CRIES AND WHISPERS


CRIES AND WHISPERS  d’ Ingmar Bergman, mise en scène Ivo Van Hove( Toneelgroep d’Amsterdam

La Maison des Arts de Créteil a des fidélités, Didier Fusilier avait déjà invité India song, Carmen et Opening night montés par Ivo Van Hove qui s’est confronté à plusieurs reprises à la réalisation de spectacles sur des scénarios de grands films.
Le film de Bergman m’avait laissé un souvenir brûlant, l’agonie d’Agnès dans les bras de sa servante Anna qui l’accouche de sa mort, ses sœurs Maria et Karin sont là, mais elles ne savent pas lui donner l’amour qu’elle réclame. Ivo Van Hove restitue la beauté violente de ces vies gâchées, du triomphe d’Agnès, l’artiste qui s’ébroue désespérément sur une immense toile blanche en la maculant du bleu d’Yves Klein au moment ultime précédant sa mort.

Seule Anna sera elle aussi maculée de bleu, elle ne cesse de laver, de changer les draps, elle qui est blanche, immaculée, abandonnée à son sort, silencieuse après la mort. Les sœurs qui ont manqué leurs vies de mères et de femme-on voit la scène terrifiante où Karin se mutile le sexe ont au moins réussi à crier leur douleur, leur haine, l’avers de l’amour qu’elles n’ont pas su donner. Les hommes qui arrivent pour l’enterrement ne sont que des ombres de bourgeois égoïstes. Décor, projections, vidéo servent bien l’interprétation de comédiennes exceptionnelles, magnifique Chris Nievelt en Agnès, émouvante Karina Smulders silencieuse Anna.

Edith Rappoport

 


Un commentaire

  1. Pansieri dit :

    Le film m’avait déjà secoué et ce spectacle n’a pas manqué de le faire aussi. Moins avec l’auto-mutilation de Karin que, si j’ose dire, je voyais venir, qu’avec le tragique happening-performance de la mort d’Agnès qui m’a coupé le souffle. J’avais déjà admiré Chris Nievelt dans la Cléopâtre des « Tragédies romaines » du même Van Hove. Là, elle est au delà. Tellement qu’après… Comment dire ? Soit que j’étais en état de choc, soit que j’attendais puérilement un nouveau séisme… Le reste pour le coup m’a paru presque « littéraire ». J’ai soudain regretté alors le 19ème siècle qui, chez Bergman, expliquait mieux toutes ces névroses qui m’ont paru ici paradoxalement dépassées. Peut-être était-ce la langue… J’ai eu du mal à croire à cette Maria (Halina Reijn n’est pas en cause, elle est excellente) hollandaise d’aujourd’hui à la fois « libérée » et puritaine, à sa soeur « riche mais prisonnière » d’un affreux pasteur. Côté relations entre ces trois « soeurs ennemies », je suis resté aussi sur ma faim. Ce qui n’enlève rien au talent de Van Hove. Pas de doute, c’est quelqu’un ! Comme plasticien déjà, et comme philosophe. J’ai rarement vu de si près la souffrance au théâtre. Ni le travail du temps qui sépare tant de gens qui se juraient naguère de s’aimer toujours… Je me demande ce que donneraient « Les Invasions barbares » de Denys Arcand sur une scène…

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