La cantatrice chauve

La Cantatrice chauve, opéra de Jean-Philippe Calvin d’après l’œuvre d’Eugène Ionesco
mise en scène de François Berreur, direction musicale Vincent Renaud
image11.jpg

Qui ne connaît La cantatrice chauve, pièce prototype de l’anti-théâtre de Ionesco, créée en 1950 et toujours à l’affiche, depuis 1957, du Théâtre de la Huchette à Paris ?
Elle fut inspirée à Ionesco par la lecture d’un manuel de conversation anglaise, une sorte de méthode Assimil,
accumulation de stéréotypes et de clichés offrant une image figée, caricaturale, d’une société dont il démonte l’absurdité.
Londres, domicile bourgeois banal des Smith, pourvus d’une bonne insolente, et qui reçoivent la visite des Martin, puis d’un capitaine des pompiers cherchant un incendie à éteindre. Une situation banale à laquelle Ionesco confère une dimension métaphysique d’un vide insondable.

Pas d’événements particuliers ici mais des personnages stylisés sans aucune psychologie, et pas de réalité temporelle : la pendule sonne des heures fantasques, pas non plus de cantatrice dont l’évocation produit un silence outré, un trou dans le délire verbal des protagonistes qui relève de la logique du non-sens.
Après plus de cinquante ans de carrière théâtrale, la pièce, icône absolue de l’absurde, entame une carrière lyrique. Cet opéra, une commande faite à Jean-Philippe Calvin par la Genesis Foundation et le Covent Garden  après sa création en 2006 à Londres,  vient d’être créé en France. « Mon souhait, explique Jean-Philippe Calvin, était de créer, à l’instar de l’anti-pièce de théâtre, une forme contemporaine d’anti-opéra bouffe en 1 acte. »

Dans une superbe transposition musicale  il réussit, avec un sens remarquable de la scène, de la dramaturgie, à transcrire l’esprit d’Eugène Ionesco,  avec une combinaison de comédie, satire, drôlerie et… chaos, inventant une forme contemporaine, inédite et insolite d’opéra bouffe. Il innove en intégrant dans sa partition pour orchestre de chambre et six chanteurs, un dispositif électro-acoustique sur scène de Stéphane Tiedje, l’enrichissant ainsi de sonorités et d’effets dramatiques surprenants. Comme en écho aux clichés des dialogues des personnages, quelques clichés musicaux, des clins d’œil furtifs aux airs archiconnus d’opéras traditionnels (Rigoletto, Carmen...) à peine esquissés, se glissent par moments dans la partition.
Totalement au diapason avec la structure et la substance de la matière musicale et dramatique de l’œuvre, la mise en scène de François Berreur  est d’une simplicité et d’une efficacité exemplaire, dans un espace dépouillé avec juste, un grand canapé blanc, une table basse, un poste de radio et en fond de scène, un jeu de rideaux s’entrouvrant ou descendant. Costumes de David Belugou, de style anglais : vestes bleue à bandes blanches pour M. Martin et Mme Smith, vestes à carreaux rouille pour M. Smith et Mme Martin, blouse grise pour Mary, la bonne, casque et uniforme de pompier pour le Capitaine.

En guise de prologue, telle une parodie des formules-modèles d’un manuel de langue, une voix off décrit en anglais le lieu, les meubles, les objets et la tenue de M. Smith, etc. comme typiques et conformes à la décence anglaise. Les brefs dialogues interviennent de temps à autre dans la partition vocale. Banalités, clichés, anecdotes dérisoires, les plus absurdes, s’échangent sur le ton emprunté d’une politesse très british.
La musique, tout comme le registre du chant et le jeu des chanteurs, mais aussi excellents acteurs, produisent comique humour absurde, subversif, et rires irrésistibles. Les effets sonores, le mixage des sons et des voix réverbérés dans la salle, le jeu d’éclairages, les effets visuels stroboscopiques troublent, dramatisent la situation, et la font exploser.

Comme son prototype dramatique, l’opéra de Jean-Philippe Calvin s’achève sur le mode de  da capo al fine », avec une image finale évoquant celle du début: l’explosion de la radio qu’écoute M. Smith. Il faut saluer l’initiative de Patrice Martinet qui a programmé pour quatre représentations, ce joyau de création musicale dans un superbe écrin scénique ciselé sur mesure. Quelques directeurs de salles parisiennes auront-ils la bonne idée de programmer cette œuvre accessible à un large public, pour les saisons à venir ?

 Irène Sadowska Guillon

 Théâtre de l’Athénée, Paris VIIIème,  du 30 avril au 3 mai.

 


Archive pour 5 mai, 2009

La cantatrice chauve

La Cantatrice chauve, opéra de Jean-Philippe Calvin d’après l’œuvre d’Eugène Ionesco
mise en scène de François Berreur, direction musicale Vincent Renaud
image11.jpg

Qui ne connaît La cantatrice chauve, pièce prototype de l’anti-théâtre de Ionesco, créée en 1950 et toujours à l’affiche, depuis 1957, du Théâtre de la Huchette à Paris ?
Elle fut inspirée à Ionesco par la lecture d’un manuel de conversation anglaise, une sorte de méthode Assimil,
accumulation de stéréotypes et de clichés offrant une image figée, caricaturale, d’une société dont il démonte l’absurdité.
Londres, domicile bourgeois banal des Smith, pourvus d’une bonne insolente, et qui reçoivent la visite des Martin, puis d’un capitaine des pompiers cherchant un incendie à éteindre. Une situation banale à laquelle Ionesco confère une dimension métaphysique d’un vide insondable.

Pas d’événements particuliers ici mais des personnages stylisés sans aucune psychologie, et pas de réalité temporelle : la pendule sonne des heures fantasques, pas non plus de cantatrice dont l’évocation produit un silence outré, un trou dans le délire verbal des protagonistes qui relève de la logique du non-sens.
Après plus de cinquante ans de carrière théâtrale, la pièce, icône absolue de l’absurde, entame une carrière lyrique. Cet opéra, une commande faite à Jean-Philippe Calvin par la Genesis Foundation et le Covent Garden  après sa création en 2006 à Londres,  vient d’être créé en France. « Mon souhait, explique Jean-Philippe Calvin, était de créer, à l’instar de l’anti-pièce de théâtre, une forme contemporaine d’anti-opéra bouffe en 1 acte. »

Dans une superbe transposition musicale  il réussit, avec un sens remarquable de la scène, de la dramaturgie, à transcrire l’esprit d’Eugène Ionesco,  avec une combinaison de comédie, satire, drôlerie et… chaos, inventant une forme contemporaine, inédite et insolite d’opéra bouffe. Il innove en intégrant dans sa partition pour orchestre de chambre et six chanteurs, un dispositif électro-acoustique sur scène de Stéphane Tiedje, l’enrichissant ainsi de sonorités et d’effets dramatiques surprenants. Comme en écho aux clichés des dialogues des personnages, quelques clichés musicaux, des clins d’œil furtifs aux airs archiconnus d’opéras traditionnels (Rigoletto, Carmen...) à peine esquissés, se glissent par moments dans la partition.
Totalement au diapason avec la structure et la substance de la matière musicale et dramatique de l’œuvre, la mise en scène de François Berreur  est d’une simplicité et d’une efficacité exemplaire, dans un espace dépouillé avec juste, un grand canapé blanc, une table basse, un poste de radio et en fond de scène, un jeu de rideaux s’entrouvrant ou descendant. Costumes de David Belugou, de style anglais : vestes bleue à bandes blanches pour M. Martin et Mme Smith, vestes à carreaux rouille pour M. Smith et Mme Martin, blouse grise pour Mary, la bonne, casque et uniforme de pompier pour le Capitaine.

En guise de prologue, telle une parodie des formules-modèles d’un manuel de langue, une voix off décrit en anglais le lieu, les meubles, les objets et la tenue de M. Smith, etc. comme typiques et conformes à la décence anglaise. Les brefs dialogues interviennent de temps à autre dans la partition vocale. Banalités, clichés, anecdotes dérisoires, les plus absurdes, s’échangent sur le ton emprunté d’une politesse très british.
La musique, tout comme le registre du chant et le jeu des chanteurs, mais aussi excellents acteurs, produisent comique humour absurde, subversif, et rires irrésistibles. Les effets sonores, le mixage des sons et des voix réverbérés dans la salle, le jeu d’éclairages, les effets visuels stroboscopiques troublent, dramatisent la situation, et la font exploser.

Comme son prototype dramatique, l’opéra de Jean-Philippe Calvin s’achève sur le mode de  da capo al fine », avec une image finale évoquant celle du début: l’explosion de la radio qu’écoute M. Smith. Il faut saluer l’initiative de Patrice Martinet qui a programmé pour quatre représentations, ce joyau de création musicale dans un superbe écrin scénique ciselé sur mesure. Quelques directeurs de salles parisiennes auront-ils la bonne idée de programmer cette œuvre accessible à un large public, pour les saisons à venir ?

 Irène Sadowska Guillon

 Théâtre de l’Athénée, Paris VIIIème,  du 30 avril au 3 mai.

 

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