14 minutes de danse
14 minutes de danse, texte et mise en scène de Sonia Ristic.
Sonia Ristic, dont on avait déjà pu voir cette saison Sniper avenue, mise en scène par Magali Leiris, , est née d’un père serbe et d’une mère croate, mais elle vit à Paris depuis presque vingt ans. La guerre et ses ravages, et ses répercussions,plusieurs générations après, elle connaît, aucun doute là-dessus et l’univers de 14 minutes de danse est encore celui des déchirements , des viols en série et des massacres., et » tout le propos de la pièce ,dit-elle, pour ce jeune garçon et cette jeune fille, est d’organiser leur mémoire, de trouver un début, un milieu et une fin, afin de pouvoir raconter l’irracontable, pour qu’il cesse de les grignoter de l’intérieur. Sauf que le souvenir émotionnel échappe à l’organisation, ne respecte pas la chronologie, est beaucoup plus désordonné ».
Au moyen d’un dialogue, d’images vidéo et de moments chorégraphiés , Sonia Ristic essaye de mettre en scène. le cauchemar qui a hanté tout un peuple Pour dire la douleur et le drame qu’ont vécu des dizaines de milliers de gens d’un côté comme de l’autre, et qui savent que s’ il y a eu un passé, il faudra aussi qu’il y ait un avenir, même s’il doivent y dépenser une énergie considérable pour effacer la guerre et ses blessures et pour tenter de se reconstruire personnellement et collectivement.
Pour lui, il y a eu la perte irréparable d’un bon copain dont il n’ a retrouvé qu’un bras, et pour elle, un viol collectif qu’elle a dû subir, dont on peut penser vers la fin de la pièce, que lui, justement en a été l’un des participants. Et, pour faire écho aux souvenirs douloureux qu’il se racontent, Sonia Ristic a imaginé de projeter une série d’images vidéo en noir et blanc… On n’ échappe décidément pas à cette foutue vidéo quelque soit le spectacle, qui ne se justifie que très rarement. Mais, puisque les autres le font, pourquoi, moi, je n’y aurais pas droit? semble dire Sonia Ristic. Le texte, sans doute écrit, comme celui de Sniper Avenue, à partir de témoignages, constitue une sorte d’exorcisme personnel que l’on peut respecter: la guerre, quand on la vit plusieurs années de suite au jour le jour, laisse des traces indélébiles pendant toute une vie, mais quand on veut que cela fasse corps sur le plan scénique, là les choses deviennent plus difficiles. Comment dire la violence sans la montrer, comment dire l’indicible sans effet de pathos? Comment dire un drame historique sur le plan scénique?
On retrouve à peu près les mêmes erreurs dans 14 minutes de danse que dans Sniper avenue: un texte qui n’offre pas un immense intérêt, et des images vidéo des plus conventionnelles: paysages d’hiver, de neiges, de ruines, de soldats… Bref, tous les stéréotypes qu’on a pu voir des dizaines de fois.
Le souvenir de la guerre, c’est bien autre chose, et c’est trop facile de nous resservir une fois de plus un langage fragmenté texte/ images aussi peu construit , comme si c’était la modernité même. Au secours, tous aux abris, c’est le cas de le dire… Les deux comédiens , Vincent Cappello et Salomé Richez, malgré une absence totale de direction de jeu , font un travail remarquable mais, dans des conditions pareilles- un texte faible et une absence radicale de mise en scène- ils ne peuvent pas nous convaincre vraiment . Il y a bien quelques moments où perce l’ombre de l’ombre d’une sensibilité dramatique, grâce à la chorégraphie de Tamara Saphir, mais on reste sur sa faim. La guerre et ses horreurs, sur un mode polyphonique aussi peu écrit, nous laisse indifférents… Dommage!
Il faudrait que Sonia Ristic apprenne enfin ce qu’est un vrai dialogue théâtral et une véritable mise en scène: ce genre de choses ne peut pas s’improviser. On comprend mal que le Tarmac se soit laissé entraîner dans ce genre d’aventures…
A voir? Non sûrement pas ; de toute façon, c’est fini, et on doute que le spectacle puisse être repris.
Philippe du Vignal
Tarmac de la Villette
