La Jalousie du barbouillé, Le Médecin volant et Les Précieuses ridicules
La Jalousie du barbouillé, Le Médecin volant et Les Précieuses ridicules
Le directeur du T.N.P. à Villeurbanne a mis en scène deux programmes consacrés à Molière: l’un avec Sganarelle ou le Cocu imaginaire et L’Ecole des maris, et l’autre, trois petites pièces citées plus haut jouées sur une petite scène à tréteaux, avec fausse chandelles sur le devant ( c’est peut-être du second degré?) posée sur le plateau du Théâtre 71. Sans doute une fausse bonne idée; ce n’est en effet ni très beau ni très efficace mais bon! La Jalousie du barbouillé est une courte farce inspirée de celles du Moyen- Age où un mari jaloux met dehors sa femme Angélique, après s’être confié à un docteur aussi ignorant que prétentieux. Il lui ferme la porte mais elle trouve , à son tour, le moyen de le laisser dehors.
Il y a un tirade formidable qui préfigure celle de Sganarelle dans Don Juan où le Barbouillé consulte un médecin vantard et prétentieux qui prononce une série de courtes phrases-valises assez étonnantes , et comme la langue de Molière à ses débuts est déjà savoureuse, et que c’est du genre plutôt bien joué , nous n’avons pas boudé pas notre plaisir (malgré des costumes bien laids) avec notamment Jérôme Quintard ( Le barbouillé) , Julien Gauthier ( le docteur) et Laurence Besson ( Angélique). On sent qu’il y a un véritable esprit de troupe, ce qui fera plaisir à Edith Rappoport. Et les dix comédiens sortent tous de l’ENSATT à Lyon, (deux d’entre eux: Olivier Borle et Jérôme Quintard, n’en déplaise à Goldenberg, ex-directeur du Théâtre national de Chaillot, ont d’abord été élèves à l’Ecole de Chaillot.
Mais la mise en scène de Christian Schiaretti manque singulièrement de rythme et de force. Comme si, pour reprendre l’expression du grand Bernard Dort, notre maître à beaucoup, avait « perdu ses boulons en route » et la remarque vaut pour les trois pièces. Le Médecin volant raconte l’histoire de deux amoureux: Valère et Lucile dont Georgibus, son père veut absolument la marier à Villebrequin; Lucile fait semblant d’être malade et Sabine, sa chère cousine s’en va chercher un médecin- ridicule et ,comme dans La Jalousie du barbouillé, assez prétentieux. Il n’est autre que Sganarelle, le valet de Valère. Finalement Gorgibus, reconnaîtra avoir été trompé par cette double identité et acceptera le mariage des amoureux. Un canevas venant tout droit de la commedia dell arte et là aussi, la petite pièce plutôt bien jouée notamment par Olivier Borle et Jeanne Brouaye est rarement montée nous laisse un peu sur notre faim. Et là, on ne peut pas reprocher grand chose à Christian Schiaretti, sinon de l’avoir choisie….
Quant aux Précieuses ridicules, c’est une belle erreur d’installer sur cette même petite scène à tréteaux où, par définition, il n’y a guère de place. Dès lors, les comédiens passent et repassent on ne sait trop pourquoi par le châssis en ferraille qui sert de fond aux deux pièces précédentes, et, très franchement, on n’en voit pas bien l’intérêt: les comédiens ne semblent pas à l’aise sur un espace aussi limité. Jeanne Brouyaie ( Magdelon) et Clémentine Verdier ( Cathos), les jeunes provinciales snobinardes criaillent et on comprend souvent mal ce qu’elles disent, d’autant plus que le texte est bourré de termes qu’il aurait fallu absolument traduire. Les linguistes ont peut-être les bonnes réponses, mais la pièce a a un vocabulaire beaucoup moins compréhensible que celui des grandes œuvres comme Tartuffe ou Dom Juan, pour qui n’a pas étudié au lycée la littérature de cette époque.
Cela dit, les collégiens, sans être enthousiastes, n’avaient pas l’air de s’ennuyer; peut-être avaient-ils été auparavant cornaqués par leurs profs… Alors, à voir? Pas sûr, le rapport qualité/prix n’est pas évident ( 21 euros plein pot!) , sauf si vous avez envie de voir les débuts de l’immense Molière. Celui dont on continue à dire que, quel que soit le texte, quand les élèves d’un cours d’art dramatique en entendent par hasard une bouffée, ils en reconnaissent aussitôt l’auteur.Et le texte écrit dans une langue admirable. Quant au Programme 1, (Sganarelle ou le Cocu imaginaire, et L’Ecole des Maris) deux pièces plus longues mais assez mineures, du coup, cela ne donne pas vraiment envie d’y aller voir. Maintenant , si le cœur vous en dit… Si nous en avons le temps, nous irons et vous rendrons compte…
Philippe du Vignal
Théâtre 71, Malakoff ( Hauts-de-Seine) jusqu’au 10 avril ( les intégrales des deux programmes n’ont plus lieu, ouf!)

j’avais vu les mêmes à Lyon, à domicile, au TNP et les jeunes comédiens s’en donnaient à coeur joie, quant aux élèves présents (forcément), ils étaient debout, applaudissant avec enthousiasme, à la fin.