements et il en a repris  certains directement tirés du roman mais écourté comme ceux de la  fin. du spectacle. Le jeune metteur en scène dit que » l’enjeu n’est pas de résumer l’Idiot mais de rendre sa force épique et littéraire, son mouvement et sa profusion. Il veut aussi « transcrire les force qui structurent son écriture » et « réduire à des situations de plateau fortes qui permettent de condenser dans un temps réel celui de la représentation commun aux acteurs et aux spectateurs les  enjeux narratifs et symboliques ». « Il nous appartient ,ajoute-t-il sans beaucoup d’humilité de réactiver le mythe dostoievskien ». A la lecture de ces bonnes  et prétentieuses intentions, qui peuvent  paver l’enfer mais aussi quelquefois le paradis théâtral,  on avait fortement envie d’aller voir…
Alors, justement ,que voit-on? On pourrait dire:  beaucoup du pire et un peu du meilleur. Quand on entre d’abord dans le hall de la Salle Gémier, pleine de guirlandes lumineuses de fête foraine, on peut voir des flashes de tableaux classiques savamment mélangés de telle façon que l’oeil ne puisse en reconnaître que des traces et encore à condition d’avoir fait un peu d’histoire de l’art.  Miracle de la technologie.Bon!  A suivre.
Il y a aussi  au-dessus de la scène un tableau lumineux comme autrefois à la SNCF qui  débite, avec un cliquetis merveilleux et  à toute vitesse des chiffres et des lettres pour se fixer sur une  destination et un horaire: les ville défilent: Strasbourg, Londres, Paris… pour s’arrêter à : Saint- Petersbourg 1875-1876. Bon , à suivre. Hippolyte, qui ressemble un peu à Stanislavski jouant Les Bas-Fonds, regard fixe et longs cheveux noirs,  se tire un  coup de revolver qui ne part pas, avec derrière lui un grand  Mickey qui flotte en l’air.  ( Merci Jeff Koons) Bon! Encore à suivre.
Il n’y pas grand chose sur la scène sinon une table avec nappe blanche et flûtes en image2.jpgplastique et de l’autre côté, un distributeur de boissons. Une jeune femme derrière un paroi vitrée écrit, pendant qu’un homme plus très jeune la regarde faire en silence: « Je t’aime encore moi, ne m’abandonne pas… je t’aime. Si tu m’abandonnes, je ferai de ta vie un cauchemar et tu seras obligé de te mettre à quatre pattes pour te débarasser de moi. Tu me dois de l’amour. »Il y a un tube fluo suspendu, l’inévitable portant ( très mode dans le théâtre contemporain), avec des costumes prêts à servir., et la no-moins inévitable servante allumée.Un homme nu, revêt la peluche d’un gros nounours blanc. Et le Prince, au cas où on l’entendrait pas,  hurle au mégaphone avec un accent suisse à couper au couteau, parce qu’il est allé  faire soigner ses crises d’épilepsie en Suisse; Ah! Ah! Ah!… Heureusement,  Pascal Réneric a l’intelligence de ne pas  en faire trop.
Et,  comme c’est l’anniversaire de Nastassia, ils dansent tous en buvant derrière la paroi vitrée, immergés  dans une boîte à mousse comme celles des  clubs branchés, sur fond d’alcool et  de sexe. Dans ces cas-là, nul besoin de connaître l’intrigue, il faut  aller à la pêche aux personnages qui sortent ici d’une bande dessinée; ne restent finalement que les avatars d’avatars de l’Idiot d’origine qu’on ne vous racontera pas parce que ce serait beaucoup trop long.On arrive tant que bien que mal à suivre mais cela  réduit singulièrement la  dimension dramatique. Tout se situe dans un espace et un temps où rien n’est vraisemblable,  mais pourquoi pas?
Mais il  y a aussi, suprême raffinement, des sons qui doivent dépasser allègrement les 105 décibels , limite autorisée pendant trois minutes dans le spectacle et à plus de trois mètres minimum des baffles. On se demande d’ailleurs bien pourquoi la direction de Chaillot autorise ce jeune homme à faire cela en toute illégalité. Le mépris du public a des limites et des spectateurs sortent, incapables de résister à cette torture.
Que cherche  Vincent Macaigne? A jouer sur les nerfs du  public?  Gagné!  Mais c’est à la fois , inadmissible ,naïf  et prétentieux, et on peut vous garantir un bon mal d’oreilles à la sortie. A partir de ce moment-là, on commence à avoir de sérieux doutes sur ses capacités de créateur, d’autant qu’il accumule sans trop de gêne les pires poncifs du théâtre contemporain: les courses effrénées et sans raison  dans la salle, qu’il doit trouver drôles, les fumigènes à gogo, les écrans de télévision avec l’interview de Sarkozy par David Pujadas, les costumes ridicules ( le Prince en caleçon), la neige qui tombe ( très mode en ce moment,  merci Savary qui le faisait il y a déjà quarante ans) … Il  ne craint pas non plus d’emprunter ( on dira citer, cela fait plus chic) le grand panneau du fond qui s’abat subitement ( merci Giorgio Corsetti dans Gertrud/  Le Cri ).
Entracte:  on donne au public un petit texte plutôt bien  écrit pour résumer ce qui se passe entre temps pendant quinze ans (?? le roman se déroule sur quelques semaines ) mais bon , allons , faisons encore une concession…Hippolyte, sur une caisse roulante dans le hall du théâtre,   crie  son mal-être et crache le sang  pour cause de tuberculose avancée.(mais qui sait encore parmi les jeunes spectateurs  ce qu’est vraiment la tuberculose) , avant que Macaigne n’invite en hurlant le public à rentrer dans la salle qui s’est un peu vidée et  où l’attend une bonne dose de fumigène…Du terreau tombe des cintres,( merci,  Claude Régy ) les personnages se balancent de la peinture verte.( merci tous les performers d’il y a trente ans minimum ) . Puis ils vont prendre une douche installée sur scène ( nul n’ignore que c’est toujours passionnant de voir quelqu’un se doucher à moitié habillé). On casse à coup de pioche un panneau, histoire de voir une belle lumière  derrière et de faire ainsi une belle image.

Quand on aime, on ne compte pas…Mais pour mémoire, le fongible de chaque soir s’élève à quelque 1.000 euros! Il faudrait que  Daniel Mesguisch, maintenant directeur du Conservatoire, d’où vient Vincent Macaigne,  fasse donner quelques conférences sur l’écologie. Savoir gérer un plateau aux moindres frais  participe aussi du respect du public… et de la planète où Vincent Macaigne , comme nous tous, n’est que de passage…image41.jpg
Ce jeune metteur en scène semble  intéressé par l’art contemporain et quelques  images d’Idiot sont assez belles.Dans son texte d’intention, il  cite des artistes comme Terry Richardson, Andreas Serrano et Gregory Crewdson, dont on peut voir  de remarquables  photos, magistralement mises en scène,  à la Galerie Templon, et mentionne  aussi Rembrandt, Bacon et Depardon ! Cela fait quand même beaucoup de monde convoqué au  portillon., pour ce qu’il a à montrer. Et comme il y a de la prétention dans l’air, il ne craint pas de présenter ce travail comme une « suite synthétique de ses précédents travaux » ! Tous aux abris!
La deuxième partie s’étire un peu mollement, ponctuée par les effets dont nous avons parlé plus haut; la fin est plus forte et il y a  une scène remarquable en densité et en vérité; c’est celle où Aglaé et Nastassia hurlent en s’injuriant et en viennent aux mains: là , on se dit  que Vincent Macaigne peut  être un  bon directeur d’acteurs. mais c’est presque la fin de ces trois heures et demi peu convaincantes. Heureusement, Vincent Macaigne  sait  choisir ses comédiens; en particulier: Pascal Réneric (Le Prince), Thibault Lacroix (Hippolyte) et Servane Ducorps ( Nastassia) qui  sont tous les trois d’une justesse et d’une sensibilité remarquables, et si le spectacle arrive quand même à passer par moments, c’est bien surtout à eux qu’on le doit. On les connaît depuis longtemps et ils n’ont cessé de progresser ; n’en déplaise à M. Goldenberg, qui n’est plus directeur des lieux, ils ont tous les trois, fait l’Ecole du Théâtre National de Chaillot…
Alors,  à voir? C’est selon votre capacité d’endurance acoustique ( en cas de problème, vous pouvez envoyer un commentaire sur ce blog en demandant le téléphone d’un excellent et très gentil  oto-rhyno à l’Hôpital de la Pitié qui, en plus, est un bon spécialiste de théâtre, on vous l’enverra aussitôt) . Cela dépend  aussi  de  votre envie de passer plus de trois heures dans ces conditions à  voir une chose que l’on oublie vite,  ou  de votre volonté de savoir  comment on peut employer l’argent public à concocter ce genre de produits.

  Sinon vous pouvez vous abstenir, la vie est courte et vous pouvez plutôt aller à la Galerie Templon voir les photos de Crewdson et/ou bien vous offrir  le film de Depardon. A vous de choisir mais ne venez pas dire que l’on ne vous aura pas prévenu…

 

Philipe du Vignal

Théâtre National de Chaillot, jusqu’au 21 mars.

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