César, Fanny, Marius

César, Fanny, Marius de Marcel Pagnol, adaptation et mise en scène de Francis Huster

Cela commence mal: est affiché en lettres en tubes fluo le titre du spectacle. Mais il devrait commencer par Marius, premier opus de la fameuse trilogie créé en 1929 que suivit très vite en 1931 Fanny. César fut créée pour le cinéma en 1936, puis seulement dix ans plus tard montée au théâtre. Enfin, passons… La trilogie de Pagnol a été beaucoup jouée, beaucoup adaptée au cinéma, notamment en Suède: Längtan till havet en Allemagne, au Japon (trois fois!) et elle est entrée à la Comédie-Française avec Fanny, médiocrement mise en scène par Irène Bonnaud, malgré la présence du grand Andrej Seweryn qui réussissait à rendre crédible son Panisse et de Marie-Sophie Ferdane ( Fanny) .
Comme si Francis Huster voulait bien montrer que César /Weber ou Weber/César ( on choisira) est bien le personnage principal essentiel. Il y a un décor très réaliste où rien ne manque mais, quitte à vouloir se lancer dans une reconstitution, mieux vaudrait le faire dans l’exactitude; à qui fera-t-on croire que les tabourets hauts sont d’époque et qu’il peut y avoir ces grands abat-jours en tôle dans le café de César, etc… Cela sent le décor d’un film tiré d’une opérette américaine bon marché.

Et l’on voit à peine le lointain, alors que Pagnol insiste avec raison sur l’importance du port avec ses tonneaux et ses mâts de bateaux, symbolisant l’appel du large qui fascine Marius ; quant à l’entrepôt de voiles et cordages de Panisse, il bouge dès qu’un acteur s’appuie sur le mur! Et l’éventaire de coquillages d’Honorine avec ses caisses passées au brou de noix,  a des roues caoutchoutées sorties toutes neuves du B.H.V. Il faut se pincer très fort pour croire à toute cette pacotille. Et mieux vaut ne pas parler du bateau à voiles en fond de scène...
On pense à ce qu’un scénographe comme Guy-Claude François aurait pu imaginer. D’autant plus que les didascalies de Marcel Pagnol sont très précises et que l’on a besoin de croire à l’univers marseillais de l’époque, d’autant plus qu’ici, ce n’est, semble-t-il, ni une question d’espace ni d’argent… Comme on a besoin aussi de croire à l’univers sonore du Vieux-Port tel qu’il devait être en 29, aux coups de marteau dans les chantiers de démolition de bateaux, avant que les Allemands ne bombardent le Pont transbordeur et une grande partie du quartier…
Mais ici tout est propret, sans vérité. La moindre des choses aurait été de reprendre vraiment le texte et de le jouer comme il est écrit, sinon on prend tous les risques d’aller droit dans le mur. Cette trilogie dont on ne va pas vous retracer l’intrigue (les amours compliquées du jeune Marius et de la belle Fanny) tant elle est connue, quand elle est montée en France, ne peut guère l’être que si l’on tient compte du temps où Marseille, malgré son port ouvert sur tous les pays du monde, n’était pas une ville bien riche, et où de nombreuses magasins il y a encore une trentaine d’années n’avaient rien de luxueux…

 Et César, patron de petit  bistrot, devait vivre chichement, comme son copain Escartefigue, victime de la modernité représentée par ce pont transbordeur qui lui enlève les clients de son ferry-boat traversant le Vieux-Port du quai de la Joliette à la Rive neuve. Monsieur Brun,lui, jeune vérificateur des Impôts , est d’un autre monde: il est d’abord lyonnais et de l’administration, ce qui lui octroie un statut spécial. Quant à Picoiseau, le mendiant, comme il devait y en avoir beaucoup à Marseille, on ne peut deviner que c’est lui, tant la mise en en scène de Francis Huster est approximative. Et l’adaptation qu’il a tirée de la trilogie n’y aide pas non plus. Comme le metteur en scène a coupé un peu partout et de tripoter les scènes, le texte semble être passé à l’essoreuse, même si après l’entracte, les choses s’améliorent.
C’est en fait tout le spectacle qui manque de rythme et d’énergie et malgré les fameuses scènes-culte dont celle de la partie de cartes -pas trop mal réussie- le temps ne passe pas vite. ( Plus de trois heures avec l’entracte). Sans doute en grande partie, à cause d’une direction d’acteurs bâclée, il n’y a pas d’autre mot convenable. Comment peut-on croire un instant au Panisse de Francis Huster, copain de tente ans de César, mais raide comme un clergyman d’autrefois qui se serait trompé de pièce. Tout se passe comme si Francis Huster avait été plus ou moins obligé d’accepter le rôle, et comme on sait, un comédien qui va à reculons sur une scène, ne fait jamais du bon travail.

Quant à Jacques Weber, il a souvent une diction approximative, Dieu sait pourquoi, et perd souvent son accent marseillais en route, ce qui fait plutôt désordre.Il surjoue et cabotine, comme s’il pouvait tout se permettre. Alors qu’il pourrait être dix fois meilleur s’il était dirigé. Enfin au moins et heureusement,il est là et, quand il veut bien ne pas en faire de trop, il a un jeu assez  nuancé.

Mais là où cela ne va pas du tout, c’est quand Stanley Weber, fils de Jacques ,essaye de jouer Marius, le personnage essentiel de la pièce! S’il a en bien l’âge, il semble traîner son personnage comme un pensum, à tel point que cela en devient gênant pour le spectacle qui n’avait pas besoin de cela. Quant à Charlotte Kady, ( Honorine) en robe à fleurs et collants blancs (si, si! ), elle criaille et a bien du mal à rendre crédible son personnage de marchande de coquillages. 1cesar.jpg
Quant à Hafsia Herzi,( Fanny) qui était si juste dans La Graine et le mulet d’Abdel Kachiche, elle semble un peu perdue et il aurait fallu qu’elle soit vraiment dirigée, ce qui est loin d’être le cas. A 22 ans, elle a à peu près l’âge du rôle mais cela ne suffit pas et l’on sent bien qu’elle est plus habituée aux plateaux de cinéma qu’à une scène; en revanche, Urbain Cancelier (Escartefigue ) et Eric Laugerias ( M. Brun) sont d’un excellent niveau et donnent un peu de corps à un travail qui reste peu convaincant. Heureusement qu’ils sont là, eux-aussi

  Mais la vraie question est sans doute ailleurs: était-il besoin de monter en la réduisant, la plus grande partie de cette trilogie? Pourquoi pas Fanny, sans doute la plus achevée des trois pièces? Par ailleurs, tout se passe comme si Francis Huster ,qui n’est quand même pas n’importe quel acteur, avait un peu perdu l’habitude diriger ses confrères; sa dernière mise en scène à Paris devait être Faisons un rêve de Sacha Guitry, il y a plus de dix ans… Désolé, mais ici, c’est vraiment  trop approximatif; que l’on aime ou non Marcel Pagnol (assez mal vu dans les sphères intello), c’est un théâtre populaire qui vaut largement beaucoup de pièces actuelles et qui méritait le respect.
A voir? Non, pas du tout, d’autant plus que les places au parterre sont à plus de cinquante euros! Revoyez plutôt, si vous le pouvez, la trilogie filmée par Pagnol avec le très grand Raimu et Charpin, même si le jeu d’Orane Demazis est un peu crispant..

 Philippe du Vignal

Théâtre Antoine


Archive pour 5 avril, 2009

César, Fanny, Marius

César, Fanny, Marius de Marcel Pagnol, adaptation et mise en scène de Francis Huster

Cela commence mal: est affiché en lettres en tubes fluo le titre du spectacle. Mais il devrait commencer par Marius, premier opus de la fameuse trilogie créé en 1929 que suivit très vite en 1931 Fanny. César fut créée pour le cinéma en 1936, puis seulement dix ans plus tard montée au théâtre. Enfin, passons… La trilogie de Pagnol a été beaucoup jouée, beaucoup adaptée au cinéma, notamment en Suède: Längtan till havet en Allemagne, au Japon (trois fois!) et elle est entrée à la Comédie-Française avec Fanny, médiocrement mise en scène par Irène Bonnaud, malgré la présence du grand Andrej Seweryn qui réussissait à rendre crédible son Panisse et de Marie-Sophie Ferdane ( Fanny) .
Comme si Francis Huster voulait bien montrer que César /Weber ou Weber/César ( on choisira) est bien le personnage principal essentiel. Il y a un décor très réaliste où rien ne manque mais, quitte à vouloir se lancer dans une reconstitution, mieux vaudrait le faire dans l’exactitude; à qui fera-t-on croire que les tabourets hauts sont d’époque et qu’il peut y avoir ces grands abat-jours en tôle dans le café de César, etc… Cela sent le décor d’un film tiré d’une opérette américaine bon marché.

Et l’on voit à peine le lointain, alors que Pagnol insiste avec raison sur l’importance du port avec ses tonneaux et ses mâts de bateaux, symbolisant l’appel du large qui fascine Marius ; quant à l’entrepôt de voiles et cordages de Panisse, il bouge dès qu’un acteur s’appuie sur le mur! Et l’éventaire de coquillages d’Honorine avec ses caisses passées au brou de noix,  a des roues caoutchoutées sorties toutes neuves du B.H.V. Il faut se pincer très fort pour croire à toute cette pacotille. Et mieux vaut ne pas parler du bateau à voiles en fond de scène...
On pense à ce qu’un scénographe comme Guy-Claude François aurait pu imaginer. D’autant plus que les didascalies de Marcel Pagnol sont très précises et que l’on a besoin de croire à l’univers marseillais de l’époque, d’autant plus qu’ici, ce n’est, semble-t-il, ni une question d’espace ni d’argent… Comme on a besoin aussi de croire à l’univers sonore du Vieux-Port tel qu’il devait être en 29, aux coups de marteau dans les chantiers de démolition de bateaux, avant que les Allemands ne bombardent le Pont transbordeur et une grande partie du quartier…
Mais ici tout est propret, sans vérité. La moindre des choses aurait été de reprendre vraiment le texte et de le jouer comme il est écrit, sinon on prend tous les risques d’aller droit dans le mur. Cette trilogie dont on ne va pas vous retracer l’intrigue (les amours compliquées du jeune Marius et de la belle Fanny) tant elle est connue, quand elle est montée en France, ne peut guère l’être que si l’on tient compte du temps où Marseille, malgré son port ouvert sur tous les pays du monde, n’était pas une ville bien riche, et où de nombreuses magasins il y a encore une trentaine d’années n’avaient rien de luxueux…

 Et César, patron de petit  bistrot, devait vivre chichement, comme son copain Escartefigue, victime de la modernité représentée par ce pont transbordeur qui lui enlève les clients de son ferry-boat traversant le Vieux-Port du quai de la Joliette à la Rive neuve. Monsieur Brun,lui, jeune vérificateur des Impôts , est d’un autre monde: il est d’abord lyonnais et de l’administration, ce qui lui octroie un statut spécial. Quant à Picoiseau, le mendiant, comme il devait y en avoir beaucoup à Marseille, on ne peut deviner que c’est lui, tant la mise en en scène de Francis Huster est approximative. Et l’adaptation qu’il a tirée de la trilogie n’y aide pas non plus. Comme le metteur en scène a coupé un peu partout et de tripoter les scènes, le texte semble être passé à l’essoreuse, même si après l’entracte, les choses s’améliorent.
C’est en fait tout le spectacle qui manque de rythme et d’énergie et malgré les fameuses scènes-culte dont celle de la partie de cartes -pas trop mal réussie- le temps ne passe pas vite. ( Plus de trois heures avec l’entracte). Sans doute en grande partie, à cause d’une direction d’acteurs bâclée, il n’y a pas d’autre mot convenable. Comment peut-on croire un instant au Panisse de Francis Huster, copain de tente ans de César, mais raide comme un clergyman d’autrefois qui se serait trompé de pièce. Tout se passe comme si Francis Huster avait été plus ou moins obligé d’accepter le rôle, et comme on sait, un comédien qui va à reculons sur une scène, ne fait jamais du bon travail.

Quant à Jacques Weber, il a souvent une diction approximative, Dieu sait pourquoi, et perd souvent son accent marseillais en route, ce qui fait plutôt désordre.Il surjoue et cabotine, comme s’il pouvait tout se permettre. Alors qu’il pourrait être dix fois meilleur s’il était dirigé. Enfin au moins et heureusement,il est là et, quand il veut bien ne pas en faire de trop, il a un jeu assez  nuancé.

Mais là où cela ne va pas du tout, c’est quand Stanley Weber, fils de Jacques ,essaye de jouer Marius, le personnage essentiel de la pièce! S’il a en bien l’âge, il semble traîner son personnage comme un pensum, à tel point que cela en devient gênant pour le spectacle qui n’avait pas besoin de cela. Quant à Charlotte Kady, ( Honorine) en robe à fleurs et collants blancs (si, si! ), elle criaille et a bien du mal à rendre crédible son personnage de marchande de coquillages. 1cesar.jpg
Quant à Hafsia Herzi,( Fanny) qui était si juste dans La Graine et le mulet d’Abdel Kachiche, elle semble un peu perdue et il aurait fallu qu’elle soit vraiment dirigée, ce qui est loin d’être le cas. A 22 ans, elle a à peu près l’âge du rôle mais cela ne suffit pas et l’on sent bien qu’elle est plus habituée aux plateaux de cinéma qu’à une scène; en revanche, Urbain Cancelier (Escartefigue ) et Eric Laugerias ( M. Brun) sont d’un excellent niveau et donnent un peu de corps à un travail qui reste peu convaincant. Heureusement qu’ils sont là, eux-aussi

  Mais la vraie question est sans doute ailleurs: était-il besoin de monter en la réduisant, la plus grande partie de cette trilogie? Pourquoi pas Fanny, sans doute la plus achevée des trois pièces? Par ailleurs, tout se passe comme si Francis Huster ,qui n’est quand même pas n’importe quel acteur, avait un peu perdu l’habitude diriger ses confrères; sa dernière mise en scène à Paris devait être Faisons un rêve de Sacha Guitry, il y a plus de dix ans… Désolé, mais ici, c’est vraiment  trop approximatif; que l’on aime ou non Marcel Pagnol (assez mal vu dans les sphères intello), c’est un théâtre populaire qui vaut largement beaucoup de pièces actuelles et qui méritait le respect.
A voir? Non, pas du tout, d’autant plus que les places au parterre sont à plus de cinquante euros! Revoyez plutôt, si vous le pouvez, la trilogie filmée par Pagnol avec le très grand Raimu et Charpin, même si le jeu d’Orane Demazis est un peu crispant..

 Philippe du Vignal

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