(G)RÈVE DE FIN

(G)RÈVE DE FIN Abbaye de Maubuisson (95) -Théâtre visuel en 24 images, dramaturgie et mise en scène de Fabrice Macaux  Compagnie Corpus avec des comédiens non professionnels Larguons les amarres, musique de Corentin Seznec, design sonore Yann Seznec

On pénètre au coucher du soleil dans cette belle abbaye, on traverse le parc  pour s’asseoir sur des gradins devant un bel espace,  face à un haut mur, contre lequel sont dressées deux échelles  La famille Mordebout est réunie, ils sont tous employés par l’usine Verravie qui vient de les licencier. La sœur aînée partie aux USA faire carrière est revenue avec son fils de 16 ans qui empêche un geste désespéré de son père qu’il découvre.  Le père et la mère, figures centrales, tentent de garder leur famille autour d’eux et de les aider à maintenir l’entreprise en vie. Les quinze comédiens déploient une très belle énergie dans le développement des luttes de la famille, escaladant les échelles, courant sur le mur de surplomb, s’élançant en solex ou en voiture dans les profondeurs du parc. Le spectacle est construit comme une partition musicale rythmé par un piano trafiqué techniquement et des musiques vivantes, chant et guitare sur scène. Fabrice Macaux qui mène un travail exemplaire depuis une quinzaine d’années, bénéficie depuis 4 ans du soutien de l’Abbaye de Maubuisson qui lui a permis de réaliser 4 spectacles

 

Edith Rappoport

 


Archive pour 16 mai, 2009

Vice-versa

Vice-versa
d’après le texte de Will Self par le collectif Ildi!eldi

viceetversa.jpgÀ la base du spectacle, un  texte tiré du roman Cock and Bull (1996) de l’écrivain anglais William Self (né en 1961), auteur de nouvelles fantastiques, satiriques, dans lesquelles, avec humour et ironie,  il épingle les fantasmes, les désirs secrets, les « égarements » sexuels, et les évasions dans la drogue, contrevenant aux codes et à l’ordre moral de la société bourgeoise anglaise. Vice-versa, traduit par Marie-Claire Pasquier, est adapté, mis en scène et interprété avec brio par le collectif Ildi!eldi : Sophie Cattani, Antoine Oppenheim, François Sabourin.

  Dans un décor très simple : trois chaises, une grande table qui sert de bureau et de table d’examen médical avec une ampoule suspendue , deux micros sur pied de chaque côté du plateau et une table de mixage pour lancer à vue la musique. Et le spectacle décline sur le mode du cabaret vaudevillesque, les variations sur une relation sexuelle trouble entre un médecin et son patient. La situation jouée et le récit avec le parti pris de la théâtralité affichée et mise en abyme, sont ici parfaitement tenus. On voit, au départ, les trois acteurs en scène : John, patient en tee-shirt vice-versa, Alan, le médecin, en costume et cravate, et la présentatrice commentatrice en veste et  pantalon. Elle quitte le plateau et on assiste à la séquence où John consulte son médecin pour une étrange plaie et/ou brûlure derrière son genou qui s’avère être un vagin. Phénomène extravagant qui, dans les variations successives sur la même scène, nous introduit toujours plus loin dans l’intimité des pensées ou des fantasmes ? Des désirs, de la relation sexuelle, jusqu’à la séparation des deux hommes.

La progression dramaturgique est assurée par le regard extérieur et le commentaire au micro de la présentatrice mais aussi par le discours intérieur  des protagonistes confrontés à la conscience de la transgression,  dans les reprises successives de la même scène. Sophie Cattani, présentatrice, s’implique dans le jeu en campant la secrétaire du médecin et elle est, à la fin, l’animatrice d’un reality show télévisé sur cette histoire. Le tout est finement tissé, intelligent , drôle, et  servi par un trio brillantissime.

L’idée loufoque, de placer un organe sexuel féminin derrière le genou de John  d’emblée la relation entre les deux hommes de tout réalisme et la place dans la sphère du fantasme ou des désirs inhibés, permettant en même temps de jouer sur l’ambiguïté, voire la dualité sexuelle. À travers les tentations « sexuellement incorrectes » des protagonistes, Will Self met au jour la partie immergée de l’iceberg intime et social. Surgissent alors les interdits, les transgressions des codes moraux et sociaux, la culpabilité, les désirs inavoués, bref,  toute une matière qui alimenterait une lecture psychanalytique : inconscient, moi, surmoi. Certes, mais,  à quoi bon ? Un spectacle qui, avec humour et légèreté, met le doigt sur les codes moraux et sociaux en les démontant. À voir absolument.

Irène Sadowska Guillon

Vice-versa d’après Will Self
mise en scène et jeu collectif Ildi!eldi
au Théâtre de la Cité Internationale à Paris
du 14 mai aux 6 juin 2009

Le Mâtitube



Le Mâtitube, de Christophe Huysman
image32.jpg
Il n’y a aucune raison que l’écriture reste droite quand les hommes ne tiennent plus leur verticalité.

 C’est en plein air, à côté d’une des “maisons folies“ de Lille, quartier du Moulin. À l’intérieur, une exposition sur les vingt ans du club de boxe et , dehors, démonstration  de jeunes apprentis boxeurs. Des enfants, du soleil, des bancs en cercle autour d’une arène. Au centre, un petit chapiteau de rien du tout : silence, ça va commencer, ça commence : d’étranges individus à têtes de mouton sortent par le sommet du chapiteau, qui ,en même temps,  se défait.

  Colère, colère, dit l’auteur, que sont les hommes sans leur maison ? Ils sont des “hommes penchés“. Le chapiteau dépiauté révèle une solide structure métallique au centre de laquelle un “mât chinois“, bien connu des gens de cirque, va inciter les acrobates-comédiens à toutes les audaces, tous les vertiges. On grimpe là-haut pour décrocher le pompon, mais, de pompon, il n’y a pas. Râlante. De là-haut, on marche en l’air : enivrement.

Mais marcher n’est pas voler, et à force de ne poser le pied sur rien… Le mât bascule : chacun à son tour, les trois acrobates-comédiens vont plonger dans le déséquilibre, défier la pesanteur, avec, quand même,  le soutien, le contrepoids des autres, ou pas. Ces “hommes penchés“ se détachant sur le ciel donnent une superbe image des pauvres terriens lourds que nous sommes : obstinément attirés vers les astres, obstinément ramenés au sol, ballottés par la fatalité de la gravité, et luttant sérieusement contre elle. Et contre ce qui n’est pas fatal du tout : la crise, la corruption, une société du spectacle minable et menteuse.

On l’aura compris : le Mâtitube invente une écriture unique, au rythme de la performance, décale le questionnement politique en faisant partir la langue en éclats. On rit, on admire, on reste songeur, et on remercie les excellents protagonistes en bleu-blanc-rouge de mouiller leur chemise plus que la demi-heure promise. La réussite d’un travail de longue haleine : la compagnie est en résidence de recherche – leur “laboratoire mobile“ – au Phénix de Valenciennes et à la Ménagerie de Verre à Paris.

Christine Friedel


Pièce tout terrain avec, en alternance, Sylvain Decure ou Antoine Raimondi, et Tsirihaka Harrivel et William Valet (également inventeur de la structure ).

Les 16 et 17 mai,  au Festival Zarts’Up à Béthune (Culture Commune), le 31 mai à 16h sur la plaine du Colysée à Lambersart, le 5 juillet à 15h30 au Château de Blandy-les-Tours (77), et le 6 juillet à 20h30 à Dijon (place de la Libération).

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