Wittgenstein Incorporated

Wittgenstein Incorporated de Peter Verburgt, mise en scène de Jean Ritsema.

 
bdwittgenstein.jpg De Ludwig Wittengstein, philosophe viennois (1889-1951), on connaît surtout en France son brillant Tractatus logico-philosophicus, publié en 1939.L’écrivain néerlandais Peter Verburgt a écrit Wittgenstein Incorporated à partir de trois cours que le philosophe a consacrés à la croyance, où il parle beaucoup de la foi, du doute, de l’immense difficulté que représente le désir même de vouloir penser, et de cette phrase magnifique qui n’arrête pas de le lanciner, celle qu’un ami mourant lui avait dit: « Je penserai à vous après ma mort ».
  Jean Ritsema avait conçu cette mise scène, il y a de cela quelque vingt ans et, on le sait, très rares sont les réalisations scéniques ressurgies comme cela comme par un coup de baguette magique du quasi-néant auxquelles elles sont le plus souvent promises après, au mieux, quelques années d’existence.On comprend ce qui a pu mobiliser l’énergie de Ritsema: donner non pas une image mais une sorte de réincarnation théâtrale du philosophe qui aimait, nous dit-on, plutôt exposer ses idées par la parole plutôt que par l’écriture, entouré de quelques amis:  » Le visage austère, aux traits mobiles, le regard concentré, les mains cherchant à saisir des objets imaginaires: on ne pouvait éviter d’être frappé du sérieux de cette attitude et de la tension intellectuelle qu’elle révélait » , comme le  dit un de ses amis, cité par Ritsema.
  Effectivement, cela pouvait alors être tentant de transformer l’essentiel de ces trois cours de Wittgenstein en un objet théâtral,presque chorégraphique par moments, avec un comédien comme Johan Leysen que l’on avait déjà pu voir chez Schiaretti ou Gutman. Grand, mince et doué d’une impeccable gestuelle, il est seul en scène dans un décor dépouillé à l’extrême: un mur vert foncé, un fauteuil en toile dont il se sert peu, le tout installé sur un parquet blond…
  Oui mais, passées les quelques vingt premières minutes où l’on est  fasciné par la silhouette et par la belle voix grave de ce  comédien qui ne bouge presque pas, on commence à s’ennuyer très vite, d’autant que, malheureusement, Johan Leysen ne dit pas  bien ce texte déjà peu passionnant; effet de la fatigue et/ ou de la difficulté à assumer cette performance a-théâtrale? En tout cas, on ne voit vraiment pas les raisons pour lesquelles on se passionnerait pour ce genre de chose mal ficelée… D’autant que la chose en question dure deux heures et demi ( sic) avec une pause de cinq minutes, puis un entracte de vingt minutes!
  Quelques spectateurs s’en vont au bout d’une demi-heure; d’autres comme moi, je l’avoue, profitent de la pause pour déserter la petite salle de la Resserre, incapables d’en supporter davantage. Ce qui pourrait être un exercice pédagogique intéressant et  qui aurait sans doute séduit Antoine Vitez( comment  transformer un texte d’origine philosophique en objet scénique)  ne fonctionne pas chez Peter Verburgt et Jean Ritsema; malgré une certaine rigueur, ce n’est pas en effet  le contenu même de ces trois cours de Wittgenstein qui est proposé mais une sorte de récit,mis en scène de façon très statique,  ce qui donne beaucoup de lourdeur  au propos.On pense à ce que Jean-François Peyret, qui a souvent réussi la délicate opération consistant à donner une vie scénique à un propos philosophique avec quelques excellents comédiens, aurait pu concevoir  en partant des seuls écrits  de Wittgenstein…
  Alors à voir? Seulement, si vous êtes un fanatique inconditionnel de ce type de recherche-qui n’en est d’ailleurs pas vraiment- mais l’heure que j’en ai subie, ne m’a pas donné envie de voir la suite; peut-être, n’ai-je  pas été assez patient mais la vie est trop courte et il y a des limites au masochisme, surtout un soir de printemps où les oiseaux chantent dans le beau parc de la Cité universitaire..

Philippe du Vignal

Théâtre de la Cité Internationale, jusqu’au 30 avril et 12 au 30 mai.

 


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