Eloge du poil
Eloge du poil, création et jeu Jeanne Mordoj, mise en scène Pierre Meunier.
Il y a une simple et belle scène de bois rouge foncé, avec un petit castelet de velours; les quelque 180 spectateurs sont installés autour des trois côtés, et c’est assez rare pour être signalé: pas une seule place de libre; derrière la scène, une grande toile peinte représentant un ciel. Jeanne Mordoj est une jeune femme, seule sur le plateau, habillée d’un bizarre petit tailleur beige, le visage orné d’un collier de barbe, (dont on ne voit pas bien la nécessité).
Le début est peu convaincant: envoi de brochettes en inox sur une cible de toile peinte, jeu avec un pneu de moto… Mais très vite, cela devient aussi étrange que passionnant. Jeanne Mordoj fait dialoguer deux crânes d’animaux , l’un de mouton et un autre plus petit que nous n’avons pas pu encore identifier, puis elle les fait chanter à tour de rôle, grâce à la ventriloquie qu’elle maîtrise superbement.Elle s’occupe ensuite d’une caisse en fer qu’elle transperce de brochettes mais le doigt qu’elle y trempe , ressort couvert de sang , sans aucun doute mordu par un petit crâne qui s’y trouvait…. Avant de le lui faire faire trempette dans une trappe pleine d’eau qu’elle remonte lentement, et dont l’eau coule par les trous. A raconter comme cela , cela n’a l’air de rien , c’est à mi -chemin entre art minimal et art conceptuel, mais le public retient son souffle devant un travail aussi magistralement réalisé mais qui va bien au-delà de la simple virtuosité.
Jeanne Mordoj célèbre en effet avec beaucoup de solennité, aidée par un assistant, une sorte de rituel qui n’est pas sans rappeler parfois cette cérémonie, à la fois fascinante et vénéneuse, que nous proposait autrefois au Festival de Nancy l’Américain Robert Anton, avec ses très petites marionnettes. Depuis disparu: suicidé pour cause de sida! Que Dieu ait son âme, comme disait ma maman; son art était vraiment luxueux.
» Le théâtre doit avoir le droit de s’affirmer comme parfaitement superflu, étant bien entendu que l’on vit pour le superflu », disait déjà Brecht et il avait bien raison. Puis, Jeanne Morloj, en longue robe /chasuble rouge , se livre à un étonnant numéro de ramassage de dizaines de coquilles d’escargots avec les mains et les pieds ou les deux à la fois, qu’elle envoie sans erreur aucune, dans une cuvette émaillée posée sur sa tête, et cela debout, allongée ou assise. C’est assez fabuleux de voir ce corps en mouvement ramasser et lancer les restes d’un corps qui fut aussi vivant que le sien , même si c’est celui d’un gastéropode qui a l’estomac dans les talons, et qui possède une sorte de système cardiaque, dixit Jacques-Albert Canque, maître de conférences à Bordeaux I.
Avant que plusieurs oeufs n’arrivent par une goulotte sur la scène; elle en casse un dont elle récupère le jaune qui va docilement passer sur le dos de sa main gauche pour arriver sur sa main droite. Essayez pour voir… Elle le fait, bien entendu, sans aucun effort apparent… Et celui qu’elle va poser sur son oeil droit finira, lui, dans sa bouche avant qu’elle ne le récupère pour le faire glisser entre ses seins et qui finra sur son sexe.
Elle joue aussi avec cinq perches de bambou qu’elle pose sur sa tête et ses bras, avant de fouiller ans une autre trappe le terreau, pour s’y faire une place définitive.Le spectacle se termine par un étonnant concert, dont la composition musicale est dûe à Bertrand Boss, d’une quinzaine de crânes de vaches et des deux premiers du début, qui « chantent » en choeur. Aussi étrange qu’impressionnant. Comme c’est Pierre Meunier qui assure la mise en scène, c’est évidemment cousu main, et l’on ne peut rester insensible à cette mise en abyme du corps, que ce soit celui de l’homme/ femme, ou celui encore à l’état ovaire d’une poule, ou bien déjà réduit à celui de coquille d’escargot ou de squelette de nos amis animaux, ou de futur squelette qui s’enfouit dans la tombe .
C’est un singulier travail, qui dure à peine une heure, d’une grande qualité de jonglerie, parfois inégal,(les petits monologues auraient besoin d’être un peu retravaillés), mais qui mérite d’être vu. Avec, aux meilleurs moments, une belle approche plastique et poétique, fondée sur une réflexion métaphysique. Et pour une fois, le public était très jeune et les enfants visiblement fascinés. Alors à voir? Oui, sans hésitation, si le spectacle, qui vient de Franche-Comté, passe près de chez vous, après être passé par le Théâtre de la Bastille.
Philippe du Vignal
Théâtre de la Bastille

Ubu qui a maintenant plus de cent ans , avait pour origine une petite pièce issue du cerveau intelligent de quelques lycéens de Rennes . Créée au Théâtre de l’Oeuvre en 96 dans un scandale total, recréée dans un forme pour marionnettes ( signée Pierre Bonnard-eh! oui), la pièce nous est maintenant bien connue, du moins à la lecture, bien qu’elle soit relativement souvent montée, en général sous une forme abrégée; mais, quel que soit le théâtre et la mise en scène- et nous en avons vu une dizaine- (Vilar, Vitez, Sobel, Topor, etc…) l’entreprise n’est pas facile à mener à bien.
En guise d’œufs de Pâques, Cette délicieuse friandise en récompense de votre fidélité. Vous ne viendrez pas vous plaindre en disant que vous n’êtes pas gâtés… Enfin vous avez toujours le droit de faire vos commentaires. La fréquentation de votre blog préféré augmente chaque mois. Ce n’est qu’un début, continuons le combat, comme disait autrefois le petit Nicolas….


Que de misères arrivent au Limousin! Monsieur de Pourceaugnac débarqué à Paris pour y épouser Julie qui lui est promise. Éraste, amant de Julie, aidé par Sbrigani, voyou napolitain et Nérine, une fieffée servante, va multiplier les stratagèmes pour défaire le mariage, dégoûter le marié et le faire repartir dans sa province. Monsieur de Pourceaugnac, dupé sans cesse, ira de catastrophe en catastrophe : sa tenue, ses allures feront la risée de tout le monde ; soigné de force par deux médecins il est déclaré fou ; tandis qu’on annonce à la mère de Julie que de Pourceaugnac est criblé de dettes on fait croire à celui-ci que sa fiancé est une coquette, de sorte qu’il reçoit froidement les avances de Julie qui feint d’être follement amoureuse de lui. Et ce n’est pas fini, le voilà bigame. Arrivent deux femmes qui se prétendent ses épouses. Monsieur de Pourceaugnac se fait arrêter, puis sur le conseil de Sbrigani il s’évade déguisé en femme. Accusé d’avoir enlevé Julie il s’enfuit. Éraste ramène Julie à sa mère qui en reconnaissance la lui donne en mariage en augmentant la dot.
Ubu, personnage monstrueux et bouffon, tire ses origines à la fois du Macbeth de Shakespeare et du père Hébert, professeur de physique de Jarry au lycée de Rennes.