Artaud, pièce courte – Identité

Artaud, pièce courte

Cet Artaud-là n’est le prophète ni le martyr de rien. Il est juste le grand interrogateur, dont les questions deviennent d’autant plus en plus laconiques qu’elles sont plus graves : alors elles rencontrent celles des grands poètes du XXème siècle et de tous les temps. Le sens n’appartient à personne, il se constitue de tout ce qui nous traverse, la poésie est perméable et contgieuse… La compagnie Les corps secrets cherche le corps secret de ces poètes dans l’écart entre le texte, la vérité du lieu (l’une des splendides caves de la Maison de la Poésie), les projections documentaires et une bande son très élaborée. Les spectateurs sont face au mur, appelés à leur gauche par la voix du diseur ( Marie-Jeanne Laurent ou Eugène Durif) et par l’écran haché où défilent des hordes lentes de soldats défaits ou la cohue d’une sortie d’usine à casquettes, à sa droite par le son, en haut par quelque accident délicatement provoqué. Tout est dans l’écart et l’interstice, toute la résonance du travail poétique et du travail du spectateur.
Cela semble très intellectuel, et cela nous ramène sans cesse au réel, réel des sensations, réel de la “vraie vie“, de la souffrance des hommes. À quoi la seule réponse est le respect.
Christine Friedel


Artaud, pièce courte
, composition pour voix et espace, se trouve constituer le premier volet d’une trilogie. À suivre : Nietzche (travaillé en partie en public au 104), puis La Mâchoire vous parle ( a tribute to Heiner Müller).

Conception Diane Scott. Maison de la Poésie jusqu’au 22 mai

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Identité

Cette fois, ça se jouait dans un atelier voué à la démolition, faubourg du temple, la verrière laissait passer une lumière de crépuscule. Les deux acteurs se trouvaient dans une fosse “en couloir“, à nos pieds, sous nos regards penchés. Un beau piège, un bel espace pour le malaise. Ailleurs, la scénographie de Michel Gueldry trouvera un autre mode d’oppression.
Un homme, une femme. Ils sont jeunes, ils sont d’aujourd’hui, c’est-à-dire à peu près toujours en mouvement, précaires. Lui lit l’étiquette d’une bouteille, elle un manuel de la grève de la faim. Deux façons de “s’en sortir“. Il l’emmène dans un banal jeu publicitaire : « voulez-vous gagner de l’argent ? ». Oui, bien sûr, le téléphone fixe est coupé, et le portable n’a plus de forfait.  Numéro vert : il suffit de répondre à une question, de remplir un formulaire. Facile. La question : « vos parents sont-ils vraiment vos parents ? ». C’est ainsi que ça commence, et que se construit le piège. Les organisateurs invisibles envoient des cadeaux, des lettres glissées sous la porte sans adresse ni de destinataire ni d’expéditeur. Ça avance, ils sont “réglo“, et ne lâchent pas leur question. Le jeu, le défi pour les cobayes : se procurer des échantillons d’ADN des géniteurs. Ça ne va pas sans turbulences. Inutile de dire la fin : les deux jeunes gens s’appellent Marion et André Klein.
La pièce avance masquée, en douceur, en un mouvement de spirale qui plonge à chaque tour un peu plus dans l’inquiétude et l’angoisse : on rit, on sourit, et puis de moins en moins. La trouvaille du metteur en scène – de sa propre pièce – est d’avoir enchaîné les six scènes en un seul déroulement continu, sans “noirs“ ni sorties : on n’échappe pas à l’enroulement du serpent. Les acteurs, chacun dans sa fonction, tiennent l’affaire avec une magnifique présence.
Gérard Watkins a écrit Identité au moment du débat sur le fichage ADN. C’est une belle pièce, importante. Elle sera reprise à l’automne. À ne pas manquer.

Christine Friedel

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