Le Mâtitube



Le Mâtitube, de Christophe Huysman
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Il n’y a aucune raison que l’écriture reste droite quand les hommes ne tiennent plus leur verticalité.

 C’est en plein air, à côté d’une des “maisons folies“ de Lille, quartier du Moulin. À l’intérieur, une exposition sur les vingt ans du club de boxe et , dehors, démonstration  de jeunes apprentis boxeurs. Des enfants, du soleil, des bancs en cercle autour d’une arène. Au centre, un petit chapiteau de rien du tout : silence, ça va commencer, ça commence : d’étranges individus à têtes de mouton sortent par le sommet du chapiteau, qui ,en même temps,  se défait.

  Colère, colère, dit l’auteur, que sont les hommes sans leur maison ? Ils sont des “hommes penchés“. Le chapiteau dépiauté révèle une solide structure métallique au centre de laquelle un “mât chinois“, bien connu des gens de cirque, va inciter les acrobates-comédiens à toutes les audaces, tous les vertiges. On grimpe là-haut pour décrocher le pompon, mais, de pompon, il n’y a pas. Râlante. De là-haut, on marche en l’air : enivrement.

Mais marcher n’est pas voler, et à force de ne poser le pied sur rien… Le mât bascule : chacun à son tour, les trois acrobates-comédiens vont plonger dans le déséquilibre, défier la pesanteur, avec, quand même,  le soutien, le contrepoids des autres, ou pas. Ces “hommes penchés“ se détachant sur le ciel donnent une superbe image des pauvres terriens lourds que nous sommes : obstinément attirés vers les astres, obstinément ramenés au sol, ballottés par la fatalité de la gravité, et luttant sérieusement contre elle. Et contre ce qui n’est pas fatal du tout : la crise, la corruption, une société du spectacle minable et menteuse.

On l’aura compris : le Mâtitube invente une écriture unique, au rythme de la performance, décale le questionnement politique en faisant partir la langue en éclats. On rit, on admire, on reste songeur, et on remercie les excellents protagonistes en bleu-blanc-rouge de mouiller leur chemise plus que la demi-heure promise. La réussite d’un travail de longue haleine : la compagnie est en résidence de recherche – leur “laboratoire mobile“ – au Phénix de Valenciennes et à la Ménagerie de Verre à Paris.

Christine Friedel


Pièce tout terrain avec, en alternance, Sylvain Decure ou Antoine Raimondi, et Tsirihaka Harrivel et William Valet (également inventeur de la structure ).

Les 16 et 17 mai,  au Festival Zarts’Up à Béthune (Culture Commune), le 31 mai à 16h sur la plaine du Colysée à Lambersart, le 5 juillet à 15h30 au Château de Blandy-les-Tours (77), et le 6 juillet à 20h30 à Dijon (place de la Libération).

 


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