XIIIe Prix Europe pour le Théâtre

XIIIe Prix Europe pour le Théâtre

 

Dans le cadre de l’année Grotowski et sous les auspices de l’Institut Jerzy Grotowski, le Prix Europe pour le Théâtre a été accueilli du 31 mars au 5 avril  en Pologne à Wroclaw où Grotowski avait installé, entre 1965 et 1985, son Théâtre Laboratoire. À l’affiche de ce sommet théâtral européen  : le lauréat du XIIIe Prix Europe pour le Théâtre: Krystian Lupa, metteur en scène polonais et les lauréats du Prix des Nouvelles Réalités Théâtrales : Guy Cassiers (Belgique), Rodrigo Garcia (Espagne), Pippo Delbono (Italie), Arpad Schilling (Hongrie), François Tanguy (France).Un palmarès au parfum très  consensuel, politiquement correct, bref, une consécration des artistes labélisés.
Au programme : célébration du maître Grotowski, symposium, colloques, conférences sur les lauréats et  sélection de leurs anciens comme de leurs plus récents spectacles. Les salles, affichant complet, étaient prises d’assaut par un public polonais très nombreux et curieux des nouveautés théâtrales et par d’aussi nombreux invités professionnels du monde entier depuis la Chine, le Japon jusqu’aux Amériques sans compter l’Europe théâtrale au grand complet. La bousculade pour entrer à certains spectacles et, plus spectaculaire encore, la fuite massive des spectateurs au premier entracte de Persona de Krystian Lupa (premier volet de trois heures d’un triptyque de neuf heures qu’il est en train de réaliser) qui ss sont  rués à l’entracte vers les cars qui les ont ramenés en ville.
Après Factory 2, spectacle fleuve de Krystian Lupa, vision caricaturale d’Andy Warhol et de son univers, brassant les clichés et les divagations pseudo philosophiques, puis sa version mystico réaliste des Présidentes de Werner Schwab, Persona, fantasmes érotico – psychanalytiques sur Marilyn Monroe, était cette goutte qui a fait déborder le vase. Très étrangement d’ailleurs ces spectacles contredisaient les honneurs et les éloges faits à Krystian Lupa dont on a pu voir ces dernières années à Paris quelques magnifiques créations.
Pippo Delbono, imperturbable et toujours égal à lui-même dans son rôle de bonimenteur « engagé », exhibant « l’image dégradée du monde » nous a gratifié de deux productions : Le temps des assassins datant de 1986 et un peu plus récent Questo buio féroce sur le sida et le cheminement vers la mort dans lequel le brave Pippo trouve tout de même quelques sources d’espoir. Un théâtre sympathique et inoffensif , à côté de celui de Rodrigo Garcia, grand imprécateur qui, tel Don Quijote, ne cesse de faire la guerre, à coups de provocations impuissantes, aux moulins de Mc Donald et aux autres géants méchants de la société de consommation.
Par chance pour lui,  sa provoc a marché en Pologne. Joli coup médiatique. Ses deux spectacles J’ai jeté mes cendres sur Mickey (où quelques hamsters et grenouilles sont mis à mal) et  Accident tuer pour manger,  où on assiste à la mise à mort d’un homard , cuisiné ensuite et mangé sur scène. Ils ont déclenché, outre des réactions virulentes des spectateurs secourant les animaux, une plainte auprès du Procureur de la République et des pétitions d’associations contre la maltraitance des animaux. Cette tempête humanitaire a secoué un peu la bonne routine consumériste du théâtre, mais était-ce pour de bonnes raisons ?
Mis à part quelques  inconditionnels, initiés à l’art de François Tanguy,   Ricercar dont on reconnaît une grande qualité d’images, reste hermétique au public. Surtout celui qui s’entête à chercher un sens et à vouloir comprendre. Circulez, il n’y a rien à comprendre, chez Tanguy,  on se laisse traverser…
Circulez, il n’y a plus rien à voir chez Arpad Schilling, rattrapé de justesse pour le Prix des Nouvelles Réalités Théâtrales,  au moment où il ne fait plus de théâtre. C’est la réalisation d’événements réels et le contact avec le spectateur dans la vraie vie, qui l’intéressent maintenant. Pas de spectacle donc d’Arpad Schilling mais quelques extraits de vidéo illustrant ses « événements » qui tiennent des reality animations télévisées.
Du beau, du vrai théâtre enfin, offert par Guy Cassiers dans Sunken red, l’un de ses derniers spectacles, adapté de Bezonken rood de Jeroen Brouwers et interprété par l’immense acteur Dirk Roofthooft. Il s’agit de l’expérience traumatisante de l’écrivain dans un camp japonais où il a été enfermé avec sa mère pendant la IIe guerre mondiale. Simplicité, rigueur, économie de moyens et puissance du jeu, belle et intelligente utilisation des projections chez Cassiers dont nous avions vu cet automne au Théâtre de la Ville l’inoubliable Triptyque du pouvoir et dont on attend de voir les nouvelles créations.
Si les organisateurs et le jury du Prix Europe pour le théâtre admettent que  beaucoup contestent le nombre croissant des lauréats du Prix des Nouvelles Réalités Théâtrales qui obéit à des critères plus politiques, commerciaux et médiatiques qu’artistiques, on peut espérer que la prochaine édition révèlera des pratiques théâtrales exemplaires.

 

Irène Sadowska Guillon


Archive pour 8 avril, 2009

Tonto, une dernière fois

Dans la série  des monologues actuellement à l’affiche

Tonto, une dernière fois ! de Jacques Brücher, mise en scène de Nathalie Brücher.

 

Il est seul en scène, mais ce n’est pas un “one man show“ : c’est bien du théâtre, scènes de famille à travers le temps. Jacques Brücher fait revivre le père Tonto, avec femmes et enfants. Et puis, nous retrouvons Frédéric le fils, adulte, marié ou presque: le temps a filé et le fils s’entend vouloir que les choses soient à leur place avec la voix du père… Entre temps, car la question du temps constitue l’un des délices de ce spectacle, on aura eu des nouvelles de l’étrange mademoiselle Rose, la voisine, ou du complot déjoué par le père contre la propreté des lieux d’aisance-le responsable des dégâts était un rat malencontreusement prisonnier du réduit en question…

Les mots, les anecdotes, sont uniques, singuliers, et nous nos y reconnaissons tous, avec le sourire, le rire, et même un peu de nostalgie pour ce vingtième siècle pas si lointain qui vient de passer. On admire les bascules subtiles, sur un mot, un regard, une seconde, un objet – le bol en faïence des familles – qui font passer le comédien d’un personnage à l’autre, d’un temps à l’autre. Et on l’accompagne avec respect et émotion, quand il raconte la mort du père, digne, assumée: ce qui rend plus difficile encore les rapports houleux qu’il a avec son fils…

Christine Friedel

Théâtre de l’Atalante, 19h, jusqu’au 11 avril. À 21h, un autre épisode : Tonto, un peu plus tôt…

 

 

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