Bric-à-brac, du cauchemar réel au réalisme magique

 
Bric à brac, du cauchemar réel au réalisme magique
de Lucien Pintilie

traduit du roumain par Marie-France Ionesco

arton2978.gifÀ travers une sélection de ses textes les plus importants rassemblés dans cet ouvrage, Lucian Pintilie, le réalisateur de cinéma et le metteur en scène de théâtre et d’opéra roumain, revisite avec un regard critique, les deux versants de son œuvre. Il interroge le sens et le non-sens de l’histoire, son propre passé vécu sous la dictature de Ceausescu, livre sa vision du théâtre, de l’opéra et du cinéma mais aussi sa réflexion sur la société et la condition humaine. Une sorte d’autoportrait de l’artiste « encadré », côté scène, par la préface de Georges Banu et, côté écran, la postface de Bertrand Tavernier.
Le théâtre de Lucian Pintilie transcende sa finalité de représentation scénique. Georges Banu le qualifie de « théâtre d’art impliqué » qui «s’appuie dit-il sur les vertus des acteurs et la force de la scène en s’employant à la déborder non pas au nom d’un projet politique ou d’une quelconque utopie mais pour parvenir à ce qui compte le plus pour lui : la vérité concrète. L’esthétique pour lui est indissociable d’une éthique réfractaire au mensonge sur le monde autant que sur soi, éthique intransigeante, prix à payer pour un minimum de pureté. »
Dans la partie « Scène : théâtre et opéra », dans un langage très direct, parlé, Lucian Pintilie évoque et analyse avec lucidité et franchise quelques-uns des spectacles qui ont marqué son parcours : Le Revizor de Gogol, La mouette, La Cerisaie, Les trois sœurs de Tchekhov, Orestie
d‘Eschyle, Le canard sauvage d’Ibsen, Ce soir on improvise de Pirandello, Tartuffe de Molière, et pour l’opéra : Turandot de Puccini, La flûte enchantée de Mozart, Carmen de Bizet, Rigoletto de Verdi, etc.
Perfectionniste, intransigeant avec lui-même, infiniment plus exigeant que certains critiques qu’il cite, dans le chapitre « Comment détruire un spectacle » il revient sur ses spectacles ratés. Les ratages qu’il refusait d’affronter, et qui l’ont hanté pendant des années.
Il parle de son goût prononcé pour l’esthétisme « un de mes péchés les plus anciens et donc je ne me suis jamais complètement débarrassé ».
Dans la partie « L’écran », Pintilie revient sur sa création cinématographique, une vingtaine de films, dont Scènes de carnaval, La reconstruction, L’après-midi d’un tortionnaire, Trop tard, Un été inoubliable, Tertium non datur.
« Ses films – dit Bertrand Tavernier – font preuve d’insolence, refusent de se plier aux règles de la bienséance, (…) s’éloignent des sentiers battus, font la sourde oreille face aux diktats des pouvoirs et de la mode, refusant de prendre en compte les vérités officielles. »
Iconoclaste obstiné, regardant le mal en face, Lucian Pintilie se bat pendant des années sous la dictature et après, contre la censure, la bureaucratie, essayant de faire exister le cinéma roumain. Combats souvent perdu, beaucoup de ces films ne peuvent se faire, d’autres encore ne peuvent sortir.
Nommé en 1989, après la chute de Ceausescu, directeur du Studio de Création Cinématographique du Ministère de la Culture de Roumanie, Pintilie ne tarde pas à être licencié. Jack Lang prendra alors sa défense.
Des pages du journal, des anecdotes, des extraits d’articles, les lettres cités, émaillent ce parcours revisité, telles des touches plus intimes, plus secrètes et sensibles, révèlent dans cet autoportrait d’artiste combattant la paradoxale fragilité de l’être.
De nombreuses photos des films, des spectacles, des tournages, jalonnent ce saisissant face-à-face de l’article avec son œuvre et avec soi-même.
Il manque cependant dans ce livre des repères biographiques, la chronologie des réalisations cinématographiques et des mises en scène au théâtre et à l’opéra, enfin un index des noms.

 

Irène Sadowska Guillon

Bric à brac, du cauchemar réel au réalisme magique

de Lucien Pintilie
Collection « Théâtre et cinéma »,
Éditions Entretemps, 2009
475 pages, 30 €

 


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