Pur

Pur
écrit et mis en scène par Lars Norén

pur.jpgNous avons vu ces dernières années plusieurs pièces de Lars Norén, poète, romancier, dramaturge suédois, qui explorent la violence dans la société contemporaine. Pur fait partie de son cycle des pièces « terminales » qui ont pour thème le début et la fin d’une relation, d’un mariage, d’une vie.
Pour sa mise en scène de Pur à la Comédie Française Lars Norén a réécrit la pièce pour ses interprètes et a écrit pour eux Pur II.
« Quand j’écris – dit-il, je ne pense pas à la scène, seulement aux personnes, aux personnages. »
Pas de préoccupations psychologiques ni sociales dans Pur, pas d’histoire non plus, il n’y a qu’une situation dans un lieu fermé, un huis clos d’un appartement vide qui a pour protagonistes quatre personnages, deux couples de  générations différentes, et le temps. « Le jour où on arrive dans un appartement et le jour où on le quitte », dit Lars Norén. Espace nu et immobile ou les temps se rencontrent, se fondent, se superposent « où se croisent une vie passée et une vie à venir ». Un espace épuré de la vie, désencombré du superficiel, ramené aux événements essentiels dont on se souvient et dont on cherche le sens au moment de mourir : mariage, naissance, séparation, maladie, mort du fils, déménagement…

Des événements partagés dont les souvenirs ont un poids, un sens différent pour chacun des personnages. Entre ces événements, ces points spécifiques, qui construisent la trame d’une vie, il y a le temps, les silences, les secrets, les non-dits. Norén  les traduit dans l’écriture dramatique et scénique conçue comme une partition musicale pour un quatuor en trois mouvements : déploiement quasi chorégraphique du jeu et de la parole dans l’espace dans Pur I, immobilité des corps,  jeu concentré sur la voix, regard et expression dans Pur II,  et dans Pur III, sans paroles, la danse sur la musique de Schubert.
Le décor de Gilles Tascher : une pièce vide tout en blancheur, claire, épurée, d’un côté un mur avec un grand miroir, de l’autre deux grandes fenêtres avec des rideaux qu’on décroche et raccroche, au fond un mur blanc sur lequel on voit des projections très discrètes, comme un jeu d’ombres, de souvenirs, qui anticipent les apparitions des personnages venant d’autres pièces de l’appartement. Une chaise à gauche, un grand carton de déménagement tantôt avec des livres, tantôt vide, que l’on apporte et remporte à plusieurs reprises, un tableau blanc sur le mur et, par terre , un petit cadre avec la photo de l’homme enfant avec sa mère, sont les seuls objets dans cet espace vide.
Le vieux couple : (Christian Cloarec), (Catherine Sauval) dont le jeune Il (Alexandre Pavloff) et Elle (Françoise Gillard) est un écho. Les souvenirs de la vie du premier couple apparaissent ainsi en jeu de miroir chez le jeune couple, répétés, décalés, réfractés en deux temporalités différentes, tantôt simultanées, tantôt imbriquées sur scène.
Lars Norén transcrit avec maestria la quête du vieux couple quant au  sens de leur vie dans un jeu temporel. Les temps différents dans lesquels dialogue chaque couple se rejoignent à certains moments,  de sorte que les personnages des deux couples dialoguent entre eux, les deux femmes se parlent directement, disent certaines phrases ensemble, sur le mode choral, répondent ensemble à des questions différentes posées à l’une et à l’autre par chacun des hommes.
« L’épuration » se poursuit dans Pur II, l’espace vital se fige, s’intériorise dans une immobilité des personnages. Dans un temps toujours réfracté leurs propos, recentrés sur le thème de la mort et du deuil, se croisent.
La femme du vieux couple est en train de mourir, le jeune couple qui vient de perdre leur fils a du mal à affronter son deuil et s’interroge sur son avenir.
L’usage des micros intensifie l’intériorité du jeu des acteurs qui parlent doucement, parfois murmurent, comme si leurs personnages se vidaient de leur force vitale.
Dans le finale, Pur III, sous-titré Schubert 3’57, on les voit danser sur la musique de Schubert. Une danse lente du vieux couple dont la femme s’écroule morte et celle du jeune couple, d’abord saccadée, évoquant l’acte sexuel, s’apaise.
À la fin de la séquence, d’une intense poésie, les quatre personnages avancent, telles des ombres, lentement vers la pureté et le vide de la mort, derrière le mur blanc qui devient transparent.
À l’instar d’un chef d’orchestre , Lars Norén organise avec précision et rigueur sa partition scénique : ses variations sur les thèmes, ses leitmotivs, la circulation de la parole dans l’espace faisant penser au théâtre No, les mouvements, les tempi et l’intensité du jeu, le registre vocal, les irruptions soudaines des personnages.
Un magnifique quatuor d’acteurs porte cette partition à la perfection.

Irène Sadowska Guillon

Pur,  écrit et mis en scène par Lars Norén
Comédie Française – Théâtre du Vieux Colombier, Paris
Du 15 avril au 17 mai 2009


Archive pour 19 avril, 2009

Pur

Pur
écrit et mis en scène par Lars Norén

pur.jpgNous avons vu ces dernières années plusieurs pièces de Lars Norén, poète, romancier, dramaturge suédois, qui explorent la violence dans la société contemporaine. Pur fait partie de son cycle des pièces « terminales » qui ont pour thème le début et la fin d’une relation, d’un mariage, d’une vie.
Pour sa mise en scène de Pur à la Comédie Française Lars Norén a réécrit la pièce pour ses interprètes et a écrit pour eux Pur II.
« Quand j’écris – dit-il, je ne pense pas à la scène, seulement aux personnes, aux personnages. »
Pas de préoccupations psychologiques ni sociales dans Pur, pas d’histoire non plus, il n’y a qu’une situation dans un lieu fermé, un huis clos d’un appartement vide qui a pour protagonistes quatre personnages, deux couples de  générations différentes, et le temps. « Le jour où on arrive dans un appartement et le jour où on le quitte », dit Lars Norén. Espace nu et immobile ou les temps se rencontrent, se fondent, se superposent « où se croisent une vie passée et une vie à venir ». Un espace épuré de la vie, désencombré du superficiel, ramené aux événements essentiels dont on se souvient et dont on cherche le sens au moment de mourir : mariage, naissance, séparation, maladie, mort du fils, déménagement…

Des événements partagés dont les souvenirs ont un poids, un sens différent pour chacun des personnages. Entre ces événements, ces points spécifiques, qui construisent la trame d’une vie, il y a le temps, les silences, les secrets, les non-dits. Norén  les traduit dans l’écriture dramatique et scénique conçue comme une partition musicale pour un quatuor en trois mouvements : déploiement quasi chorégraphique du jeu et de la parole dans l’espace dans Pur I, immobilité des corps,  jeu concentré sur la voix, regard et expression dans Pur II,  et dans Pur III, sans paroles, la danse sur la musique de Schubert.
Le décor de Gilles Tascher : une pièce vide tout en blancheur, claire, épurée, d’un côté un mur avec un grand miroir, de l’autre deux grandes fenêtres avec des rideaux qu’on décroche et raccroche, au fond un mur blanc sur lequel on voit des projections très discrètes, comme un jeu d’ombres, de souvenirs, qui anticipent les apparitions des personnages venant d’autres pièces de l’appartement. Une chaise à gauche, un grand carton de déménagement tantôt avec des livres, tantôt vide, que l’on apporte et remporte à plusieurs reprises, un tableau blanc sur le mur et, par terre , un petit cadre avec la photo de l’homme enfant avec sa mère, sont les seuls objets dans cet espace vide.
Le vieux couple : (Christian Cloarec), (Catherine Sauval) dont le jeune Il (Alexandre Pavloff) et Elle (Françoise Gillard) est un écho. Les souvenirs de la vie du premier couple apparaissent ainsi en jeu de miroir chez le jeune couple, répétés, décalés, réfractés en deux temporalités différentes, tantôt simultanées, tantôt imbriquées sur scène.
Lars Norén transcrit avec maestria la quête du vieux couple quant au  sens de leur vie dans un jeu temporel. Les temps différents dans lesquels dialogue chaque couple se rejoignent à certains moments,  de sorte que les personnages des deux couples dialoguent entre eux, les deux femmes se parlent directement, disent certaines phrases ensemble, sur le mode choral, répondent ensemble à des questions différentes posées à l’une et à l’autre par chacun des hommes.
« L’épuration » se poursuit dans Pur II, l’espace vital se fige, s’intériorise dans une immobilité des personnages. Dans un temps toujours réfracté leurs propos, recentrés sur le thème de la mort et du deuil, se croisent.
La femme du vieux couple est en train de mourir, le jeune couple qui vient de perdre leur fils a du mal à affronter son deuil et s’interroge sur son avenir.
L’usage des micros intensifie l’intériorité du jeu des acteurs qui parlent doucement, parfois murmurent, comme si leurs personnages se vidaient de leur force vitale.
Dans le finale, Pur III, sous-titré Schubert 3’57, on les voit danser sur la musique de Schubert. Une danse lente du vieux couple dont la femme s’écroule morte et celle du jeune couple, d’abord saccadée, évoquant l’acte sexuel, s’apaise.
À la fin de la séquence, d’une intense poésie, les quatre personnages avancent, telles des ombres, lentement vers la pureté et le vide de la mort, derrière le mur blanc qui devient transparent.
À l’instar d’un chef d’orchestre , Lars Norén organise avec précision et rigueur sa partition scénique : ses variations sur les thèmes, ses leitmotivs, la circulation de la parole dans l’espace faisant penser au théâtre No, les mouvements, les tempi et l’intensité du jeu, le registre vocal, les irruptions soudaines des personnages.
Un magnifique quatuor d’acteurs porte cette partition à la perfection.

Irène Sadowska Guillon

Pur,  écrit et mis en scène par Lars Norén
Comédie Française – Théâtre du Vieux Colombier, Paris
Du 15 avril au 17 mai 2009

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